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Billet avec le mot-clef ‘bixi’

La sortie

La vraie vie est dehors. Pour retrouver son fil, il faut s’aventurer hors de nos zones de confort. Il faut risquer d’être aveugle et sourd, de se montrer maladroit et d’avoir mal. Je veux remiser les habits de noces, me détourner des rêves préfabriqués et des constructions de mon esprit. Ouvrir les yeux. Sinon la vie nous passe sous le nez et l’on risque de rater le train.

C’est peut-être la quarantaine. C’est peut-être parce que je viens de regarder en rafales les cinq saisons de Six Feet Under, mais je suis habité par l’idée de la mort. Celle tout ordinaire, qui nous tombe dessus au moment où on l’attend le moins. Poursuivre la lecture

Tour de ville

L’été s’en vient et c’est l’une des plus belles saisons pour visiter Montréal. J’ai toujours considéré que Montréal était la plus belle ville du monde. Plus humaine que New York, plus festive que Toronto, plus chaleureuse que Paris, plus moderne que Rome, plus exubérante que Londres. Et quand je regarde ce tour de ville en deux minutes, j’ai un peu l’impression de revisiter les billets de ce blogue.

Le tour commence au Vieux-Port, là où j’ai sauté dans les eaux du Fleuve lors du Grand Splash. J’y cours aussi en été, même si les vieux pavés sont un peu durs sur les chevilles. En passant par le vieux port, j’accède au Canal Lachine, des kilomètres de presque campagne qui mènent jusqu’à l’immensité du lac Saint-Louis.

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Short notes

Musique : Love is a Shade (2009) par joshschroeder (environ 30 minutes de bonheur)

Je sors de ma première entrevue d’embauche en anglais et en français. Je m’étais préparé mentalement à une entrevue rien qu’en anglais. J’ai passé la soirée d’hier avec le Cow-boy. And we spoke English only. Finalement, la consigne était de parler la langue où l’on se sentait le plus à l’aise. La fille qui m’interviewait commençait en français, puis finissait toujours en anglais. Je bredouillais un peu en anglais puis je passais au français. It was so Montreal. J’ai fait une excellente entrevue. Je ne suis pas sûr que cet emploi m’intéresse, mais ce n’est jamais perdu. Je suis content de moi. J’en avais bien besoin. C’est l’hiver dans mon crâne, malgré le soleil.

La dernière fois que j’ai couru avec le club. Je suis redescendu de la montagne aux côtés d’un garçon éblouissant. Ce n’est pas un régulier, mais il se joint au groupe de temps en temps. Je l’ai toujours trouvé craquant, dans le genre inaccessible. Physiquement, il pourrait évoquer l’homme de la lune… avec une dizaine d’années de moins, en plus démonstratif et en plus détendu. Nouveau célibataire selon Hugh. (Il a dit « nouveau simple » pour new single. Cute !) C’est lui qui est venu vers moi, à trois reprises : à cheval sur nos bixis au coin de Saint-Laurent, au point de départ, au sommet. (Et Dieu sait que je peux avoir l’air inabordable et glacial, quand je suis gêné.) Il m’a dragué de façon assez directe et m’a demandé au milieu de la pente si j’avais un copain. Mon ego a esquissé un sourire en coin, du fond du troisième sous-sol. Depuis, je trouve toutes les raisons du monde pour me convaincre que c’est impossible. The cow-boy played my therapist. J’ai peur du rejet. J’ai peur de la souffrance. C’est normal, non ? No risks, no rewards, qu’il m’a dit. Là-dessus, il est pareil comme moi. Pendant l’entrevue, ils m’ont demandé : how do you define an harm reduction approach ? Quelque chose de personnel et d’individuel. Chaque être humain doit élaborer ses propres stratégies en fonction du niveau de risques qu’il est prêt à assumer. Éliminer les risques est impossible. Mais il y a toujours moyen de les réduire. Je suis fragile en ce moment.

J’ai des voisins fous qui vivent barricadés dans un appartement bordélique, au rez-de-chaussée. Ils n’ont pas tondu le gazon depuis deux ans. Quand je sors de chez moi, je dois passer à travers des herbes qui m’arrivent aux hanches. Ils nourrissent les chats errants. Alors il y en a des centaines qui rôdent autour. Je vous laisse deviner l’odeur. (J’ai l’impression de vivre dans une litière.) Ils les nourrissent, mais ne vont pas jusqu’à leur payer une stérilisation ou des soins vétérinaires. Résultats : ils sont infestés de puces. Chaque fois que je traverse le champ, j’ai des puces qui me sautent sur les jambes. J’en ai maintenant dans certaines pièces de mon appartement. Je me bats avec ça depuis des semaines. J’ai fait tout ce qui est possible (aspirateur, vapeur, savon, pyrèthrinoïdes de synthèse, pyriproxyfène). J’ai lu tout ce qui s’est écrit sur les puces. J’en fais des cauchemars. J’ai craqué quelques fois et je me suis aspergé le corps de pesticides. Je m’inspecte pendant une heure chaque soir. Il n’y en a pas dans ma chambre, ni dans mon lit. Avec de la persévérance, j’en viendrai bien à bout. One day !



