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Billet avec le mot-clef ‘image’

Juin avant l’heure

Pendant que je me tais, les saisons avancent. On dit qu’une image vaut mille mots.

Le Micocoulier de l'étang
Houblon au Premières Nations
Tapis de pachysandre
Belle inconnue, jardin de crevasses
Clintonie boréale sur pain de perdrix, Premières Nations

Et sur mon autre blogue, le calendrier des travaux pour un jardin urbain : Juin, sur Ruelle Verte.

La vérité

Samedi soir, je suis allé voir I love you, Phillip Morris (V.O.) avec un gang d’Anglos de mon club de course. Je ne suis pas fan des films de Jim Carrey, mais j’avais lu que celui-là était différent, un mélange de comédie, de drame et de romance.

Le roman de Steve McVicker qui a inspiré le scénario doit être diablement intéressant. Le récit multiplie les rebondissements et l’on ne s’ennuie jamais. Mais la profondeur de cette histoire est complètement occultée par les cabotinages incessants de Jim Carrey. À la base, c’est l’histoire d’un homme à qui on a menti sur ses origines (il a été adopté) et qui commence à mentir pour cacher son homosexualité dans une société aux valeurs ultraconservatrices. Petit à petit, le mensonge prend de plus en plus de place dans sa vie. Et il devient, rapidement, le moyen facile de tout régler. Jusqu’à ce que cet homme se retrouve en prison et qu’il ne sache plus du tout qui il est. Cette phrase : « I love you Phillip Morris » devient la seule vérité dont il est certain, ce qui est en soi assez romantique. Mais on n’arrive pas à croire une seconde à cette histoire d’amour, malgré Ewan McGregor, qui est excellent. Par moment, le film se vautre dans les clichés les plus éculés sur l’homosexualité, avec des scènes qui rappellent la cage aux folles, 30 ans plus tard, mais sans le jeu précis et touchant de Michel Serrault.

On est ensuite allé rejoindre deux gars du Michigan dans un restaurant vietnamien. Et pendant que je dégustais mon poulet à la citronnelle (il n’y avait aucun plat sans viande !), je songeais à tous ces secrets et mensonges qui hantent et déforment toutes les sphères de ma vie. D’autant plus que j’ai reconnu pendant la soirée un ami de l’un des coureurs qui est venu nous rejoindre. Il y a quelques années, j’ai raconté dans un billet, une nuit passée chez lui. Un gentil garçon. Il y a une marge entre le personnage que je me fabrique, pour me justifier, pour attirer l’attention et pour me faire aimer, et l’homme que je suis en vérité. Et le pire, c’est que je suis le premier à en être dupe. J’aimerais bien faire un peu plus de place à la vérité, dans ma vie.

Rêver

Je suis fatigué d’écrire ma vie. Mais en même temps, j’ai beaucoup de mal à en sortir pour raconter autre chose. C’est comme si le blogue était devenu une habitude, une habitude qui a pris toute la place.

Il y a l’écriture fonctionnelle, pour laquelle je suis payé des peanuts, essentiellement des textes techniques reliés à l’horticulture. Et le blogue. Rien d’autre entre les deux. Et ça me manque un peu, parfois, souvent, en fait. C’est comme une niche que je me suis taillée, qui devient un peu étroite avec le temps, mais dont je suis désormais prisonnier. Une prison complètement intérieure faite de mes propres blocages. Et des jours comme aujourd’hui, où je suis lessivé de fatigue, cette prison m’étouffe. Je m’ennuie du temps où je m’évadais de tout en inventant des histoires que personne ne lirait.

Il y a aussi ma vie qui voudrait respirer. J’aimerais bien apprendre à vivre chaque moment, sans m’imaginer les futurs possibles, sans mettre en scène mentalement chaque événement, sans chercher sans cesse le filon dramatique ou l’angle intéressant. Je revendique le droit d’être inintéressant. Raconter quelqu’un, c’est lui apposer des étiquettes, c’est colorer le ton de la relation, c’est narcissique et non productif pour laisser s’épanouir une relation.

Je traverse un passage à vide. Ces moments où l’on a besoin de parler alors que les mots ne viennent pas et où l’on s’obstine à se taire. Je sais que ces passages sont souvent nécessaires. On a tous besoin de dormir et de rêver.

