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Trois tares

Dès que j’aime quelque chose, se déclenche en moi la peur de perdre. C’est un automatisme, une mécanique précise et infaillible. Si j’apprécie un moment, si je ressens du plaisir, tout de suite je sens l’envie de m’accrocher comme si j’étais au bord du gouffre. Cette carence béante, je la porte en moi. Un trou noir flotte constamment au-dessus de ma tête, comme une auréole. J’ai peur que les gens l’aperçoivent et s’enfuient en hurlant. Je sais que très souvent dans le passé, j’ai saboté des moments de bonheur en agissant comme quelqu’un qui se noie. C’est l’histoire de tous les menus drames de ma vie. J’essaie de m’habituer au plaisir à très petite dose…

J’ai le coeur qui sursaute de temps à autre. On appelle ça des extrasystoles. Les influx nerveux circulent mal et nuisent à la synchronisation des ventricules et des oreillettes cardiaques. La désynchronisation augmente et quand elle atteint son maximum, le cœur saute un battement. Si je prends mon pouls, je peux noter le battement manquant comme si mon cœur s’arrêtait. Au battement suivant, il doit faire un effort supplémentaire et j’ai l’impression diffuse de recevoir un coup dans la poitrine. C’est très désagréable. J’en ai parlé à mon médecin, j’ai fouillé les Internets. Il n’existe pas de solution. Cette fantaisie du coeur n’a pas de conséquences et l’on doit apprendre à vivre avec. Éviter les excitants peut diminuer le phénomène. L’exercice physique me donne une pause, le muscle cardiaque redevient synchrone à l’effort. Comme la science ne m’offre aucune réponse, je me tourne vers la poésie et je me demande ce qui pourrait faire battre mon cœur…

Finalement, je suit doté d’un ego démesuré, mis en place très tôt pour couvrir soigneusement un complexe d’infériorité congénital. C’est souvent une barrière qui m’entrave mes actions et m’empêche d’avancer. J’avais pris la résolution d’apprendre l’anglais. Les cours progressent bien, je suis assidû et très motivé. J’arrive à un point où c’est plus difficile. Je crois que j’ai atteint mon niveau d’incompétence, je dois redoubler d’effort. J’en suis au point où je dois converser. Si mon interlocuteur parle calmement, je n’ai aucun problème à le comprendre et à suivre ses idées. Mais quand vient le temps de répondre, je bloque. Mon interlocuteur a beau se montrer patient, attentionné, encourageant, j’ai tout à coup l’impression d’être un déficient intellectuel profond et un incapable. J’arrive à tenir dans cette position quelques minutes seulement. Puis le courage me manque et je me replie, gêné, sur le français. À force d’humour et d’acharnement, j’arriverai bien à franchir ces barrières. Je dois replonger à l’eau sans relâche…

D’un crépuscule à l’autre

Voici le billet que je publiais le 11 octobre 2006. Voir tout ce chemin parcouru me rassure. Ma vie n’a pas changé du tout au tout. Des petites modifications se sont additionnées, les unes aux autres, pour laisser plus de place au calme et au confort. Je ne me lève plus à l’heure des poules pour me taper des heures de transport en commun. J’ai apprivoisé ma nouvelle réalité et je tiens l’angoisse à distance, la plupart du temps. J’ai le pied plus solide. Ces temps-ci, je pourrais même dire que je dors assez bien.

Parfois, j’ai peur d’avoir perdu cette intensité. J’ai peur qu’elle se soit enfuie à jamais avec mes drames personnels. C’est lorsque j’étais submergé par la douleur ou par l’angoisse que je parvenais le mieux à voir la beauté, et même à l’imaginer quand elle était absente.

Peut-être que ma vie n’a plus assez de piquant pour être racontée avec souffle. Je ne sais pas. Je tâtonne. En tout cas, écrire me demande plus de travail et d’effort. Je dois secouer le cocon fragile que j’ai mis tant de temps à tisser. Peut-être est-ce le signe que je dois tourner mon regard vers le destin des autres. Cela me fait terriblement peur. Peut-être dois-je simplement réapprendre à écrire.

Crépuscule

Quand le compte à rebours s’enclenche derrière mes paupières, je sais que les derniers instants de liberté s’écoulent trop rapidement. Je dois trouver le sommeil. Les chiffres lumineux tombent en cascade. J’ai besoin de dormir. Barrer la route aux questions qui attendent le flou du crépuscule pour m’assaillir et m’étourdir.

