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Billet avec le mot-clef ‘english’

L’héritage de la perte

Je me relève très lentement des attaques de ce virus qui m’a terrassé pendant plus d’une semaine. J’ai perdu du poids. Je suis épuisé. Je dors en lambeaux. Je fais des rêves coup-de-poing. Dans l’un d’eux, je revisite mon enfance. C’est un stationnement, du béton mur à mur, où je suis totalement seul. J’ai beau me déplacer d’un coin à un autre, je ne vois que du vide. Pas le moindre brin d’herbe. Il n’y a pas âme qui vive.

Au fil des années, le temps a aiguisé ma solitude. Elle m’est devenue refuge. Je l’ai peuplé de mes chimères et je n’y suis jamais seul. Je l’ai connue confortable et rassurante. Poursuivre la lecture

Questions de design

Voilà, le visuel est presque complété. Vous en pensez quoi ? Qu’est-ce qui vous agace ? Qu’est-ce que vous préférez ? Qu’est-ce que vous changeriez ?

Ce congé d’écriture me fait du bien. C’est étrange de voir que les fréquentations demeurent les mêmes. En fait, ces dernières semaines, la plupart des lecteurs viennent ici chercher des recettes. S’ils savaient. Je suis complètement pourri en cuisine. Deux fois, j’ai fait brûler des chaudrons d’eau…

Crédits :

Plate-forme : WordPress
Hébergement : Iweb
Thème : Linen par The Theme Foundry
(Soutien technique particulièrement attentionné et efficace qui vaut largement le prix du thème !) Poursuivre la lecture

Short notes

Musique : Love is a Shade (2009) par joshschroeder (environ 30 minutes de bonheur)

Je sors de ma première entrevue d’embauche en anglais et en français. Je m’étais préparé mentalement à une entrevue rien qu’en anglais. J’ai passé la soirée d’hier avec le Cow-boy. And we spoke English only. Finalement, la consigne était de parler la langue où l’on se sentait le plus à l’aise. La fille qui m’interviewait commençait en français, puis finissait toujours en anglais. Je bredouillais un peu en anglais puis je passais au français. It was so Montreal. J’ai fait une excellente entrevue. Je ne suis pas sûr que cet emploi m’intéresse, mais ce n’est jamais perdu. Je suis content de moi. J’en avais bien besoin. C’est l’hiver dans mon crâne, malgré le soleil.

La dernière fois que j’ai couru avec le club. Je suis redescendu de la montagne aux côtés d’un garçon éblouissant. Ce n’est pas un régulier, mais il se joint au groupe de temps en temps. Je l’ai toujours trouvé craquant, dans le genre inaccessible. Physiquement, il pourrait évoquer l’homme de la lune… avec une dizaine d’années de moins, en plus démonstratif et en plus détendu. Nouveau célibataire selon Hugh. (Il a dit « nouveau simple » pour new single. Cute !) C’est lui qui est venu vers moi, à trois reprises : à cheval sur nos bixis au coin de Saint-Laurent, au point de départ, au sommet. (Et Dieu sait que je peux avoir l’air inabordable et glacial, quand je suis gêné.) Il m’a dragué de façon assez directe et m’a demandé au milieu de la pente si j’avais un copain. Mon ego a esquissé un sourire en coin, du fond du troisième sous-sol. Depuis, je trouve toutes les raisons du monde pour me convaincre que c’est impossible. The cow-boy played my therapist. J’ai peur du rejet. J’ai peur de la souffrance. C’est normal, non ? No risks, no rewards, qu’il m’a dit. Là-dessus, il est pareil comme moi. Pendant l’entrevue, ils m’ont demandé : how do you define an harm reduction approach ? Quelque chose de personnel et d’individuel. Chaque être humain doit élaborer ses propres stratégies en fonction du niveau de risques qu’il est prêt à assumer. Éliminer les risques est impossible. Mais il y a toujours moyen de les réduire. Je suis fragile en ce moment.

J’ai des voisins fous qui vivent barricadés dans un appartement bordélique, au rez-de-chaussée. Ils n’ont pas tondu le gazon depuis deux ans. Quand je sors de chez moi, je dois passer à travers des herbes qui m’arrivent aux hanches. Ils nourrissent les chats errants. Alors il y en a des centaines qui rôdent autour. Je vous laisse deviner l’odeur. (J’ai l’impression de vivre dans une litière.) Ils les nourrissent, mais ne vont pas jusqu’à leur payer une stérilisation ou des soins vétérinaires. Résultats : ils sont infestés de puces. Chaque fois que je traverse le champ, j’ai des puces qui me sautent sur les jambes. J’en ai maintenant dans certaines pièces de mon appartement. Je me bats avec ça depuis des semaines. J’ai fait tout ce qui est possible (aspirateur, vapeur, savon, pyrèthrinoïdes de synthèse, pyriproxyfène). J’ai lu tout ce qui s’est écrit sur les puces. J’en fais des cauchemars. J’ai craqué quelques fois et je me suis aspergé le corps de pesticides. Je m’inspecte pendant une heure chaque soir. Il n’y en a pas dans ma chambre, ni dans mon lit. Avec de la persévérance, j’en viendrai bien à bout. One day !



