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		<title>Un certain jour de printemps</title>
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		<pubDate>Sun, 05 Feb 2012 20:08:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kevin Zaak</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voilà, je me lance…
Ça me fait un peu peur. Je me sens comme un volcan. J’appréhende les contrecoups d’un séisme.
C’était un matin de printemps, enfin. Le ciel était bleu. Tout le monde dans la rue avait l’air heureux. Les filles portaient des robes d’été. Partout des sourires. Je sortais de la clinique. J’étais en feu, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà, je me lance…<br />
Ça me fait un peu peur. Je me sens comme un volcan. J’appréhende les contrecoups d’un séisme.</p>
<p>C’était un matin de printemps, enfin. Le ciel était bleu. Tout le monde dans la rue avait l’air heureux. Les filles portaient des robes d’été. Partout des sourires. Je sortais de la clinique. J’étais en feu, à l’intérieur. <span id="more-2300"></span></p>
<p>J’avais en tête le pont Jacques-Cartier. Quoi de plus poétique que de mourir en se jetant dans le fleuve Saint-Laurent, abandonner son corps aux courants violents ? Mais il y avait une cabine téléphonique. Des vitres sales qui portaient encore les poussières de l’hiver. Un numéro de téléphone. Il fallait qu’il réponde.</p>
<p>Y. était un ami, un ancien amoureux, un original. Il avait une façon unique de mêler humour et sensibilité. Je lui avais mentionné les résultats de ce test que j’attendais avec inquiétude. J’en parlais librement, convaincu que le test serait négatif. Il m’avait dit que pour lui ça n’avait pas d’importance. Il voyait au-delà. Il a répondu. Le front appuyé sur la vitre : — Y. ? … ça va pas très bien. Les sanglots ont remplacé les mots. J’avais chaud. Il était là au bout du fil. J’ai ajouté avec une voix presque inaudible : — c’est positif… je peux passer chez toi ?</p>
<p>Oublié le pont Jacques-Cartier. Me voilà chez lui. Ravaler les larmes, le temps du trajet en autobus. Ce gars-là m’a sauvé la vie. Pendant plusieurs jours, je me suis accroché à lui comme à une bouée. Je ne voulais pas qu’il parte. Assez égoïstement, je l’ai fait dormir sur le divan de mon salon. À ses yeux, ça ne changeait rien, j’étais toujours le même. Il est resté près de moi. Peu à peu, son calme m’a gagné. Il travaillait en informatique. Il m’a appris à jouer sur <em>Photoshop</em>. Et puis, à un certain moment, je me suis rendu compte que j’avais oublié pendant quelques instants que j’étais séropositif. Ça n’allait donc pas toujours prendre toute la place dans ma vie. J’allais survivre.</p>
<p><em><br />
<span style="color: #003366;">Écrit le 10 avril 2006</span><br />
<span style="color: #003366;"> Photographie : Kevin Zaak</span></em></p>
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		<title>Bois de liesse</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Feb 2012 01:54:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kevin Zaak</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Relâche. Les commandes de rédaction n’ayant pas été confirmées, j’ai choisi de prendre les jours à venir en congé. Je suis dog-sitter dans une banlieue-dortoir anglophone depuis maintenant une semaine. Le décalage culturel est juste assez dépaysant. Je promène le chien dans le Bois de liesse, je lis et je m’entraîne. J’ai trouvé un coupon [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Relâche. Les commandes de rédaction n’ayant pas été confirmées, j’ai choisi de prendre les jours à venir en congé. Je suis <em>dog-sitter</em> dans une banlieue-dortoir anglophone depuis maintenant une semaine. Le décalage culturel est juste assez dépaysant. Je promène le chien dans le Bois de liesse, je lis et je m’entraîne. J’ai trouvé un coupon pour un essai gratuit de 10 jours dans un gym pour Anglaises argentées qui s’ennuient. Elles ont chacune un joli entraîneur privé qui les suit partout. L’endroit est très beau. Les serviettes sont fournies comme dans un hôtel de même que le shampooing et la crème à barbe. Aux heures où j’y vais, la petite section des poids libres est toujours déserte.<span id="more-2283"></span></p>
