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Billet avec le mot-clef ‘liberté’

Mon ami Bixi (4)

Par un jour de juin, Montréal est passé sous les tropiques. Comme si dans un sursaut, l’axe de la terre s’était déplacé. J’ai abandonné mon vélo dès que j’ai trouvé une station dans le Mile-End. Le vent était saturé de pollen et du parfum des seringats. Le soleil dorait la poussière qui flottait dans l’air chaud. Avec tous les travaux, la ville a des allures de favelas, chaotiques et désordonnées. Mais son côté latin se révèle : sensualité exacerbée, nonchalance, bonheur de vivre. Il y a des étés où la chaleur devient insupportable, mais ce soir-là, la température était juste… idéale. Je n’étais quand même pas fâché de me retrouver les deux pieds sur le trottoir. La route avait été harassante.

Le site Web de Bixi est magnifique ; tout en mouvement, en couleur et en transparence. Mais il n’est pas fonctionnel pour deux cents. Il met une éternité à se charger. Le visuel des commanditaires y prend tellement de place que l’information que l’on recherche (nombre de vélos et nombre de places libres) est illisible. J’ai donc trouvé une autre option : Ride The City – Montreal. Un site simple et bien conçu, qui peut même indiquer le chemin le plus sûr en vélo, entre deux points de la ville. Ride The City me recommandait de prendre une piste cyclable qui longe un chemin de fer, à la hauteur de la rue des Carrières, un peu au nord de chez moi. Mais comme j’ai la tête dure et que je suis attaché à mes petites habitudes, j’ai plutôt emprunté celle de la rue Rachel. C’était l’heure de pointe et la circulation était dense, sur la piste cyclable comme dans la rue. Je suis certain qu’il n’existe pas d’asphalte plus défoncé que celui de cette piste. À trois endroits, des tronçons de rues étaient en réparation, complètement éventrés, et tout le monde, automobiles et vélos, devait se croiser sur une seule voie. La plupart des gens étaient plutôt zen. Moi j’étais à bout de nerfs quand j’ai enfin pu tourner sur Henri-Julien. Une très jolie rue du Plateau, mais excessivement étroite. Entre les deux rangées de voitures stationnées de chaque côté, il ne restait que l’espace d’un véhicule. Devant moi, une camionnette et une automobile derrière. Pris en sandwich, j’ai pédalé comme un fou, pour tenir leur rythme. Il y avait tellement de dos d’âne, de stop et de travaux que j’y arrivais. Mais quand j’ai vu la première station Bixi, je me suis jeté dessus, soulagé.

En marchant lentement vers Saint-Laurent, j’ai été coupé par un autre cycliste. Il a été immédiatement pardonné quand je l’ai regardé s’éloigner. T-shirt sombre ajusté sur corps longiligne. Bras gauche entièrement tatoué. Son jeans étroit, porté en bas des fesses, révélait des boxers bleu ciel et des fesses qui avaient l’air plus croquantes que des Granny Smith. J’ai retrouvé la rue Saint-Laurent avec ses parfums étrangers, sa faune colorée et ses juifs hassidiques en robes noires, boudins et grands chapeaux. Je suis allé manger au Lawrence avec Hugh. Dernier souper pour souligner mon anniversaire. C’était particulièrement bon. Le menu élaboré autour des produits de saison offrait un plat végétarien et plusieurs plats de poisson. Maquereau, têtes de violon, ketchup de rhubarbe et fromage de chèvre. Tout était exquis. Avoir la bouche pleine me donnait un break. La conversation se déroulait en anglais et mon anglais déjà chancelant, rouille, faute de pratique.