Par Laurent Pflughaupt
Par Laurent Pflughaupt par Mitternacht, sur Flickr

Note en tu

Tu es arrivé en retard sous un soleil qui aurait fait fondre n’importe qui. L’hiver prenait l’eau. Je t’attendais là, bardé de mes mots comme d’une armure étincelante. Je voulais t’éblouir, t’aveugler pour que tu ne me voies pas. Je riais fort, je faisais des moues, je me mordais la lèvre en haussant les sourcils. Je dépliais mon coeur sur le napperon, je sortais l’argenterie, pour que tu voies la lumière briller sur mes plus belles larmes. Toi tu ne savais pas qui j’étais, mais tu souriais en te disant que c’était trop beau pour être vrai. Peut-être cherchais-tu ce qui clochait.

Je me suis retrouvé seul, alors que les nuages couvraient le ciel de la Main. Peut-être un peu plus seul parce que je t’avais manqué. Je suis passé devant toi en coup de vent, comme une furie, prêt à me battre. J’ai livré ma marchandise, ma pacotille. Je fais toujours ça. Pourquoi tu me fais si peur ? Pourquoi ai-je si peur que tu vois qui je suis ? Je ne sais pas. Mais la question s’est plantée devant mes yeux, même si je détournais la tête, même si je grimaçais. Et même si je préférais regarder les lignes du trottoir, la neige mouillée me tapait sur l’épaule pour me faire lever les yeux.

Peut-être que c’est entre moi et moi. Et que toi, tu n’y es pour rien. Parfois la nuit, je rêve d’un ouragan et d’un tremblement de terre qui balaieraient toute mon histoire, toutes ces façades que j’ai construites autour de moi, au fil des années. Je voudrais voir s’écrouler mes tours d’ivoire. Me retrouver nu, pauvre et poussiéreux. Laisser tomber les mille peaux de l’homme que j’ai rêvé d’être, de l’homme que je deviens pour te faire rêver. Et marcher dans la peau d’un inconnu : moi-même. À travers les fissures de mon armure, je vois les enfants qui jouent. Ils ont cueilli des fleurs qui ont poussé dans l’asphalte craquelé, l’été dernier. Ils en ont fait une guirlande qu’ils ont accrochée à la clôture de fer de la cour d’école, et l’ont oublié. Je t’ai vu passer en dessous. Tu n’aimes pas les spectacles, les feux d’artifice et les armures, tu plisses les yeux quand tu es ébloui, pour y voir plus clair. Attends-moi… Un jour, je serai moi.

Salaud

J’en ai assez d’être gentil, d’être un bon gars, d’être romantique. Je veux être mauvais, vulgaire, sale et méchant. Je veux montrer mes dents croches, serrer les poings et être lâche. Je veux dire que mon patron est un porc. Que les hommes gais sont des névrosés d’une intolérance intolérable. (Ils courent après leurs queues) Que, de toute façon, les Nord-Américains sont des porcs d’une intolérance insupportable. Et je revendique le droit d’être un porc d’une intolérance irrespirable.

Il m’a appelé du métro Laurier. Allo. Est-ce que je peux passer te voir ? l’autobus part dans deux minutes. Il sera chez moi dans quinze. Il a apporté le souper dans son sac à dos. On devait se voir demain. Je…

J’en ai marre de l’image de moi-même que je fabrique en continu. Tellement cute, a l’écoute, patient. Je veux m’énerver, je veux sacrer, donner des coups de pieds, démolir. Je n’en peux plus de moi-même. Je n’en peux plus de ce blogue mièvre. Cette photo de broussaille qui a l’air sorti d’un bosquet sauvage. Derrière le vert et le rouge, c’est un fossé plein de purin. Le liquide y est phosphorescent tellement il est concentré en pesticides et en engrais de synthèse. Devant c’est un terrain de golf ou des obèses désabusés se font rire les uns les autres en pétant et en rotant. De gros morons qui suent dans leur polo bleu poudre en s’affaissant sur la cuirette de leur car. Le bout d’érable se démène pour survivre dans une friche pleine de crotte de chiens et de sacs poubelles. Dans la ville la plus laide du monde, qui se surnomme elle-même Hyacinthe la jolie. Sur le bord d’un tronçon sans attraits d’une autoroute ennuyeuse. Juste un mauvais souvenir.
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