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Billet avec le mot-clef ‘jardin’

Tour de ville

L’été s’en vient et c’est l’une des plus belles saisons pour visiter Montréal. J’ai toujours considéré que Montréal était la plus belle ville du monde. Plus humaine que New York, plus festive que Toronto, plus chaleureuse que Paris, plus moderne que Rome, plus exubérante que Londres. Et quand je regarde ce tour de ville en deux minutes, j’ai un peu l’impression de revisiter les billets de ce blogue.

Le tour commence au Vieux-Port, là où j’ai sauté dans les eaux du Fleuve lors du Grand Splash. J’y cours aussi en été, même si les vieux pavés sont un peu durs sur les chevilles. En passant par le vieux port, j’accède au Canal Lachine, des kilomètres de presque campagne qui mènent jusqu’à l’immensité du lac Saint-Louis.

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Une douce colère

Une douce colère coule vers mon cœur d’Indien. Des frissons révolutionnaires courent sur ma nuque devant la mise à mort de l’été. J’ai lâché les rêves que j’ai poursuivis ces derniers mois. Je les regarde s’éloigner en m’accrochant à une idée : à chaque instant, tout est possible. Personne ne peut dire ce que sera demain. En attendant, j’accuse les coups. Mais je suis fatigué de relever la tête, de remettre l’épaule à la roue. Il me semble que j’ai déjà suffisamment donné. Je suis un control freak, soit. On ne se refait pas. Mais j’ai appris qu’à l’entrevue, les dés étaient pipés. Poursuivre la lecture

Une semaine en juillet

Une revue hebdomadaire des liens qui m’ont ému, marqué, des billets qui m’ont fait réfléchir et des musiques qui ont coloré mes journées. Voici, sous la forme d’une courtepointe, l’écho de ma vie virtuelle, en cette première semaine du mois de juillet 2011.

Torpeur

Cette beauté qui m’entoure semble inspirer l’immobilisme. Elle donne envie de ralentir, de s’allonger sur l’herbe pour en respirer les parfums, de ne plus bouger. Elle met en exergue cette immense fatigue que je porte sur les épaules, depuis des années. Pourtant, le jardin est tout sauf immobile. Les floraisons se succèdent à un rythme effréné. L’été se resserre. Les premiers signes de l’automne sont déjà bien présents. Ça se clarifie. Il n’y aura pas d’ouverture pour moi, ici. Et, pour être honnête, il y en aurait que je ne voudrais pas y passer ma vie. Mon passage au Jardin est une parenthèse.

Lavande, Jardin Je n'ai plus soif
Lavande, Jardin « Je n’ai plus soif »
 
Un verre de sangria sur une terrasse de la Sainte-Catherine devenue piétonnière pour l’été. L’air est doux. Les balles roses se balancent au-dessus de la rue. Tête à tête avec Chris, qui était mon superviseur chez Zorro. (Il a quitté quelques mois après moi.) Il voulait jouer les entremetteurs et me parler d’un de ses amis. Je voulais discuter avec lui de ce que j’allais faire à l’automne, professionnellement parlant. C’est une des réussites de mon passage là-bas. Tous ces liens qui se sont créés avec des gens qui me ressemblent et avec qui je partage un idéal. De bons souvenirs.
 
Nous avons parlé du milieu communautaire tout petit à Montréal, où tout le monde se connaît, du réseautage, des conjonctures favorables à ne pas laisser passer. Il m’a parlé de Toronto où les ouvertures sont plus nombreuses, mais la compétition plus féroce. Il croit que la dynamique des organismes communautaires y est plus saine. Comme à New York, il y a un mur qui isole les étrangers, des contacts sont essentiels pour le traverser. À la fin de septembre, je pense peut-être profiter de ma semaine de vacances pour faire un détour là-bas. Besoin d’un projet facilement réalisable.

Bientôt les mûres
Bientôt les mûres
 
Je sais plus clairement ce que je veux faire. Je ressens ce qui me manque au Jardin. Les défis auxquels j’ai goûté au cours des dernières années à Zorro m’ont inoculé un goût pour l’adrénaline. J’ai réalisé l’impact concret décisif que je peux avoir sur d’autres. Et c’est clairement ce que je veux faire du temps que je passe au travail. Les trois quarts de ma vie. Cette discussion avec Chris m’a fait réaliser que je connaissais assez bien le chemin pour y parvenir. Reste à secouer l’inertie, penser stratégie et faire taire la peur. Garder le cap dans les passages tourmentés ; avancer d’un pas à la moindre éclaircie.