L’orage silencieux du 21 juillet, sur Montréal.The Demon Storm par operatique sur Vimeo.


Comme Josh Schroeder (un garçon vraiment charmant) ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche, voici un lien pour télécharger son album sur iTunes :Love Is a Shade. Un 6.93 $ bien investi.

Live with it

En janvier 2007, j’ai eu le coup de foudre pour cette campagne de publicité sociale. (Merci à Éric, de me l’avoir fait découvrir.) Ces clips ont été publiés sur mon premier blogue, au fur et à mesure que les épisodes étaient mis en ligne. J’avais envie de les avoir ici, rassemblés. Peut-être que certains lecteurs ne les ont jamais vus.

Production : Incendia Health Studios, une division d’Ignite Health LLC.

Il n’y a rien comme le noir pour faire éclater la lumière. En cinq épisodes, Live with it aborde avec peu de moyens, mais beaucoup de doigté les thèmes du déni, de la colère et de la culpabilité. Des sujets sensibles et très chargés. Je me reconnais dans chacun de ses personnages.

Live with it – episode I : Mudd

J’ai fréquenté pendant un an un groupe de soutien comme celui où aboutissent les personnages de cette série. Il y faisait plus clair, et l’ambiance y était souvent plus légère. Mais la première fois que j’y ai mis les pieds, c’était un pas énorme à franchir. Mon truc a été de ne pas réfléchir avant d’y aller. J’ai vu quelquefois des individus y arriver sous l’influence de l’alcool ou de la drogue. Au fil du temps, les histoires se dévoilent. Derrière le virus invisible se cachent des amoncellements de blessures silencieuses. Ce qui est particulièrement bien rendu par ces clips.



Live with it – episode II : Trevor

Trevor — « … Toute ma vie, j’ai prétendu être un autre. J’ai prétendu que j’étais un bon époux, que je serais un bon père. Je pensais que je pouvais juste prétendre que je n’étais pas séropositif… »



Live with it – episode III : Bobbie

Lorsque l’on vit dans le regard des autres, ce que l’on est réellement n’a plus beaucoup d’importance. Qu’est-ce que la beauté ?

Live with it – episode IV : Julio

« … Julio a 25 ans et il se passionne pour les vieilles voitures. Là s’arrêtent les stéréotypes du latino. Julio ne s’est jamais reconnu dans les valeurs de son milieu d’origine. Il a choisi la rue pour fuir un environnement familial étouffant. Et il s’est lancé à corps perdu dans une fuite en avant, en espérant ainsi trouver sa voie. Il vit à cent à l’heure sans jamais se retourner. Il ignore où tout ça le mènera. C’est simplement sa façon de survivre. Mais pour découvrir ce que la vie a à offrir, il faut parfois savoir s’arrêter… »



Live with it – episode V

La conclusion de la série. La rédemption est-elle possible ?

J’avais mis en ligne les clips sur Youtube sans prendre la peine de demander la permission. Quelqu’un de l’équipe de Ignite Health est tombé sur mon blogue. Et ça donne ceci.

Live with it, le site Web

Chercher le Chi

J’écris ce billet, allongé sur le sol. C’est la seule position qui me convient en ce moment. Je n’ai plus la force de me tenir droit, que ce soit debout ou assis. Les grandes sorties du dimanche sont de plus en plus longues. Elles dépassent maintenant les 20 km. C’est une espèce de seuil psychologique que j’ai du mal à traverser. Je suis revenu complètement vidé. Je mets un jour ou deux à m’en remettre. Autour du dix-neuvième kilomètre, je me sentais vraiment mal. J’avais des sueurs froides (il faisait plus de 20). Je n’arrive pas à conserver mon énergie. Peut-être que je pousse trop. Avec les joueurs de tam-tams, les familles, les cyclistes du dimanche, les touristes agglutinés autour du moindre écureuil, la montagne en juillet n’est pas le parcours idéal pour s’entraîner. Je vais essayer bientôt la piste du Canal Lachine.

