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Billet avec le mot-clef ‘couple’

Sérophobie

J’aime bien cette campagne du Crips Île-de-France lancée à la Marche des Fiertés LGBT. J’ai rarement vu une campagne aussi positive pour contrer la sérophobie. La sérophobie est une peur irrationnelle basée sur l’ignorance et les préjugés. Elle est souvent lié à l’homophobie (le sida est la punition de Dieu au péché homosexuel, etc.). Ce juge de l’Ontario qui recommande la criminalisation de la non-divulgation du statut sérologique, même en l’absence de risques importants, est un exemple de sérophobie. Parler du VIH devrait toujours être sécuritaire à 100 %.

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Coupure nette

J’avoue que cette chanson me tombait sur les nerfs. Je l’ai trop entendu à la radio. Jusqu’à ce qu’un ami publie ce clip (très beau) sur Facebook et que je m’arrête pour écouter les paroles. J’ai aimé le trouble et la nuance. Je me suis reconnu. Et j’ai eu envie de les traduire. Je me suis glissé dans les mots d’un autre comme dans une vieille paire de jeans. Poursuivre la lecture

Apaisant

Parce qu’il y a encore de la beauté en ce monde. L’histoire de John et Michael, un film de Shira Avni.

Le goût de courir

J’ai commencé à courir pour conjurer la mort. Je me sentais couler. Je me noyais lentement dans le silence. Je lisais Guérir de David Servan-Schreiber. Il présentait la course à pied comme un antidépresseur aussi efficace que la médication, sans effets secondaires, mais aux bénéfices nombreux. À l’époque, j’avais un husky qui soupirait d’ennui dans le salon. Je vivais dans une ville morte perdue dans des champs de luzernes, de maïs et de soya. Seul, dans un couple qui s’étiolait. Poursuivre la lecture

Les possibles

Le chômage, ça peut être déprimant. Heureusement, il y a ce printemps incongru. L’hiver devrait pourtant nous réserver encore quelques tempêtes de neige avant de rouler sur ces derniers miles. 23 °C, au moment où j’écris ces lignes, le mercure fracasse des records de températures à Montréal. (Le précédent record était de 18,6 °C le 23 mars 1979.) Outre la météo, je savoure quelques victoires. Mes CD4, trop peu nombreux, se montrent néanmoins vaillants. Poursuivre la lecture

Le trou noir

Dès que je vis un moment agréable, la peur de perdre surgit. Alors que je devrais être porté par la joie, je suis déjà envahi par mon désir de retenir ce moment. La peur panique de le perdre à jamais, mes scénarios catastrophes et la douleur anticipée me secouent. Chaque moment de plaisir fait grandir ma nuit.

Je traîne depuis longtemps le rêve d’une vie de couple. Ce rêve est né des premiers instants de complicité et d’abandon que j’ai vécus au début de la vingtaine. Ils ont été pour moi des révélations bouleversantes. Poursuivre la lecture

Keep it real

La lucidité glisse sur ma peau comme une lame. Un faux mouvement, un geste de trop, et elle tranche ma chair. Quand on réclame la vérité, il faut être assez fort pour l’entendre, quelle qu’elle soit. Absorber le choc. Et encore plus difficile : vivre avec, pour les jours et les mois qui suivront. Et marcher sans perdre pied, malgré le vide qui s’ouvre soudain tout autour, malgré la solitude et sa marque indélébile.

Toute ma vie, j’ai fermé les yeux en serrant les paupières de toutes mes forces. J’ai rêvé, oublié. J’ai pensé à autre chose. J’ai fui en empruntant toutes les issues mentales. Je me suis muré dans le déni. Survivre à défaut de vivre. Je n’ai affronté la réalité que lorsqu’elle s’est abattue sur moi. Mais la confrontation m’a rendu plus fort. J’ai grandi, il était temps. Je ne veux plus perdre le fil du réel.

