Magellan
Je blanchis. Une première mèche blanche est apparue au-dessus de mon front quand j’étais à New York. Depuis que je suis rentré, je porte toujours une barbe de quelques jours. Mais je ne peux pas la laisser pousser plus parce qu’elle aussi blanchit de plus en plus distinctement. Je règle le clipper à 2. Chaque décision que l’on prend, chaque pas que l’on fait a des conséquences. Elles courent devant nous comme des ronds dans l’eau, pour aller rebondir jusque dans notre avenir. Je le sais. Je le sais un peu trop, peut-être.
Je marche d’un pas mal assuré, secoué par la tempête. Je pense avoir pris la bonne décision en choisissant de quitter Zorro, mais je suis quand même inquiet. Je pense au Jardin comme à un havre. Mais pour l’atteindre, il me reste six semaines à traverser. Ces jours-ci sont particulièrement difficiles. La simple présence du directeur de Zorro & co. me donne de l’eczéma. J’en fais des cauchemars presque toutes les nuits. Tant bien que mal, j’essaie de mettre en oeuvre tout ce que j’ai de patience, de compassion et de détachement, pour dompter cette colère monstrueuse qu’il réveille en moi. Cette colère m’use. Je me dis qu’une réaction aussi forte a sûrement des choses à m’apprendre. Mais je ne comprends pas ce que j’ai à comprendre. Et ça me prend tout mon petit change juste pour rester la tête hors de l’eau, pour trouver l’énergie qu’il faut pour continuer, un jour après l’autre.






