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Billet avec le mot-clef ‘amour’

Regret #08

J’ai vécu pendant neuf ans avec D. J’ai réalisé, il y a quelque temps seulement, que je ne lui avais jamais donné de surnom, comme le font généralement les amoureux. Lui ne s’en gênait pas. Il rebaptisait comme ça tous ceux qu’il aimait d’un nom unique qui avait une signification particulière. Personne ne connaissait le nom qu’il me donnait et ce surnom restera toujours pour moi quelque chose de précieux.

La vie à deux n’a pas toujours été facile. C’est probablement le lot de la plupart des couples. Mais notre quotidien aurait peut-être été plus fluide si j’avais su démontrer mon affection. C’est un regret qui me hante en ce moment. Je viens d’une famille où les sentiments étaient tabous et où personne ne se touchait jamais. Les derniers becs avant d’aller dormir, je les ai reçus à l’âge de 4 ans et ensuite, plus rien. Je n’ai jamais été très à l’aise avec mon corps. Et je dois avoir des côtés autistes, dès que l’on me touche, je me hérisse. J’ai réussi à transgresser ces barrières dans la sexualité, mais hors de la baise, je redevenais un hérisson glacial.

Je regrette que, pendant toutes ces années, je n’aie su faire preuve de chaleur, de tendresse. Je démontrais mes sentiments par mes actes, dans mes efforts pour rendre notre vie agréable. J’étais celui qui organisait, qui planifiait tout. Et puis, je me déchaînais lorsque je pouvais m’exprimer par écrit, dans les cartes d’anniversaire par exemple, où j’arrivais à être à la hauteur de ce que je ressentais. Parce que de toute ma vie, D. est la personne que j’ai le plus aimée. Et que je voyais vraiment en lui quelqu’un d’extraordinaire. Mais les moments de tendresse se sont vite réduits au minimum. Et D. s’en est même plaint à un moment donné. Il avait sûrement, lui aussi, sa part de responsabilité dans cette absence qui s’installait entre nous.

Si je pouvais revivre ces années, j’essaierais de me pousser et de me faire violence pour briser mes propres barrières. Je tendrais la main. Sans un mot, j’irai me coller contre lui. Je jouerais dans ses cheveux. Je me chamaillerais. N’importe quoi, pour le toucher. J’ai aimé le regarder dormir. Ç’a été un de mes plus grands bonheurs. Si c’était à refaire, je m’endormirais la bouche contre sa peau. Souvent lorsque j’allais travailler le matin et que j’allais partir sans l’embrasser, il m’arrêtait, me disait que ça pourrait être la dernière fois que l’on se verrait, qu’il ne fallait pas se quitter comme ça. Je lui faisais une bise furtive avant de m’éclipser. Ce n’est pas que je n’avais pas envie de plus. J’avais appris à étouffer ces besoins. Et je crois que j’avais à l’intérieur tellement d’émotions refoulées qu’un câlin trop appuyé aurait risqué de me faire exploser.

Je pense que ça aurait pu changer notre relation. Et que l’explosion tant redoutée aurait été salutaire. On serait probablement au même point, aujourd’hui. Mais la séparation aurait été moins brutale et l’on serait peut-être arrivé à garder le contact comme on l’aurait souhaité.
Peut-être que la communication entre nous aurait dépassé les mots et que j’aurais pu sentir plus clairement et plus rapidement la faille qui grandissait entre nous. Finalement, peut-être que le fait d’ouvrir ces barrières m’aurait mis en contact avec mes propres besoins d’être touchés. Je crois que tous les deux, nous avions notre part de responsabilité dans cette froide vie à deux. Mais je sais que de mon côté je traînais toujours avec moi ce besoin immense, constamment frustré.

On ne peut pas refaire le passé. Mais je crois que ce n’est jamais mauvais de le revisiter. Ça fait maintenant cinq ans que je suis célibataire. Depuis notre séparation, on ne se parle qu’une ou deux fois par année. D. m’a toujours appelé pour mon anniversaire. Ce soir, il ne l’a pas fait, pour la première fois.

