Skip to content

Billet avec le mot-clef ‘lumière’

Partir

Les jours rallongent imperceptiblement. J’ai l’impression que mes semaines s’étirent également. Le temps est long. Et l’hiver ne fait que commencer. Je suis témoin des contretemps et des problèmes qui s’accumulent, dans le projet pour lequel je n’ai pas été engagé. Ma nouvelle collègue de bureau devrait être l’une de celles qui partiront sur le bateau, pour parcourir le monde. Le chef de mission a l’air d’avoir un ego aussi démesuré que celui du directeur de Zorro & Co. Les tensions sont à leur maximum entre lui et mes patrons. Le bateau est toujours en cale sèche. Les problèmes ont l’air tellement inextricables que je pense que, finalement, c’est une chance de ne pas avoir été choisi. Le projet sur lequel je travaille pour les prochaines semaines est intéressant, mais pas follement stimulant. Mon esprit s’envole régulièrement pour aller planer entre les couches de nuages du ciel d’hiver. Poursuivre la lecture

Blanc

Refroidissement éolien de moins vingt-quatre degrés. J’ai choisi ma journée pour reprendre la course ! Mais le bleu du ciel s’étendait, entier, d’un horizon à l’autre. On aurait pu croire que toutes les bordées tombées sur la ville s’étaient concentrées sur la montagne tant chaque rameau était chargé de neige. Le soleil encore bas illuminait la dentelle des branches. Un des gars du club avait amené des tuques de père Noël pour tout le monde. Le petit groupe s’est lancé dans la première pente. Les pompons se balançaient sur les nuques. La condensation des souffles montait au dessus des têtes pour disparaître, rythmée par le craquement de la neige sous les pas. Le froid me mordait le visage. Poursuivre la lecture

Au cœur de la nuit

J’ai besoin d’aller au fond des choses, de parfois toucher le fond pour comprendre. J’ouvre les yeux lorsque je bute contre un mur et j’aperçois soudainement ce qui m’entoure. Je regardais l’homme de la lune dormir entre ses draps brun chocolat. La lumière trop blanche du lampadaire glissait sur la courbe de son épaule et sur la pente rebondie de son trapèze. Elle s’estompait sur sa nuque pour s’éteindre à l’orée de ses cheveux noirs. Je m’émouvais de sa beauté d’homme qui dort et de sa respiration, à peine perceptible. Cet instant me ramenait à d’autres instants, plusieurs années auparavant, dans une autre ville, dans une autre vie. C’est Dominic, que je regardais alors dormir.

C’est un des regrets que j’ai exprimés ici, de ne pas avoir su démontrer mon affection par des gestes ou par des mots. Je suis resté coincé à l’intérieur de moi-même. Je l’ai aimé de loin, froidement. Avec l’homme de la lune, j’ai tenté de me rattraper. J’ai fait du chemin depuis quelques années. Et j’y arrive, semble-t-il. Avec lui, je suis un homme différent : tendre, attentionné, affectueux. Je découvre un autre versant de moi-même, en tentant, maladroitement, de réparer le passé. Mais malgré toute la bonne volonté que j’y mets, quelque chose ne colle pas. Je donne. Et je donne. Et je ressens un certain plaisir à donner, à sentir en moi l’élan de cette générosité. Lui, il reçoit en silence et sans un geste. Ce que je donne s’évapore dans l’air entre nous, comme un souffle en hiver.

La situation était peut-être la même avec Dominic. Je ne pourrai jamais en être certain. Nous avons tous les deux notre part de responsabilité dans cette relation qui battait de l’aile. Bien que j’aime croire que j’ai le contrôle sur tous les éléments de ma vie, ce n’est pas le cas. C’est un bout de passé qui se détache, un pan de culpabilité qui s’évanouit. Mais c’est aussi un petit deuil qui se dépose sur le cœur.

