J’associe la moustache à la forêt d’épinette de mon enfance, aux chasseurs, aux bûcherons. Dans mon imaginaire, un pêcheur à la mouche ou un artisan qui travaille le bois doit nécessairement porter la moustache. Contrairement à la barbe, dénuée d’efforts ou de soins, il y a dans la moustache une sauvagerie doublée d’une volonté de séduire. Dans les contes traditionnels québécois, le diable porte toujours une moustache noire. Et c’est l’un de ses atouts lorsqu’il se présente dans une soirée dansante pour duper les villageois et enlever la belle. En lisant le roman, j’imaginais l’amant de lady Chatterley avec une moustache. Poursuivre la lecture
C’est en décembre que le vieux rafiot partira finalement. Avec une équipe réduite, il filera de Montréal aux Galápagos en passant par le canal de Panama. La personne qui a été engagée prendra l’avion en janvier avec l’équipe de tournage, pour se rendre directement là-bas. C’est une habituée du bateau, une amie du chef de mission. Mes chances étaient à peu près nulles.
Elle ne verra pas la mer des Caraïbes, cette fois-ci du moins. C’est l’étape dont j’ai le plus rêvé. Un mal pour un bien ? C’est ce que je me dis depuis le début, sauf que maintenant je commence à y croire. Poursuivre la lecture
La ville pleure à grande eau. Oui, écrire me fait du bien. Que ce soit sur papier à la lueur d’une lampe, ou sur ce clavier, devant l’écran lumineux. Mais publier mes billets ici n’est pas toujours sain. Premièrement, je m’y retrouve à la merci du premier venu. Et je tombe si facilement dans le désir de plaire. J’ai tellement besoin de me voir dans le regard de l’autre. Combien de conneries j’ai faites au cours des dernières années pour me rendre intéressant ? Profondément malheureux, ce n’est pas grave, mais je ne serai jamais ennuyant. Ce qui m’amène souvent à rêver la réalité plutôt que d’y goûter, même les beaux moments. Quand tout est terminé, je me retrouve les mains vides, avec trois commentaires et une vague impression d’avoir manqué quelque chose. Encore aujourd’hui, j’ai parfois cette envie de me coltailler avec la nuit pour en revenir avec des mots qui brillent.
Quand j’ai couru, bien dormi ou mangé avec plaisir, j’ai le corps qui crie pour le contact d’un autre. Comme un chiot séparé de sa portée. Je sais que cette envie est en partie liée à l’angoisse. La chaleur humaine est un anxiolytique puissant. Jamais je n’ai pris le temps d’apprivoiser la solitude. Je l’ai subie, pourtant, pendant des années. Je l’ai même vécue à l’intérieur du couple. Mais toujours, j’ai refusé de la regarder. Je préférais fuir dans les rêves ou dans le passé. Je deviens un acrobate quand je veux éviter la réalité.
J’ai le corps lourd comme un fruit, prêt à fendre. Des flashs me reviennent constamment dans la tête : le froissement des cheveux qui s’emmêle, la brûlure de la peau, ses pulsations, les parfums corsés de l’intimité, les larmes qui roulent, la sueur, le sperme. Je me rappelle quand j’avais 20 ans. C’est relativement tard que je suis sorti du placard et à 20 ans, je n’avais jamais embrassé. J’avais cette crainte stupide de ne pas savoir comment faire. Cette espèce de peur irrationnelle revient souvent, comme si je pouvais tout oublier. Perdu l’art de faire des caresses, effacé, dans un blanc de mémoire.
C’est d’ailleurs le corps qui a parlé pour m’obliger à arrêter. Alors que je faisais mes bagages pour Ottawa, un virus extérieur a assiégé mon système. En quelques jours, je pensais aller mieux. Mais pendant les semaines qui ont suivi, j’ai réalisé de quoi je me relevais. J’ai dormi de longues nuits sans jamais venir à bout de la fatigue. Je n’ai eu d’autres choix que d’arrêter de courir. Je recommence, timidement. Et je me demande pourquoi je cours. Je veux que la réponse m’apparaisse pendant mes sorties, qu’elle soit teintée de ce plaisir de la liberté. La course est un combat contre mes démons, mes peurs, ma colère et ma culpabilité. Je les affronte, un pas à la fois, mais je dois aussi m’en protéger. L’écriture me libère, mais en livrant mes mots sur la toile, je me jette, corps et âme, dans un torrent tumultueux. Je dois prendre le temps de trouver les gués, d’explorer la rive.