<p>Je cuisine. Il y a une épicerie indienne, dans le quartier où j’habite. J’ai enfin trouvé une sauce au tamarin et de la farine de pois chiche. Hier soir, j’ai visionné <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Milk_%28film%29" target="_blank">Milk</a>. Cet après-midi, j’ai lu <a href="http://www.livresquebecois.com/livre.asp?id=isdugpepeisdjuab&amp;/ru/kim-thuy" target="_blank">Ru</a>. Je me nourris d’histoires. J’observe la vie qui s’anime aux heures de pointe avant de s’assoupir de nouveau. 25 km de route verglacée me suffisent pour regarder ma propre vie avec un certain recul. Mes grandes questions sont en suspens. Que ferais-je ensuite ? Pourquoi ? Comment ? Elles sont là, posées à mes côtés. Je ne tente pas d’y répondre, pas maintenant.</p>
<p>« <span style="color: #162525;">Efforcez-vous d’aimer vos questions elles-mêmes, chacune comme une pièce fermée, comme un livre écrit dans une langue étrangère. Ne cherchez pas pour le moment des réponses qui ne peuvent vous être apportées, parce que vous ne sauriez pas les mettre en pratique, les “vivres”. Et il s’agit précisément de tout vivre. Ne vivez que pour l’instant vos questions. Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses. </span>» — Rainer Maria Rilke</p>
<p>J’avais lu ce passage une première fois dans Une année à campagne (<em>A Country Year: Living the Questions</em>), de <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Sue_Hubbell" target="_blank">Sue Hubbel</a>, écrivaine apicultrice dans les Ozarks au Missouri. Je veux replonger dans ce livre dès que je reviendrai dans la ville.</p>
<p><em><a href="http://www.flickr.com/photos/kevinzaak/6791892913/in/set-72157629105171979" target="_blank">Photographie : Kevin Zaak</a></em></p>
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		<title>Les amours refusées</title>
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		<pubDate>Sat, 28 Jan 2012 05:00:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kevin Zaak</dc:creator>
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		<description><![CDATA[J’ai assisté au lancement du premier album de David Giguère avec El poblano. Il y a une semaine, j’ignorais tout de cet artiste. Cinq minutes avant d’arriver au National, je ne me souvenais même plus de son nom. « David comment, déjà ? ». Je ne l’oublierai plus. J’ai été complètement séduit. Par l’homme, sa présence sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’ai assisté au lancement du premier album de David Giguère avec El poblano. Il y a une semaine, j’ignorais tout de cet artiste. Cinq minutes avant d’arriver au National, je ne me souvenais même plus de son nom. « David comment, déjà ? ». Je ne l’oublierai plus. J’ai été complètement séduit. Par l’homme, sa présence sur scène, sa poésie inventive. Séduit par ses musiques qui ont soulevé la foule. Séduit aussi par la simplicité et la générosité de David Giguère et par l’amour féroce que l’on devinait entre lui, son band et les différents collaborateurs. Un sentiment qui débordait sur les spectateurs tassés dans le petit théâtre National.<span id="more-2246"></span></p>
<p>S’amouracher d’un chanteur sur une scène, y a-t-il quelque chose de moins risqué ? Ça comble le vide d’un vieux garçon pris dans une salle pleine de jeunes hipsters tous plus craquants les uns que les autres. Ça m’évite de penser à ce qui serait advenu entre El poblano et moi si je n’avais pas tout fait pour que ça ne marche pas. À l’époque, j’avais usé de tous mes pires préjugés au sujet des Mexicains. Il faut dire que je ne le connaissais pas. Je le trouvais petit, parce que j’étais incapable de voir le géant qu’il est de l’intérieur. Après le spectacle, il me raconte qu’il a une <em>date</em> le lendemain, avec un Français rencontré en ligne : — Du coup, on va manger ensemble demain soir.<br />