Et toutes ces voix qui chuchotent et se superposent au silence : « Dans la vie, on ne reçoit que ce que l’on mérite. Tu devrais t’estimer chanceux, qu’un homme aussi bien t’accueille dans son lit. Toi, le raté sympathique, lui, à qui tout réussit. De toute façon, tu le sais bien, s’il te montrait du respect, tu le mépriserais. S’il osait t’aimer, tu prendrais tes jambes à ton cou ou tu te refermerais comme une huître. Tu n’as jamais su être en relation, c’est pour ça que tu es toujours seul. »

Je me suis levé. Il était quatre heures du matin. Pieds nus sur le plancher froid, je suis allé m’asseoir sur la causeuse au salon. Pour la petite histoire, plus tôt dans la soirée, sur cette même causeuse, je lui ai posé toutes les questions qui me taraudaient. Il les a éludées. « Est-ce qu’on peut parler de quelque chose de plus léger ? » — « Les sentiments, c’est léger, aérien, fugace, non ? » Il ne m’a donné aucune réponse. Il a changé de sujet, s’est tu, a prétexté la fatigue. Pas la moindre aspérité sur laquelle m’accrocher. Hors du lit où il dort, seul dans la nuit, je me sens mieux. Cette fois-ci, j’ai fait mon bout de chemin. Je ne peux pas construire un couple à moi tout seul. Une partie de l’équation sera toujours hors de ma portée. Au milieu de cette nuit, c’est un soulagement. Mais je sais qu’au cours des jours à venir, viendra la peine, la peine et la peur. La peur qu’il n’y ait jamais rien de plus. La peur que mon passé m’ait marqué à jamais du sceau de la solitude. Et que je n’arrive pas à me libérer des murs que j’ai érigés, pendant des années, autour de moi.

Lampadaire sous la neige

Insomnie

Je n’arrive pas à dormir. La lumière de l’écran m’attire. Je dois avoir des gènes de papillon de nuit. Ce n’est pas que je manque de fatigue. Au contraire, je suis épuisé. Plutôt comme une envie d’arrêter le cours du temps. J’ai poussé mon pied dans l’engrenage, pour l’instant rien ne bouge, tout va bien. Si je pose la tête sur l’oreiller, le temps va s’emballer, la nuit va débouler en un clin d’œil et la vie va m’emporter pour une autre journée, folle, qui ne va nulle part. Les saisons qui se poussent les unes les autres. Puis la vieillesse et la mort. J’ai peur de l’avenir, je l’ai dit tant de fois. Je ferais mieux de me taire et d’éteindre. Le web reste un repaire d’insomniaques. Ils sont toujours là, les yeux rivés au scintillement de l’écran, captivés par un mirage. À travers les réseaux, on peut croire encore en l’humanité ou juste déconner pour le plaisir d’échanger. C’est comme le clignotement d’un satellite qui traverse le ciel nocturne. Ça dit : je suis là… je suis là… je suis là… Ça aide un peu à savoir où l’on est soi-même. Et c’est tout ce dont j’ai besoin, dans ces moments-là, pour être rassuré.

Aujourd’hui, j’ai couru 5 km sous une pluie glacée. J’ai clavardé longtemps avec un ancien collègue pour qui j’ai vraiment du respect et de l’affection. J’ai dit à El Poblano que je lui pardonnerais le lapin qu’il m’a posé en échange d’un pichet de sangria. Et j’ai fait de la recherche sur l’origine des réactions allergiques. Demain est un autre jour.

Another Perseid, and the spy satellite

Move on

Baisser les yeux ou fixer un point devant soi. Faire l’effort de s’activer, bouger, un geste à la fois. Baby steps. Baby steps only. S’ancrer les yeux dans une image vacillante, celle d’un possible avenir. L’imagination a toujours été ma plus grande alliée. Plus d’une fois, elle m’a sauvé de la folie. Je suis rêveur, par nécessité.

J’ai du mal à expliquer ce que j’ai perdu à New York. J’ai été seul. Il faisait froid. Certaines choses qui étaient très importantes dans ma vie ne le sont plus. J’ai un regard différent sur les gens qui m’entourent. Probablement plus lucide. J’ai moins besoin. J’ai moins envie de plaire. Si souvent, je me suis perdu à vouloir plaire. Je dois déconstruire mes vieux réflexes. J’ai comme une envie, une envie de déplaire.