Chemin du retour
Chemin du retour

Mon ami Bixi (4)

Par un jour de juin, Montréal est passé sous les tropiques. Comme si dans un sursaut, l’axe de la terre s’était déplacé. J’ai abandonné mon vélo dès que j’ai trouvé une station dans le Mile-End. Le vent était saturé de pollen et du parfum des seringats. Le soleil dorait la poussière qui flottait dans l’air chaud. Avec tous les travaux, la ville a des allures de favelas, chaotiques et désordonnées. Mais son côté latin se révèle : sensualité exacerbée, nonchalance, bonheur de vivre. Il y a des étés où la chaleur devient insupportable, mais ce soir-là, la température était juste… idéale. Je n’étais quand même pas fâché de me retrouver les deux pieds sur le trottoir. La route avait été harassante.

Le site Web de Bixi est magnifique ; tout en mouvement, en couleur et en transparence. Mais il n’est pas fonctionnel pour deux cents. Il met une éternité à se charger. Le visuel des commanditaires y prend tellement de place que l’information que l’on recherche (nombre de vélos et nombre de places libres) est illisible. J’ai donc trouvé une autre option : Ride The City – Montreal. Un site simple et bien conçu, qui peut même indiquer le chemin le plus sûr en vélo, entre deux points de la ville. Ride The City me recommandait de prendre une piste cyclable qui longe un chemin de fer, à la hauteur de la rue des Carrières, un peu au nord de chez moi. Mais comme j’ai la tête dure et que je suis attaché à mes petites habitudes, j’ai plutôt emprunté celle de la rue Rachel. C’était l’heure de pointe et la circulation était dense, sur la piste cyclable comme dans la rue. Je suis certain qu’il n’existe pas d’asphalte plus défoncé que celui de cette piste. À trois endroits, des tronçons de rues étaient en réparation, complètement éventrés, et tout le monde, automobiles et vélos, devait se croiser sur une seule voie. La plupart des gens étaient plutôt zen. Moi j’étais à bout de nerfs quand j’ai enfin pu tourner sur Henri-Julien. Une très jolie rue du Plateau, mais excessivement étroite. Entre les deux rangées de voitures stationnées de chaque côté, il ne restait que l’espace d’un véhicule. Devant moi, une camionnette et une automobile derrière. Pris en sandwich, j’ai pédalé comme un fou, pour tenir leur rythme. Il y avait tellement de dos d’âne, de stop et de travaux que j’y arrivais. Mais quand j’ai vu la première station Bixi, je me suis jeté dessus, soulagé.

En marchant lentement vers Saint-Laurent, j’ai été coupé par un autre cycliste. Il a été immédiatement pardonné quand je l’ai regardé s’éloigner. T-shirt sombre ajusté sur corps longiligne. Bras gauche entièrement tatoué. Son jeans étroit, porté en bas des fesses, révélait des boxers bleu ciel et des fesses qui avaient l’air plus croquantes que des Granny Smith. J’ai retrouvé la rue Saint-Laurent avec ses parfums étrangers, sa faune colorée et ses juifs hassidiques en robes noires, boudins et grands chapeaux. Je suis allé manger au Lawrence avec Hugh. Dernier souper pour souligner mon anniversaire. C’était particulièrement bon. Le menu élaboré autour des produits de saison offrait un plat végétarien et plusieurs plats de poisson. Maquereau, têtes de violon, ketchup de rhubarbe et fromage de chèvre. Tout était exquis. Avoir la bouche pleine me donnait un break. La conversation se déroulait en anglais et mon anglais déjà chancelant, rouille, faute de pratique.

