Apaisant
Parce qu’il y a encore de la beauté en ce monde. L’histoire de John et Michael, un film de Shira Avni.
9 mai
Parce qu’il y a encore de la beauté en ce monde. L’histoire de John et Michael, un film de Shira Avni.
L’été s’en vient et c’est l’une des plus belles saisons pour visiter Montréal. J’ai toujours considéré que Montréal était la plus belle ville du monde. Plus humaine que New York, plus festive que Toronto, plus chaleureuse que Paris, plus moderne que Rome, plus exubérante que Londres. Et quand je regarde ce tour de ville en deux minutes, j’ai un peu l’impression de revisiter les billets de ce blogue.
Le tour commence au Vieux-Port, là où j’ai sauté dans les eaux du Fleuve lors du Grand Splash. J’y cours aussi en été, même si les vieux pavés sont un peu durs sur les chevilles. En passant par le vieux port, j’accède au Canal Lachine, des kilomètres de presque campagne qui mènent jusqu’à l’immensité du lac Saint-Louis.
Le chômage, ça peut être déprimant. Heureusement, il y a ce printemps incongru. L’hiver devrait pourtant nous réserver encore quelques tempêtes de neige avant de rouler sur ces derniers miles. 23 °C, au moment où j’écris ces lignes, le mercure fracasse des records de températures à Montréal. (Le précédent record était de 18,6 °C le 23 mars 1979.) Outre la météo, je savoure quelques victoires. Mes CD4, trop peu nombreux, se montrent néanmoins vaillants. Poursuivre la lecture
Dès que je vis un moment agréable, la peur de perdre surgit. Alors que je devrais être porté par la joie, je suis déjà envahi par mon désir de retenir ce moment. La peur panique de le perdre à jamais, mes scénarios catastrophes et la douleur anticipée me secouent. Chaque moment de plaisir fait grandir ma nuit.
Je traîne depuis longtemps le rêve d’une vie de couple. Ce rêve est né des premiers instants de complicité et d’abandon que j’ai vécus au début de la vingtaine. Ils ont été pour moi des révélations bouleversantes. Poursuivre la lecture
« … Endossez totalement la responsabilité de vos relations. Acceptez, ne serait-ce qu’un instant, l’entière responsabilité de la qualité et de la nature de la relation que vous vivez sans vous préoccuper de la part de responsabilité revenant à l’autre. Si, par certains côtés, la relation que vous partagez avec quelqu’un n’est pas entièrement satisfaisante, demandez-vous pourquoi vous l’avez créée ainsi. […] Qu’est-ce que cela vous apporte d’entretenir autour de vous un climat de malheur ? (Tout ce que nous faisons nous apporte quelque chose, sinon nous ne le ferions pas.)… » Poursuivre la lecture
Pendant la période de Noël, j’ai mis de côté mon caractère sauvage et misanthrope pour côtoyer la famille et les amis. C’est avec un certain soulagement que j’ai replongé dans le travail entre Noël et le jour de l’an. La plupart de mes collègues sont encore en congé. Je suis seul avec les plantes dans le grand bureau. Même la clientèle a déserté le Jardin. J’aime beaucoup travailler en solitaire dans le silence et être le seul maître à bord. Et je bosse en ce moment sur un projet qui m’intéresse. Je devais en principe être au chômage en janvier. J’apprécie ce sursis inattendu qui m’a été offert jusqu’à la fin du mois. Poursuivre la lecture
17 août
Avoir l’occasion de revisiter le passé éclaire le présent d’un jour nouveau. Quand G. est venu avec moi au Grand Splash, il m’a proposé d’aller prendre un café. On s’était retrouvé par des amis communs sur Facebook. On ne s’était pratiquement pas parlé depuis quinze ans. La mémoire est sélective et ses questions ont fait ressurgir des images, des souvenirs. 1996. Le Network Café, un des premiers cafés internet du Quartier Latin où je faisais les meilleurs cappuccinos. La voix entêtante de la chanteuse des Cranberries. Les messages codés que nous nous laissions, G et moi, sur l’ardoise de la salle de bain. C’était quelques mois avant ma séroconversion. G. a été vraiment important dans ma vie, même s’il est passé comme une étoile filante. Après la sortie de l’adolescence et celle du placard, il a été la première personne devant qui je me suis montré vulnérable et avec qui je me suis senti bien. Il étudiait en cinéma, il parlait de jazz et de philosophie, ça me faisait rêver. En marchant vers le métro, il me demande si je me souviens de la lettre que je lui avais écrite quelques semaines après notre rupture. J’ai un vague souvenir d’une lettre que je lui avais fait parvenir par le biais d’un ami commun. Je ne me rappelle pas ce qu’il y avait dedans. Me connaissant, j’imagine très bien le genre de lettre que j’ai dû écrire. Elle devait être touchante, peut-être un peu larmoyante. Je devais m’y ouvrir le cœur une dernière fois pour finir la relation en beauté. Il se sentait mal de ne pas y avoir donné suite. J’ai réalisé que c’est une des rares histoires de cœur où je ne regrette rien. Je l’ai vécu exactement comme je l’ai voulu, dans les moments les plus lumineux comme dans les plus douloureux. J’en retire une espèce de fierté.