Au retour, Hugh m’a raccompagné jusqu’à la piste cyclable que m’avait recommandée Ride The City. On est passé par un étrange petit parc, à mi-chemin entre un terrain vague et un jardin de sculpture à l’esthétique industrielle. On a traversé la voie ferrée par un trou dans la clôture. (Les employés du chemin de fer ferment perpétuellement les trous dans le grillage et les résidents du secteur les ouvrent à nouveau.) Il m’a laissé, de l’autre côté du chemin de fer, sur ce qui ressemblait à un chemin de campagne. Le chemin de terre battue, d’une bonne largeur, longeait la voie ferrée. Une haute clôture les séparait. Dans la pénombre, j’ai traversé des boisés et des zones industrielles dont j’ignorais l’existence. Je suis passé de l’ouest à l’est de la ville, sans croiser aucune intersection. Comme la voie ferrée, la piste enjambait les grandes artères par des viaducs. Dans le temps de le dire, je me suis retrouvé, en plein cœur du Vieux-Rosemont où la bande cyclable m’a mené jusqu’à ma station Bixi. À côté du Mile-End, le Vieux-Rosemont a l’air d’une vieille banlieue calme et cossue. J’aime ce quartier pour ses grands arbres. C’est probablement à cause de leur nombre, que l’été me semble, ici, plus tempéré. La brise était tiède et douce. Et la lune montait aux grelots des grillons.

Pour en savoir plus sur la piste cyclable des Carrières et le Guerilla Garden : Le Polyscope

Une sculpture de Glen LeMesurier, photographie : Recreating Eden

Le vent porte des mots

Tout petit, les matins m’apparaissaient magiques. Avant que les adultes ne s’éveillent, je collais mon nez aux vitres froides des fenêtres. Des restes de brumes bleutées se déroulaient sur les champs mouillés de rosée. Au ras de l’horizon se cachait le bois sombre, porteur de toutes mes terreurs d’enfant, domaine du méchant loup. Et quand la chaleur du soleil tombait sur le champ, la cacophonie de sifflets, de flûtes et de crécelles des oiseaux et insectes qui s’émerveillaient du jour neuf.

Enfant, j’étais persuadé que les bêtes qui s’approchaient étaient porteuses d’un message provenant de l’autre côté des choses. La corneille et son rire rocailleux qui éclatait à mon passage, elle savait. Ce renard, aperçu furtivement dans les ombres d’une courbe de la route, paraissait soucieux. Les pistes profondes de l’orignal et de son veau dans la boue printanière de notre gazon étaient un bon présage. Ce merle à la mélodie si heureuse, assis au beau milieu du fil, au-dessus du chemin de terre. Tous avaient quelque chose à dire, quelque chose d’important, même si je ne pouvais pas comprendre. Un jour, peut-être, je saurais déchiffrer leur langage. En attendant, j’étais rassuré qu’ils soient là, si nombreux.

En grandissant, j’ai aimé passionnément ma ville adolescente, ses ruelles torturées, ses interstices, ses excès, ses croix et ses métissages. Encore aujourd’hui, j’aime me mêler à la course des foules qui plonge dans le métro, à l’heure de pointe. J’aime l’ambiance délurée des terrasses en avril et celle des nuits chaudes de festivals. Mais mes pérégrinations urbaines me font croiser quotidiennement des concentrés de misère, de souffrance, de hargne et d’ignorance. Sous les amas de bonheur mercantile et derrière la propreté des apparences, certains hommes sont plus noirs que les bêtes. Et la foule marche en faisant semblant de ne rien voir. Et je m’ennuie de ces étés passés à musarder, à chercher des grenouilles, à tresser des épis de blé ou à courir les papillons. Alors que j’étais convaincu que tout avait un sens. Aujourd’hui, une corneille s’est égosillée alors que je passais sous un érable de la rue Jeanne d’Arc. Je n’ai pas su comprendre ce qu’elle disait. La nature me manque. Même policée et mise au service des foules, c’est elle que je retrouverai en retournant travailler au Jardin. Et en ce moment, je sens que j’en ai bien besoin.

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Bang

Je vois le mur qui fonce vers moi et je ne réagis pas. Je me dis que c’est peut-être inévitable. Ça me fait peur, mais j’en ai vu d’autres et je ne sourcille pas. Semaine 4 de ma nouvelle vie. Entraînement, travail, régime militaire. Et je me lance, têtu. J’ai appris que j’étais plus coriace que je ne le croyais.

