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Billet avec le mot-clef ‘écriture’

So 2010

Bien que je sois accro à la technologie, parfois je me dis que ce serait bien de vivre à une autre époque. Celle où l’on écrivait lentement sur du papier, pour n’être lu que par une personne à la fois, à la lumière du soleil ou des bougies. Le temps où l’on buvait l’eau des rivières et celle des puits et où l’on mangeait ce qui avait été produit sur les fermes voisines. Il y a déjà eu une époque où la nuit était noire et où le printemps charriait tant de parfums que les promeneurs s’enivraient. On considérait les épices ou le chocolat noir comme des trésors inaccessibles. À cette époque, on ne connaissait qu’un nombre limité de personne, et notre destin était tracé dès l’enfance. Partir pour un voyage était une aventure incroyable. On croyait à l’amour éternel parce que la majorité des gens mouraient avant trente ans.

Mais ce n’est pas le cas, à 40 ans, je n’ai toujours pas trouvé de direction claire à donner à ma vie. Je pleurniche à coups de 140 caractères pour des centaines de followers, tout seul devant mon écran. La seule odeur que j’ai sous le nez, c’est le parfum de ma crème Vichy soin hydra Mag 24 h. De toute façon, le pollen me donne des allergies. Je me laisse entraîner dans cette course folle aux plaisirs éphémères. Et j’essaie, tant bien que mal, d’y survivre. Chaque matin, je suis secoué avec la foule entassée dans l’autobus. Et, le vendredi, je me saoule la gueule pour oublier. Je lève le volume du iPod jusqu’à ce qu’il m’écorche juste un peu les tympans. Puis je mets Lady Gaga : Stop callin’, stop callin’, I don’t wanna think anymore !

Nowhere

Sans attentes. C’est ainsi que je voudrais vivre, si je pouvais maîtriser complètement mes pensées et mes émotions. C’est lorsque je n’attend rien que je peux le mieux goûter chaque instant. Si je regarde en arrière, tous les moments les plus forts de ma vie étaient des imprévus, des situations auxquelles je n’étais pas le moins du monde préparé. Je suis plutôt du genre à me cantonner en terrain connu. J’ai ainsi l’illusion d’avoir un peu plus de contrôle. Ma tête est une machine qui s’emballe constamment pour planifier, organiser et imaginer chacun des pas que je pose devant moi.

Sans attentes. C’est ainsi que je voudrais écrire. Choisir de le faire sur un blogue, c’est un peu nager à contre-courant pour tenter de s’éloigner du centre d’un tourbillon. Le connu, le convenu, le désir de plaire m’attirent comme une force gravitationnelle. J’avais besoin de me battre ainsi contre moi-même. Peut-être que si je m’abandonne au courant, la force centrifuge me déportera un peu vers l’extérieur. J’ai envie de partir sur un nowhere. Sortir de mes histoires, ouvrir de nouveaux territoires, inventer qui je suis, c’est ce que je veux faire ici.

La fin du monde

Si la fin du monde était prévue dans une semaine, que feriez-vous de vos sept derniers jours ? Cette question me taraude. J’ai beau la retourner dans tous les sens, je ne parviens pas à trouver la réponse qui lui clouerait le bec.

Il me semble clair que je ne retournerai pas travailler à Zorro & Co. Même si j’ai épousé la cause, les bras grands ouverts, le mariage bat de l’aile. Le respect des êtres humains, quels qu’ils soient (employés, bénévoles, clients) est pour moi une condition non négociable. Et dans cette boîte, on a depuis longtemps perdu le souvenir de cette valeur. J’ai vécu des expériences intéressantes. J’ai dû m’aventurer hors de ma zone de confort pour animer un groupe de discussion sur l’érotisme. Un défi salutaire et une expérience étonnante. J’ai adoré être le témoin du cheminement et de la connivence entre ces hommes. J’ai peur de regretter et de ne pas retrouver quelque chose d’aussi fort. Mais s’il ne restait que sept jours, je crois que je serais content de l’avoir fait sans avoir besoin de répéter l’expérience. Je préférais prendre sept jours pour en faire le récit.

J’ai tellement besoin de vacances, que je doute de ma capacité à trouver des réponses claires. S’il ne restait que sept jours avant la fin du monde, je prendrais n’importe quel train pour aller rejoindre la mer. Et je passerais de longues journées sur la plage à regarder les vagues faire rouler les cailloux. À respirer le vent qui vient de loin. À contempler les éléments se chamailler, au-dessus de l’horizon. Après quelques jours, je m’ennuierais peut-être et je partirai à la découverte de la côte. J’aimerais marcher dans des sentiers entre dunes, mer et montagne.