Trois voix off

Que des couloirs vides, des embranchements, des culs-de-sac. Parfois, la nuit, j’ai peur de ne jamais en sortir. Mais il y a des soirs où je me laisse prendre au jeu. Je trouve même du plaisir à courir dans ce dédale. C’est peut-être l’âge qui m’assagit. Quand El Poblano éclate de son rire d’enfant, je ne peux m’empêcher de sourire avec lui. Des éclats de mon sérieux, tout craquelé, vont même s’écraser à nos pieds, sur le plancher.

Je lui ai raconté qu’à défaut de trouver un amoureux potable, potentiel et disponible, j’avais décidé de faire comme tout le monde et de me dégoter un fuckfriend. Le Minotaure, un garçon drôle, brillant, brûlant ! Mais c’est plus fort que moi, je ne l’avais vu qu’une seule fois et en rentrant chez moi, le sourire aux lèvres, je ne pouvais pas m’empêcher de rêvasser. Je m’imaginais partir en voyage avec lui dans une voiture de location, passer une journée complète sans sortir de la chambre d’hôtel, le présenter à mes amis lors de mon souper d’anniversaire, emballer son cadeau pour Noël. Même si c’était clair avec lui, dès le début. Que du cul ! El Poblano fronce le nez en riant : « Moi je suis pareil, je vois un gars une fois, puis je m’imagine déjà que l’on s’achète un bungalow p’is un caniche royal. »

Je voulais être cool. Un fuckfriend, c’est cool, non ? Quand j’ai su qu’il avait un chum, je n’aurais dû rien ressentir. Mais non ! Ça m’enrage. Ça me ronge de l’intérieur. J’ai envie de savoir c’est qui. J’ai fouillé le Web, à la recherche d’indices. El Poblano appelle ça du Google Stalking. Si je pouvais au moins découvrir que c’est un vieux riche, qu’il est bête et stupide, qu’il pèse 300 livres et que c’est un laideron, ça me rassurerait. Même si je sais bien que je serai toujours, au mieux, le numéro deux. El Poblano a l’air de me trouver vraiment drôle : « Ce qui est sûr c’est que même si le chum est beau, jeune, brillant, tu as quelque chose de plus que lui. Sinon pourquoi il voudrait te revoir ? » Je hausse les épaules : « peut-être que c’est seulement l’attrait de la nouveauté. »

J’ai quand même décidé de jouer le jeu à fond. Comme le fuckfriend me laisse sur ma faim (et que, comme l’a dit Louis, il va me faire souffrir), je me suis trouvé un tendernessfriend (j’ai un copyright sur le néologisme). Mario. Je pense qu’il sort d’une relation difficile ou d’une dépression. Pas de sexe, avec lui. On regarde des blockbusters, collés sur son canapé, on mange de la crème glacée et on dort en cuillères. On se fait du bien, en essayant de ne pas trop se faire de mal. Souvent, j’ai plus envie de le voir que d’espérer les visites aléatoires du Minotaure.

Et comme ça ne me suffisait toujours pas, J’ai même trouvé un possibleboyfriend (copyright itou !), Giacomo. Lui, il est vraiment gentil et intéressant. Je l’ai rencontré dans un bar. Il vient de se séparer et ne se sent pas prêt pour une relation. Mais ça fait trois fois qu’il me rappelle. Il est prof d’anglais et j’ai besoin de pratiquer ma conversation. Ça s’appelle joindre l’utile à l’agréable. On ne sait jamais ce que ça donnera à plus long terme. J’ai archivé un message de chacun sur mon répondeur. Trois voix sexy avec des accents différents : anglo-italien pour Giacomo, anglo de l’ouest pour Mario et l’accent montréalais du Minotaure qui parle à la française pour me faire rigoler. Peut-être que je vais y prendre goût. En tout cas, lorsque je suis de mauvaise humeur, j’écoute les trois messages et je souris.

So 2010

Bien que je sois accro à la technologie, parfois je me dis que ce serait bien de vivre à une autre époque. Celle où l’on écrivait lentement sur du papier, pour n’être lu que par une personne à la fois, à la lumière du soleil ou des bougies. Le temps où l’on buvait l’eau des rivières et celle des puits et où l’on mangeait ce qui avait été produit sur les fermes voisines. Il y a déjà eu une époque où la nuit était noire et où le printemps charriait tant de parfums que les promeneurs s’enivraient. On considérait les épices ou le chocolat noir comme des trésors inaccessibles. À cette époque, on ne connaissait qu’un nombre limité de personne, et notre destin était tracé dès l’enfance. Partir pour un voyage était une aventure incroyable. On croyait à l’amour éternel parce que la majorité des gens mouraient avant trente ans.