Le lendemain, je revoyais une flamme plus récente. Même si trois ans se sont écoulés, le parfum de M. Right m’a transporté immédiatement en 2008. C’est fou la puissance de la mémoire olfactive. Sa bibliothèque. Ses tableaux monochromes. Les mémoires d’Hadrien qu’il m’avait offert. Il y a très peu de personnes avec qui j’ai senti un lien aussi fort, aussi entier. Je me suis retrouvé incroyablement gêné quand il s’est assis devant moi. J’étais persuadé que je serais parfaitement à l’aise. Il était cent fois plus beau que dans mes souvenirs. Aussi attentif, curieux, toujours bienveillant. Est-ce que je serais capable d’être ami avec un gars comme lui ? Est-ce que je ne vais pas continuellement fantasmer sur la possibilité d’un retour en arrière et souffrir des désillusions qui suivront ? Je me sens un peu coupable et responsable de notre rupture. Si j’avais montré plus de patience, moins d’intransigeance, peut-être que les choses se seraient passées autrement. Mais peut-être qu’on en serait arrivé au même point, par d’autres chemins. Je lui ai rappelé qu’il était très fâché contre moi. Il avait effacé cette partie de l’histoire de sa mémoire. Il ne se souvenait plus pourquoi il était fâché. Je lui ai parlé de ma vie, du Cow-boy et d’El Poblano. Il m’a parlé du gars parfait avec qui il était au Mec Plus Ultra, son ex-chum et actuel meilleur ami. En un clin d’œil et une poignée de main, j’étais sous son charme. Comment il a pu sortir avec un gars parfait comme ça et me fréquenter moi ? Il m’a demandé comment j’avais eu l’idée de le relancer. Je lui ai dit que ça me ferait vraiment suer de le croiser par hasard dans des soirées et de ressentir toujours ce malaise. Nous avions plein de points en commun et des discussions vraiment intéressantes et que tout ça m’avait manqué. Il m’a remercié d’avoir pris cette initiative. Je l’ai remercié d’avoir accepté. J’ai l’impression que rien qu’à le côtoyer je deviens meilleur. En rentrant, je me trouvais plus beau dans le miroir. On s’est serré dans les bras l’un de l’autre en se quittant et je souris sans arrêt, depuis. Il y a maintenant un couloir entre nos deux vies. Compter quelqu’un comme lui dans mes amis proches, me rendrait vraiment fier.
13 août
Le vide. Je fais des pieds et des mains pour le combler, le masquer, l’oublier, même momentanément. Peut-être devrais-je simplement l’embrasser. Peut-être retrouverais-je ainsi l’énergie pour m’attaquer à tous ces obstacles qui s’accumulent devant moi. Qui sait ? Immédiatement après avoir relancé M. Right, je l’ai regretté. Je me suis mis à compter les heures en attendant frénétiquement une réponse et en me répétant qu’il n’y en aurait probablement pas. Je nageais alors en eaux connues. Je suis à l’aise, confortable, dans le rôle de celui qui attend.
Pour me distraire, je ne choisis que des histoires impossibles : David à New York (8 heures de train) ou le Minotaure (et son chum fantôme). J’imagine que j’ai pressenti l’inaccessibilité de l’homme de la lune. Sinon je n’aurais jamais laissé cette histoire perdurer. Je meuble le vide qui me fait peur, sans mettre en péril mon fragile équilibre. Tous les obstacles sont bons. Pourvu que les chances d’avoir à me dévoiler demeurent les plus minces possible. Qui ne risque rien n’a rien. No risk, no reward. Alors je reste les mains vides. Me limiter au rêve, c’est la stratégie que j’ai adoptée. Les rêveurs sont toujours sympathiques.
Du coin de l’œil, je regarde en rêvant la dérive de ma vie. L’été qui glisse vers sa fin à une vitesse lente et vertigineuse. J’accumule les kilomètres, au fil des semaines. Je découvre de nouveaux muscles à travers de nouvelles douleurs. Mais la course demeure le domaine où je goûte à la réussite. J’épuise méthodiquement mes recours contre mes voisins. Je me bats avec les puces dans l’appartement. Il en reste toujours quelques-unes qui réapparaissent à chaque fois où je pense en être venu à bout. Ma vie n’a rien de reluisant et je n’ai pas très envie que qui que ce soit y mette le nez. Je m’entoure d’un brouillard de mystère. Je fais ça depuis l’enfance, une carapace de brume. C’est toujours plus facile de briller au milieu de la brume.
Peut-être devrais-je simplement embrasser le vide. C’est ce que je me disais quand M. Right a levé la main en disant : « présent ». J’avoue que je suis un peu désarçonné. Il va falloir que je balaie un peu la brume devant moi. Je sens un fond d’inquiétude qui bourdonne. Et si… on n’avait plus rien à se dire ? J’essaie de me convaincre qu’il aura sûrement un empêchement de dernière minute. Mais ça ne tient pas la route. Il a vraiment l’air de vouloir que la rencontre ait lieu, et on dirait que c’est justement ce qui m’inquiète. Dans quoi est-ce que je me suis embarqué ? Parfois, j’agis sans réfléchir, et c’est toujours à ce moment-là que je fais les meilleurs moves.
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