La veille, j’ai participé à un atelier de ChiRunning. Le ChiRunning consiste à courir avec le Chi, l’énergie vitale, en collaborant avec l’environnement plutôt qu’en l’affrontant. L’approche vise à augmenter le plaisir de courir et diminuer les blessures. Les deux instructeurs, étaient unilingues anglophones alors j’en ai peut-être perdu des bouts. (Nous étions 6 participants, presque tous francophones.) En commençant, K nous a demandé de desserrer nos lacets. Je serre toujours mes lacets au maximum. Et je les resserre parfois plusieurs fois, c’est comme si ça me rassurait de sentir mes souliers bien serrés. Mais les lacets serrés entravent la circulation et empêchent le pied de transmettre certaines informations au cerveau.

Ensuite, on a fait des exercices de marche pieds nus, pour apprendre à sentir le bon alignement de la structure corporelle et l’angle à lui donner pour initier et perpétuer le mouvement. La course doit être une chute contrôlée. Le seul effort des jambes doit être de soutenir le corps. La force qui propulse vers l’avant reste la gravité. Même si je n’avais pas lu le livre de Danny Dreyer (j’étais le seul du groupe à ne pas l’avoir lu), toutes les notions m’étaient familières. Mais il y a une différence énorme entre comprendre les concepts et les mettre en pratique. Ce n’était pas facile. J’ai donc senti mes blocages. Mon épaule gauche continuellement tendue. Ma hanche droite qui manque de souplesse. Mon habitude de contracter les abdominaux du haut et de projeter les épaules vers l’arrière.

Saisir la différence subtile entre un muscle engagé et un muscle contracté. Dérouler le pied derrière, comme on pèle une banane. Rentrer le menton et basculer le bassin de façon à ce que le tronc soit solide comme une aiguille. Détendre les bras, les jambes et laisser rouler les hanches : pour envelopper l’aiguille dans du coton. Je luttais contre moi-même et la force des habitudes. Le seul moment où j’ai eu l’impression que le corps courait, bien aligné, ç’a été lorsque nous avons couru avec un métronome pour travailler la cadence, qui doit être menée par le mouvement des bras. (90 foulées par minutes, comptées par le coude, d’un seul côté. La cadence doit être la même, peu importe la vitesse qui est déterminée par la longueur de la foulée.) Ce serait un rythme naturel qui, au départ, oblige le coureur à réduire sa foulée. Le rythme du métronome a captivé mon esprit qui a enfin relâché son contrôle sur le corps. I think I overthink it, I’m too concentrate and unable to relax.

Je cherche le Chi dans ma vie, aussi. Je m’inquiète pour l’avenir, je ne sais pas par où commencer. Il y a ces nuits blanches qui reviennent régulièrement. Et puis, une histoire au travail. Mes collègues ont décidé de faire un souper de filles. Comme je suis le seul gars de l’équipe, c’est une façon de m’exclure par la bande. Elles s’étaient organisées en secret, mais elles ont tellement des grandes gueules que l’une d’elles s’est échappée. Je sens qu’il y a là-dessus des histoires de jalousie et de rivalité. Chez Zorro, l’équipe était essentiellement composée de gars. Jamais l’idée ne nous serait venue d’exclure la fille de l’équipe de nos soirées. Au contraire, on se faisait une fierté quand elle sortait avec nous. Message reçu : Je ne fais pas partie de l’équipe. Je vais arrêter de faire des efforts pour m’intégrer. Écouter leurs sempiternelles histoires de bébés et de maris qui oublient de sortir les poubelles et accepter de les remplacer à pied levé à tout bout de champ.


Lien envoyé par un des instructeurs.


Site officiel ChiRunning
Quelques liens en français sur le ChiRunning

Deux solitudes

Pas de raisons de fêter la fête du Canada. Je ne me suis jamais senti Canadien. Même si le Québec n’est toujours pas un pays, c’est à ce pays imaginaire que je me rattache. (Et en tant que travailleur temporaire à la Ville, je travaille les jours fériés.) Mais il y a dans l’autre solitude, de l’autre côté de cette frontière imaginaire, beaucoup de choses que j’aime bien. Alors fêtons les Canadiens plutôt que le Canada. Hugh m’a fait découvrir celui-ci, hier soir sur Facebook : Bon Iver. À écouter longuement…

La vérité

Samedi soir, je suis allé voir I love you, Phillip Morris (V.O.) avec un gang d’Anglos de mon club de course. Je ne suis pas fan des films de Jim Carrey, mais j’avais lu que celui-là était différent, un mélange de comédie, de drame et de romance.