Je vois le mur qui fonce vers moi, c’est ce qui importe. Au moment où je l’aperçois, j’ai la possibilité de faire un pas de côté, un pas derrière. Je ne suis pas mis en échec, pas encore. C’est moi qui contrôle, qui ai les pieds sur l’accélérateur et sur le frein. Et il m’arrive plus souvent de sentir que c’est moi qui tiens le volant.

Je vois le mur qui fonce vers moi. Je le regarde. Et si je devais aller voir de l’autre côté ? S’il y avait une vie après le mur ? Si j’étais prisonnier dans la caverne de l’allégorie de Platon, la dernière frontière avant la liberté ? Peut-être la liberté est-elle encore plus terrifiante que le mur. Peut-être est-elle aussi inévitable. J’ai peur d’avoir mal comme j’ai peur de la vie. Parfois, il faut simplement fermer les yeux et faire confiance.

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Mixed Brick Wall par Chris Campbell, sur Flickr

Dernier jour

C’est mon dernier jour de congé avant le retour au travail. Je n’ai pas travaillé depuis presque 3 mois. Ce matin, le lit se débattait pour ne pas que je le quitte. Les grasses matinées vont me manquer. Je suis un peu triste d’abandonner cette liberté. Mais heureux de ce que j’en ai fait.

J’en profite pour écrire mes résolutions pour 2011. J’aime les résolutions. Je suis certains que si on les choisit avec soin, elle nous aide à aiguiller nos pas dans la bonne direction. J’ai survolé celles que j’avais prises l’an dernier. Le bilan n’est pas si mal. Ma première résolution était de savoir où je m’en vais dans la vie. Il me reste du travail à faire de ce côté-là.

Côté réussite : en 2010, j’ai dormi tranquille. J’ai tissé quelques nouvelles amitiés encore fragiles. Sans être complètement végétarien, j’ai fait beaucoup d’expérimentations culinaires et je compte bien continuer. Je me suis entraîné sérieusement pour les courses malgré de nombreux problèmes de santé qui me sont tombés dessus et qui ont entravé ma route. J’ai voyagé plus et mieux que je ne l’avais fait auparavant. J’ai connu des gens sympathiques, j’ai commencé à apprendre une seconde langue. J’ai lu, j’ai entendu, j’ai regardé. J’ai finalement utilisé ce certificat cadeau pour un massage chez Ovarium que je traînais depuis des années.

Je dois maintenant apprendre à faire des choix. Mieux choisir les amitiés pour lesquelles j’investirai temps et énergie. Je dois aussi décider si je reste au même endroit. Mon appartement ne sera jamais ensoleillé comme je le voudrais. Mais son prix est dérisoire et j’y suis tranquille. Mes progrès en société ne doivent pas s’arrêter. Il faut que je continue à me pousser vers les autres. J’en ai besoin.

J’aimerais trouver des gens avec qui partager mes intérêts culturels. Je reprendrai l’entraînement à la fin de janvier en vue d’un demi-marathon en mai à Ottawa et peut-être un marathon à la fin de l’été. Je ferai le défi 5/30 en mars, pour m’encourager à manger plus de légumes. Je veux intégrer la méditation à ma vie. Depuis le 1er janvier, je médite 15 minutes chaque matin. Avec les défis qui m’attendent au travail, j’en aurai bien besoin. J’aimerais garder cette habitude d’écrire régulièrement et en arriver à traverser la frontière de la fiction.

Je voudrais travailler encore mon anglais pour ne pas perdre mes acquis. Je voudrais apprendre à toucher et à être touché davantage, au quotidien.

