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La sortie

exit

La vraie vie est dehors. Pour retrouver son fil, il faut s’aventurer hors de nos zones de confort. Il faut risquer d’être aveugle et sourd, de se montrer maladroit et d’avoir mal. Je veux remiser les habits de noces, me détourner des rêves préfabriqués et des constructions de mon esprit. Ouvrir les yeux. Sinon la vie nous passe sous le nez et l’on risque de rater le train.

C’est peut-être la quarantaine. C’est peut-être parce que je viens de regarder en rafales les cinq saisons de Six Feet Under, mais je suis habité par l’idée de la mort. Celle tout ordinaire, qui nous tombe dessus au moment où on l’attend le moins. À tous moments, je me demande et si je mourrais à ce moment-ci, dans quel état d’esprit je partirais ? Comment je me sentirai de quitter la vie, là ? Ça n’a rien de morbide, au contraire. Et c’est toujours du domaine du possible, il faut s’y faire ! L’idée de la mort fait rayonner la vie d’un éclat particulier. Quand les lendemains n’existent pas, le présent prend toute la place et chaque détail devient important.

J’avais souhaité me retrouver au chômage au printemps. C’est ce qui est en train d’arriver. Ce printemps hâtif est particulièrement propice à la course. Les sentiers sont secs et le soleil, généreux. Dans quelques jours, je pourrai sillonner ma ville à cheval sur un bixi. La liberté. Avec mes collègues coureurs, on apprend à la dure l’organisation d’une course. On court désormais à travers des dédales administratifs. Depuis janvier, je m’étais astreint à un rythme de publication assez rigide. Trois billets par semaine. Malgré cela, la fréquentation de ce blogue fond comme la neige en avril. Je réalise que la vraie vie a plus à m’apporter que mes fantasmes et mes rêveries. Je serai moins présent désormais. Je suis très fier de ce que j’ai fait ici. Mais il y a des voix qui m’appellent dehors et qui s’impatientent. Si je devais mourir dans la minute à venir, je pense que la vie que j’ai eue jusqu’ici me conviendrait bien. Et elle me conviendrait encore davantage si je prenais la sortie.

L’autre rive est ici même, pardonne et oublie, protège et rassure. – Jack Kerouac

Photographie : Exit par Anguila40

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3 Commentaires Post a comment
  1. Les deux peuvent cohabiter, comme la réflexion et l’action. Il faut simplement ne pas se laisser enfermer dans des mots, ceux des autres ou les siens.
    La vie se prend et se savoure à bras le corps, et se partage.

    Tes écrits nous manqueront moins à te savoir dehors, à jouir du printemps!
    (a priori, il fait plus chaud: t’as rasé la moustache ;-)

    3 avril 2012
  2. kitty78 #

    À propos de la mort, je me souviens, à une époque je me disais chaque soir « Est-c que j’aimerais la revivre cette journée? ». Cette question obsédante me revenait si souvent que j’ai fait en sorte, chaque jour, de pouvoir y répondre oui. C’était une conversation intéressante avec un collègue ou ami(e), un repas agréable, quelques belles photos réalisée, un poème écrit ou un câlin… Mais, il me fallait chaque jour quelque chose qui soit digne d’être revécu.
    Il y a longtemps, j’avais entendu que les indiens natifs d’Amérique pensent que la vie se revit éternellement. Je me suis dit, la vache, si c’est vrai, j’ai intérêt à la rendre agréable ou au moins digne d’intérêt, ma vie!

    4 avril 2012
  3. Kevin Zaak #

    @ Jérôme : Oui. La moustache n’a pas survécu à décembre. Elle plaisait davantage aux femmes qu’aux hommes. Rien pour me donner le goût de la garder.

    @ Kitty78 : On n’a de prise que sur le présent, aussi bien ne pas le laisser filer en ayant la tête ailleurs. Le bonheur ne sera jamais ailleurs.

    9 avril 2012

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