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Billet avec le mot-clef ‘jugement’

Blanche

« … Essayez de dire, comme si vous étiez le premier homme, ce que vous voyez, ce que vous vivez, aimez, perdez. N’écrivez pas de poèmes d’amour. Évitez d’abord ces thèmes trop courants : ce sont les plus difficiles. Là où des traditions sûres, parfois brillantes, se présentent en nombre, le poète ne peut livrer du propre qu’en pleine maturité de sa force. Fuyez les grands sujets pour ceux que votre quotidien vous offre. Dites vos tristesses et vos désirs, les pensées qui vous viennent, votre foi en une beauté. Dites tout cela avec une sincérité intime, tranquille et humble. Utilisez pour vous exprimer les choses qui vous entourent, les images de vos songes, les objets de vos souvenirs. Poursuivre la lecture

Ces voix que l’on tait

On parle beaucoup en ce moment de cette collaboration annoncée entre Bertrand Cantat et Wajdi Mouawad. N’ayant pas l’habitude de fréquenter régulièrement le Théâtre du Nouveau Monde (la dernière fois que j’y ai mis les pieds, je me suis endormi), je me sens peu concerné par l’affaire. Mais je crois qu’une société a tout avantage à laisser s’exprimer l’ensemble des individus qui la composent, peu importe leur passé et les atrocités qu’ils ont pu commettre. Encore plus lorsque ces individus ont souffert de leurs actions et qu’ils ont manifesté des regrets et un désir de réparation. C’est ce qui fait qu’une société est humaine. Et c’est ce qui fait qu’elle évolue. Le silence et le déni mènent à la stagnation, à l’étouffement et à la mort. On peut enfermer quelqu’un. On peut le mettre à mort, dans plusieurs sociétés. Mais tant qu’il est vivant, il lui reste la parole.

J’ai lu sur plusieurs carnets que laisser monter Cantat sur scène, équivaudrait à cautionner l’homicide de Marie Trintignant. L’argument est un peu bancal. Écouter quelqu’un sur une scène ne signifie pas que l’on approuve et que l’on encense l’ensemble de son oeuvre. Au Québec, on a peut-être la mauvaise habitude d’applaudir n’importe quoi et n’importe comment. On aime en bloc et l’on ne fait pas dans la nuance. Aucun spectateur n’a l’obligation d’applaudir lors d’une représentation théâtrale. Avant de décider si la collaboration de Cantat et de Mouawad est une bonne chose, j’aurais envie d’entendre ce qu’ils ont à proposer. Il ne s’agit pas, faut-il le rappeler, d’un spectacle de Cantat, il collabore simplement à une oeuvre théâtrale qui sera portée par toute une équipe.

Je m’imagine madame Trintignant, du haut de son ciel qui regarde la scène. Cet homme qu’elle a aimé et avec qui elle a sombré jusqu’en enfer. Et qu’il l’a finalement tuée. Peut-être qu’elle lui en veut rageusement, peut-être lui a-t-elle déjà tout pardonné. Mais j’ai le sentiment que condamner cet homme au silence la ferait souffrir davantage. Une histoire comme la leur doit engendrer des mots, des images et des émotions. Et qui, mieux que lui, pourrait donner une voix et une issue à leurs souffrances, à leur histoire, pour que cette histoire ne soit plus inutile ?