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Billet avec le mot-clef ‘froid’

Lumières d’automne

Le soleil ne s’aventure plus très haut. Et le ciel, le matin, est traversé de voiliers d’outardes. L’or des frênes enlumine les trottoirs et les pelouses. Il tombe en averse au-dessus de la piste cyclable. Le froid s’immisce par la fenêtre ouverte, ce froid dont j’aime retrouver les frissons. En écoutant des Polonaises de Chopin, dans cet automne qui danse, je savoure mes maigres victoires. Mon pied qui revient à la vie et retrouve peu à peu sa force et son élasticité. Le corps malmené par le stress qui redécouvre le plaisir de jouer et de bouger. Guillaume m’a appris à me dépenser sans courir, sur le rameur ou avec des poids libres, en équilibre instable sur des ballons plats. Avant de partir pour New York, Pierre m’a même entraîné à la piscine. C’était le soir de l’équinoxe. Poursuivre la lecture

Le printemps

« À chaque nouveau passage des volées d’oies sauvages, j’entends comme un appel. Une voix qui me répète que malgré les défaites on a encore nos ailes. »

Le printemps est noir et froid, mais il y a quelques éclaircies. Elles sont portées par la fougue et la colère d’un peuple qui a toujours refusé de se taire. Un peuple qui sacre, qui crie la nuit et qui dérange l’ordre établi. Je suis fier des étudiants solidaires qui chaque soir prennent pacifiquement possession des rues de ma ville. Et je suis fier de tous ceux qui refusent les dictats du capitalisme sauvage et qui se battent pour préserver les derniers vestiges d’un pays qui était immense. Je ne suis pas à vendre. Mon pays n’est pas à vendre. Le savoir, la culture, l’âme d’un peuple n’auront jamais de valeur marchande.


Photographie : Cap Tourmente par Robert Lafond

Bittersweet

Le retour du froid, de la neige et du temps gris après une semaine à 25°C, c’est dur sur le moral. Même si, on le sait, le printemps n’est que remis à plus tard. La canicule finira bien par nous tomber dessus. La fièvre est partie, mais le rhume s’attarde sournoisement. J’ai l’impression de ne pas avoir l’énergie qu’il faut pour résister au froid. Je ne me sépare plus de mes bas de laine.

J’ai découvert Lisa LeBlanc sur scène, hier soir. J’ai été assez renversé. C’est sombre, mais plus j’écoute, plus j’aime. Elle réveille une colère qui se sent trop à l’étroit entre mes côtes. Je lui envie son authenticité. Poursuivre la lecture

Le retour

Il a posé son sac sur le tapis. Il y pige l’essentiel : les vêtements qu’il porte, les médicaments. Il n’a rangé que les aliments périssables. Il n’a pas envie de revenir. Il a souhaité que ce recul lui donne l’énergie nécessaire pour s’attaquer aux changements à opérer dans sa vie. Entres autres, trouver un nouvel endroit pour vivre. Mais le choc initial avec la réalité est brutal. L’Internet devient une fenêtre à laquelle il s’accroche, même s’il sait bien que ses lumières ne sont qu’illusoires.

L’insomnie, oubliée, est revenue hanter ses premières nuits, comme si elle l’avait attendu. L’angoisse des lendemains. Il sait qu’il n’en peut plus des conditions dans lesquelles il vit. Il a tenté d’améliorer les choses, sans grand succès. Mais partir lui fait peur. Comment arrivera-t-il à joindre les deux bouts ? Il regarde le plafond, traversé par des vagues de colère, d’inquiétude et d’apathie. Il en a assez de ce quotidien où il se saigne pour les autres, sans rien recevoir en retour. Il ne veut plus donner. Il n’a plus rien à donner. Poursuivre la lecture

Blanc

Refroidissement éolien de moins vingt-quatre degrés. J’ai choisi ma journée pour reprendre la course ! Mais le bleu du ciel s’étendait, entier, d’un horizon à l’autre. On aurait pu croire que toutes les bordées tombées sur la ville s’étaient concentrées sur la montagne tant chaque rameau était chargé de neige. Le soleil encore bas illuminait la dentelle des branches. Un des gars du club avait amené des tuques de père Noël pour tout le monde. Le petit groupe s’est lancé dans la première pente. Les pompons se balançaient sur les nuques. La condensation des souffles montait au dessus des têtes pour disparaître, rythmée par le craquement de la neige sous les pas. Le froid me mordait le visage. Poursuivre la lecture

Dehors novembre

Un cauchemar m’a éveillé. Malaise inexplicable. Je n’ai retenu que la dernière image : j’étais assis sur le lit d’un grand dortoir. Il y avait d’autres gens. Je ne me sentais pas à ma place, mais pas du tout. Cette retraite de 10 jours dans le silence me fait peur. Le bouddha a dit que la vie est souffrance. C’est la première vérité qu’on y apprend, à la dure. Tous ceux qui sont allés le répètent. Novembre est toujours pour moi le mois le plus noir de l’année, un passage où j’ai le cœur tiraillé. C’est l’anniversaire du soir où ma vie allait être altérée. Le 11 novembre, j’ai célébré les quinze ans de ma séropositivité. C’est fou quand même, comme le temps passe vite ! Poursuivre la lecture

Au bout de la nuit

Je suis arrivé à me coucher plus tôt depuis une semaine. Je vois la différence, je me sens mieux le matin. Je traverse des vagues de colère. Contre mon deux de pique de propriétaire, contre ma job, contre toutes les injustices de cette vie. La peur ébranle ma démarche quand je sens le froid qui s’installe et la nuit qui gagne chaque jour du terrain. Mes jours se ressemblent, tous. Ils sont pilotés par l’instinct de survie. Il me mènera bien au bout de la nuit. Et j’arrive à gérer mes attentes irréalistes. Je respire. J’observe. J’écoute. Je dormirais bien jusqu’au printemps. Mais, je ne suis pas un ours. Je dois traverser cet hiver, les yeux grands ouverts. Poursuivre la lecture

My boring life

Elle dit que j’ai besoin de cadres pour me rassurer. J’aime planifier les choses, les organiser, être en contrôle de la situation. C’est ce qu’elle a perçu pendant l’entrevue. Je n’ai pas beaucoup d’expérience de voyage d’aventure, peut-être parce que je n’ai jamais recherché ce type d’expérience. Ils cherchent quelqu’un qui sera plus à l’aise pour naviguer avec fluidité entre les imprévus, les changements et les contretemps. Elle se demande comment je pourrais gérer le stress dans un contexte où je ne contrôle rien, secoué par la houle perpétuelle et la promiscuité d’un voilier. Poursuivre la lecture