— T’as dit « du coup », tu parles déjà comme un français. Ai-je remarqué.<br />
— J’ai dit « du coup » ?<br />
— Oui, t’as dit « du coup ». Un Québécois dirait jamais ça.<br />
— Faut que j’arrête de dire ça, je veux pas parler comme un Français. Il a ri.<br />
 <br />
Au retour, sur la ligne orange, je racontais à El poblano que je pars passer deux semaines dans le <em>West Island</em>. Je vais garder le fox-terrier du Cow-boy. C’est une bonne chose parce qu’avec ma récente mise à pied (et la façon dont ça s’est fait), si je restais en ville, je n’aurais qu’une envie : virer une brosse. Caler des bières et des shooters, fermer les bars et vomir de la vodka dans un banc de neige, à quatre heures du matin. En jouant les <em>desperate housewives</em> dans un bungalow (très loin des bars), je serai à l’abri de la tentation. El poblano m’a demandé si j’étais déjà allé dans un after-hour. Oui, une seule fois. Une vague de souvenir m’a balayé la tête quand le wagon de métro s’est ébranlé. J’y étais avec des amis et ce garçon, un ami de Rhonda. Il s’appelait Gregory.<br />
 <br />
Si je repense à Gregory, je me dis qu’il aurait pu être le candidat parfait pour réaliser mon idéal de couple. C’était un scientifique brillant. Un chercheur à McGill (chimie, génétique, je sais plus, quelque chose de compliqué). Assez joli, carré, des cheveux noirs très courts, des yeux bleus. Il avait quelques années de plus que moi. Plutôt timide et assez maladroit, il avait de toute évidence <em>a big crush on me</em>. Son français était approximatif, il était anglophone, mais quand il me parlait, il rougissait et se mettait à bégayer. Il avait l’habitude de porter des cravates et des nœuds papillon, mais pour sortir dans ce bar, un de ses amis lui avait prêté des vêtements au look un peu plus gai. Dans son t-shirt ajusté, il avait l’air encore plus mal à l’aise. Je ne pouvais pas m’empêcher de le trouver un peu ridicule.<br />
 <br />
Je l’ai tout simplement ignoré, toute la soirée. De l’extérieur, j’avais l’air du gars complètement prétentieux, pas sympathique du tout. En fait, je crois au contraire que je n’avais pas une très haute estime de moi-même. Si un garçon bien comme lui s’intéressait à moi, s’il me trouvait beau, drôle et intelligent, c’était forcément un taré. Probablement aussi que sa sincérité me terrorisait et que je préférais rêver à un garçon idéal et inaccessible. Ces années-là, je ne faisais que ça, rêver. Lui était réel et il avait l’air d’avoir un cœur. Vraiment, je ne suis pas fier quand je repense à ça. J&#8217;ai souvent espéré le recroiser, ce n’est jamais arrivé. Il ne fréquente pas le milieu gai, son cercle social doit être plutôt anglo. Combien d’amours ainsi rejetées parce que je n’étais tout simplement pas capable d’ouvrir les bras ? Je ne le saurai peut-être jamais. En attendant, j’écoute en boucle l’album de David Giguère.<br />
 </br><br />
<iframe src="http://player.vimeo.com/video/26960374?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="600" height="338" frameborder="0" webkitAllowFullScreen mozallowfullscreen allowFullScreen></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/26960374"><em>David Giguère &#8211; L&#8217;atelier</a> par <a href="http://vimeo.com/user6879980">David Giguère</a> sur <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a></em>.</p>
<p><em>Photographie : John Londono sur <a href="www.david-giguere.com/" target="_blank">david-giguere.com</a></em></p>