En résumé, mes résolutions pour 2011 :

  • Savoir où je m’en vais dans la vie.
  • Choisir quelles relations en valent vraiment la peine.
  • Décider où je veux habiter et y investir temps et énergies.
  • M’organiser pour faire de nouvelles rencontres.
  • Trouver des personnes avec qui partager mes activités culturelles
  • Courir un marathon à la fin de l’été (New York ou Montréal)
  • Intégrer la méditation à ma vie quotidienne
  • Écrire des textes de fiction
  • Trouver de nouveaux moyens d’améliorer mon anglais
  • Apprendre à toucher et à être touché.

Si j’arrive à faire avancer ces 10 résolutions, je pourrai être satisfait à la fin de l’année à venir.

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Les traces d’un souper de Noël

Je voudrais m’ennuyer

C’est un automatisme. Je m’active, frénétiquement, compulsivement pour combler chaque minute. Et il faut que je frappe le mur de la fatigue, à plusieurs reprises, pour que je m’en rende compte. Le vide m’angoisse. J’ai une peur viscérale de manquer quelque chose. Je cours souvent comme une poule pas de tête.

Un samedi soir en solitaire se profile devant moi. Face au vide potentiel, j’échafaude des plans, des stratégies pour tirer parti de chaque possibilité. Qui pourrais-je appeler, quand, où ? Rien de plus facile que de faire disparaître les temps morts. La société aime aussi l’agitation. Le Web déborde de bruit, de bavardage. Les occasions de consommer, de s’enivrer n’attendent que nous pour nous donner l’occasion de performer, même dans nos loisirs.

Mais le corps est le plus fort. Et il m’a fait piquer du nez en travers de mon lit alors que j’étais penché sur le dernier roman de Paul Auster, pour occuper quelques minutes de liberté avant de sortir. Je me réveille. La soirée est bien entamée, le bleu du ciel s’est assombri.

Peut-être y a-t-il quelque chose d’autre, quelque chose qui ne serait accessible qu’à ceux qui savent s’arrêter.

Sans ennui, il n’y a pas d’invention, il n’y a pas d’écriture et peut-être même pas de lecture. Je sais bien que la vie est courte, mais je ne suis quand même pas à l’article de la mort. Et j’ai l’intuition que ce serait bien de ralentir un peu, de m’arrêter, même. D’offrir de temps à autres quelques minutes au vide. De ménager des espaces pour les surprises de la vie. Et de réserver des moments juste pour savourer le temps qui passe. Je voudrais m’ennuyer un peu. Sans quitter mon lit, je balaie tous les plans du revers de la main et je plonge à nouveau dans les intrigues fascinantes de Paul Auster.

La fin du monde

Si la fin du monde était prévue dans une semaine, que feriez-vous de vos sept derniers jours ? Cette question me taraude. J’ai beau la retourner dans tous les sens, je ne parviens pas à trouver la réponse qui lui clouerait le bec.

Il me semble clair que je ne retournerai pas travailler à Zorro & Co. Même si j’ai épousé la cause, les bras grands ouverts, le mariage bat de l’aile. Le respect des êtres humains, quels qu’ils soient (employés, bénévoles, clients) est pour moi une condition non négociable. Et dans cette boîte, on a depuis longtemps perdu le souvenir de cette valeur. J’ai vécu des expériences intéressantes. J’ai dû m’aventurer hors de ma zone de confort pour animer un groupe de discussion sur l’érotisme. Un défi salutaire et une expérience étonnante. J’ai adoré être le témoin du cheminement et de la connivence entre ces hommes. J’ai peur de regretter et de ne pas retrouver quelque chose d’aussi fort. Mais s’il ne restait que sept jours, je crois que je serais content de l’avoir fait sans avoir besoin de répéter l’expérience. Je préférais prendre sept jours pour en faire le récit.

J’ai tellement besoin de vacances, que je doute de ma capacité à trouver des réponses claires. S’il ne restait que sept jours avant la fin du monde, je prendrais n’importe quel train pour aller rejoindre la mer. Et je passerais de longues journées sur la plage à regarder les vagues faire rouler les cailloux. À respirer le vent qui vient de loin. À contempler les éléments se chamailler, au-dessus de l’horizon. Après quelques jours, je m’ennuierais peut-être et je partirai à la découverte de la côte. J’aimerais marcher dans des sentiers entre dunes, mer et montagne.

