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Billet avec le mot-clef ‘blogue’

Le suicide n’est pas une option

Du 5 au 11 février 2012, c’est la 22ème Semaine nationale de prévention du suicide. Au Québec, trois personnes en moyenne s’enlèvent la vie chaque jour. Voici ce qui a accroché mon œil à ce sujet, ces jours-ci.
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Un certain jour de printemps

Voilà, je me lance…
Ça me fait un peu peur. Je me sens comme un volcan. J’appréhende les contrecoups d’un séisme.

C’était un matin de printemps, enfin. Le ciel était bleu. Tout le monde dans la rue avait l’air heureux. Les filles portaient des robes d’été. Partout des sourires. Je sortais de la clinique. J’étais en feu, à l’intérieur. Poursuivre la lecture

Je ne m’appelle pas Kevin Zaak

Au point de départ, il y eut un élan. Un mouvement qui ne s’encombrait pas de chronologie ou de véracité. Un appel d’air. « Je me sens comme un volcan. J’ai peur des contrecoups d’un séisme. » Puis, le premier souffle passé, j’ai eu un vertige, un vertige plus qu’une angoisse, devant une plage de pixels blancs. Je me suis raccroché au récit du quotidien. Et je me suis amusé à en tricoter les mailles des évènements. J’en ai fait un foulard qui me garderait au chaud, pour toujours, enfin, c’est ce que j’espérais. Même les jours où le tricot m’ennuyait, je m’y agrippais. Poursuivre la lecture

Fin

Je flotte au milieu de l’océan, depuis des jours et des nuits. Je suis épuisé et déshydraté. L’air me brûle la gorge et la poitrine. Ce serait ironique de mourir de soif dans autant d’eau. Le gris de la mer et du ciel se lèchent et s’embrassent, traversés, ça et là, d’un soleil laiteux. Je ne me souviens plus depuis quand je flotte là. J’ai perdu la notion du temps et de l’espace. Je me souviens du bateau, disparu. Poursuivre la lecture

Entre les lignes

J’écris souvent des textes que je ne publie pas. Parce que je les trouve trop sombres. Mon histoire familiale est lourde et entachée de honte. Et je ne veux pas qu’on me reproche de ressasser le passé et de me complaire dans le malheur (ou de justifier mes échecs). Alors je les garde pour moi. J’ai pensé les publier en fermant les commentaires. Mais ce serait pire, je les imaginerais. Il faut pourtant que je casse ces souvenirs en mots. La noirceur monte en moi par vague, ces jours-ci. L’actualité, la politique, toute la société qui m’entoure me met en furie. J’évite les bulletins de nouvelles, les journaux en ligne. Ma colère n’a pas de fin.

Je suis fatigué d’être fatigué. Parfois, je vois le virus comme un chat qui joue avec une souris. Il me secoue, me relâche. Il attend que je détale pour m’aplatir d’une patte. Je ne connais personne de mieux informé et de plus obsédé par sa santé que moi. Je suis fidèle aux traitements, malgré les cauchemars des assurances médicaments. Je compte les protéines, le fer, la vitamine B12. Rien n’y fait. Le contrôle m’échappe. La fatigue me rattrape. Les maux de ventre m’empoisonnent la vie et me rendent irritable. Rien de ce que j’avale ne passe bien. Le seul moyen d’arrêter les maux de ventre est de cesser de manger. Quand je ne cours pas, je mange peu. J’ai besoin d’un break.

J’imagine le marathon. Quelle immense pression je me mets en projetant cette épreuve en septembre. Ce midi sur la terrasse, Stéphane a dit que j’étais malade de vouloir faire ça. Si je le réussis, j’aurai au moins réussi une chose dans ma vie. Je voudrais courir un marathon avant de mourir. Qui sait combien de temps il me reste ? Je vois bien que je n’ai aucun contrôle sur l’avenir. Il n’y a pas de certitudes sur les années à venir. C’est maintenant qu’il faut courir. Le programme va bien, je crois. La course me fait du bien, comme les gens que je côtoie à travers cette activité. En m’entraînant, j’apprends à gérer mon stress, mes attentes et mes exigences. Le corps ne ment pas et ne tolère pas la tricherie. Et quand je cours, je suis libre.

Vous

J’ai toujours raconté ma vie. Au début, c’était simple. Je déroulais les phrases que je me racontais depuis toujours. C’était comme si j’emballais un cadeau ou si je préparais une fête. Un papier plié avec soin. Des rubans assortis. J’ai toujours été plus à l’aise de donner que de recevoir. Je déteste que l’on m’offre des cadeaux. Je m’embrouille dans un magma de sentiments mêlés. Et puis, c’était dans le cadre intime de mon blogue, où je nous imaginais seuls, à l’abri des regards. J’avais besoin de vous imaginer très présents, comme si vous n’aviez presque pas de vie en dehors, comme si vous ne lisiez que moi. Nous étions seuls. J’en avais besoin, pour conjurer la peur.