Au retour, Hugh m’a raccompagné jusqu’à la piste cyclable que m’avait recommandée Ride The City. On est passé par un étrange petit parc, à mi-chemin entre un terrain vague et un jardin de sculpture à l’esthétique industrielle. On a traversé la voie ferrée par un trou dans la clôture. (Les employés du chemin de fer ferment perpétuellement les trous dans le grillage et les résidents du secteur les ouvrent à nouveau.) Il m’a laissé, de l’autre côté du chemin de fer, sur ce qui ressemblait à un chemin de campagne. Le chemin de terre battue, d’une bonne largeur, longeait la voie ferrée. Une haute clôture les séparait. Dans la pénombre, j’ai traversé des boisés et des zones industrielles dont j’ignorais l’existence. Je suis passé de l’ouest à l’est de la ville, sans croiser aucune intersection. Comme la voie ferrée, la piste enjambait les grandes artères par des viaducs. Dans le temps de le dire, je me suis retrouvé, en plein cœur du Vieux-Rosemont où la bande cyclable m’a mené jusqu’à ma station Bixi. À côté du Mile-End, le Vieux-Rosemont a l’air d’une vieille banlieue calme et cossue. J’aime ce quartier pour ses grands arbres. C’est probablement à cause de leur nombre, que l’été me semble, ici, plus tempéré. La brise était tiède et douce. Et la lune montait aux grelots des grillons.

Pour en savoir plus sur la piste cyclable des Carrières et le Guerilla Garden : Le Polyscope

Une sculpture de Glen LeMesurier, photographie : Recreating Eden

L’épée

Je marche. Pieds nus sur la terre gelée. Les yeux baissés. Sans regarder le vide, sans voir les écueils ou les regards mauvais. Je me souviens de sa voix. « Tu auras toujours une épée de Damoclès au-dessus de ta tête », c’est ce qu’il avait dit. Un médecin. Un vieux con. Si je pouvais revivre cet instant, je lèverais ma main. Je saisirais la garde de cette épée et je lui trancherais la tête.

Je suis resté prostré, des heures, des mois et des années. Si longues. À ne regarder que tout ce qui n’était plus. C’était comme un cycle qui recommençait sans cesse. Abattu par le poids des mots imbibés de honte, de reproches voilés, muré, aveugle. J’ai erré sur les routes. Saltimbanque. J’ai appris à plaire, à faire rêver. J’ai goûté le mépris et j’ai appris à survivre et à vieillir. J’ai bâti des images pour me cacher derrière. Je leur en ai mis plein la vue. J’ai fait le pitre pour être le meilleur. Ils m’ont envié. Je n’ai brillé que pour les éblouir, dans l’espoir de les aveugler. J’ai brûlé. Je me suis consumé comme ces lucioles qui dansent au-dessus des fosses. Insaisissable absence.

Mais aujourd’hui, je m’avance pieds nus dans ce champ hérissé de lames. J’ai choisi de ne plus céder à la peur et d’entrer dans le noir, même si l’obscurité me tord le ventre jusqu’à me prendre la vie. Je serai faible, je serai laid. Je serai pauvre et mauvais. Je serai fier. J’aurai mal. Mais je marcherai, debout. J’ai saisi la garde d’une main grêle et je porte l’épée. Elle est venue, maintenant, l’heure de trancher. Couper les ponts. Sabrer le champagne. Abattre les colosses. Renoncer à tout ce qui était, à tout ce qui aurait pu être, pour aller voir ailleurs. Pour avancer, d’un pas.

Profil de Jeanne à Québec

Quitte le nid si tu y es bien
Gagne la mer si tu es goéland
Défends tes droits surtout droit à l’erreur
Sois l’eau qui porte le radeau en dérive.

Félix Leclerc, Les mauvais conseils

Deux par deux

Les jours se suivent sans se ressembler. Heureusement, sans doute. On se détache et on pleure, mais au bout du compte on y gagne (à cause de la couleur du blé, dirait Saint-Exupéry). Il y a des jours où les menus bonheurs s’accumulent. Ils s’additionnent jusqu’à peser trop lourd. Le balancier tremble et s’engage dans l’autre direction. Suffit de s’accrocher, car il revient toujours.

J’avais peur du lundi. Le retour au travail. Mais la journée fut productive. J’ai pu faire ce que je préfère et ce que je fais le mieux. Je suis parti tôt, assez pour profiter de la clarté et courir dans le jardin avant la fermeture des grilles. La neige est damée, les sapins complètement recouverts de lourdes chapes blanches et le ciel passe très lentement du rose clair au bleu royal. Ce paysage scintillant est tellement magnifique que j’en oublie complètement la fatigue. Le gardien m’a chicané. J’ai joué l’imbécile qui ne savait pas. Je suis rentré au chaud, chargé d’endorphine. Alors que j’avais fait le deuil de l’homme de la lune, c’est lui qui m’appelle comme si de rien n’était. Il me propose d’aller au cinéma à la fin de la semaine. Et je dis oui. Je sais que si son ambivalence m’irrite royalement, c’est qu’elle est à l’image de la mienne. Je ne peux pas lui en vouloir. Journée trop pleine. Je me suis senti trop bien. Je n’arrive pas à trouver le sommeil, rien n’y fait. J’ai peur du mardi.