L’orage silencieux du 21 juillet, sur Montréal.The Demon Storm par operatique sur Vimeo.


Comme Josh Schroeder (un garçon vraiment charmant) ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche, voici un lien pour télécharger son album sur iTunes :Love Is a Shade. Un 6.93 $ bien investi.

L’ange gardien

La distance de ma longue sortie hebdomadaire diminuait cette semaine à 19 km. (Avant d’augmenter de nouveau à 29 km, dimanche prochain.) Heureusement, la canicule s’est calmée et les températures sont revenues à la normale : autour de 20 °C avec un petit vent bien agréable. Depuis des semaines, le temps est au beau fixe. J’avais pris l’habitude d’alterner marche et course pour les longues sorties (10 min course, 1 min marche). J’ai décidé, pour celle-ci, de couper une pause sur deux et de n’arrêter qu’aux buvettes.

Sur la piste Des Carrières, j’ai dépassé un coureur, un grand brun dans la trentaine qui portait le t-shirt bleu pétrole du Marathon de Montréal 2009 et un sac à dos rouge. À l’abreuvoir, au bout de la piste, il m’a dépassé à son tour. Je me trouvais donc derrière lui en arrivant à l’intersection de la rue Clark, où il a bifurqué. J’ai eu l’intuition que je devais le suivre. J’ai hésité et j’ai plutôt opté pour mon chemin habituel, sur le trottoir, de l’autre côté de Clark. En passant sous le viaduc, j’ai réalisé que son trajet était plus efficace que le mien, ce qui lui a donné quelques coins de rue d’avance. Mais j’apercevais toujours son sac à dos rouge, comme un repère devant moi. Comme ma vitesse était légèrement supérieure à la sienne, je me rapprochais. J’ai décidé de le suivre. C’était presque reposant de ne plus avoir à se soucier du trajet. Jusqu’à ce que je réalise qu’il remontait vers l’ouest. Peut-être n’allait-il pas au Mont-Royal. J’ai emprunté une rue tranquille, pour reprendre vers le sud en direction de la montagne.

Mais arrivé à l’entrée du parc Jeanne-Mance, je l’ai de nouveau aperçu, à une centaine de mètres devant moi. Tout le long de la montée, je le perdais de vue périodiquement, puis je l’apercevais au détour des boucles du Chemin Olmsted. Je me suis dit que c’était peut-être mon ange gardien. Le sac à dos rouge, au loin, était le signal que je ne devais pas lâcher et que tout irait bien. Ma vitesse diminue toujours dans la montée, particulièrement au début, où elle est plus prononcée. Je me suis concentré sur ma posture et sur la constance du rythme en savourant l’ombre bienfaisante des arbres immenses.

Au sommet, il a fait un arrêt au chalet de la montagne pendant que j’arrêtais à la buvette et il a fait la boucle de la croix en sens inverse. Je l’ai donc croisé environ à mi-parcours. Il y avait un vent frais qui soufflait loin au-dessus de la ville. Et j’ai entamé la descente en me disant qu’il devait être pas très loin derrière moi. De retour au bas de la montagne, je me suis arrêté pour marcher les derniers mètres. Il m’a alors de nouveau dépassé. Je me suis lancé derrière lui dans le parc Jeanne-Mance, puis sur la rue Clark. Mes 19 km ont été atteints, à l’intersection d’une petite rue du Mile-End, devant un dépanneur, une poissonnerie portugaise et une station Bixi. Je me suis acheté un lait au chocolat (le meilleur ratio sucre/protéine pour la récupération, pour la modique somme de 1.89 $). J’ai reconnu le caissier, un peu enrobé. C’est l’une des drag-queens vedettes du Faggity Ass Friday. (J’ai oublié son nom.)