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		<title>Le cri</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Jan 2012 10:00:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kevin Zaak</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Lorsque la température se rafraîchit, la brume se forme au-dessus du lac. Éclairées par la lune, ses volutes brillent faiblement, donnant au paysage des allures de contrée enchantée. Ian a quinze ans, j’en ai neuf. Mes cousins sont de grands gaillards à l’œil rieur, tannés par le soleil, tous plus âgés que moi. Ian et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsque la température se rafraîchit, la brume se forme au-dessus du lac. Éclairées par la lune, ses volutes brillent faiblement, donnant au paysage des allures de contrée enchantée. Ian a quinze ans, j’en ai neuf. Mes cousins sont de grands gaillards à l’œil rieur, tannés par le soleil, tous plus âgés que moi. Ian et ses frères travaillent comme bûcherons l’été. Leur père passera sa vie au moulin à scie de la rivière Bell. Ian habite chez nous pour quelques semaines. Il participe à un camp d’entraînement de hockey. (Pas besoin de chercher loin d’où viennent mes fantasmes.) Pendant que les adultes boivent du vin rouge de dépanneur (on est en 1978), on a mis le canot à l’eau.<span id="more-2219"></span><br />
 <br />
Lorsque le soleil disparaît, le vent tombe complètement. Mais le silence qui demeure est peuplé. Un chuchotement dans les cimes, quelques bruissements sous les branches, l’écho du dernier chant d’une grive. Tous les sons se réverbèrent sur le mur d’épinettes noires qui encercle la baie. De temps à autre, une ombre nous frôle. Le vol syncopé et silencieux d’une chauve-souris et le seul mouvement perceptible. Le lac lui-même demeure parfaitement immobile. Le canot glisse sans un bruit. Ou peut-être est-ce la brume qui avance de chaque côté. Quand, de l’autre bout du lac, nous parvient un cri.</p>
<p><center><EMBED src=http://facecachee.qc.ca/wp-content/uploads/2012/01/2023a.mp3 width=200 height=20 LOOP="FALSE" AUTOSTART="FALSE"></center></p>
<p>Ian dépose sa rame à plat devant lui pour se retourner. « Sais-tu ce qu’ils se disent ? Il dit : où es-tu ? Et elle lui répond : — je suis là, tout va bien. » À chacun de nos mouvements, notre précaire esquif se balance. Ian se remet à ramer, je fais de même. Un cap rocheux s’avance sur notre gauche. Mes doigts goûtent la fraîcheur de l’eau lorsque la rame s’y enfonce. Il s’arrête de nouveau. Chaque lac abrite un couple de huards. Ils en sont les gardiens. Une ombre est apparue à droite, aux limites de la brume. Quelques coups d’aviron suffiraient pour s’en approcher. L’oiseau noir nous a aperçus lui aussi et, tout en continuant d’avancer, son corps descend légèrement sous la surface. Mais c’est un autre oiseau qui nous surprend, loin derrière, dans le sillage du canot.</p>
<p><center><EMBED src=http://facecachee.qc.ca/wp-content/uploads/2012/01/2022a.mp3 width=200 height=20 LOOP="FALSE" AUTOSTART="FALSE"></center></p>
<p>« Maintenant, ils se disent : attention, attention. » Ian s&#8217;étire. Il sourit. Nous restons longtemps posés au milieu du lac à écouter les huards. Ils plongent et disparaissent de longues minutes puis réapparaissent ici ou là, comme s’ils s’étaient téléportés. Contre les flèches noires des plus hauts conifères, la Voie lactée déroule ses myriades d’étoiles. Je reconnais Deneb, Véga et la blanche Altaïr du triangle d’été. Assis sur les bancs de bois du canot, en suspension au milieu du lac, la vue porte à des milliards d’années-lumière. Je frissonne en remontant mon capuchon. Je laisse mon regard se perdre dans l’éternité.<br />
 <br />
<a href="http://www.flickr.com/photos/bertogg/5877956733/" title="Mist de Berto Garcia, sur Flickr"><img src="http://farm7.staticflickr.com/6059/5877956733_d9cd7e4577_z.jpg" width="640" height="480" alt="Mist"></a><br />
 <br />
<em>Photographie à la une : <a href="http://www.flickr.com/photos/paul-w-locke/6412203633/" target="_blank">Breakheart-0167-300 par Paul W.</a><br />
Fichiers audio, Gavia immer: Macaulay Library (© Cornell Lab of Ornithology)<br />
<a href="http://www.onf.ca/film/Cesar_et_son_canot_d_ecorce/" target="_blank">César Newashish fabrique un canot d’écorce</a>, un film de l’ONF</em> </p>
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		<title>Après la colère</title>
