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Billet avec le mot-clef ‘beauté’

Apaisant

Parce qu’il y a encore de la beauté en ce monde. L’histoire de John et Michael, un film de Shira Avni.

Quelques pas de salsa

Dans un premier temps, la colère. Il m’a téléphoné au bureau. J’étais pressé. À travers la cacophonie, j’avais du mal à l’entendre. Le sourire dans la voix, il m’invitait à passer la soirée chez lui. Il s’occuperait du souper, mais il fallait qu’il se lève tôt le lendemain matin. Il ne m’avait pas donné de nouvelles de la semaine. J’en avais fait mon deuil. Toute la soirée, il se montre charmant. Je le trouve craquant. Il le sent. Puis vers la fin de la soirée, il change de visage et m’annonce qu’il veut dormir seul. Je regarde mon sac à dos qui déborde et que j’ai posé dans son entrée. Poursuivre la lecture

Cold Star

J’ai attrapé le dernier Fugues, en sortant du métro. Souvent, l’image que ce magazine donne des hommes gais me désole. L’homme gai est nécessairement musclé, bronzé et ses dents blanches et parfaites ont des reflets bleutés. Il a trois préoccupations : la décoration de son condo, le prochain disque de Céline et les circuits party. (Et il vit, la plupart du temps, torse nu. Il n’est pas frileux.) Après 45 ans, l’homme gai n’existe plus. Peut-être qu’il retourne dans le placard. Poursuivre la lecture

Short notes

Musique : Love is a Shade (2009) par joshschroeder (environ 30 minutes de bonheur)

Je sors de ma première entrevue d’embauche en anglais et en français. Je m’étais préparé mentalement à une entrevue rien qu’en anglais. J’ai passé la soirée d’hier avec le Cow-boy. And we spoke English only. Finalement, la consigne était de parler la langue où l’on se sentait le plus à l’aise. La fille qui m’interviewait commençait en français, puis finissait toujours en anglais. Je bredouillais un peu en anglais puis je passais au français. It was so Montreal. J’ai fait une excellente entrevue. Je ne suis pas sûr que cet emploi m’intéresse, mais ce n’est jamais perdu. Je suis content de moi. J’en avais bien besoin. C’est l’hiver dans mon crâne, malgré le soleil.

La dernière fois que j’ai couru avec le club. Je suis redescendu de la montagne aux côtés d’un garçon éblouissant. Ce n’est pas un régulier, mais il se joint au groupe de temps en temps. Je l’ai toujours trouvé craquant, dans le genre inaccessible. Physiquement, il pourrait évoquer l’homme de la lune… avec une dizaine d’années de moins, en plus démonstratif et en plus détendu. Nouveau célibataire selon Hugh. (Il a dit « nouveau simple » pour new single. Cute !) C’est lui qui est venu vers moi, à trois reprises : à cheval sur nos bixis au coin de Saint-Laurent, au point de départ, au sommet. (Et Dieu sait que je peux avoir l’air inabordable et glacial, quand je suis gêné.) Il m’a dragué de façon assez directe et m’a demandé au milieu de la pente si j’avais un copain. Mon ego a esquissé un sourire en coin, du fond du troisième sous-sol. Depuis, je trouve toutes les raisons du monde pour me convaincre que c’est impossible. The cow-boy played my therapist. J’ai peur du rejet. J’ai peur de la souffrance. C’est normal, non ? No risks, no rewards, qu’il m’a dit. Là-dessus, il est pareil comme moi. Pendant l’entrevue, ils m’ont demandé : how do you define an harm reduction approach ? Quelque chose de personnel et d’individuel. Chaque être humain doit élaborer ses propres stratégies en fonction du niveau de risques qu’il est prêt à assumer. Éliminer les risques est impossible. Mais il y a toujours moyen de les réduire. Je suis fragile en ce moment.

J’ai des voisins fous qui vivent barricadés dans un appartement bordélique, au rez-de-chaussée. Ils n’ont pas tondu le gazon depuis deux ans. Quand je sors de chez moi, je dois passer à travers des herbes qui m’arrivent aux hanches. Ils nourrissent les chats errants. Alors il y en a des centaines qui rôdent autour. Je vous laisse deviner l’odeur. (J’ai l’impression de vivre dans une litière.) Ils les nourrissent, mais ne vont pas jusqu’à leur payer une stérilisation ou des soins vétérinaires. Résultats : ils sont infestés de puces. Chaque fois que je traverse le champ, j’ai des puces qui me sautent sur les jambes. J’en ai maintenant dans certaines pièces de mon appartement. Je me bats avec ça depuis des semaines. J’ai fait tout ce qui est possible (aspirateur, vapeur, savon, pyrèthrinoïdes de synthèse, pyriproxyfène). J’ai lu tout ce qui s’est écrit sur les puces. J’en fais des cauchemars. J’ai craqué quelques fois et je me suis aspergé le corps de pesticides. Je m’inspecte pendant une heure chaque soir. Il n’y en a pas dans ma chambre, ni dans mon lit. Avec de la persévérance, j’en viendrai bien à bout. One day !



