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Billet avec le mot-clef ‘défi’

Jour – 2

Après que le mirage des 1000 jours se soit évanoui, j’ai fait un choix. J’ai choisi de ne pas laisser tomber ce désir d’aventure qu’il a réveillé en moi. J’ai plusieurs projets dans ma mire pour élargir mes horizons, me secouer, me dépasser et peut-être voir du pays. Ma première aventure sera intérieure et débutera dans moins de 48 h. Je ne pense qu’à ça, en ce moment. Le cours de 10 jours de Vipassana. Poursuivre la lecture

Traces

Ma recherche d’emploi n’aura pas duré. L’entrevue s’est bien déroulée. Le directeur a su répondre à mes inquiétudes et il a été capable d’entendre mes critiques et mes commentaires. Nous avons bien sûr discuté des raisons de mon départ et des motifs qui me poussent à vouloir revenir. Les défis sont immenses. J’aime. Il m’a offert le poste à la fin de l’entrevue. Je commence la première semaine de janvier. J’aurai plus de responsabilités et de meilleures conditions, mais sans diplôme universitaire, mon salaire plafonne.

On m’a présenté celui qui m’a remplacé et qui occupe désormais mon ancien bureau. On ne s’était jamais rencontré. Je l’avais vu en photo sur Facebook. Il a dit qu’il avait vu mes traces, un peu partout dans le bureau et sur le site Web. Traces. J’ai trouvé le choix de mot curieux. Et pendant qu’on me présentait les nouveaux employés, je laissais traîner mon regard sur les murs, sur les meubles. Il y avait effectivement des traces, partout. Des objets oubliés. Des reliques. Des traces de moi, des traces de ceux qui ont travaillé là en y laissant un peu d’eux-mêmes. On se serait cru dans un musée.

J’étais comme sous le choc. Bien sûr, j’étais surpris de me retrouver aussi vite avec un emploi. Mais c’est surtout de reprendre contact d’un seul coup avec tous ces souvenirs et ce vécu d’une telle intensité. Je me souviens quand le ton montait entre moi et Chris et que je voyais que je le poussais jusqu’à ces dernières limites. Je me souviens que ces accrochages n’entamaient jamais le respect et même la confiance que nous avions l’un pour l’autre. Il va me manquer. Je me souviens des fous rires, de la complicité et de toutes les conneries qu’on a pu dire ou faire sous l’effet de la fatigue. Je me souviens quand Maxime m’a raconté qu’il avait essayé de se pendre. Je me souviens de ses yeux égarés et de mon sentiment d’impuissance pendant les semaines qui ont suivi. Un peu sonné, je me suis promené de sourire en poignée de main. Tout le monde avait l’air sincèrement content de me retrouver. J’ai passé l’été avec une équipe de femmes, toutes plus âgées que moi. Ma nouvelle équipe sera constitué exclusivement d’hommes et j’y serai l’un des plus vieux. Et il y a dans mes nouveaux collègues quelques pétards hallucinants.

Le lendemain, je suis allé courir dans la neige folle du Mont-Royal. À -6 °C, il ne faisait pas assez froid pour que le chemin ait durci. De la nouvelle neige tombait sans interruption depuis plusieurs jours. Mes pieds glissaient dans toutes les directions. Excellent exercice pour les muscles stabilisateurs. En montant la dernière pente, près du lac des castors, j’ai eu l’impression que je n’avançais pratiquement pas. Au brunch, j’avais mal partout. Je me suis retrouvé à une table où la conversation se déroulait en anglais. Et c’est comme si mon voyage à New York n’avait pas laissé de traces. Avec le bruit, je perdais sans cesse le fil de la conversation et quand je voulais parler, je m’arrêtais la bouche béante, à court de mots.

Jeux de lumière dans le Parc du Mont-Royal sous la neige
Jeux de lumière dans le Parc du Mont-Royal sous la neige par Nicolas Grevet, sur Flickr

Fidèle

Le temps glisse. Il se contorsionne, se replie et s’élance. Je le regarde, inquiet, se transformer, enfler, presque s’immobiliser. Mais le compte à rebours ne s’arrête pas, je le sais. Les minutes, les secondes tombent l’une après l’autre et disparaissent entre les phases de la lune. Quatre mois se sont écoulés depuis que j’ai cessé de bloguer. 120 jours, 2 880 heures, 172 800 minutes, 10 368 000 secondes. Le côté technique, la complexité d’une nouvelle plate-forme et mon incompétence en la matière sont en cause.

Mais il y a surtout la tentation du silence, le besoin d’être un moment invisible, de chercher l’ombre en rasant les murs. Et quand l’envie de raconter me chatouille un coin de la tête, la page blanche me paraît une montagne, une masse impossible à entamer, un territoire vierge qu’il serait sacrilège de profaner. Mon orgueil me jette un air narquois dans le miroir. Mais la peur me tient par les ouïes. Poursuivre la lecture