Mais ce n’est pas le cas, à 40 ans, je n’ai toujours pas trouvé de direction claire à donner à ma vie. Je pleurniche à coups de 140 caractères pour des centaines de followers, tout seul devant mon écran. La seule odeur que j’ai sous le nez, c’est le parfum de ma crème Vichy soin hydra Mag 24 h. De toute façon, le pollen me donne des allergies. Je me laisse entraîner dans cette course folle aux plaisirs éphémères. Et j’essaie, tant bien que mal, d’y survivre. Chaque matin, je suis secoué avec la foule entassée dans l’autobus. Et, le vendredi, je me saoule la gueule pour oublier. Je lève le volume du iPod jusqu’à ce qu’il m’écorche juste un peu les tympans. Puis je mets Lady Gaga : Stop callin’, stop callin’, I don’t wanna think anymore !

Les fuckbuddies, c’est ça la mode !

Max, c’est une vieille histoire. Quand je l’ai connu, il était danseur (en danse contemporaine ou quelque chose du genre). Aujourd’hui, il est infirmier. On s’est retrouvé un jour dans un colloque. Ignorant que l’on se connaissait, un de mes collègues a voulu nous présenter. Et comme on ne s’était jamais reparlé, il y a eu comme un petit malaise (de ma part en tout cas). Il a souri en lançant : « C’est un Sex and the City moment ! » et moi j’ai viré au cramoisi pendant que mon collègue se tournait vers moi puis s’étouffait de rire.

On est désormais employés par des organismes qui sont partenaires et, de temps à autre, on travaille ensemble. La clinique de dépistage que l’on tenait ce soir-là dans un peep-show n’avait attiré personne. Les heures s’étiraient. On a parlé de cuisine, des bonheurs de la course à pied, des dangers de l’entraînement et, finalement de la quête impossible du couple. Tout autour de nous s’étalaient des centaines de boîtes de films pornos gais avec des garçons dénudés qui nous faisaient de l’oeil.

— Pourtant, disais-je, tous les gars que je rencontre quand je fais de l’intervention dans les saunas me disent que c’est ce qu’ils recherchent une relation stable, l’amour avec un grand A.
— Oui, mais ça, c’est avant qu’ils soient venus
— (…)
— Une fois qu’ils sont venus, ils passent à autre chose. Je te le dis, c’est toujours comme ça.
— Tu penses ?
— Ben oui ! C’est évident.
— C’est vrai que le dernier que j’ai rencontré m’avait dit qu’il était célibataire. Une fois qu’il est venu, il s’est rappelé qu’il avait un chum. (Je me souviens de la situation et je rigole.) Un couple « ouvert ».
— C’est pour ça que moi… jamais, le premier soir ! Ça l’air stif comme ça, mais ça en élimine pas mal. Tu sais, ceux qui veulent juste du cul, ils se rendent jamais à la deuxième fois. On est à l’ère du junk-sex. Non, non, non, tu ris, mais c’est vrai.
— Ben, ce gars-là je l’avais fait attendre la deuxième fois, peut-être qu’il était particulièrement mal pris. En fait, il m’a dit qu’il venait de se séparer, mais qu’il espérait que ça allait s’arranger. Quand ils étaient ensemble, en couple ouvert, ils baisaient à gauche et à droite, mais la règle c’est qu’il n’avait pas le droit de revoir deux fois le même gars, pour pas que ça devienne sérieux. Alors, bien sûr, il ne veut pas qu’on se revoie.
— (…)
— (…)
— C’est pas évident à notre âge. Les gars sont tout’ casés ou bien tout ce qu’ils veulent c’est s’amuser.
— Déprimant !
— Les fuckbuddies, c’est ça la mode !
— Oui, mais je trouve que ceux qui cherchent des fuckbuddies sont moins pathétiques que ceux qui recherchent l’amour désespérément. Souvent, ces gars-là sont bien dans leur peau, ils ont des vies intéressantes, des passions, des amis. Moi, les gars qui ont pas de vie, pas d’amis, p’is qui cherche le gars qui va combler tous leurs besoins, je trouve ça un peu pitoyable. Combler tous les besoins de quelqu’un, c’est un trop gros mandat pour un seul homme… Non, je suis pas mal certain que les amateurs de fuckbuddies sont mieux dans leur peau.
— Ils ont « l’air » bien dans leur peau !
— Ouin, t’as peut-être raison. Peut-être qu’ils sont malheureux aussi. Au fond, tout le monde est malheureux, non ?
— Ils sont malheureux, c’est certain. C’est pour ça qu’ils ont toujours besoin de se prouver qu’ils pognent encore en passant d’un fuckbuddies à un autre…