Le soir, sur le ciel couvert, je remarquerais les reflets des lumières de la ville. New York, au loin, peut-être. Quelques jours de marche et j’y serais. Pendant toute une nuit, j’y ferais la fête. Les rues sont belles après la pluie, quand résonne le rire des fêtards, ivres de fatigue, et que le matin s’amène, plein de promesses. J’observerais la foule s’activer. Puis j’aurais envie, moi aussi, d’entrer dans le courant. Je deviendrais probablement bénévole pour une organisation quelconque. Je veux être utile et j’aime les êtres humains. Je n’aurais pas de titre et personne ne me connaîtrait. Et je tisserais toutes ces expériences dans une courtepointe de mots.

Chaque matin, j’irai courir dans Central Park, dans les bras de la ville qui s’éveille. Je ferais partie d’un club parce que bouger est un plaisir trop grand pour ne pas le partager. Je garderais cependant beaucoup de temps libre pour écrire, méditer, flâner, observer les gens dans les cafés, écouter les musiciens de rue. Je profiterais des derniers jours pour organiser une fête où j’inviterais des amis qui ne se connaissent pas. Moi le « pas trop social », j’aime bien jouer les entremetteurs. Avec des bouchées pour contenter tout le monde, de la musique, et un service impeccable. Puis, une fois les préparatifs terminés, vivre intensément chaque instant, capturer chaque sourire.

Il y a toujours des vagues de défaitisme qui se lèvent quand je me laisse ainsi aller à rêver. Mais elles ne résistent pas à cette chaleur inhabituelle du soleil d’avril. À la cime d’un tilleul, le chant net d’un cardinal me ramène à l’essentiel, la douceur de la brise, le gazon doré où s’affirme le vert. Toutes ces heures devant moi qui débordent d’occasions, de carrefours et de possibles. Et le plaisir que j’ai, en ce moment même, à ordonner les mots.

Écheveaux

Mon rapport aux autres a été difficile au cours de la dernière année, comme mon rapport à l’écriture. La ligne d’encre qui tremble et déroule ses arabesques sur le papier est mon unique fil d’Ariane, un lien ténu qui me rattache aux lendemains. Je perds trop souvent le fil.

J’aimerais que ma vie soit comme un train qui traverse la plaine. Un train qui roule en ligne droite vers une destination connue, fonçant sans hésitation, en berçant des passagers qui somnolent. Je rêve d’une vie ferroviaire.

Le travail me rend fou en ce moment, je n’arrive pas à démêler ce qui m’appartient et ce qui ne m’appartient pas. Ce que je peux changer, ce que je ne peux qu’accepter. Je ne sais pas vers quoi canaliser ma colère. Si mes vieux démons se réveillent, je voudrais les affronter en duel. Mais ils se dérobent et s’esquivent. Ils se moquent quand je frappe le vide. Comment départager regrets, jalousie et colère légitime ? Orgueil mal placé ou fierté nécessaire ? C’est un magma dans lequel je m’enfonce, en tentant d’avancer à tâtons.

J’aimerais que la page soit blanche et que la ligne que j’y trace soit claire. Une ligne qui file sans entraves et sans se soucier du passé. Je rêve d’une page vierge pour repartir à zéro. Écrire noir sur blanc, en toute liberté, loin des écheveaux complexes et des nœuds insolubles de ma vie d’aujourd’hui.

Pause

Quand j’étais petit, je passais mes étés près du lac. À cette époque, ma mère était « femme au foyer » comme l’étaient la plupart des mères du coin. Les enfants étaient laissés libres tout l’été. Libre de s’ennuyer, libre de s’inventer des jeux. Je me souviens que le temps passait lentement, au rythme du ciel boréal, du lac et des saisons. Les grandes vacances s’étalaient sur trois longs mois, de la fin des classes jusqu’à la rentrée, des mois où la nature était en effervescence. Poursuivre la lecture