Fermer les yeux sur les détails du quotidien qui blessent. Ils ne sont rien, c’est moi qui suis peu coriace. Ne pas s’empêtrer dans les vieilles colères. Les regarder en face, profiter de l’énergie qui gronde en elle et résonne en moi. Mais toujours rester libre. Laisser les vents les emporter. Se souvenir que les tempêtes ne font que passer. Se répéter comme un mantra que les saisons, les nuits et les jours se succèdent. S’agripper à cette idée, la sentir sous ses doigts comme un fil d’Ariane.

En ce moment, j’ai le luxe de ne pas travailler. Je m’entraîne compulsivement puis je passe des heures à regarder le plafond ou à errer sur la Toile. Je n’ai pas envie de rien. Dans les meilleurs moments, je réfléchis à ma vie. Dans quelques jours, je boirai du champagne et je m’empiffrerai avec des gens que je n’ai pas vraiment envie de voir. Il y a pire dans la vie. Je sais que je suis privilégié. En janvier, je retournerai au travail. J’aurai de gros défis à relever. Peut-être trop gros pour mes épaules. Je ne suis pas certain d’avoir pris la bonne décision. Un de mes anciens collègues m’a dit que j’étais masochiste de revenir. (Je n’ai pas pensé à répliquer : t’es masochiste de rester.) Au moins, je sais dans quoi je mets les pieds. Je verrai bien. Dans quelques mois, il y aura le printemps. Puis pour le devancer, j’ai commandé une lampe de luminothérapie. Ça devrait m’aider à traverser l’hiver. D’ici là, je bouge.

moving
moving par jmsmytaste, sur Flickr

Note en tu

Tu es arrivé en retard sous un soleil qui aurait fait fondre n’importe qui. L’hiver prenait l’eau. Je t’attendais là, bardé de mes mots comme d’une armure étincelante. Je voulais t’éblouir, t’aveugler pour que tu ne me voies pas. Je riais fort, je faisais des moues, je me mordais la lèvre en haussant les sourcils. Je dépliais mon coeur sur le napperon, je sortais l’argenterie, pour que tu voies la lumière briller sur mes plus belles larmes. Toi tu ne savais pas qui j’étais, mais tu souriais en te disant que c’était trop beau pour être vrai. Peut-être cherchais-tu ce qui clochait.

Je me suis retrouvé seul, alors que les nuages couvraient le ciel de la Main. Peut-être un peu plus seul parce que je t’avais manqué. Je suis passé devant toi en coup de vent, comme une furie, prêt à me battre. J’ai livré ma marchandise, ma pacotille. Je fais toujours ça. Pourquoi tu me fais si peur ? Pourquoi ai-je si peur que tu vois qui je suis ? Je ne sais pas. Mais la question s’est plantée devant mes yeux, même si je détournais la tête, même si je grimaçais. Et même si je préférais regarder les lignes du trottoir, la neige mouillée me tapait sur l’épaule pour me faire lever les yeux.

Peut-être que c’est entre moi et moi. Et que toi, tu n’y es pour rien. Parfois la nuit, je rêve d’un ouragan et d’un tremblement de terre qui balaieraient toute mon histoire, toutes ces façades que j’ai construites autour de moi, au fil des années. Je voudrais voir s’écrouler mes tours d’ivoire. Me retrouver nu, pauvre et poussiéreux. Laisser tomber les mille peaux de l’homme que j’ai rêvé d’être, de l’homme que je deviens pour te faire rêver. Et marcher dans la peau d’un inconnu : moi-même. À travers les fissures de mon armure, je vois les enfants qui jouent. Ils ont cueilli des fleurs qui ont poussé dans l’asphalte craquelé, l’été dernier. Ils en ont fait une guirlande qu’ils ont accrochée à la clôture de fer de la cour d’école, et l’ont oublié. Je t’ai vu passer en dessous. Tu n’aimes pas les spectacles, les feux d’artifice et les armures, tu plisses les yeux quand tu es ébloui, pour y voir plus clair. Attends-moi… Un jour, je serai moi.