Le jeu des résolutions

40 ans. Janvier 2010. Ça fait pas mal trop de zéros au même moment et pas mal de vide devant moi. En ce moment, je ne sais pas du tout où s’en va ma vie. Je voulais profiter de mes vacances pour faire le point, classer les pour et les contres de certains changements, choisir quelles directions prendra mon existence. Il ne reste que quelques jours et je constate que je ne suis pas très avancé. Je me suis donc inspiré de l’exercice proposé par Steve Proulx pour concocter une liste de ce que je veux dans la vie. Je vous mets au défi de faire vous aussi l’exercice, et de le publier sur vos pages ou ici, en commentaire.

À vous de jouer !

Dressez d’abord la liste de ce que vous voulez de la vie en 2010. Allez-y librement, sans contraintes, dans le désordre. Mais soyez précis et ne tombez pas dans les généralités. Limitez vous ensuite à exactement 20 points, pas un de plus, pas un de moins. (Les limites, ça stimule la créativité.)

Modifier chaque phrase pour qu’elle soit affirmative et que les verbes s’y conjuguent au présent. (La loi de l’attraction, on sait jamais…) Établissez ensuite des priorités en changeant l’ordre au besoin. (Et ce, sans toucher au premier et au dernier énoncé qui joueront le rôle d’introduction et de conclusion.) Vous pouvez aussi les numéroter.

Regroupez ensuite les 18 énoncés restant en groupe de trois, en respectant l’ordre. Coiffez d’un titre chacun des groupes comme si c’était un chapitre, montrez-vous imaginatif. Retouchez les phrases, précisez-les, soulignez les mots importants, amusez-vous ! Après avoir fignolé votre liste, partagez là. Et bien sûr, vous avez l’année pour réaliser le tout, chapitre après chapitre…

J’ai hésité pas mal à publier ma liste. Voici, ce que ça donne dans mon cas. C’est peut-être trivial, mais il faut bien commencer quelque part.

1.    Je sais où je m’en vais dans la vie

I : Un toit au-dessus de ma tête et au-dessus de mon cœur
2.    J’ai un chum. Nous nous aimons profondément, intensément et, par moment, à la folie.
3.    J’ai quelques bons amis que je vois régulièrement.
4.    Je vis dans un endroit ensoleillé où je peux dormir tranquille.

II : Participer au monde avec intensité
5.    Je suis nourri par des œuvres littéraires, cinématographiques, musicales, picturales…
6.    Je travaille selon mon propre horaire et je suis ainsi plus efficace.
7.    J’ai une vie sexuelle palpitante.

III : Un esprit ouvert dans un corps sain
8.    Je cours régulièrement et je m’entraîne.
9.    Je mange bien et je suis végétarien.
10.    Je voyage chaque année au Québec et à l’étranger.

IV : Un travail qui ajoute du sens à ma vie
11.    Je me sens profondément utile à mes semblables.
12.    Je consacre une bonne partie de mes heures de travail à l’écriture.
13.    Je tiens un blogue diversifié où je me sens chez moi.

V : Échanges et reconnaissance
14.    Je suis reconnu et apprécié pour le travail que je fais.
15.    Je suis à l’aise de parler et d’écrire en anglais.
16.    J’ai les moyens d’aller au resto, au cinéma, de magasiner comme je le fais maintenant.

VI : Des luxes abordables
17.    Je prends le temps de lire.
18.    J’ai un vaste cercle social.
19.    Je suis touché, je reçois et je donne des massages de temps en temps.

20.    Je suis calme et je me sens en sécurité.

Tout un programme !