Trame sonore : Dans la nuit – Horror Inc. (aka Marc Leclair)
Je veux obtenir un vrai travail. C’est-à-dire un emploi avec une certaine stabilité où mes compétences sont reconnues et qui me permet de vivre décemment. J’ai besoin de me sentir utile et de sentir que je fais partie d’une équipe. Une équipe qui relève des défis et contribue à faire avancer le monde. Je veux un emploi où je pourrai mettre à profit mon imagination, mon sens de l’organisation, mon instinct comme mon empathie. Et mettre ces habiletés au service d’un idéal. Je veux un travail où je pourrai apprendre sans cesse, utiliser ma mémoire, ma logique et mon esprit critique, inventer.
Je veux fréquenter quelqu’un qui me plaît et qui s’intéresse réellement à moi. Qui n’est ni marié, ni en couple, et qui envisage la possibilité de vivre une vie de couple avec quelqu’un dans mon genre. Je veux sourire, parfois, juste en l’imaginant qui m’attend. Je veux voir la fierté dans ses yeux, partager avec lui le quotidien et savourer avec lui une complicité quand le banal tourne à l’aventure. Je veux aimer son honnêteté, sa naïveté, son enthousiasme. Je veux apprécier chez lui les détails que seul le temps permet de découvrir. Je veux m’émerveiller en le regardant dormir pour ensuite m’abandonner à la nuit en devinant sa chaleur, tout près.
Je veux mener une vie équilibrée, courir sous le ciel, qu’il soit enluminé de soleil ou voilé de pluie ou de neige. Et comme le conseillent les alcooliques anonymes, je veux trouver la force de changer ce que je peux changer, avoir la sagesse d’accepter ce qu’il est impossible de changer et le discernement qu’il faut pour savoir faire la différence. Pour y arriver, je veux vivre dans un bel espace où se croisent lumière et couleur. Je veux des dizaines de plantes qui s’affairent à fabriquer de l’air pur et un chien que j’amènerais courir sur la montagne. Je veux avoir du temps pour me poser sur l’herbe, fermer les yeux et goûter les caresses du soleil. Je veux prendre le temps d’écouter le souffle du vent quand il remue le parfum des grands arbres. Je veux remarquer la saison des crapauds et celles des ouaouarons, connaître le nom des oiseaux et celui des fleurs sauvages. Je veux avoir assez de temps pour passer des heures à me perdre dans un ciel étoilé.
« Shoot for the moon. Even if you miss, you’ll land among the stars. » Parfois attribuée à Oscar Wilde, surtout sur les sites francophones, cette citation serait plutôt d’un auteur américain moins connu : Les Browns.
Je n’ai pas vu ce clip quand il est sorti en décembre. C’est Brutus qui l’a publié sur Facebook. Additionnez les talents de Richard Desjardins pour le texte, Pierre Lapointe pour la musique, Elisapie Isaac pour l’interprétation et Francis Leclerc pour la réalisation, et ça donne un si bel objet que l’on a juste envie de se taire et d’écouter…
Depuis au moins 20 minutes, le livre est ouvert sur mes genoux. J’ai les yeux dans le vide. Des restes de fièvre courent dans mon corps en créant de drôles de sensations. La musique dans l’autre pièce captive mon esprit et mon âme est laissée à elle-même. Mon corps baigne dans une torpeur chaude quand il n’est pas secoué par une quinte de toux. Je m’étire comme un chat, dans la flanelle des draps. Je savoure la chaleur du lit et je la partage avec un autre, en imagination. Le livre est toujours là, immobile, devant moi. Poursuivre la lecture
Abonnement
Le suicide n’est pas une option
Du 5 au 11 février 2012, c'est la 22ème Semaine nationale de prévention du suicide. Au Québec, trois personnes s'enlèvent la vie chaque jour. Le suicide n'est pas une option ! 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)
L'éducation et la sensibilisation face au suicide, c'est le rôle de tous. En prenant position, nous avons le pouvoir de changer les choses.
Brèves
Il faut renoncer à tout savoir, à tout vouloir, à tout embrasser; il faut s'enfermer quelque part, se contenter de quelque chose, se plaire à quelque œuvre, oser être ce qu'on est, résigner de bonne grâce tout ce qu'on n'a pas, s'attacher à sa peau, croire en son individualité. — Henri Frédéric Amiel