Le soir, sur le ciel couvert, je remarquerais les reflets des lumières de la ville. New York, au loin, peut-être. Quelques jours de marche et j’y serais. Pendant toute une nuit, j’y ferais la fête. Les rues sont belles après la pluie, quand résonne le rire des fêtards, ivres de fatigue, et que le matin s’amène, plein de promesses. J’observerais la foule s’activer. Puis j’aurais envie, moi aussi, d’entrer dans le courant. Je deviendrais probablement bénévole pour une organisation quelconque. Je veux être utile et j’aime les êtres humains. Je n’aurais pas de titre et personne ne me connaîtrait. Et je tisserais toutes ces expériences dans une courtepointe de mots.

Chaque matin, j’irai courir dans Central Park, dans les bras de la ville qui s’éveille. Je ferais partie d’un club parce que bouger est un plaisir trop grand pour ne pas le partager. Je garderais cependant beaucoup de temps libre pour écrire, méditer, flâner, observer les gens dans les cafés, écouter les musiciens de rue. Je profiterais des derniers jours pour organiser une fête où j’inviterais des amis qui ne se connaissent pas. Moi le « pas trop social », j’aime bien jouer les entremetteurs. Avec des bouchées pour contenter tout le monde, de la musique, et un service impeccable. Puis, une fois les préparatifs terminés, vivre intensément chaque instant, capturer chaque sourire.

Il y a toujours des vagues de défaitisme qui se lèvent quand je me laisse ainsi aller à rêver. Mais elles ne résistent pas à cette chaleur inhabituelle du soleil d’avril. À la cime d’un tilleul, le chant net d’un cardinal me ramène à l’essentiel, la douceur de la brise, le gazon doré où s’affirme le vert. Toutes ces heures devant moi qui débordent d’occasions, de carrefours et de possibles. Et le plaisir que j’ai, en ce moment même, à ordonner les mots.

D’un crépuscule à l’autre

Voici le billet que je publiais le 11 octobre 2006. Voir tout ce chemin parcouru me rassure. Ma vie n’a pas changé du tout au tout. Des petites modifications se sont additionnées, les unes aux autres, pour laisser plus de place au calme et au confort. Je ne me lève plus à l’heure des poules pour me taper des heures de transport en commun. J’ai apprivoisé ma nouvelle réalité et je tiens l’angoisse à distance, la plupart du temps. J’ai le pied plus solide. Ces temps-ci, je pourrais même dire que je dors assez bien.

Parfois, j’ai peur d’avoir perdu cette intensité. J’ai peur qu’elle se soit enfuie à jamais avec mes drames personnels. C’est lorsque j’étais submergé par la douleur ou par l’angoisse que je parvenais le mieux à voir la beauté, et même à l’imaginer quand elle était absente.

Peut-être que ma vie n’a plus assez de piquant pour être racontée avec souffle. Je ne sais pas. Je tâtonne. En tout cas, écrire me demande plus de travail et d’effort. Je dois secouer le cocon fragile que j’ai mis tant de temps à tisser. Peut-être est-ce le signe que je dois tourner mon regard vers le destin des autres. Cela me fait terriblement peur. Peut-être dois-je simplement réapprendre à écrire.

Crépuscule

Quand le compte à rebours s’enclenche derrière mes paupières, je sais que les derniers instants de liberté s’écoulent trop rapidement. Je dois trouver le sommeil. Les chiffres lumineux tombent en cascade. J’ai besoin de dormir. Barrer la route aux questions qui attendent le flou du crépuscule pour m’assaillir et m’étourdir.

Bien sûr qu’il faudrait que je travaille moins. Combien de temps pourrais-je tenir ? Ce rythme, c’est pas humain. Est-ce que j’attends de craquer ? Pourquoi je m’accroche tellement au travail ? Puis la pensée bascule et les scénarios déferlent. Le loyer, les comptes, les dettes, les coupures de service, les remboursements de prêt et bourses, les intérêts, les lettres de menace dans la boîte aux lettres, les avis d’huissiers. Les imprévus éventuels me serrent déjà la gorge. Je cherche où couper. Comment presser encore plus le citron. Je sais bien, ce n’est pas à cette heure que je vais être éclairé par le génie. Je sursaute quand le plancher craque sous les pas du voisin. Les camions qui passent font vibrer la vitre du salon. Je jette un œil à la lueur sale du lampadaire. Il faut fermer les yeux, il faut partir vers l’intérieur…

Là où le bleu gris du fleuve se mêle aux lumières du ciel, entre le jour et la nuit. J’imagine le dos noir d’un rorqual qui vient rouler à la surface pour frôler la brume et goûter le vent. Il plonge ensuite vers l’immensité bleue. Ne reste qu’une ride qui glisse, s’affaiblit puis disparaît dans les mille fragments de la lune qui se lève.