Bien sûr qu’il faudrait que je travaille moins. Combien de temps pourrais-je tenir ? Ce rythme, c’est pas humain. Est-ce que j’attends de craquer ? Pourquoi je m’accroche tellement au travail ? Puis la pensée bascule et les scénarios déferlent. Le loyer, les comptes, les dettes, les coupures de service, les remboursements de prêt et bourses, les intérêts, les lettres de menace dans la boîte aux lettres, les avis d’huissiers. Les imprévus éventuels me serrent déjà la gorge. Je cherche où couper. Comment presser encore plus le citron. Je sais bien, ce n’est pas à cette heure que je vais être éclairé par le génie. Je sursaute quand le plancher craque sous les pas du voisin. Les camions qui passent font vibrer la vitre du salon. Je jette un œil à la lueur sale du lampadaire. Il faut fermer les yeux, il faut partir vers l’intérieur…

Là où le bleu gris du fleuve se mêle aux lumières du ciel, entre le jour et la nuit. J’imagine le dos noir d’un rorqual qui vient rouler à la surface pour frôler la brume et goûter le vent. Il plonge ensuite vers l’immensité bleue. Ne reste qu’une ride qui glisse, s’affaiblit puis disparaît dans les mille fragments de la lune qui se lève.

Je l’imagine porté par les marées orageuses et les courants saturés de vie. Il traverse les espaces liquides ou l’écho des appels lyriques palpe les corps en suspension. Je sais qu’il s’élève, immobile, vers la lumière des glaces lorsque mon esprit s’abandonne et se laisse à regret sombrer dans la nuit. Parfois, quelques gouttes d’eau de mer vont alors se perdre sur ma taie d’oreiller.

11 octobre 2006
Photographie : Rorqual commun par ellor1138

Tombent les heures

Le temps glisse entre mes doigts comme si je serrais du sable dans mon poing. J’ai le sentiment que tout s’effrite à une vitesse folle. Le vieil escalier a traversé l’hiver, mais s’il tient debout, c’est par miracle. Mes électroménagers rendent l’âme l’un après l’autre. Depuis quelques semaines, des fourmis minuscules se sont mises à arpenter les pièces de l’appartement. Les rides courent sur mon visage. Le temps d’écrire m’échappe. Je n’arrête de pédaler que lorsque je suis à bout. Mes cheveux s’allongent, grisonnent. Ma barbe pousse. Les saisons tombent les unes après les autres comme si le climat commençait déjà à s’affoler.

Je sens l’urgence d’aller quelque part, de choisir sinon je raterai le train. Paraît qu’il faut se perdre pour se retrouver. C’est un peu l’idée de se lancer dans l’écriture d’un blogue sans trop savoir avoir de direction. Mais j’ai cette manie de vouloir bien faire. Cet immense besoin d’approbation qui me tiraillent dans toutes les directions et m’empêche de décider.

C’est dans cet état d’esprit que je bricole ce blogue. Je ne suis pas graphiste et ça saute aux yeux dès la page d’accueil. Ce que je veux y mettre demeure flou. Curieusement, tout le monde semble avoir un avis là-dessus, sur la façon de faire comme sur le contenu. On aime bien mettre les blogueurs dans des petites boîtes, ils sont ainsi plus faciles à ranger. J’écoute. Mais je sais que c’est à moi de définir tout ça. J’ai une tête de cochon et, au moins ici, je veux avoir le dernier mot.

C’est une maquette, une partie de ma vie et de mes pensées en miniature. Un endroit pour faire des expériences. Un nid à brouillon. Je n’ai pas le projet de devenir célèbre. Je ne rêve pas du livre, ni de la série télé. Ce n’est pas non plus un freak show pour étaler mes tripes à tous vents. Mais si je me permets de squatter cet espace, entre le public et le privé, c’est que je voudrais bien aller quelque part. Tout au moins, résoudre certaines de mes contradictions et mieux me comprendre. Mes quelques lecteurs fidèles sont des garde-fous, des agents provocateurs ou les lueurs d’un phare dans le brouillard.

La montagne

Le vent se lève. Je le sens qui fait danser mon manteau. Je n’aime pas trop ces moments où le temps s’arrête. Le fond de l’air, encore frisquet, devient mordant avec l’humidité. Je me réfugie dans mes pensées, en attendant le signal du départ. Je n’ose pas regarder devant moi. Ma quarantaine a commencé en catastrophe : un voyage qui a tourné au vinaigre, un projet de blogue qui s’est terminé en queue de poisson, m’obligeant à tout reprendre à zéro. Ma vie des dernières années a été plutôt rock’n roll. Je voulais des histoires à raconter ; j’en ai eu pour mon argent. J’ai fait du chemin, grimpé des montagnes, abattu des murs, sauté des tranchées, encaissé des gifles. Je me suis fait des bras, j’ai mis mon cœur à l’épreuve, et j’ai débroussaillé mes idées. Je vois les coureurs qui avancent sur la première montée encore enneigée. C’est le moment d’y aller.