Pour le dernier billet, je me suis laissé prendre par une histoire qui m’a touché, mais qui n’était pas la mienne. Un peu partout, j’avais lu des textes d’humeur enflammés et incendiaires. J’ai eu peur, j’ai grincé des dents et j’ai senti le besoin d’ajouter mes mots à la cohue. Et c’était comme de mettre un pied dans l’arène. J’étais sûr de ce que j’avançais et de mes arguments. Je les ai exposés ici et je les ai parsemés ailleurs. Et j’ai réalisé que si j’étais convaincu, je n’étais peut-être pas convaincant. J’ai reçu quelques gifles, des critiques et plusieurs réponses condescendantes. Habitué à vos commentaires plutôt gentils, j’ai été ébranlé.

Parfois, je vous en veux. Pendant ces années où je racontais mon quotidien. J’ai mis mon coeur sur la table, des centaines de fois. Mais en général, vous ne faites que passer. Oui, vous vous éprenez parfois de moi. Pendant quelques mois ou quelques semaines, vous vous inventez une image de celui que je pourrais être, puis vous disparaissez, pour toujours. Je vous lasse avec mes lamentations et mes rengaines fleur bleue. Je le sais. Et je me retrouve seul, chaque matin, devant ma vie réelle. J’ignore comment faire un pas de plus. Et je ne sais plus quoi écrire. Au cours des dernières années, je me suis fait violence pour briser mes propres chaînes. J’ai mis un pied devant l’autre, en avançant vers l’inconnu. Je vous ai cru quand vous m’encouragiez. Et je me retrouve, malgré tout, complètement seul. Ma vie n’est toujours pas une histoire, avec de jolies tournures et un punch à la fin. Ma vie me fait terriblement peur. Et je ne sais pas quoi en faire.

34 heures

D’abord, toute cette fatigue laissée par l’hiver. Ensuite une kyrielle de petits deuils. Même si j’ai pris la meilleure décision en quittant Zorro & co, choisir comporte toujours une part de renoncement. La neige qui continue de tomber même si l’hiver est officiellement terminé. Le directeur de Zorro, frustré, qui a décidé de me faire payer mon départ. Et alors que j’étais passablement à bout de nerfs, ce blogue disparaît…

21 mars 20 h : Depuis des années, j’ai réappris à marcher, à petits pas, comme un vieillard. J’ai repris de l’assurance : avec ma canne, je pouvais aller partout. Jusqu’à ce que des truands me bousculent et m’arrachent ma canne. J’ai senti le vide tout autour. Tout s’est mis à tourner au ralenti, à s’enfuir. Et j’en ai eu la nausée. C’était comme si l’on m’arrachait une partie de moi-même, une trouée dans le ventre. Cette canne qui m’aide à marcher depuis des années, c’était le blogue.

Des hackers ont piraté le site. Ils ont détruit les données en ne laissant que leurs signatures. Deux jeunes Turcs, début vingtaine, des débutants. Faruk, Ronia, quelque chose comme ça. On les appelle « Script kiddies » dans la communauté Underground, le milieu des hackers. Ils signent leurs méfaits et s’en vantent sur des forums de la communauté. Ils font ça pour le défi. Ils laissent parfois des images de mitraillette, de la musique rap en turc ou des maximes dans le genre : « les nobles hackers vaincront. » (selon Google Translate, du turc au français). J’ai toujours trouvé cool les pirates qui s’attaquaient aux multinationales, aux grandes puissances. Mais mon blogue n’est rien. Il n’a aucune valeur, ni aucun pouvoir.

Je l’ai jardiné comme on soigne un nouveau-né. C’est comme si tout ce que j’avais vécu avait disparu, d’un seul coup. Comme si tout le chemin parcouru m’avait glissé sous les pieds. Comme si on m’avait volé mon espace vital, l’air que je respire, comme si j’étais soudain muet, quand j’aurais envie de hurler.

J’étais en réunion, cet après-midi au bureau. J’avais envoyé un message à l’assistance technique de mon hébergeur vers 13 heures. Je n’avais qu’une envie, que cette réunion se termine. Ces bouts de pixels représentent tout ce que j’ai de stable, de continu. C’est le fil qui me démontre que j’avance. Ils auraient pu dévaliser mon appartement, ce n’est que des objets et, bien franchement, mes possessions matérielles ne valent pas grand-chose.