Je l’imagine porté par les marées orageuses et les courants saturés de vie. Il traverse les espaces liquides ou l’écho des appels lyriques palpe les corps en suspension. Je sais qu’il s’élève, immobile, vers la lumière des glaces lorsque mon esprit s’abandonne et se laisse à regret sombrer dans la nuit. Parfois, quelques gouttes d’eau de mer vont alors se perdre sur ma taie d’oreiller.

11 octobre 2006
Photographie : Rorqual commun par ellor1138

Tombent les heures

Le temps glisse entre mes doigts comme si je serrais du sable dans mon poing. J’ai le sentiment que tout s’effrite à une vitesse folle. Le vieil escalier a traversé l’hiver, mais s’il tient debout, c’est par miracle. Mes électroménagers rendent l’âme l’un après l’autre. Depuis quelques semaines, des fourmis minuscules se sont mises à arpenter les pièces de l’appartement. Les rides courent sur mon visage. Le temps d’écrire m’échappe. Je n’arrête de pédaler que lorsque je suis à bout. Mes cheveux s’allongent, grisonnent. Ma barbe pousse. Les saisons tombent les unes après les autres comme si le climat commençait déjà à s’affoler.

Je sens l’urgence d’aller quelque part, de choisir sinon je raterai le train. Paraît qu’il faut se perdre pour se retrouver. C’est un peu l’idée de se lancer dans l’écriture d’un blogue sans trop savoir avoir de direction. Mais j’ai cette manie de vouloir bien faire. Cet immense besoin d’approbation qui me tiraillent dans toutes les directions et m’empêche de décider.

C’est dans cet état d’esprit que je bricole ce blogue. Je ne suis pas graphiste et ça saute aux yeux dès la page d’accueil. Ce que je veux y mettre demeure flou. Curieusement, tout le monde semble avoir un avis là-dessus, sur la façon de faire comme sur le contenu. On aime bien mettre les blogueurs dans des petites boîtes, ils sont ainsi plus faciles à ranger. J’écoute. Mais je sais que c’est à moi de définir tout ça. J’ai une tête de cochon et, au moins ici, je veux avoir le dernier mot.

C’est une maquette, une partie de ma vie et de mes pensées en miniature. Un endroit pour faire des expériences. Un nid à brouillon. Je n’ai pas le projet de devenir célèbre. Je ne rêve pas du livre, ni de la série télé. Ce n’est pas non plus un freak show pour étaler mes tripes à tous vents. Mais si je me permets de squatter cet espace, entre le public et le privé, c’est que je voudrais bien aller quelque part. Tout au moins, résoudre certaines de mes contradictions et mieux me comprendre. Mes quelques lecteurs fidèles sont des garde-fous, des agents provocateurs ou les lueurs d’un phare dans le brouillard.

Sept fois

« Votre appel est important pour nous. Ce moment d’attente est bien involontaire. » Je sais : une recette en tête de page d’accueil, c’est pas ce qu’il y a de plus « winner ». (Je n’ai pas le projet de concurrencer les blogues de cuisine.) Mais je traverse en ce moment une petite panne d’écriture.

Peut-être un peu à cause de la fatigue, celle de l’hiver, d’un rhume qui traîne et du train de vie que je m’impose. C’est bien beau 20 résolutions, mais il y a des jours où mon perfectionnisme compulsif est difficile à porter.

Peut-être aussi parce que je ne peux m’empêcher de m’autocensurer. Le monde est petit. Le développement du Web et des réseaux sociaux le révèle un peu plus chaque jour. J’avais la prétention de vouloir faire un blogue anonyme ou mon identité resterait soigneusement cachée. Force est de constater que c’est raté, trop de liens oubliés, trop de mots échappés. Alors, je commence des billets et je les laisse dormir dans le coeur de mon MacBook pour un temps. C’est toujours une bonne chose. L’équivalent de tourner sa langue sept fois avant de parler. Certains textes vont s’affiner et finir par être publié, d’autres ne traverseront pas l’épreuve du temps et aboutiront dans la corbeille. Plusieurs seront simplement oubliés, bousculés par des évènements de ma vie qui ont un besoin plus pressant d’être exprimés.

En quarantaine en ce moment : une note sur mon patron et mon rapport à l’autorité, quand celle-ci manque de vision, un billet sur un homme séduisant croisé dans un bar qui m’a écrit un courriel le lendemain pour me dire qu’il était tombé sur mon blogue. Et un autre sur la pêche au chum sur les sites de rencontres. (une des bêtises que j’ai faites récemment est d’utiliser le pseudonyme Kevin Zaak, sur ces sites) Une dernière, finalement, sur mes déboires avec la langue anglaise et tout les blocages psychologiques que je rencontre au fil de mon apprentissage.

