Irréductibles
Soir après soir, jusqu’à la victoire.
25 mai
Soir après soir, jusqu’à la victoire.
Je rentrais du travail, la mine basse, fatigué. Je n’ai pas pu participer à la manifestation de cet après-midi. Le climat me semble de plus en plus empoisonné. Je dors mal, des images de brutalité policière plein la tête.
C’est en sortant du supermarché que j’ai entendu comme un cliquetis au loin. À mesure que j’approchais de chez moi, le son des casseroles était de plus en plus présent. Il ne venait plus d’un seul point, mais semblait venir de chaque ruelle, de chaque fenêtre ouverte. Je voyais de plus en plus de gens sur leur balcon qui tapaient sur des casseroles en souriant. Faire du bruit, pour marquer son désaccord avec la loi 78 qui limite le droit de manifester. Arrivé sur ma rue, j’ai été submergé par le tintamarre. Des gens de tous les âges sur leurs balcons, casseroles à la main. J’avançais en souriant, les yeux en l’air, ahuri et émerveillé. J’ai couru dans ma cuisine pour accrocher un cul de poule et un chaudron et je suis retourné sur mon balcon pour taper de toutes mes forces, jusqu’à ce que le cul de poule soit tout cabossé. Sur le balcon d’à côté, la voisine qui tapait dans un wok m’a fait un grand sourire. Ce soir, j’ai retrouvé un peu de la fierté que j’avais d’être Québécois. Rendez-vous demain à 20h pour un autre tintamarre.
Le hashtag #casseroles a été l’une des tendances de la soirée sur Twitter. Les casseroles ont résonné de Ville-Marie au Mile-End, en passant par Rosemont, Ahuntsic, Outremont, ailleurs peut-être… Sur Masson, les pompiers ont fait résonner leurs sirènes. Les enfants étaient fous de joie.
Dans Villeray :
Photographie : © Rue Masson
Après la colère, il y eut un désert, traversé çà et là de quelques bourrasques. Je n’ai pas écrit. Je ne me suis pas vidé le cœur en lançant mes mots acérés contre le beau barbu. J’aurais pu n’en faire qu’une bouchée. Je n’ai pas fixé sur le papier ce que je peux penser de certains de mes patrons. De leur immobilisme, de leur indifférence. Ce n’est pourtant pas les idées de qualificatif qui me manquaient. J’essaie de chasser la rancœur quand elle se pose sur mon nez. Je me suis tu et j’ai laissé le temps faire son œuvre de poussière. Poursuivre la lecture
Elle emprunte mille détours. Si elle n’a pas droit de cité dans certaines sphères de ma vie, la colère se faufile pour frapper ailleurs, à des moments qui ne sont pas toujours des plus opportuns. Lorsque je veux me coucher tôt et qu’il est déjà trop tard, par exemple. Je m’enflamme pour des futilités et je m’obstine à ne pas lâcher l’os, emporté par le courant. Je me doute bien que sa source est ailleurs, dans les recoins de mon esprit où je n’ose pas regarder. Dans ce magma d’émotion dont je ne veux pas admettre l’existence. Pourquoi la colère me paraît-elle si inappropriée ? Poursuivre la lecture
Dans un premier temps, la colère. Il m’a téléphoné au bureau. J’étais pressé. À travers la cacophonie, j’avais du mal à l’entendre. Le sourire dans la voix, il m’invitait à passer la soirée chez lui. Il s’occuperait du souper, mais il fallait qu’il se lève tôt le lendemain matin. Il ne m’avait pas donné de nouvelles de la semaine. J’en avais fait mon deuil. Toute la soirée, il se montre charmant. Je le trouve craquant. Il le sent. Puis vers la fin de la soirée, il change de visage et m’annonce qu’il veut dormir seul. Je regarde mon sac à dos qui déborde et que j’ai posé dans son entrée. Poursuivre la lecture
« … Endossez totalement la responsabilité de vos relations. Acceptez, ne serait-ce qu’un instant, l’entière responsabilité de la qualité et de la nature de la relation que vous vivez sans vous préoccuper de la part de responsabilité revenant à l’autre. Si, par certains côtés, la relation que vous partagez avec quelqu’un n’est pas entièrement satisfaisante, demandez-vous pourquoi vous l’avez créée ainsi. […] Qu’est-ce que cela vous apporte d’entretenir autour de vous un climat de malheur ? (Tout ce que nous faisons nous apporte quelque chose, sinon nous ne le ferions pas.)… » Poursuivre la lecture
Un cauchemar m’a éveillé. Malaise inexplicable. Je n’ai retenu que la dernière image : j’étais assis sur le lit d’un grand dortoir. Il y avait d’autres gens. Je ne me sentais pas à ma place, mais pas du tout. Cette retraite de 10 jours dans le silence me fait peur. Le bouddha a dit que la vie est souffrance. C’est la première vérité qu’on y apprend, à la dure. Tous ceux qui sont allés le répètent. Novembre est toujours pour moi le mois le plus noir de l’année, un passage où j’ai le cœur tiraillé. C’est l’anniversaire du soir où ma vie allait être altérée. Le 11 novembre, j’ai célébré les quinze ans de ma séropositivité. C’est fou quand même, comme le temps passe vite ! Poursuivre la lecture
Je suis arrivé à me coucher plus tôt depuis une semaine. Je vois la différence, je me sens mieux le matin. Je traverse des vagues de colère. Contre mon deux de pique de propriétaire, contre ma job, contre toutes les injustices de cette vie. La peur ébranle ma démarche quand je sens le froid qui s’installe et la nuit qui gagne chaque jour du terrain. Mes jours se ressemblent, tous. Ils sont pilotés par l’instinct de survie. Il me mènera bien au bout de la nuit. Et j’arrive à gérer mes attentes irréalistes. Je respire. J’observe. J’écoute. Je dormirais bien jusqu’au printemps. Mais, je ne suis pas un ours. Je dois traverser cet hiver, les yeux grands ouverts. Poursuivre la lecture
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