Skip to content

Le goût de courir

courir

J’ai commencé à courir pour conjurer la mort. Je me sentais couler. Je me noyais lentement dans le silence. Je lisais Guérir de David Servan-Schreiber. Il présentait la course à pied comme un antidépresseur aussi efficace que la médication, sans effets secondaires, mais aux bénéfices nombreux. À l’époque, j’avais un husky qui soupirait d’ennui dans le salon. Je vivais dans une ville morte perdue dans des champs de luzernes, de maïs et de soya. Seul, dans un couple qui s’étiolait.

J’ai commencé petit. C’est vite devenu mon projet, mon espace, ma survie. Je trottais sur un chemin de terre, entouré d’une nature domestiquée, mais encore grandiose. Les champs bleutés de luzerne se déroulaient jusqu’au mont Saint-Hilaire où se couchait le soleil en fin d’après-midi. Le chien bondissait de bonheur autour de moi en chassant les lièvres ou les rats musqués. Je longeais un chemin de fer où je compétitionnais avec les locomotives du CN. La piste menait jusqu’à une pinède où bourdonnaient des ruches.

La course m’a suivi toutes ces années. Elle m’a souvent aidé à remonter la pente dans les moments noirs. J’ai adopté le parc Maisonneuve, la montagne et les pistes du canal Lachine comme terrain de jeu. Une faiblesse au genou m’oblige à courir régulièrement et à n’augmenter que très lentement la cadence ou les distances. L’été dernier un mois avant mon premier marathon, je me suis blessé et j’ai dû arrêter complètement. Après le repos et la physiothérapie, j’ai laissé passer l’hiver. Et j’ai repris la course doucement avec l’arrivée hâtive du printemps. À force d’acharnement, j’ai pu retrouver le niveau que j’avais atteint avant la longue pause. Puis cet horrible virus est arrivé. Un rhume violent qui a tourné en bronchite. Je suis arrêté depuis trois semaines. Je n’en peux plus d’être immobile. Je ne peux rien faire, dès que je m’essouffle le moindrement, je me mets à avoir des quintes de mauvaise toux.

En ce moment, la vie me secoue. Comme une voile un jour de grands vents. Au niveau professionnel, je suis choyé. Je ne me suis jamais senti autant désiré. J’ai du travail par-dessus la tête. Ce que j’ai semé porte fruit et la récolte est abondante. Mais l’énergie n’est pas au rendez-vous. Ma vie de vieux célibataires est bousculée par un homme à qui j’essaie de faire une place. Je suis maladroit. Je ne sais pas comment mener à bien une relation. Je redécouvre la peur de mourir qui n’est pour moi qu’une déclinaison de la peur de perdre. Je me sens seul devant cette vie trop grande pour moi. Je voudrais m’échapper. Courir.



Je n’ai jamais fait de parkour, mais j’aimerais bien. Le réalisateur de cette série Web, réalisée avec trois fois rien, est à la recherche de distributeurs.

Photographie : Pillared par Nicholas_T

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...
Warning: Missing argument 2 for wpdb::prepare(), called in /home/facecac/public_html/wp-content/themes/linen_pro/functions/linen-extend.php on line 340 and defined in /home/facecac/public_html/wp-includes/wp-db.php on line 990

Warning: Missing argument 2 for wpdb::prepare(), called in /home/facecac/public_html/wp-content/themes/linen_pro/functions/linen-extend.php on line 340 and defined in /home/facecac/public_html/wp-includes/wp-db.php on line 990
3 Commentaires Post a comment
  1. RAnnieB #

    Tu sais, jusqu’à ce que ta santé te le permette, tu peux visualiser ta course. Si tu le fais de façon concentrée et détaillée sur une assez longue période ton corps produira une partie des endorphines que tu génères lorsque tu cours réellement. C’est pas de la magie mais de la chimie :).

    Portes toi bien.

    19 avril 2012
  2. En attendant de recourir, marche. C’est pas la course. Mais ça aère, ça vide l’esprit, ça fait du bien au corps et à l’âme, ça soigne quelques angoisses. Je t’envois un câlin de loin

    19 avril 2012
  3. Je ne sais quelle est la part de « vérité » dans ce que tu transcris mais la course n’a pas, ne doit pas, être un échappatoire; après tout, la plupart du temps, dans les entrainements, nous courrons en cercle et revenons au point de départ!

    Évidemment, sans trop d’énergie et après une période de maladie, c’est plus difficile de mobiliser son corps pour un espace de respiration dans une vie pas mal remplie.

    Tu ne vas quand même pas te plaindre d’être désiré! C’est le résultat de « la certitude que je suis exactement la bonne personne, exactement au bon endroit et au bon moment, pour accomplir ma tâche »…

    Laisse faire les choses et continue sur ta voie (mais bon, à force de le/ me répéter… ;-))

    20 avril 2012

Laisser une réponse


*

Vous pouvez utiliser des balises HTML basiques dans votre commentaire. Votre adresse email ne sera pas publiée.

Suivre ce commentaire via son fil RSS