L’orage silencieux du 21 juillet, sur Montréal.The Demon Storm par operatique sur Vimeo.


Comme Josh Schroeder (un garçon vraiment charmant) ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche, voici un lien pour télécharger son album sur iTunes :Love Is a Shade. Un 6.93 $ bien investi.

Juin avant l’heure

Pendant que je me tais, les saisons avancent. On dit qu’une image vaut mille mots.

Le Micocoulier de l'étang
Houblon au Premières Nations
Tapis de pachysandre
Belle inconnue, jardin de crevasses
Clintonie boréale sur pain de perdrix, Premières Nations

Et sur mon autre blogue, le calendrier des travaux pour un jardin urbain : Juin, sur Ruelle Verte.

Beauté

Les réactions suscitées par le dernier billet m’ont donné envie de préciser mes idées sur le sujet. J’y parlais bien sûr de la beauté plastique, de cette beauté extérieure qui obéit à des canons édictés par la société. Je voudrais être plus fort en tête et définir moi-même ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. Mais je me rends bien compte que le brain wash auquel nous soumet la vie en société a fait son petit effet sur mon esprit. J’ai un biais dans le regard.

« … Des psychologues ont essayé d’analyser quels traits physiques étaient considérés comme attirants. Ainsi, selon Judith Langlois, les visages se rapprochant le plus de la moyenne étaient jugés plus attirants que ceux ayant des particularités physiques marquées. Cela peut s’expliquer par le fait que les mutations génétiques étant le plus souvent délétères, les individus ont tendance à rechercher des partenaires en présentant le moins possible, donc se rapprochant physiquement de la moyenne. Une autre explication est que la symétrie bilatérale fondamentale du corps est altérée par des accidents de croissance souvent dus à des maladies, ce qui révèle l’affaiblissement du système immunitaire. Selon Thierry Lodé, en choisissant des partenaires sexuels aux traits symétriques, l’animal sélectionne un partenaire disposant d’un système immunitaire transmissible à sa progéniture et indemne de maladies. Les fluctuations asymétriques mettent en évidence l’état de santé et les faiblesses génétiques des partenaires… »
(source Wikipédia et Langlois, J.H. ; Roggman, L. (1990). Attractive faces are only average. Psychological Science 1, 115-121)

La beauté serait le résultat d’une moyenne ? L’idée rebute et m’a d’abord paru ridicule. Pourtant, en me rendant sur le site Face Research, et en faisant la moyenne des photos qui me plaisaient, j’obtiens un portrait-robot dont la ressemblance avec le garçon du dernier billet est plus que troublante. (Mettez-lui une chemise à carreaux et des lunettes de soleil sur la tête, et c’est tout à fait lui !) Je vous le présente. C’est le type de visage qui me fait craquer, semble-t-il (comme des millions de mes congénères humains) :

Combinez ce genre de beauté à un minimum d’assurance (dans un bar sombre où j’ai bu trop d’alcool) et je me retrouve complètement aveuglé. Je crois que ce n’est pas le plaisir esthétique qui cause cet aveuglement, bien qu’il soit présent. C’est davantage mon impression d’approcher d’un idéal, socialement célébré. Avant de partir ce soir-là, je suis allé rejoindre le cow-boy sur la piste de danse et je lui ai lancé en souriant : « À soir, je me tape le gars le plus hot du bar ! » Puis je lui ai tiré la langue. Je suis sorti du bar en mesurant les regards que j’imaginais envieux. (Ça montre à quel point je peux parfois être complètement superficiel et, à la limite, stupide.) Dans le taxi qui nous menait au fin fond du 450 (où le brummell habitait avec sa mère), j’ai vite réalisé que la coquille était vide et que cette promesse de bonheur n’allait m’apporter qu’un gros mal de tête, de la fatigue et un vague sentiment de honte.

