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Billet avec le mot-clef ‘Homme’

Homme idéal

On m’a déjà demandé : C’est quoi ton type d’homme ? Quel genre de mec te fait craquer ? J’ai du mal à répondre, j’ai vraiment des goûts très diversifiés. J’aime les rouquins bohèmes, les blonds austères, les Méditerranéens flamboyants. Les audacieux, les maladroit, les prétentieux. Je fantasme autant sur les cow-boys et les rockeurs que sur les hommes d’affaires.

Mais si je devais faire un seul choix, s’il ne devait y avoir qu’un seul d’homme, ce serait celui que vous pouvez voir dans ce clip. Vers la fin de mon adolescence, c’est sa voix qui m’a d’abord séduit. Les voix graves, profondes, tout en étant vulnérable, me font vibrer. Je suis un auditif, les hommes silencieux me laissent de glace. Les voix réveillent quelque chose d’animal en moi. Par la suite, c’est son physique de crooner d’une autre époque qui m’a plu. Je ne sais pas d’où ça vient, mais j’ai un faible pour les grands bruns aux yeux tendres. Affublez-les d’une cravate, de lunettes ou de cheveux gominés et on tombe pile sur mon fantasme numéro un.

J’aime sa simplicité, le mystère dont il s’entoure et sa musique. J’aime sa timidité presque gauche, sa pomme d’Adam, et son côté aguicheur. J’aime fréquenter son univers poétique, parfois sombre, parfois rose bonbon. Malgré les années qui passent, il reste celui qui s’approche le plus de mon idéal masculin. Plus il vieillit, plus il est séduisant et il s’appelle Étienne, même le prénom est joli. Étienne Daho, Comme un igloo, de l’album Paris Ailleurs (1991)

Etienne Daho
Le clip sur Youtube.

Le cadeau

Nous méritons toutes nos rencontres, c’est François Mauriac qui l’a écrit. J’ai toujours aimé cette citation. D’abord parce qu’elle était inscrite sur les premières pages d’un roman qui a marqué mon adolescence : Le bracelet de vermeil. Une histoire d’amitié, vaguement homoérotique entre un jeune scout français et un futur prince du scandinave. Une histoire qui s’échelonnait sur quatre tomes Poursuivre la lecture

Le sexe des anges

C’était une de ces fins d’été trop chaud, voilé de smog. J’ai dévalé les escaliers puis le trottoir jusqu’à Ontario. La sueur glissait sur mon dos. J’avais les cheveux sales et une barbe de trois jours. Je n’en pouvais plus de la curiosité gourmande et voyeuse de la colocataire et du bruit abrutissant de sa télévision. J’étais déprimé, exténué, en colère. Le soleil glissait doucement vers les toits. J’avais besoin de marcher, d’être seul et de voir défiler les façades. La ville m’offrait son anonymat comme un refuge. Les passants n’étaient que des figurants. L’usine Molson crachait sur les quartiers pauvres ses vapeurs de houblon.

J’avançais sans rien voir, le regard tourné vers l’intérieur. Mes yeux abandonnés vagabondaient d’un escalier de fer forgé à une corniche, d’un graffiti à la cime tordu d’un arbre. Au hasard de leur dérive, ils sont tombés sur un homme, qui marchait vers moi sur le même trottoir. Un grand brun aux yeux clairs. Happés par sa beauté, ils ont détaillé sa grandeur saine et son visage d’enfant calme. Au moment où nos regards se sont croisés, je me suis rendu compte de ce que je faisais. Je me suis secoué pour regarder ailleurs. Poursuivre la lecture

Le vieux chemin

C’est parfois un parfum, parfois une mélodie. Une simple combinaison de notes, et la porte du souvenir s’ouvre violemment. Je n’ai qu’à tourner la tête et j’aperçois, face à moi, celui que j’étais à vingt ans. Moi je le vois très clairement. Lui ne me voit pas. Je suis sûr qu’il préfère baisser les yeux. Il est un peu couard. Il est aveugle, peut-être est-ce mieux pour lui. De toute manière, c’est toujours comme ça. Il est à la fois lourd et aérien. Chargé des milliers de rêves qu’il collectionne depuis l’enfance, pour ne pas couler dans la solitude, pour colmater ses brèches, pour s’aveugler un peu plus. Des rêves mur à mur, il s’en est fait une spécialité. Et léger, parce que tous ces rêves sont encore possibles. Ils ne se sont encore jamais heurtés à la réalité. Il est pressé. Il trouve que le temps ne passe pas assez vite. Il n’en peut plus d’attendre. Il a hâte à la vie.

J’ai une espèce de tendresse, une espèce de pitié pour celui que j’étais. Je voudrais le prévenir. Je voudrais le secouer. Je voudrais m’emporter pour lui, exploser de rage pour lui. Hurler sans relâche les mots qu’il ne dit pas. Parce qu’il se tait. Il se tait. Il n’en finit plus de se taire. Mais si le chemin s’ouvre à mes yeux. Il reste infranchissable. Toutes mes larmes ne peuvent rien y changer. Aucune larme ne remonte le temps. Poursuivre la lecture

Salaud

J’en ai assez d’être gentil, d’être un bon gars, d’être romantique. Je veux être mauvais, vulgaire, sale et méchant. Je veux montrer mes dents croches, serrer les poings et être lâche. Je veux dire que mon patron est un porc. Que les hommes gais sont des névrosés d’une intolérance intolérable. (Ils courent après leurs queues) Que, de toute façon, les Nord-Américains sont des porcs d’une intolérance insupportable. Et je revendique le droit d’être un porc d’une intolérance irrespirable.

Il m’a appelé du métro Laurier. Allo. Est-ce que je peux passer te voir ? l’autobus part dans deux minutes. Il sera chez moi dans quinze. Il a apporté le souper dans son sac à dos. On devait se voir demain. Je…

J’en ai marre de l’image de moi-même que je fabrique en continu. Tellement cute, a l’écoute, patient. Je veux m’énerver, je veux sacrer, donner des coups de pieds, démolir. Je n’en peux plus de moi-même. Je n’en peux plus de ce blogue mièvre. Cette photo de broussaille qui a l’air sorti d’un bosquet sauvage. Derrière le vert et le rouge, c’est un fossé plein de purin. Le liquide y est phosphorescent tellement il est concentré en pesticides et en engrais de synthèse. Devant c’est un terrain de golf ou des obèses désabusés se font rire les uns les autres en pétant et en rotant. De gros morons qui suent dans leur polo bleu poudre en s’affaissant sur la cuirette de leur car. Le bout d’érable se démène pour survivre dans une friche pleine de crotte de chiens et de sacs poubelles. Dans la ville la plus laide du monde, qui se surnomme elle-même Hyacinthe la jolie. Sur le bord d’un tronçon sans attraits d’une autoroute ennuyeuse. Juste un mauvais souvenir.
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