Puis, je mes suis secoué. Si j’ai perdu ces mots que j’ai engrangés, cette histoire que je me suis construite, ces échos que vous m’avez offerts, il me reste le principal : ce que j’ai appris, les avancées et les reculs, les combats que j’ai mené. Ils sont tous en moi. Ils m’ont fait. Le chemin parcouru m’a construit, tel que je suis. Et je peux toujours écrire. Ils ont volé mes mots, ils ne m’ont pas volé les mots. Je suis épuisé en ce moment. Tout devient une montagne. Je ne suis pas muet. Je peux toujours écrire. Et je fais quelques pas, sans canne. J’ai peur et je me sens comme si j’avais cent ans. Mais j’avance un pied, puis un autre. Demain, ça ira mieux. J’ai juste besoin de dormir.

22 mars 17 h : L’hébergeur a restauré tout le site, y compris les derniers commentaires qui y avaient été laissés. Je dois mettre à jour tous les logiciels et plug-ins installés et changer de mot de passe. (Celui que j’ai choisi est tellement complexe qu’il est impossible à mémoriser pour un être humain.)

26 mars 14 h : Le blogue n’a pas subi de nouvelles attaques. Je suis passé à travers mon avant-dernière semaine à Zorro. (Il ne me reste plus que 34 heures à travailler là.) Le soleil brille, mais le vent est glacé. J’ai passé la nuit chez l’homme de la lune. Son lit est nettement plus confortable que le mien.

Beauty you cannot hide

Quelques trucs pour sécuriser WordPress :

2010

« Ça finit toujours plus vite qu’on pense. » C’est avec ces mots prophétiques qu’un premier amour m’a abordé, un soir de l’automne 1996. Nous attendions tous les deux en ligne devant le vestiaire du Heaven, à l’heure de la fermeture. Son regard sombre allait incurver la trajectoire de ma vie.

L’année 2010 a passé en coup de vent. Ç’aura été l’année où ce blogue a réellement pris son envol après des débuts difficiles. Il devait naître en 2009 d’une collaboration avec un photographe qui devait aussi créer le design. De retards en incompréhensions, ce projet est tombé à l’eau. Mais le blogue a survécu.

L’année qui s’achève a vu la course à pied prendre plus de place dans ma vie. Il y a eu cette course printanière dans les collines du parc du Mont Saint-Bruno. J’ai fait un mauvais temps, mais j’ai eu beaucoup de plaisir. Suffisamment pour décider de m’inscrire au demi-marathon de Montréal, que j’ai couru d’une traite, à la fin de l’été. J’ai même réalisé un rêve, celui de courir avec les Front-Runners de New York dans les couleurs d’automne de Central Park. Je suis certain que la course me donne de l’élan. J’y bâtis à la fois ma confiance et ma persévérance.

Je suis venu à bout d’un blocage que je traînais depuis l’adolescence, ma peur de l’anglais. Et c’est un vaste univers qui s’est ouvert à moi, peuplé de plus de 350 millions de personnes. Des dizaines de frontières semblent s’être rapprochées. J’ai pu réaliser un autre rêve en m’assoyant dans la 8e rangée du Gershwin Theatre pour voir ma première comédie musicale sur Broadway, Wicked. J’ai eu des frissons à l’ouverture quand l’orchestre a attaqué les premières mesures et que les singes ailés sont apparus pour ouvrir le rideau, une carte géante du pays d’Oz.

Au niveau du travail, j’ai pris les décisions qui s’imposent. J’ai relevé des défis énormes, j’ai gagné de l’assurance et j’ai créé des liens solides. J’ai choisi de laisser tomber le Jardin qui ne m’offre aucun avenir. Je retourne chez Zorro & cie sans trop savoir si c’est la meilleure option. Mais j’y retourne dans une meilleure position. J’aurai plus d’autonomie et de contrôle sur mes projets. (Et des horaires plus raisonnables.) J’ai déjà fait mes preuves et je suis attendu avec enthousiasme. Finalement, je crois que les défis qui m’attendent risquent de me secouer, d’une façon positive.

Au cours de l’année, certaines amitiés sont nées ou ont grandi. Je suis toujours maladroit, mais j’avance. Deux figurants des billets de mon ancien blogue, qui y jouaient les amants de passage, El Poblano et le Cow-boy, sont même devenus des amis. Je les découvre aujourd’hui sous un nouveau jour.

En février 2010, j’écrivais :

« Parfois la nuit, je rêve d’un ouragan et d’un tremblement de terre qui balaieraient toute mon histoire. Je voudrais voir s’écrouler mes tours d’ivoire. Me retrouver nu, pauvre et poussiéreux. Laisser tomber les mille peaux de l’homme que j’ai rêvé d’être, de l’homme que je deviens pour te faire rêver. Et marcher dans la peau d’un inconnu : moi-même. »

Avec du recul, je crois que 2010 m’a vu faire quelques pas dans la peau de cet inconnu.

Leaf on Grass (Central Park, New York)
Leaf on Grass (Central Park, New York) par Luke Redmond, sur Flickr