Il ne m’aime pas. J’ai entendu les mots. J’ai réagi avec une maturité qui m’étonne, sans espoirs déplacés, sans reproches et sans éclats. Et je me suis dit que cette histoire à peine esquissée était désormais terminée. Mais tous ces rêves dont je l’avais auréolé continuent de me narguer, chaque nuit. Et depuis mes gestes sont en plomb et le printemps est devenu inutile. Mais je garde les yeux grand ouverts, encoléré, frondeur.

Je dois me faire violence, m’arracher du lit où je sombre, m’éloigner de l’écran scintillant. Sortir, de force s’il le faut, pour respirer les impressions, les saveurs et les chaleurs portées par le vent. Apercevoir la Terre qui poursuit sa ronde. Faire taire la panique. Ne pas me projeter dans un futur lointain idéalisé ou dans les soubresauts d’une tragédie inéluctable et ridicule. Me ramener patiemment au présent. Réaliser où je suis. Les pieds plantés dans ce printemps timide. À m’accrocher à ce que j’ai gagné au fil des ans : une vie qui me ressemble un peu plus, quelques amis précieux.

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Anémone pulsatille au jardin alpin du Jardin botanique de Montréal.

Il n’est pas bon que l’homme soit seul (surtout au printemps)

Je suis un peu (beaucoup) en colère contre l’homme de la Lune. Disons qu’il est dur à suivre. Peut-être parce qu’il parle toujours de ses plans à la première personne du pluriel. « Aujourd’hui, on va faire des corrections. » Et qu’il raconte les choses comme si j’étais dans sa tête. Il m’a déjà lancé qu’il trouvait que les hommes gais étaient vraiment narcissiques. Je crois que c’est de lui qu’il devait parler. Quand on se téléphone et que je lui demande comment ça va, il saute sur la question comme la misère sur le pauvre monde. Il me raconte en détail ses péripéties de la semaine. Je suis content d’entendre ses histoires. Je le trouve intéressant, articulé, passionné. Mais, après trente minutes où il n’a pas pensé à demander une seule fois « et toi ? », il y a sur la ligne comme un petit malaise.

Je suis en train de feuilleter un livre de pop-psycho-nouvel-âge qui dit que le monde qui nous entoure est notre miroir. Ce qui nous saute aux yeux c’est en réalité ce que l’on est. « Si quelque chose ne vous plaît pas dans votre vie, prenez-en, au moins pour un instant, l’entière responsabilité et demandez-vous pourquoi vous l’avez créé ainsi. » Pour le moment, je n’ai pas de réponses.

J’ai toujours eu un faible pour les originaux, les torturés. Je me fie à Shakespeare quand il déclare : « the course of true love never did run smooth ». Le « true love » étant bien sûr un objectif (louable) à atteindre. Oui, au début, je l’avoue, ça m’arrangeait qu’il soit très occupé et que l’on s’apprivoise tout doucement. L’autonomie affective et l’indépendance sont des trucs que je dois améliorer. Et puis cette complicité qui s’installait au compte-gouttes, c’était comme une suite de défis et de micro-victoires. Mais je commence à comprendre que ça ne changera peut-être jamais. Une fois, je lui ai demandé : « serre-moi ». J’ai eu un peu l’impression de le brusquer. Il s’est exécuté, timidement. Quand on fait l’amour (baise), il reste aussi insondable. Pendant la semaine, je pense souvent à lui, j’ai toujours plein de choses à lui raconter. C’est un peu comme de prendre une douche froide hebdomadaire que de réaliser que ça ne l’intéresse absolument pas. Rien de ma vie ne semble l’intéresser. Je dis « semble », je lui laisse encore le bénéfice du doute. Tout être humain devrait avoir un minimum de curiosité. Et comme toujours, c’est envers moi que je suis beaucoup (un peu) en colère. Moi, qui l’attends (comme une dinde) en souffretant.

Winterlinge
Les eranthis hyemalis étaient en fleurs cet après-midi, dans le jardin du sous-bois au JBM.