Après le premier tournant, mes pieds s’enfoncent dans la sloche jusqu’aux chevilles, et glissent dans tous les sens. Aucune prise. Je sacre en continuant de courir tant bien que mal. Et je pense au film Rocky. Je ne sais pas s’il y avait une scène où il courait dans la neige, mais ça « fitterait » tellement. Heureusement que le paysage est magique. Le vol éclair des mésanges entre le vert sombre des conifères. L’eau de la fonte des neiges qui s’écoule entre les rochers. J’ai voulu être utile. Faire un travail qui changerait les choses. Il y a dans le fait de vouloir aider beaucoup de prétention. Mais j’ai pensé que c’était ce que je devais faire. J’ai ramé, j’en ai bavé, j’ai ragé contre le système. Je me suis fait des bleus en me cherchant une place dans ce festival des ego. En bout du compte, on ne donne toujours que des miettes. Et la reconnaissance est une notion qui se perd. La misère et la charité forment un vieux couple qui ne veut pas changer, une institution bien huilée et parfois lucrative, encore plus vieille, j’en suis sûr, que la prostitution.

J’ai perdu quelques plumes. Quelques-uns de mes masques se sont fracassés en tombant par terre. Pour survivre aux guerres de pouvoir et de jalousie, j’ai dû amadouer mes propres démons, mes frustrations et la jalousie que je porte en moi. Mais je me retrouve aujourd’hui, au-dessus de la mêlée dans une sorte de trêve, à me demander quelle sorte de vieux je voudrais bien faire. Le corps qui rayonne de la chaleur de la montée, le coeur qui s’apaise dès la fin de l’effort. Le soleil de fin d’après-midi rebondit sur la balustrade du belvédère. Le gris des nuages qui se bousculent à l’horizon se teinte de rose, pendant que les touristes se font photographier devant les gratte-ciel du quartier des affaires. Savoir clairement ce que l’on veut, c’est bien là l’une des choses les plus difficiles au monde. En lançant mon regard au-dessus de la ville, j’aperçois le vert du fleuve qui emporte les derniers morceaux de glace.

Note en tu

Tu es arrivé en retard sous un soleil qui aurait fait fondre n’importe qui. L’hiver prenait l’eau. Je t’attendais là, bardé de mes mots comme d’une armure étincelante. Je voulais t’éblouir, t’aveugler pour que tu ne me voies pas. Je riais fort, je faisais des moues, je me mordais la lèvre en haussant les sourcils. Je dépliais mon coeur sur le napperon, je sortais l’argenterie, pour que tu voies la lumière briller sur mes plus belles larmes. Toi tu ne savais pas qui j’étais, mais tu souriais en te disant que c’était trop beau pour être vrai. Peut-être cherchais-tu ce qui clochait.

Je me suis retrouvé seul, alors que les nuages couvraient le ciel de la Main. Peut-être un peu plus seul parce que je t’avais manqué. Je suis passé devant toi en coup de vent, comme une furie, prêt à me battre. J’ai livré ma marchandise, ma pacotille. Je fais toujours ça. Pourquoi tu me fais si peur ? Pourquoi ai-je si peur que tu vois qui je suis ? Je ne sais pas. Mais la question s’est plantée devant mes yeux, même si je détournais la tête, même si je grimaçais. Et même si je préférais regarder les lignes du trottoir, la neige mouillée me tapait sur l’épaule pour me faire lever les yeux.

Peut-être que c’est entre moi et moi. Et que toi, tu n’y es pour rien. Parfois la nuit, je rêve d’un ouragan et d’un tremblement de terre qui balaieraient toute mon histoire, toutes ces façades que j’ai construites autour de moi, au fil des années. Je voudrais voir s’écrouler mes tours d’ivoire. Me retrouver nu, pauvre et poussiéreux. Laisser tomber les mille peaux de l’homme que j’ai rêvé d’être, de l’homme que je deviens pour te faire rêver. Et marcher dans la peau d’un inconnu : moi-même. À travers les fissures de mon armure, je vois les enfants qui jouent. Ils ont cueilli des fleurs qui ont poussé dans l’asphalte craquelé, l’été dernier. Ils en ont fait une guirlande qu’ils ont accrochée à la clôture de fer de la cour d’école, et l’ont oublié. Je t’ai vu passer en dessous. Tu n’aimes pas les spectacles, les feux d’artifice et les armures, tu plisses les yeux quand tu es ébloui, pour y voir plus clair. Attends-moi… Un jour, je serai moi.

