Skip to content

Billet avec le mot-clef ‘idéal’

Vouloir la lune

Je veux obtenir un vrai travail. C’est-à-dire un emploi avec une certaine stabilité où mes compétences sont reconnues et qui me permet de vivre décemment. J’ai besoin de me sentir utile et de sentir que je fais partie d’une équipe. Une équipe qui relève des défis et contribue à faire avancer le monde. Je veux un emploi où je pourrai mettre à profit mon imagination, mon sens de l’organisation, mon instinct comme mon empathie. Et mettre ces habiletés au service d’un idéal. Je veux un travail où je pourrai apprendre sans cesse, utiliser ma mémoire, ma logique et mon esprit critique, inventer.

Je veux fréquenter quelqu’un qui me plaît et qui s’intéresse réellement à moi. Qui n’est ni marié, ni en couple, et qui envisage la possibilité de vivre une vie de couple avec quelqu’un dans mon genre. Je veux sourire, parfois, juste en l’imaginant qui m’attend. Je veux voir la fierté dans ses yeux, partager avec lui le quotidien et savourer avec lui une complicité quand le banal tourne à l’aventure. Je veux aimer son honnêteté, sa naïveté, son enthousiasme. Je veux apprécier chez lui les détails que seul le temps permet de découvrir. Je veux m’émerveiller en le regardant dormir pour ensuite m’abandonner à la nuit en devinant sa chaleur, tout près.

Je veux mener une vie équilibrée, courir sous le ciel, qu’il soit enluminé de soleil ou voilé de pluie ou de neige. Et comme le conseillent les alcooliques anonymes, je veux trouver la force de changer ce que je peux changer, avoir la sagesse d’accepter ce qu’il est impossible de changer et le discernement qu’il faut pour savoir faire la différence. Pour y arriver, je veux vivre dans un bel espace où se croisent lumière et couleur. Je veux des dizaines de plantes qui s’affairent à fabriquer de l’air pur et un chien que j’amènerais courir sur la montagne. Je veux avoir du temps pour me poser sur l’herbe, fermer les yeux et goûter les caresses du soleil. Je veux prendre le temps d’écouter le souffle du vent quand il remue le parfum des grands arbres. Je veux remarquer la saison des crapauds et celles des ouaouarons, connaître le nom des oiseaux et celui des fleurs sauvages. Je veux avoir assez de temps pour passer des heures à me perdre dans un ciel étoilé.

« Shoot for the moon. Even if you miss, you’ll land among the stars. » Parfois attribuée à Oscar Wilde, surtout sur les sites francophones, cette citation serait plutôt d’un auteur américain moins connu : Les Browns.

Aurore boréale sur la route Transtaïga

L’arroseur arrosé

Je relis mon dernier billet. Peut-être que l’homme de la lune aurait pu l’écrire. Après avoir fait les premiers pas vers moi, il a aussitôt pris ses distances. Je peux me tromper, mais j’ai l’impression qu’il note chacun de mes défauts, qu’il consigne tout ce qui lui déplaît. Je me sens stupide quand je lui parle. J’ai l’impression de l’énerver. Et ça me déprime. Au bout de longues semaines dans le vide interstellaire, je ne trouve que des cratères et des déserts. À chaque pas que je fais dans sa direction, il recule de trois pas. Ma tête me dit d’aller voir où ça pourrait mener. Mais mes blessures me tirent vers l’arrière. Peut-être que c’est moi qui paranoïe. Ou bien je suis trop idéaliste et exigeant. But when somebody loves you, it’s no good unless he loves you, all the way.

When somebody loves you
It’s no good unless he loves you – all the way
Happy to be near you
When you need someone to cheer you – all the way

Taller than the tallest tree is
That’s how it’s got to feel
Deeper than the deep blue sea is
That’s how deep it goes – if its real

When somebody needs you
It’s no good unless he needs you – all the way
Through the good or lean years
And for all the in between years – come what way

Who know where the road will lead us
Only a fool would say
But if you’ll let me love you
It’s for sure I’m gonna love you – all the way, all the way

Billet écrit, tout seul, un vendredi soir à 22h, devant l’ordi, avec une galvaude.

Orphelin

Je me rappelle quand M est parti. Il s’était assis devant son bureau, le regard dans le vague. Je lui avais dit en souriant : « Va-t’en ! Profites-en, t’es libre, maudit chanceux ! J’ai hâte de partir à mon tour » et il traînait dans la pièce, les yeux tristes parcourant chaque détail. Il s’accrochait au lieu, à notre bordel familier, à son affreuse plante qui voulait tellement vivre. Chaque objet imbibé de souvenir, des souvenirs qui dataient peut-être de bien longtemps avant moi. Le sentiment d’un idéal partagé. Et puis il est parti. « Bon, ben bye. »

J’étais comme lui aujourd’hui. Je ne voulais pas quitter les lieux. J’ai vraiment eu l’impression d’y laisser une partie de moi-même. Une partie belle et vivante. Une partie qui voulait changer le monde. Depuis que j’ai passé la porte, je me sens orphelin. Ils vont me manquer, même ceux qui me tombait sur les nerfs vont me manquer. C’est toujours quand on perd quelque chose que l’on en réalise la valeur. Se sentir à sa place, c’est précieux. Ils m’ont écrit une carte avec chacun un mot. « On ne t’oubliera pas. » Je n’ai rien dit, j’étais gêné.

Je n’ose pas penser à demain. Demain est un jour inconnu et l’inconnu me fait peur. Peut-être que c’était une erreur monumentale de quitter un emploi stable où j’étais apprécié alors que le monde va mal, partout autour de moi. Je ne sais plus. Je me sens perdu, au beau milieu du quai d’une gare. Je ne sais pas où je dois aller. Personne ne m’attend. Personne ne m’appelle. Ce soir, je suis orphelin.

Homme idéal

On m’a déjà demandé : C’est quoi ton type d’homme ? Quel genre de mec te fait craquer ? J’ai du mal à répondre, j’ai vraiment des goûts très diversifiés. J’aime les rouquins bohèmes, les blonds austères, les Méditerranéens flamboyants. Les audacieux, les maladroit, les prétentieux. Je fantasme autant sur les cow-boys et les rockeurs que sur les hommes d’affaires.

Mais si je devais faire un seul choix, s’il ne devait y avoir qu’un seul d’homme, ce serait celui que vous pouvez voir dans ce clip. Vers la fin de mon adolescence, c’est sa voix qui m’a d’abord séduit. Les voix graves, profondes, tout en étant vulnérable, me font vibrer. Je suis un auditif, les hommes silencieux me laissent de glace. Les voix réveillent quelque chose d’animal en moi. Par la suite, c’est son physique de crooner d’une autre époque qui m’a plu. Je ne sais pas d’où ça vient, mais j’ai un faible pour les grands bruns aux yeux tendres. Affublez-les d’une cravate, de lunettes ou de cheveux gominés et on tombe pile sur mon fantasme numéro un.

J’aime sa simplicité, le mystère dont il s’entoure et sa musique. J’aime sa timidité presque gauche, sa pomme d’Adam, et son côté aguicheur. J’aime fréquenter son univers poétique, parfois sombre, parfois rose bonbon. Malgré les années qui passent, il reste celui qui s’approche le plus de mon idéal masculin. Plus il vieillit, plus il est séduisant et il s’appelle Étienne, même le prénom est joli. Étienne Daho, Comme un igloo, de l’album Paris Ailleurs (1991)

Etienne Daho
Le clip sur Youtube.