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		<pubDate>Tue, 24 Jan 2012 23:10:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kevin Zaak</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Après la colère, il y eut un désert, traversé çà et là de quelques bourrasques. Je n’ai pas écrit. Je ne me suis pas vidé le cœur en lançant mes mots acérés contre le beau barbu. J’aurais pu n’en faire qu’une bouchée. Je n’ai pas fixé sur le papier ce que je peux penser de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Après la colère, il y eut un désert, traversé çà et là de quelques bourrasques. Je n’ai pas écrit. Je ne me suis pas vidé le cœur en lançant mes mots acérés contre le beau barbu. J’aurais pu n’en faire qu’une bouchée. Je n’ai pas fixé sur le papier ce que je peux penser de certains de mes patrons. De leur immobilisme, de leur indifférence. Ce n’est pourtant pas les idées de qualificatif qui me manquaient. J’essaie de chasser la rancœur quand elle se pose sur mon nez. Je me suis tu et j’ai laissé le temps faire son œuvre de poussière.<span id="more-2198"></span><br />
 <br />
Il ne me reste qu’un peu de fatigue et une pointe de tristesse. Une colère plus vaste qui sourd en moi devant l’injustice et l’ignorance. Et cette vieille colère envers moi-même pour tous ces gestes que j’ai posés ou que je n’ai pas posés et qui m’ont mené jusqu’ici. Si vieille, en fait, que je crois qu’elle est née bien avant moi. Je suis allé bruncher avec El Poblano sur la <em>main</em>. Il y a des gens qui chassent les nuages, comme ça, d’un simple sourire. Dès qu’elles franchissaient mes lèvres, mes frustrations se dégonflaient, devenaient tout d’un coup ridicules, attendrissantes. Je lançais des idées. Elles rebondissaient sur lui, me revenaient, auréolées de possible. Qu’est-ce que j’ai envie de faire de ma vie au cours des prochains mois ? Tout ce dont je parle sans cesse et que je ne fais jamais…<br />
 <br />
<a href="http://m.ledevoir.com/culture/cinema/340363/point-chaud-lea-pool-entre-mysteres-et-mensonges" target="_blank">Ce documentaire</a> sur l’industrie du ruban rose (sortie le 3 février) me fait <em>badtripper </em>avant même de l’avoir vu. Il est de plus en plus clair que les compagnies pharmaceutiques contrôlent, non seulement la recherche scientifique, mais également les fondations et les institutions comme la santé publique. Je ne suis pas du genre à me laisser tenter par les théories du complot, mais tout ce magouillage se révèle petit à petit au grand jour et se banalise. Dans ce cas-là, il ne s’agit pas des économies des épargnants, il ne s’agit pas d’argent. Il s’agit de vie et de mort, du temps qui s’écoule entre les deux et de sa qualité. Bientôt, il faut que je prenne des décisions sur la médication. Des décisions toujours lourdes de conséquences, quelles qu’elles soient. Mais j’ai la nette impression que je ne peux croire personne.<br />
 <br />
Le plan pour les prochaines semaines est de me reposer. Prendre le temps de faire le point sur ce que je veux faire. Continuer l’entraînement sera la seule obligation que je m’imposerai. Mais je vais probablement en profiter pour liquider ces contrats de rédaction que je reporte depuis des mois. Je lis et relis Rainer Maria Rilke. Je pense beaucoup à mon histoire, ces jours-ci, à cette histoire que je me raconte et qui n’a peut-être rien à voir avec le réel. À partir de la vingtaine et de ma première vraie job, j’ai voulu donner un sens à ce qui m’arrivait et peut-être aussi à ce qui ne m’arrivait pas, en le racontant. C’était ma façon de meubler le vide et de donner aux événements la couleur de mes aspirations (un peu de rose, beaucoup de rouge et énormément de noir). Je me questionne sur les effets pervers de cette habitude. Je me demande si ma vie aurait été autre si je l’avais imaginé autrement. Mais au fond, n’est-ce pas ce que tout le monde fait, se raconter des histoires ?<br />
 <br />
Bonne année du dragon !<br />
 <br />
<em>Photographie : <a href="http://www.flickr.com/photos/monteregina/5351632039/in/photostream/" target="_blank">Blue frost &#8211; Givre bleu par Monteregina</a></em></p>
<p> </p>
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