Fatigue
Je dors de longues nuits. Et les jours où je ne travaille pas, je ne peux m’empêcher de m’étendre pour quelques heures supplémentaires, sans venir à bout de cette fatigue qui entrave mes mouvements et mes élans. Elle m’inquiète et j’échafaude des hypothèses sur ses causes : infections cachées, dérèglement hormonal. C’est peut-être un signe de vieillissement (peut-être pas le vieillissement chronologique, mais celui qui s’accélère par les dégâts du VIH). Je ne peux m’empêcher de penser au temps qui file et à la fragilité de la vie.
Ce pourrait être un effet secondaire de la médication (Viramune, Viread, Ziagen), difficilement métabolisée par les reins et le foie. C’est peut-être aussi de la fatigue accumulée ces derniers mois à Zorro. J’ai senti à quelques reprises que je dépassais mes propres limites et j’en ai payé le prix : nuits d’insomnie, brûlements d’estomac, reflux gastriques, migraines. Je suis certain que mes cheveux ont blanchi depuis que je suis retourné travaillé là-bas. Peut-être que ma tolérance au stress diminue avec le temps.
J’ai beau me révolter, avaler des vitamines, prendre du soleil, respecter des horaires stricts, rien n’y fait. La seule chose que je peux faire, c’est lâcher prise, accepter et dormir quand le sommeil m’attire. Je me console en réalisant que la fatigue chronique semble être un problème assez répandue. Plusieurs personnes doivent composer avec un épuisement chronique. Le seul point positif que je peux trouver à cette fatigue, c’est qu’elle me pousse tout doucement dans mes derniers retranchements, là où j’ai souvent glissé la poussière sous le tapis. La fatigue m’accule à tous ces problèmes non réglés, que je traîne depuis trop longtemps, et qui me tirent vers le passé. Elle m’oblige à les liquider, si je veux m’en dépêtrer. D’une certaine façon, elle me fait avancer.