Je suis rentré en bixi. J’étais très fier, de ce 19 km. Environ 1 h 42, mon meilleur rythme au kilomètre pour une aussi longue distance. Je n’ai eu que quelques douleurs dans le dernier kilomètre. Un peu d’inflammation dans un genou, ce qui m’inquiète un peu. Je vais devoir ajouter quelques exercices pour renforcer les stabilisateurs du genou et appuyer un peu plus sur les étirements.

monument à sir george-étienne cartier, parc du mont-royal, montréal

Le Grand Splash

J’ai sauté sur un bixi alors que le soleil s’élevait tout juste au-dessus des toits. À sept heures le matin, à la mi-juillet, les rues de Montréal sont relativement calmes. La rue Rachel était presque déserte. Le vert du parc Lafontaine chatoyait sous le soleil oblique. J’ai filé de la rue Cherrier à la côte Berri. J’ai déposé mon bixi dans le vieux port, à l’ombre de la Chapelle Notre-Dame de bons secours qui, de ses deux bras levés, incite les marins à la tempérance.

À l’entrée du quai Jacques Cartier, deux bénévoles accueillaient les baigneurs. J’ai signé la décharge, où je m’engageais à ne pas poursuivre le comité responsable du Grand Splash en cas de blessures ou de mort (!). Je suis descendu sur le quai de bois, derrière un caméraman et un technicien de son. Entre les gigantesques structures de béton, le fleuve était lisse comme un miroir ondoyant. À mon arrivée, presque au bout du quai de bois, il y avait plus de journalistes que de baigneurs. Puis, petit à petit, les baigneurs ont augmenté en nombre. Des jeunes, des vieux, environ une cinquantaine, il y avait même une délégation de Québec. Tous avaient des allures d’enfants rieurs après avoir enfilé les énormes gilets de sauvetage.

Le saut dans le fleuve devait se faire à huit heures piles, mais pour que le splash s’entende en direct à la radio de Radio-Canada, le compte à rebours a été devancé pour 7 h 50. Pieds nus sur le quai, j’étais dans la première vague de baigneurs qui devaient sauter à l’eau au signal. L’eau était bonne, autour de 20 degrés Celsius. Je me suis éloigné du quai en nageant lentement, une seconde vague de baigneurs sautait à son tour. Les gilets de sauvetage, qui étaient obligatoires, n’étaient pas très commodes pour nager. Malgré l’eau très claire, on n’apercevait pas le fond, que d’immenses sourires sur toutes les têtes. Perchés sur les quais, des journalistes nous mitraillaient de photos. C’est un mal nécessaire, le but de l’évènement est de faire parler de l’accès au fleuve. Alors tout le monde a joué le jeu en hurlant, en riant et en battant des jambes pour soulever des geysers. Le comité Montréal Baignade revendique la mise en place d’infrastructures facilitant l’accès à la baignade aux pourtours de l’île de Montréal. Le Grand Splash vise également à sensibiliser les Montréalais à la qualité de l’eau de leur fleuve ainsi qu’à l’importance de la protéger.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’eau du Saint-Laurent dans le Vieux-Port est d’excellente qualité. Mis en place dans les années 80, le programme d’assainissement des eaux usées du Québec a grandement amélioré la qualité de l’eau du fleuve. À plusieurs endroits, la qualité bactériologique de l’eau est suffisante pour permettre la baignade. Quand les photos ont été terminées, le calme est revenu. On s’est laissé flotter mollement dans l’eau claire, en bavardant, avec en arrière plan, la vieille ville et les tours du centre-ville baignées de soleil. Un moment à la fois reposant et revigorant. J’étais content d’y être et de flotter dans ses eaux réservées aux bateaux depuis une cinquantaine d’années, des eaux qui ont porté les premiers explorateurs et où nagent les derniers bélugas.

Angel

Un album photo du Grand Splash 2011, sur The Gazette (Je suis derrière le gars asiatique, le maillot à carreaux noirs et blancs).

Une baignade pour s’approprier le Saint-Laurent, TVA Nouvelles

Mon ami Bixi (6)

J’ai l’air d’Atomas avec mon casque sur la tête. Il faut ce qu’il faut ! J’ai voyagé tête nue depuis le début du printemps. Mais j’ai tellement entendu d’histoire d’horreur. J’avais dit à Hugh : « It’s because, it messes my hair. » Alors il m’a raconté la fois où en roulant lentement, seul, le long d’une clôture, son guidon a accroché les mailles et il a plongé, tête première, sur un muret de béton. Sans casque, il roulerait en fauteuil, aujourd’hui.