Quelqu'un

Dans ces instants de transition, entre la nuit et le jour, quelqu’un me manque. Il y a des moments où le corps s’abandonne et où je dresse des bilans, je revois le dernier jour écoulé et j’imagine l’avenir. J’aurais envie de me raconter à quelqu’un, quelqu’un de tangible. Les sédiments des jours et des nuits se déposent en couches de tristesse ou de bonheur. Je sens comme une brûlure, le besoin de m’approcher d’un autre, deviner la masse d’un corps, entendre un souffle, entendre un cœur, entendre. Poursuivre la lecture

Sky is the limit

Prendre la vie à bras-le-corps, ça sonne bien, non ? Pourtant, par moment, je trouve que j’y vais un peu fort. Parfois, je préférais laisser la vie se tenir par elle-même. Mais c’est le choix que j’ai fait et je m’y tiens. C’est court la vie et j’ai trop perdu de temps. Au fil des dernières années, j’ai confronté mes démons. Un à un, je les ai acculés au pied du mur, sans jamais cessé de les regarder dans le blanc des yeux. J’en ai même exhibé quelques-uns comme des trophées de chasse. Au risque d’avoir l’air prétentieux, de recevoir des éclaboussures de pitié et les sentences des bien-pensants.

Pour être bien certain de les débusquer tous, je me suis trouvé un boulot où je devrais courir les bas-fonds. J’ai passé des soirées dans les lieux les plus glauques, dans les odeurs de poppers et de marijuana. J’ai la tête qui tourne à force d’entendre la bande-son des films pornos. C’est parfois ennuyeux, mais je suis là, soir après soir, pour tenir la main de la solitude, de l’isolement et du mal de vivre. J’ai travaillé dans des endroits où je n’aurais jamais mis les pieds : peep show, bar de cuir, terrains vagues. Poursuivre la lecture

Chut

Comme un iceberg qui bascule, l’équilibre entre ce que je raconte ici et ce que je choisis de taire s’est renversé. Ces dernières semaines, un mélange de pudeur et de manque de temps a retenu mes mots. J’ai passé sous silence le mousseux californien avec lequel nous avons trinqué au printemps. La mozzarella fraîche que Ziggy m’a servie en tranches molles, entre tomates et basilic. Cette lumière du matin dorée, quand j’ai soulevé la couette pour admirer son long corps blanc avant qu’il ne s’éveille. Je n’ai pas raconté notre première scène de jalousie que nous avons pansé, calés l’un contre l’autre dans son divan, mes doigts qui erraient lentement dans ses cheveux.

(…)

Je n’écrirai pas les mots qui coiffent ce blogue. Les prononcer, équivaudrait à lâcher un éléphant dans un magasin de porcelaine. Et je me suis découvert un penchant pour la porcelaine, celle de son sourire, de ses bras et celle du creux de ses reins. J’ai aussi remis à plus tard mon dilemme. La soupière ébréchée devra attendre encore un peu. Le secret est parfois lourd à porter et j’ai souvent envie de tout balancer pour être soulagé. Ce n’est pourtant qu’à moi qu’il revient de porter ce poids. J’appréhende le moment où ces mots devront tomber.

(…)

J’ai fait un rêve étrange, la nuit dernière. Je m’étais arrêté sur l’accotement d’une route que je connais par coeur pour l’avoir parcouru mille fois, un ruban d’asphalte qui ondule entre des murs d’épinettes noires. Cette route traverse le parc de la Vérendrye et se déroule jusqu’à la petite ville minière où je suis né. Elle s’enfonce dans la forêt du nord, émaillé de lac aux couleurs du mercure. Je sentais très clairement que l’heure était venue de quitter cette voie pour plonger dans l’ombre des conifères, entre les lichens gris bleu et les aiguilles sombres, là où il n’y a plus aucun sentier. Je n’éprouvais pas de crainte. Je suis un urbain d’adoption, mais je sais me débrouiller dans les bois. J’ai une boussole dans ma poche. Et il y aura toujours les astres. Il me faut courir le risque de me perdre si je veux me trouver un jour. Je suis donc entré dans la forêt, sans faire de bruit. Et je suis disparu entre les arbres. Bien sûr, il y avait le silence. Mais derrière le silence, la vie coulait comme du miel.