Le repaire

Tout au bout du champ sur la ligne d’horizon, commençait la forêt. Les premiers arbres marquaient la limite de mon territoire d’enfant. Avec les kids du voisinage, on s’était fait un camp de base dans un énorme buisson avec des passages et des espaces fermés d’où l’on pouvait observer les alentours. On y trouvait deux grosses pierres pour s’asseoir et une cachette pour les trésors. C’était un repaire, un lieu de rendez-vous, le point de départ des piques-niques et de toutes les aventures. Une façon d’apprivoiser l’espace et d’apprendre à se faire une place dans le monde.

Je voudrais que ce blogue soit un repaire en son genre. Chaque jour, il est ma porte d’entrée sur l’univers virtuel. Je suis en train de me familiariser avec le visuel. Il me reste pas mal de travail à faire dans le code. Je ne me souvenais plus à quel point ça pouvait parfois être compliqué. La bannière actuelle n’est pas au point, elle manque d’équilibre. Sur chaque page, il y a encore plein de trucs à franciser et à fignoler. Les blocs de la colonne de droite tourneront du noir au gris ardoise. Le premier billet (featured note) sera mis en évidence dans le haut de la page d’accueil et ce texte occupera toute la largeur. Les billets suivants resteront comme ils le sont, sur deux colonnes, ce qui enlèvera un peu d’importance à l’ordre chronologique. Malgré les erreurs, les défauts et les maladresses, je suis content et plutôt excité, parce que c’est moi qui ai arrangé le décor.

Je voudrais consigner dans mon repaire des traces des saisons qui passent, l’odeur du gazon frais coupé et celle de la neige, le chuchotement du vent dans les pins et le ronronnement de la ville. Je veux y coucher mes états d’âme, mais aussi y échafauder des idées. J’y mettrai même des recettes de cuisine végétarienne. Si vous en avez envie, sortez les couvertures et imaginez-vous autour d’un feu de camp en écoutant la femme en or qui chante dans la troisième boîte de la colonne de gauche. Vous êtes toujours les bienvenus pour exprimer vos réactions, vos désaccords, vos impressions ou vos interprétations. Je vais travailler à améliorer la page Liens qui présente ma blogosphère. J’y noterai, quant à moi, des dialogues et peut-être même des histoires. Je suis paresseux, je me complais dans l’autofiction sans oser m’extirper des ornières confortables de ma propre vie. J’ai peur de me casser la figure si je sors de mes sentiers battus, mais je veux que cette face cachée soit le lieu de toutes les expériences.

20 choses qui m’intéressent

Une petite note en forme d’inventaire pour commencer la première année de la décennie et celle de ma quarantaine. C’est aussi une façon d’inaugurer le nouveau visuel (en « work-in-progress ») de ce blogue. Je suis le mouvement lancé par Steve Proulx, et suivi par Miss Klektik, Patrick Dion et Geneviève Allard. L’idée étant de faire la liste de 20 choses qui vous intéressent et vous passionnent dans la vie, dans l’ordre ou le désordre, tout en étant précis. Un exercice pas nécessairement facile, mais qui a allumé quelques étincelles dans ma tête. Essayez-le pour voir !

  • L’écriture d’une histoire, ses structures, sa mécanique.
  • Les racines, comment on s’en passe dans la vie, comment on se les recrée.
  • Les arts du cirque et le dépassement de soi offert en spectacle, soir après soir.
  • L’incroyable résilience de la nature.
  • La cuisine, le vin, la multitude des parfums, des saveurs.
  • L’enfance et sa capacité d’émerveillement.
  • New York et cet espèce d’élan qui nous emporte dès qu’on y met les pieds.
  • La photographie, comment fixer sa vision de la réalité.
  • L’autofiction, jouer à se réinventer jusque dans la réalité.
  • L’histoire des langues, comment elles s’entremêlent et s’influencent.
  • L’identité masculine, comment elle se construit sans qu’on n’en parle jamais.
  • Les préceptes de la méditation bouddhiste et le choc de sa rencontre avec la vie d’aujourd’hui.
  • Les couleurs, leur influence, leur impact foudroyant et silencieux.
  • La rencontre des mots et de la musique dans une chanson.
  • La rencontre des mots et du dessin dans une bande dessinée.
  • Les valeurs qui nous guident et nous rendent heureux ou malheureux.
  • La psychologie des groupes, des familles, des équipes de travail.
  • Les rêves que l’on fait chaque nuit.
  • La santé globale et ce que chacun d’entre nous peut faire pour la conserver.
  • Les traces que l’on laisse, l’impact de la vie d’une personne sur les autres, la société, la planète.