Et tous les cyclistes que je connais m’ont relaté LA fois où ils ont été percutés par une portière qui s’ouvre. Depuis j’essaie de garder une distance (Vélo Québec recommande un mètre, ce n’est pas toujours possible.) Et je scrute les rétroviseurs. Mais avec les reflets, on n’y voit rien. Dans la plupart des histoires de portière, le conducteur ne s’excuse pas. Il considère que c’est la responsabilité du cycliste de prévoir le moment où il sortira ses fesses de son siège-baquet. Arrivera bien le jour où une portière me projettera sur l’asphalte. J’espère que je serai casqué, ce jour-là.

Bixi n’est pas toujours aussi pratique que je l’aurais pensé. Lorsque je sors du travail et que le soleil est au beau fixe, la station est immanquablement vide. Quand il fait beau, tout le monde veut rouler à bixi. Comme il y a peu de stations dans l’est de la ville et que j’habite tout près, je marche. Mais pour les sorties impromptues, les retours en fin de soirée, ce système est vraiment génial. (Avec les taxis que j’ai économisés, j’ai payé mon abonnement trois fois.) L’autre jour, j’ai failli attraper un vélo de Melbourne. Cette campagne de marketing a fait jaser dans mes réseaux : des vélos de Londres, Washington et Melbourne (tous fabriqués à Chicoutimi au Saguenay) ont été disséminés dans les stations montréalaises. Ils sont très colorés et j’aurais bien aimé essayer un bixi flambant neuf. La flotte montréalaise à déjà plus de trois saisons dans le corps. Et souvent, ça s’entend.

Melbourne Bike Share - State Library of Victoria
Bixi à Melbourne

Mon ami Bixi (5)

Nul n’est prophète en son pays, Bixi. C’est particulièrement vrai au Québec. On ne se défait pas comme ça d’un passé colonial. Voici l’extrait d’un billet d’un blogueur danois fou de vélo, Mikael Colville-Andersen. L’original (en anglais) peut être lu ici : The greatest secret bicycle city.

« … Voici mon secret. Il existe une ville en Amérique du Nord qui travaille sans relâche à semer des graines de vélo. Souvent sur le Web, je suis tombé sur des palmarès des villes les plus vélo-friendly en Amérique du Nord. Et souvent, elle n’y était même pas mentionnée. Grossière erreur !

La raison est d’ordre culturel. Quand vient le temps de s’évaluer, l’Amérique du Nord anglophone aime se regarder dans le miroir. L’Europe est un autre univers. Et difficile de se comparer à des villes comme Paris, Séville ou Barcelone où le vélo a connu un boom extraordinaire. Pour mesurer ses progrès, l’idéal est de se comparer à d’autres villes de tailles similaires dans une même région.

Cette ville secrète est souvent ignorée ou négligée, même si sa culture est profondément ancrée dans l’américanité. (Non, il ne s’agit pas de Portland.) C’est une partie du monde où l’on ne parle pas un dialecte dérivé de l’anglais. (Ce n’est pas non plus le Wisconsin.) La région est dotée d’un patrimoine culturel unique et d’une identité distincte. (Non, ce n’est pas l’Alberta.)

Cette ville ne passe jamais par la tête de la plupart des Nord-Américains lorsqu’ils pensent à leur continent. Peut-être tout simplement parce qu’elle est trop différente. J’y étais, très récemment, et j’y ai vu des choses étonnantes.

Un après-midi, j’y ai vu une heure de pointe de vélo des plus impressionnantes. Avec un nombre de vélos beaucoup plus grand que n’importe où ailleurs en Amérique du Nord.

J’y ai vu plus d’infrastructures cyclables séparées de la chaussée que dans toutes les autres grandes villes nord-américaines. L’une d’elles date de 1986 ! Dur à battre. Bien sûr, beaucoup de pistes cyclables sur rue sont bidirectionnelles, ce qui nous ramène une vingtaine d’années en arrière dans les pratiques du Danemark. Mais l’espace manque cruellement, et ces pistes sont utilisées, c’est un bon début… »

(Adaptation libre : KZ)

Montreal Cycle Chic Couple
Photographie (Montréal vue par) : Copenhagen Cycle Chic

Mon ami Bixi (4)

Par un jour de juin, Montréal est passé sous les tropiques. Comme si dans un sursaut, l’axe de la terre s’était déplacé. J’ai abandonné mon vélo dès que j’ai trouvé une station dans le Mile-End. Le vent était saturé de pollen et du parfum des seringats. Le soleil dorait la poussière qui flottait dans l’air chaud. Avec tous les travaux, la ville a des allures de favelas, chaotiques et désordonnées. Mais son côté latin se révèle : sensualité exacerbée, nonchalance, bonheur de vivre. Il y a des étés où la chaleur devient insupportable, mais ce soir-là, la température était juste… idéale. Je n’étais quand même pas fâché de me retrouver les deux pieds sur le trottoir. La route avait été harassante.