Débordé

Je n’ai pas pu t’écrire, j’étais débordé. J’entends déjà les voix dans ma tête qui diront que ça ne me prend pas grand-chose pour déborder. C’est peut-être vrai, mais ça n’y change rien. Le blogue est là pour recevoir les débordements d’une vie trop remplie. Mais son auteur passe alors pour un plaignard, une victime, un triste sire, comme dirait l’autre. À quoi sert un blogue si c’est pour se taire ? C’est aussi frustrant que de tomber sur une boîte vocale. C’est aussi triste que de renter et de trouver sa boîte vocale vide. Je jongle constamment avec le secret, la vérité, le public et le privé. Qu’est-ce que je dois dire, qu’est-ce que je dois taire. Et dans le doute, je m’abstiens. Lorsque la vie déborde, je ne sais pas quoi en faire.

Dure semaine. Si j’en ai trop sur les épaules, je suis le seul responsable. Mon insécurité me fouette constamment. Je suis un tyran avec moi-même, un bourreau aveugle et sourd. Les problèmes et les factures prennent un malin plaisir à s’accumuler. Mon frigo est en train de rendre l’âme alors qu’il est le dernier des électroménagers qui fonctionnent encore dans l’appartement où la plomberie fait déjà des siennes. Mes 22 résolutions me pèsent. L’année avance à grands pas. Les mois tombent comme des couperets. J’ai eu littéralement une journée de cul, une journée où je ne me suis pas amusé beaucoup parce que je ne sais pas m’amuser. Je n’ai jamais appris. D’ici, rien ne se voit, mais ce blogue est assiégé. Je reçois en moyenne une trentaine de commentaires de robots. Ils annoncent des sites pornographiques ou du viagra à des prix imbattables. Je te jure ! Chaque soir, je les supprime un par un. Je fermerai peut-être les commentaires, le temps qu’il trouve un autre os à ronger.

J’avais pensé écrire des billets sur mes pérégrinations sur les sites de rencontres. Résolution numéro deux sur vingt deux : trouver un chum. Pourquoi pas un site de rencontre ? Le snobisme, c’est assez ! Ça peut donner des récits croustillants, surprenants et peut-être même comiques. Mais après quelques semaines, ça me paraît plus pathétique que sympathique. Tout ce que j’y vois, c’est une suite de rejets, données et reçus. C’est un jeu auquel j’ai voulu prendre part, avec une sorte de défiance et de fierté, mais je suis bien trop mauvais perdant pour m’y amuser. J’en sors vaguement déprimé. J’ai mis sur mon bureau la carte de Saint-Valentin que j’ai reçue de la part de Google AdSense.

Je rêve d’inonder ce blogue de choses légères, de sourires, de rose, de laine et de duvet ou bien de chair, de sueurs, de feux et de souffle. Mais dehors, février s’est installé et il assomme les rues de neiges mouillées. Tout ce que j’arrive à t’écrire c’est que demain, ça ira mieux.

Bêtes noires

Il y a quelque chose qui cloche avec ma vie. À force d’acharnement, j’ai réussi à lui faire prendre certains tournants. En gardant les yeux grands ouverts et en y mettant le temps, je suis arrivé à y voir plus clair. Je me sens plus solide et plus fort, c’est certain, mais on dirait que je reste toujours aussi insatisfait. Souvent le matin, ça me prend tout mon petit change pour sortir du lit. Et le soir, je n’arrive pas à laisser aller la journée pour glisser dans le sommeil. Peut-être que c’est cette éternelle solitude qui me colle à la peau. Peut-être est-ce le manque de sens. J’ai beau accomplir un travail utile, je me dis souvent que la différence que je fais est bien peu de choses. Mon impact est dérisoire.

C’est ce que je me disais en marchant au ralenti sur le tapis. En déroulant lentement la plante de mon pied tout en respirant. J’ai beau cumuler les réussites, je reste insatisfait, quelque part, dans un coin de ma tête. J’ai l’habitude de la vie où tout va mal. Je m’y sens tout à fait à l’aise. On y a les coudées franches. La position du malheureux a même des avantages. J’ai chassé ces pensées. Le but de la méditation est de ne s’accrocher à aucune pensée. Pendant la méditation marchée, tout le groupe tourne au ralenti autour de la salle. L’animatrice parle d’une fois douce pour nous ramener à l’instant présent. Inspirez en avançant le pied gauche, expirer en avançant le droit, portez attention au transfert de poids, à la solidité du sol.

