Remontée
Le samedi soir, je suis à court de mots, ma gorge est sèche, mon souffle, court. J’aurais envie de silence. Ma peau cherche désespérément une trace de chaleur. La nuit reste glacée. Je me répète. Parfois, j’en ai assez de dire ces douleurs, de leur laisser le devant de la scène.
J’ai toujours du mal à trouver un équilibre. Toute la semaine, je me démène pour les autres. J’écoute. Je pense à tous les détails. Je donne le meilleur de moi-même. J’arrive chez moi et je n’ai plus d’énergie pour dormir, pour manger, pour entretenir les lieux. Chaque pas me semble démesuré. On dit : « Tu traverseras le pont, quand tu arriveras à la rivière. » Même quand je ne vois pas la rivière, je ne peux m’empêcher de penser au pont, à ses matériaux, à sa structure. L’hiver devient un tunnel dont je ne vois pas la fin. Un pas, un autre pas. Jusqu’où pourrais-je continuer ?
Je rêve d’un appui. D’un être humain qui saurait entendre, quelqu’un qui aurait le temps et de la paix à partager. Je suis entouré de voix qui exigent d’être entendues, de mains tendues, de regard qui demandent. Dans la solitude et le silence, je suis autosuffisant. Je vivrais bien seul en forêt ou sur le bord d’un lac. Mais coincé dans la foule, la solitude devient lourde à porter
Je me demande si j’ai fait les bons choix. Ma vie serait-elle plus douce si j’avais agi autrement ? J’essaie de ne pas trop y penser. L’irrémédiable me fait peur. Et imaginer un bonheur manqué me fait mal. J’ai fait les choix que j’ai faits au meilleur de mes capacités. La page blanche se remplit pendant que mon esprit se déleste. Je respire plus librement. Mes fins de semaine ressemblent à de longues remontées à la surface. Les images remplacent les mots. Et je sens le sommeil qui engourdit mes doigts.