Le site Web de Bixi est magnifique ; tout en mouvement, en couleur et en transparence. Mais il n’est pas fonctionnel pour deux cents. Il met une éternité à se charger. Le visuel des commanditaires y prend tellement de place que l’information que l’on recherche (nombre de vélos et nombre de places libres) est illisible. J’ai donc trouvé une autre option : Ride The City – Montreal. Un site simple et bien conçu, qui peut même indiquer le chemin le plus sûr en vélo, entre deux points de la ville. Ride The City me recommandait de prendre une piste cyclable qui longe un chemin de fer, à la hauteur de la rue des Carrières, un peu au nord de chez moi. Mais comme j’ai la tête dure et que je suis attaché à mes petites habitudes, j’ai plutôt emprunté celle de la rue Rachel. C’était l’heure de pointe et la circulation était dense, sur la piste cyclable comme dans la rue. Je suis certain qu’il n’existe pas d’asphalte plus défoncé que celui de cette piste. À trois endroits, des tronçons de rues étaient en réparation, complètement éventrés, et tout le monde, automobiles et vélos, devait se croiser sur une seule voie. La plupart des gens étaient plutôt zen. Moi j’étais à bout de nerfs quand j’ai enfin pu tourner sur Henri-Julien. Une très jolie rue du Plateau, mais excessivement étroite. Entre les deux rangées de voitures stationnées de chaque côté, il ne restait que l’espace d’un véhicule. Devant moi, une camionnette et une automobile derrière. Pris en sandwich, j’ai pédalé comme un fou, pour tenir leur rythme. Il y avait tellement de dos d’âne, de stop et de travaux que j’y arrivais. Mais quand j’ai vu la première station Bixi, je me suis jeté dessus, soulagé.

En marchant lentement vers Saint-Laurent, j’ai été coupé par un autre cycliste. Il a été immédiatement pardonné quand je l’ai regardé s’éloigner. T-shirt sombre ajusté sur corps longiligne. Bras gauche entièrement tatoué. Son jeans étroit, porté en bas des fesses, révélait des boxers bleu ciel et des fesses qui avaient l’air plus croquantes que des Granny Smith. J’ai retrouvé la rue Saint-Laurent avec ses parfums étrangers, sa faune colorée et ses juifs hassidiques en robes noires, boudins et grands chapeaux. Je suis allé manger au Lawrence avec Hugh. Dernier souper pour souligner mon anniversaire. C’était particulièrement bon. Le menu élaboré autour des produits de saison offrait un plat végétarien et plusieurs plats de poisson. Maquereau, têtes de violon, ketchup de rhubarbe et fromage de chèvre. Tout était exquis. Avoir la bouche pleine me donnait un break. La conversation se déroulait en anglais et mon anglais déjà chancelant, rouille, faute de pratique.

Au retour, Hugh m’a raccompagné jusqu’à la piste cyclable que m’avait recommandée Ride The City. On est passé par un étrange petit parc, à mi-chemin entre un terrain vague et un jardin de sculpture à l’esthétique industrielle. On a traversé la voie ferrée par un trou dans la clôture. (Les employés du chemin de fer ferment perpétuellement les trous dans le grillage et les résidents du secteur les ouvrent à nouveau.) Il m’a laissé, de l’autre côté du chemin de fer, sur ce qui ressemblait à un chemin de campagne. Le chemin de terre battue, d’une bonne largeur, longeait la voie ferrée. Une haute clôture les séparait. Dans la pénombre, j’ai traversé des boisés et des zones industrielles dont j’ignorais l’existence. Je suis passé de l’ouest à l’est de la ville, sans croiser aucune intersection. Comme la voie ferrée, la piste enjambait les grandes artères par des viaducs. Dans le temps de le dire, je me suis retrouvé, en plein cœur du Vieux-Rosemont où la bande cyclable m’a mené jusqu’à ma station Bixi. À côté du Mile-End, le Vieux-Rosemont a l’air d’une vieille banlieue calme et cossue. J’aime ce quartier pour ses grands arbres. C’est probablement à cause de leur nombre, que l’été me semble, ici, plus tempéré. La brise était tiède et douce. Et la lune montait aux grelots des grillons.

Pour en savoir plus sur la piste cyclable des Carrières et le Guerilla Garden : Le Polyscope

Une sculpture de Glen LeMesurier, photographie : Recreating Eden