Barbu
J’avais presque terminé les formats d’essai des produits The Art of Shaving que le Cow-boy m’avait ramené de San Diego. Et j’avais passé une semaine trop folle pour me préoccuper du rasage. Mon anniversaire approchait. J’avais une barbe d’une semaine. (J’ai la barbe forte. Elle est presque instantanée.) Et je me demandais si j’allais la garder. Personnellement, j’adore les hommes barbus, mais je déteste me sentir le menton poilu. Trop d’entretien. Et ça pique ! Je marchais sur Saint-Denis pour une dernière séance de magasinage quand j’ai croisé un très bel homme. Il m’a fait un grand sourire ensoleillé. Quelques minutes plus tard, j’ai trouvé un petit t-shirt à rayures dorées qui fitterait parfaitement avec une barbe sombre. Ma décision était prise, pour un bout, je serais barbu.
Depuis, je pogne plus, on dirait. Autant chez les gars que chez les filles. Aujourd’hui, je me suis fait draguer par une travailleuse sociale au Symposium auquel j’assistais. Et la montagne de muscles qui assurait la traduction simultanée m’a fait trois grands sourires. (Quand les conférences m’ennuyaient, je les écoutais dans l’autre langue. Il avait une belle voix, à un moment donné, il a traduit « Fuck » par « ostie » et l’on devinait dans sa voix qu’il riait.) Tout ce qui s’est passé récemment m’a remué et m’a transformé. Que ça se manifeste dans mon visage, ça me plaît bien.
Le lendemain de mon anniversaire, je suis allé danser au Royal Phoenix dans le Mile-End avec El Poblano. Le bar était paqueté de lesbiennes qui revenaient d’un tournoi de Roller Derby. En entrant dans le bar, j’avais remarqué un barbu grisonnant, le crâne rasé et des lunettes à la sexy Nerd. Quand El Poblano a décidé de partir, le gars des vues s’est arrangé pour que je me retrouve sur la piste de danse à moins de deux millimètres du barbu. Il a vu que j’avais vu qu’il m’avait vu. Et il savait que je savais qu’il me regardait depuis le début de la soirée et que je souriais en faisant semblant de ne pas le remarquer. Et il a souri. Moi, je l’ai regardé sourire. La musique de François Guimond est toujours absolument géniale. Et je me suis liquéfié. C’était encore ma fête, j’en étais à ma troisième pinte de rousse et j’ai laissé les choses aller.
Depuis, il est hors de question que je me rase. Deux barbes qui font velcro, c’est vraiment hot. Quand je frotte ma barbe sur la peau de son dos, entre deux taches de rousseur, ça le chatouille. J’aime tellement le voir rire. Comme à tous les débuts d’histoires, je retombe dans mes angoisses. Je suis allé courir. Les catalpas commencent à fleurir à Montréal. Dans le rythme des pas, mes idées se déposent. Je redescends du plafond, je retombe des rideaux. Mes sentiments se classent en pile nette. J’ai toujours tendance à tous mélanger. D’un côté, il y a mes rêves, impatients parce que longtemps entravés. (amour véritable, matin de tendresse, projet de couple) De l’autre, il y a mes angoisses habituelles. (Le dire ou pas ? Et quand il saura qui je suis vraiment prendra-t-il ses jambes à son cou ? La peur de sa peur ou du rejet ou la peur que ça fonctionne.) Et de l’autre côté, il y a lui et la possibilité de relation. Une possibilité de relation qui n’a absolument rien à voir ni avec mes rêves entravés, ni avec mes angoisses à la con.
Photographie : Kiss par See-ming Lee
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Fichue peur ! Elle est toujours foutue là, quelque part, tapie dans un coin. La peur que ça marche, la peur que ça ne marche pas, la peur de se tromper, la peur de ne pas vouloir, la peur de vouloir… Parfois, y’a des choses qui se passent en soi et que personne d’autre ne peut comprendre. Qu’on comprend nous-mêmes à peine. C’est la vie, quoi !
:-)
Laisse venir les choses… ne te projette pas dans le futur…vie l’instant présent et les moments de sérénité et de plaisirs…