Pourtant, je le sais, la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. J’ai une certaine facilité à dénicher la beauté qui ne se voit pas au premier regard. Et je crois que c’est une de mes grandes qualités. En fait, je voudrais me fier davantage à cette faculté plutôt que d’obéir aux dictats extérieurs, et à mon désir de plaire et d’impressionner. Je pense que j’ai plus de chance de vivre des moments heureux, sensuels ou simplement vibrants en mettant de côté ce qui saute aux yeux pour voir au-delà, ce qui est essentiel mais invisible pour les yeux (pour paraphraser Saint-Exupéry).

Voici un court-métrage qui pose beaucoup de questions sur la beauté. Personnellement, je ne peux m’empêcher de le trouver très beau. Musique : Pass this on, The Knives, entendu pour la première fois dans Les amours imaginaires.

Des nouvelles de l’Est

Je me désorganise. La première explication, un rêve évanoui, courir mon premier marathon à New York. J’ai passé tant de fois la ligne d’arrivée dans ma tête. J’ai oublié les douleurs, les courbatures, en gardant les yeux fixés sur l’Empire State Building. On dirait que maintenant, plus rien ne me raccroche à la course. Ensuite, la vérité qui fait surface dans mon histoire avec l’homme de la lune, inexorablement. Il ne m’aime pas. Juste pas. Sinon la pluie, toujours la pluie et encore la pluie. L’entraînement est dur. Des douleurs incongrues qui se posent au travers de ma route. Et je ne vois plus l’Empire State. Et jour après jour, encore de la pluie.

« Move on », que je me suis dit. Pour passer à autre chose, je suis sorti. Avec El poblano, le cow-boy ou les gars du club de course. Après avoir couru, j’ai parcouru la ville à cheval sur un bixi. Je suis allé danser pendant des heures. Une, deux, trois Boréales Rousses. Quatre, cinq Black Labels. Un peu de mousse sur les lèvres, le goût du houblon. Quoi de mieux pour oublier un homme que de se jeter dans les bras d’un autre ? La beauté est un piège à con. Il avait 24 ans. J’avoue, ça m’a donné un boost d’ego. Il était beau. Son visage aurait pu être le parfait mélange de tous mes ex. Une tête de brummell, qui me fait perdre la mienne. Un grand brun aux yeux tendres, bleus-gris. À 41 ans, je n’ai toujours pas compris que la beauté ne sert qu’à être regardée. Il était beau, donc. Mais une connerie totale, sûr de tout, imbu de lui-même, inculte et immature. Un amant exécrable. J’avais hâte qu’il en finisse. J’ai poussé un soupir de soulagement quand je l’ai entendu ronfler. Le lendemain : déprime profonde. Moi qui croyais ainsi oublier l’homme de la lune, je ne pensais qu’à lui. À sa vivacité d’esprit, cette passion toujours domptée dans sa belle voix posée. Sa douleur à fleur de peau, sa douceur. Partout. De sa nuque à ses chevilles et jusque dans sa façon de raconter son histoire. La fossette sur sa joue quand il sort de la brume et sourit. Un homme unique. I know. I have a big irrational crush on him. Pas lui. Ce n’est pas plus dramatique que ça. Je vais m’en remettre. Je pense que tous les deux, on mérite mieux qu’une relation à sens unique. J’ai réfléchi à tout ça en marchant sous la pluie et les saules, près de l’étang. J’ai goûté chacun des moments que j’ai passés avec lui comme si c’était le dernier. En me détachant, à chaque fois. Il ne reste qu’un film de tristesse sur mon regard. Et une fine brume sur l’étang.

J’utilise le truc de l’autre. Je n’ai jamais su prendre soin de moi-même, mais je suis le meilleur pour m’occuper des autres. Alors je fais comme si j’étais quelqu’un d’autre. Je pense à ses médicaments. Je lui rappelle qu’il faut dormir. Je lui ai payé un repas au Café Saïgon, même si je n’ai pas vraiment d’argent de trop, en ce moment. Et seul à ma table, j’observe les gens tout autour. Je lui fais remarquer ce sourire, le parfum du café, le soleil des narcisses sous la pluie. Je lui fais remarquer la beauté du hasard quand on croise une vieille connaissance sur la rue. Au Café Saïgon, le serveur m’a tendu un seau de fer blanc avec un air malicieux, des biscuits de fortune. Je me suis versé du thé. J’ai brisé le biscuit en deux. Il disait : « Notre premier et dernier amour… l’amour de soi. » Ça ne s’invente pas.

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