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Billet avec le mot-clef ‘espoir’

M. Right here

C’était le dernier jour du symposium. La présentatrice était thérapeute conjugale. Après avoir levé les yeux de ses notes, elle a lancé à l’assistance : « Quelle est la différence entre ce qui vous excite et ce qui vous énerve ? » J’ai levé un sourcil. Elle a poursuivi : « Ce qui vous excite chez un partenaire, c’est probablement ce qui vous va vous énerver quelques années plus tard. » Des rires dans la salle. « On est attiré par la différence, mais la différence, ce n’est pas facile à vivre au quotidien. » Ça m’a frappé, c’est trop vrai. Et même pas besoin d’attendre quelques années.

Ce qui m’attire chez les Anglos me fait toujours grincer des dents après quelques semaines. J’ai été frappé par l’assurance de Scott, au point où je ne voyais plus que lui, dans l’obscurité du Royal. Chaque fois que nos regards se croisaient, ses airs un peu distants me mettaient au défi. Son sourire et son insouciance enfantine quand je l’ai finalement approché m’ont achevé. Il me semble qu’après 43 ans de galère, j’aurais dû deviner la suite. Mais bon, on ne se refait pas. Poursuivre la lecture

La loi spéciale : on s’en câlisse !

Je rentrais du travail, la mine basse, fatigué. Je n’ai pas pu participer à la manifestation de cet après-midi. Le climat me semble de plus en plus empoisonné. Je dors mal, des images de brutalité policière plein la tête.

C’est en sortant du supermarché que j’ai entendu comme un cliquetis au loin. À mesure que j’approchais de chez moi, le son des casseroles était de plus en plus présent. Il ne venait plus d’un seul point, mais semblait venir de chaque ruelle, de chaque fenêtre ouverte. Je voyais de plus en plus de gens sur leur balcon qui tapaient sur des casseroles en souriant. Faire du bruit, pour marquer son désaccord avec la loi 78 qui limite le droit de manifester. Arrivé sur ma rue, j’ai été submergé par le tintamarre. Des gens de tous les âges sur leurs balcons, casseroles à la main. J’avançais en souriant, les yeux en l’air, ahuri et émerveillé. J’ai couru dans ma cuisine pour accrocher un cul de poule et un chaudron et je suis retourné sur mon balcon pour taper de toutes mes forces, jusqu’à ce que le cul de poule soit tout cabossé. Sur le balcon d’à côté, la voisine qui tapait dans un wok m’a fait un grand sourire. Ce soir, j’ai retrouvé un peu de la fierté que j’avais d’être Québécois. Rendez-vous demain à 20h pour un autre tintamarre.

Le hashtag #casseroles a été l’une des tendances de la soirée sur Twitter. Les casseroles ont résonné de Ville-Marie au Mile-End, en passant par Rosemont, Ahuntsic, Outremont, ailleurs peut-être… Sur Masson, les pompiers ont fait résonner leurs sirènes. Les enfants étaient fous de joie.

Dans Villeray :


Photographie : © Rue Masson

Sur le cœur

J’ai grandi dans un pays où la liberté allait de soi. Un morceau d’Amérique où un amour féroce avait préservé la langue française et où une culture florissait, dans l’adversité. C’était un pays bien plus grand que n’importe quel autre pays. C’était l’hiver, souvent. Les jardins s’y étendaient comme la plaine. Et le fleuve se déployait, si large qu’à partir de Trois-Pistoles on l’appelait la mer. J’étais fier de notre inventivité, de cette créativité qui repoussait sans cesse ses propres limites. J’étais fier, de l’égalité que nous avions établie entre les hommes et les femmes, de notre charte qui interdisait la discrimination en fonction de la race ou de l’orientation sexuelle. Poursuivre la lecture

Speak red

Dans la douce langue de Molière, mais avec l’accent de Miron, un carré rouge entre les dents, speak red ! Les jours à venir seront décisifs pour le mouvement de grève des étudiants. Tenons nous debout, ensemble et parlons. Speak red and loud ! Un texte magnifique de Catherine Côté-Ostiguy.

Speak red

Speak red
il est si beau de vous entendre
parler d’équité sociale
et de la jeunesse instruite et engagée qui sortira
un jour de nos universités
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Notre printemps

Ils ont rasé la forêt boréale. Une mise à mort inexorable de la biodiversité. Des kilomètres de coupe à blanc pour produire du bois de peu de valeur, de la pâte à papier, du contreplaqué. Ils ont exproprié, expulsé les familles pour creuser leurs mines n’importe où. Après les compagnies forestières, les minières sont rois et maîtres dans le Nord. Elles ont exploité les mineurs, fait des milliards de profits, payé quelques miettes en redevances aux gouvernements et ont abandonné les sites d’exploitation dévastés. J’ai vu les lacs vidés de toute vie, les berges brûlées par l’acide. Les immenses trous béants que la vie ne se risque plus à recoloniser. Poursuivre la lecture

À l’abri des regards

La vie suit son cours. Souvent interminable, parfois trop court. Toujours imprévisible (note à moi-même). Sans travail, je traverse ce printemps erratique comme s’il s’agissait des limbes. Avec le sentiment qu’il n’y a peut-être pas d’issues, que la grisaille pourrait être éternelle. Que de la solitude et du gris en lambeaux dans la lumière blafarde. J’ai du mal à croire aux possibles. Je lâche prise. L’espoir est, lui aussi, un oiseau rebelle, il reviendra quand son temps sera venu. Si je le laisse venir à moi. Poursuivre la lecture

Pouding chômeur

« Profites-en ! C’est rare qu’on ait la chance de prendre un temps d’arrêt dans nos vies tumultueuses » m’a dit Dan, l’homme du cocktail. Ça a l’air si simple. Je suis juste pas doué pour l’immobilité. C’est écrit dans le ciel que je ne devrais pas revoir cet homme. Quand je lève les yeux, le mot « pattern » clignote en néons rouges. Mais je n’y peux rien, chaque cellule de mon corps aspire à baigner de nouveau dans sa chaleur. On est différent. Lui ne se pose pas de questions. Il s’amuse des miennes qui montent à heures régulières comme les marées. Il y répond, patiemment. Il n’est pas libre, mais il est là, toujours. Poursuivre la lecture

Imaginez un printemps

Dans cette période de grande noirceur où les multinationales dilapident les dernières ressources naturelles, pendant que les droits et libertés reculent un peu plus chaque jour, il ne reste que les mots pour porter le poids de l’espoir. Je suis tombé sur ceux-ci et ils ont ranimé en moi l’idée même du printemps, de notre printemps.

Texte : Hugo Latulippe – Musique : Alain Auger – Design : Étienne Deslières Poursuivre la lecture