Le roman de Steve McVicker qui a inspiré le scénario doit être diablement intéressant. Le récit multiplie les rebondissements et l’on ne s’ennuie jamais. Mais la profondeur de cette histoire est complètement occultée par les cabotinages incessants de Jim Carrey. À la base, c’est l’histoire d’un homme à qui on a menti sur ses origines (il a été adopté) et qui commence à mentir pour cacher son homosexualité dans une société aux valeurs ultraconservatrices. Petit à petit, le mensonge prend de plus en plus de place dans sa vie. Et il devient, rapidement, le moyen facile de tout régler. Jusqu’à ce que cet homme se retrouve en prison et qu’il ne sache plus du tout qui il est. Cette phrase : « I love you Phillip Morris » devient la seule vérité dont il est certain, ce qui est en soi assez romantique. Mais on n’arrive pas à croire une seconde à cette histoire d’amour, malgré Ewan McGregor, qui est excellent. Par moment, le film se vautre dans les clichés les plus éculés sur l’homosexualité, avec des scènes qui rappellent la cage aux folles, 30 ans plus tard, mais sans le jeu précis et touchant de Michel Serrault.

On est ensuite allé rejoindre deux gars du Michigan dans un restaurant vietnamien. Et pendant que je dégustais mon poulet à la citronnelle (il n’y avait aucun plat sans viande !), je songeais à tous ces secrets et mensonges qui hantent et déforment toutes les sphères de ma vie. D’autant plus que j’ai reconnu pendant la soirée un ami de l’un des coureurs qui est venu nous rejoindre. Il y a quelques années, j’ai raconté dans un billet, une nuit passée chez lui. Un gentil garçon. Il y a une marge entre le personnage que je me fabrique, pour me justifier, pour attirer l’attention et pour me faire aimer, et l’homme que je suis en vérité. Et le pire, c’est que je suis le premier à en être dupe. J’aimerais bien faire un peu plus de place à la vérité, dans ma vie.

Deux par deux

Les jours se suivent sans se ressembler. Heureusement, sans doute. On se détache et on pleure, mais au bout du compte on y gagne (à cause de la couleur du blé, dirait Saint-Exupéry). Il y a des jours où les menus bonheurs s’accumulent. Ils s’additionnent jusqu’à peser trop lourd. Le balancier tremble et s’engage dans l’autre direction. Suffit de s’accrocher, car il revient toujours.

J’avais peur du lundi. Le retour au travail. Mais la journée fut productive. J’ai pu faire ce que je préfère et ce que je fais le mieux. Je suis parti tôt, assez pour profiter de la clarté et courir dans le jardin avant la fermeture des grilles. La neige est damée, les sapins complètement recouverts de lourdes chapes blanches et le ciel passe très lentement du rose clair au bleu royal. Ce paysage scintillant est tellement magnifique que j’en oublie complètement la fatigue. Le gardien m’a chicané. J’ai joué l’imbécile qui ne savait pas. Je suis rentré au chaud, chargé d’endorphine. Alors que j’avais fait le deuil de l’homme de la lune, c’est lui qui m’appelle comme si de rien n’était. Il me propose d’aller au cinéma à la fin de la semaine. Et je dis oui. Je sais que si son ambivalence m’irrite royalement, c’est qu’elle est à l’image de la mienne. Je ne peux pas lui en vouloir. Journée trop pleine. Je me suis senti trop bien. Je n’arrive pas à trouver le sommeil, rien n’y fait. J’ai peur du mardi.

J’ai parfois des réflexions en anglais. L’animatrice du podcast The Signal a une théorie sur les bad days. Je n’y ai rien compris. Mais j’ai cherché longtemps comment on pourrait traduire cette expression en français, sans en perdre tout le sens. Mardi fatigué, je m’éparpille et je n’arrive à rien de bon. Tout va de travers. Le directeur est à peine rentré de Paris qu’il nous envoie déjà des courriels pour nous mettre des bâtons dans les roues. Il n’aime pas le traiteur que l’on a choisi pour le prochain vendredi-causerie. Il préfère le Saint-Hubert, mais il nous laisse le choix… Personne ne dira un mot et on mangera du Saint-Hubert, bien entendu. Enfin eux, mon végétarisme a tendance à s’endurcir récemment. Et le poulet industriel Saint-Hubert, une fois par année, ça me suffit. El Poblano s’en va passer la semaine au Mexique. Je l’appelle « Patron » et ça le fait rire. Et le faire rire me fait sourire. Quand je me croise dans le miroir, je me jette un oeil mauvais. Je pars encore plus tôt ce jour-là. Et ce soleil de printemps qui dore cette neige d’hiver me donne envie de m’arrêter et de prendre une grande respiration.

The world in white