Nocturne tempête
Le soir, quand je me retrouve seul dans le silence, face à moi-même, je devine la tempête qui se lève. C’est ironique. J’ai cette comptine de Passe-Partout qui me trotte dans la tête : « la nuit — est dans mon lit — jamais — je ne m’ennuie. » (Je ne demande que ça : m’ennuyer !) C’est le trop-plein de mes journées qui déborde. Ce quotidien trop « équilibré », ces exigences toujours plus hautes que je sens le besoin de m’imposer pour me rassurer, ces questions sans réponses, ce mur que je dresse parfois entre moi et les autres.
Je connais tous les exercices de relaxation, le training autogène, la respiration du cœur. Je me concentre sur mon souffle. Sur le poids du corps contre le matelas, je me répète que mon esprit est un ciel vaste où les pensées flottent comme des nuages. Je n’ai pas à m’accrocher à aucune d’entre elles. Elles ne font que passer… Mais c’est par le corps, que la tempête se manifeste : maux de ventre, cœur qui sursaute, yeux grands ouverts.
J’ai bien essayé d’accueillir les émotions qui se présentent une après l’autre, de les accepter avec un simple sourire en me rappelant qu’il ne s’agissait que d’états passagers. J’ai reçu ainsi ma colère, mes peurs, encore de la colère, puis de la tristesse et toujours de la colère. J’avais devant moi un line-up interminable d’émotions qui veulent se faire entendre. La nuit ne serait jamais assez longue pour en finir et je suis si fatigué.
Quand la fatigue l’emporte et que la raison perd pied, c’est encore pire. Les émotions se ruent en moi et je les combats en rêve, jusqu’au matin, sans savoir si je dors ou si je suis réveillé. Je tourne, je m’éveille à demi, je me rendors, toujours secoué.
Ce n’est pas à chaque nuit comme ça, heureusement. Je ne survivrais pas. Pendant une période, j’ai réussi à trouver le repos en m’évadant dans la lecture. J’ai traversé l’Algérie de Jasmina Khadra dans Ce que le jour doit à la nuit. Plonger dans l’univers de ces personnages me faisait oublier mes tempêtes pour un temps et me donnait juste assez de recul pour glisser dans un sommeil presque paisible. Il y a eu les somnifères qui attendent toujours dans une armoire de ma salle de bain. De petits comprimés jaunes qui assommeraient d’un seul coup n’importe quel ouragan, mais qui laissent l’impression d’être un peu sonné, le lendemain, au réveil.
J’ai trouvé ce texte d’un maître de méditation : L’art de maîtriser une tempête. Je pense que si je veux retrouver le sommeil la nuit, je dois apprendre à dompter mes tempêtes en plein jour, alors que je suis en pleine possession de mes moyens.