J’ai parfois des réflexions en anglais. L’animatrice du podcast The Signal a une théorie sur les bad days. Je n’y ai rien compris. Mais j’ai cherché longtemps comment on pourrait traduire cette expression en français, sans en perdre tout le sens. Mardi fatigué, je m’éparpille et je n’arrive à rien de bon. Tout va de travers. Le directeur est à peine rentré de Paris qu’il nous envoie déjà des courriels pour nous mettre des bâtons dans les roues. Il n’aime pas le traiteur que l’on a choisi pour le prochain vendredi-causerie. Il préfère le Saint-Hubert, mais il nous laisse le choix… Personne ne dira un mot et on mangera du Saint-Hubert, bien entendu. Enfin eux, mon végétarisme a tendance à s’endurcir récemment. Et le poulet industriel Saint-Hubert, une fois par année, ça me suffit. El Poblano s’en va passer la semaine au Mexique. Je l’appelle « Patron » et ça le fait rire. Et le faire rire me fait sourire. Quand je me croise dans le miroir, je me jette un oeil mauvais. Je pars encore plus tôt ce jour-là. Et ce soleil de printemps qui dore cette neige d’hiver me donne envie de m’arrêter et de prendre une grande respiration.

The world in white

Un oiseau

Le cœur est un oiseau, dit la chanson. J’ai souvent relu vos commentaires. « … Follow your heart Kevin Zaak… » « … trouver le plus de bonheur possible dans l’horizon prévisible… » j’avais le cœur déboussolé. Puis j’ai reçu un appel du Jardin. Le poste est disponible. Il serait pour moi, si je le veux. Même le cœur déboussolé, je ne pouvais pas m’empêcher de sourire.

Le même jour, je regarde la tête du directeur de Zorro et cie dans son bureau quand il me dit d’un air entendu : « c’était pas mangeable ! ». J’ai souri faiblement. C’était bon. En tout cas ce que j’ai pu goûter. Parce qu’il est arrivé quand tout le travail était fini et qu’il s’est jeté sur les entrées comme s’il était sous-alimenté. Tout le monde m’a fait des commentaires positifs. Mes bénévoles sont des anges. J’ai même un bénévole qui m’a bricolé une carte pour me remercier et me dire que la soirée était parfaite. Tout le monde était content. On a fait des miracles, dans un temps record, avec peu de budget. Lui, le directeur, n’a absolument rien fait. Mais il trouve le moyen de critiquer : c’était pas mangeable, l’espace était mal organisé, le service, c’était un peu garroché. Ce jour là, on devait se rencontrer à 10 h 30. Il est arrivé à 11 h 15. Il n’a rien dit, ne s’est pas excusé. Je le regarde. Et je respire. Je sens la colère qui est là. Mais elle passera. Tout passe.

Et je me revois aller travailler à pied. Faire de la photo en sortant du travail quand le soleil allonge les ombres de fin d’après-midi. Me concentrer sur la course et écrire. Nourrir les mésanges. Réfléchir sous la pinède du Jardin japonais. Je n’ai même pas à décider. Mon cœur vole déjà vers le Jardin en gazouillant.

Parce qu’en plus de la beauté des lieux, j’y trouve le respect des gens, l’amour du travail bien fait, la complicité. Si je me sens un peu coupable, c’est d’abandonner El poblano chez Zorro et cie. Il faut que je lui dise à quel point je trouve qu’il est quelqu’un d’exceptionnel. C’est en travaillant avec lui que je l’ai découvert. Devant les difficultés, dans ce milieu malsain, il brille de sincérité, de ruse et de courage. C’est d’ailleurs à lui que je vais demander conseil. Mon cœur vole vers le jardin, mais ma tête n’arrive pas à entériner la décision.

IR Jardin Japonais Montreal
IR Jardin Japonais Montreal par Cocoabiscuit, sur Flickr

Le cœur est un oiseau, paroles : Michel X. Côté. Musique: Richard Desjardins, 1988