Mais même quand je médite, je voudrais performer, m’améliorer, réussir, être un bon méditant. Et j’ai ce nœud de tension entre les omoplates. J’observe ma posture. Je replace les épaules. J’essaie de respirer à l’endroit où ça fait mal et ainsi d’ouvrir la cage thoracique. J’essaie de chasser l’inconfort, de l’oublier. Mais je n’y arrive pas, la douleur persiste. L’animatrice reprend : « Je marche en portant mon attention sur mon souffle… Si je sens une tension dans mon dos… » Secondes de silence. Allait-elle enfin me dire comment en finir avec cette douleur et passer à autre chose ? Je suis suspendu à ces lèvres, entre deux pas. « Si je sens une tension dans mon dos…, je souris. » Je reste la bouche ouverte. Je souris ! C’est une joke ? Et puis ça me fait sourire finalement, l’absurdité de l’énoncé. Et je souris et la douleur est là. Et je réalise que je peux vivre avec.

C’est peut-être ce que je dois apprendre à faire avec mes bêtes noires, mon vieux fond d’insatisfaction. Juste sourire. Mais dans certains cas, sourire peut-être beaucoup plus difficile que de déplacer des montagnes. Je suis définitivement plus le genre à pelleter des montagnes. Je pourrais déplacer les Rocheuses à la petite cuillère. Mais déplacer les montagnes, c’est dur sur le dos. Ça crée sûrement des douleurs entre les omoplates. Et puis ça ne sert à rien. Peut-être finalement que sourire est plus utile…

English message will follow

C’est l’une des résolutions que j’ai choisie pour 2010. Le fait de ne pas maîtriser l’anglais m’a causé pas mal de frustrations au cours de la dernière année. En voyage, j’ai eu l’impression par moment d’être complètement idiot. J’ai des collègues de travail anglophones, et plusieurs coureurs de mon club parlent mieux l’anglais que le français. C’est vraiment enrageant de tenter de suivre une conversation sans pouvoir y plonger. La vendeuse chez Archambault m’a conseillé la méthode Assimil (L’américain sans peine), une méthode qui présente la culture américaine du point de vue des Français. Au fur et à mesure que j’avance dans les leçons, je réalise que la culture québécoise est beaucoup plus près de celle des Américains que de celles des Français.

Certains blocages psychologiques m’ont pourtant toujours empêché de devenir bilingue. J’ai commencé à détester l’anglais vers l’âge de 13 ans. Je me souviens d’un vieux frère qui enseignait l’anglais en secondaire I. Il nous faisait apprendre des listes de verbes irréguliers par coeur : get, got, gotten got, ainsi que des prières : Our Father, who is in heaven, holy is your name, your kingdom come… Il avait le coup de règles facile à la moindre erreur.

Pour mes parents, ce n’était pas très important que je sache parler anglais, au contraire. Je viens d’une famille souverainiste où tout le monde a milité pour l’indépendance du Québec. Parler anglais, c’était presque mal, c’était le signe d’un complexe d’infériorité et d’une insouciance quant à la survie du français en Amérique. L’anglais demeurait la langue de l’oppresseur, la langue de l’impérialisme américain, du capitalisme sauvage, de la surconsommation. Cette mentalité assez étroite m’a beaucoup nuit, comme elle a nui récemment à plusieurs politiciens souverainistes qui ont été ridiculisés pour leur incapacité à discourir en anglais. « Don’t be inquiet » a dit Pauline Marois dans un discours. (But don’t worry, guys, I think that I’m already better than her.)

Je n’en suis encore qu’à la phase passive de l’apprentissage. L’accent est mis sur l’écoute et la compréhension. Je viens de terminer la leçon 45 et je me bats en ce moment avec les temps de verbe. Il me fallait un renforcement positif. Plusieurs téléséries sont disponibles gratuitement en ligne. J’en ai choisi une de la CBC dont l’histoire se déroule à Toronto, Being Erica. Après chaque leçon, j’ai le droit à un épisode. En plus de pratiquer ma compréhension, ça me permet d’apprivoiser une culture somme toute très proche de la mienne. J’ai toujours pensé que Toronto était une ville grise, froide et ennuyante peuplés de gens coincés et désagréables. Finalement, c’est une ville qui ressemble beaucoup à Montréal. La série raconte l’histoire d’Erica Strange, 32 ans. Elle a tout pour réussir, mais cumule les échecs. Je ne sais pas pourquoi mais je n’ai pas de problème à m’y identifier.

Il me reste à passer par-dessus mon orgueil et à accepter d’avoir l’air un peu stupide quand viendra le temps de parler. Peut-être un jour arriverai-je à maîtriser l’écrit assez bien pour pondre un billet en anglais, maybe, one day !