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Billet avec le mot-clef ‘méditation’

Après la tempête

J’ai toujours eu plus de respect pour le chêne que pour le roseau dans la fable de Jean de La Fontaine. Je suis le genre soupe au lait : je m’enflamme et je pars en claquant la porte. Repartir à zéro, c’est devenu comme une spécialité. Je saute d’une job à un autre. Je pense que je ne suis jamais resté plus de deux ans dans un emploi rémunéré.

C’est la raison pour laquelle je ne voulais pas revenir à Zorro & cie. Je n’aime pas la façon dont le directeur se comporte. Je n’aime pas le manque de démocratie, le manque d’écoute, la hiérarchisation à outrance. Je m’étais donc dit que je ne retournerais jamais là-bas, malgré une équipe de gens que j’aime et avec qui je partage complicité et passion.

Eh ben, y’a juste les fous qui ne changent pas d’idée. Un poste s’est ouvert là-bas et c’est le poste qui m’avait toujours intéressé. J’étais simplement convaincu que le gars qui l’occupait ne partirait jamais. Les conditions seraient plus avantageuses que celles que j’avais auparavant. En ce moment, je n’ai aucune source de revenus et mon compte de banque fond comme neige au soleil. Trouver un nouvel emploi à partir de rien demande du temps. Et j’ai eu beau prendre du recul en partant à New York, je ne sais toujours pas clairement ce que je veux faire. Dans le pire des cas, cet emploi pourrait me permettre de vivre le temps de trouver mieux. Et j’ai l’expérience et les qualités requises pour être le meilleur candidat.

J’ai passé trois jours à tourner la question dans tous les sens. Quand j’ai pris ma décision, j’ai eu beaucoup de mal à dormir la nuit qui a précédé mon appel. Le matin, j’ai médité, une quinzaine de minutes. Malgré cela, pendant un instant, j’ai eu le sentiment que j’allais mourir de stress, juste avant de composer le numéro de téléphone du directeur. Mais une fois la conversation entamée, tout se passait bien. Il avait l’air surpris, mais content d’avoir de mes nouvelles. Il a un autre candidat, mais a demandé à me voir en entrevue avant lui. Je connais le parcours de l’autre candidat. (J’ai des espions dans la place.) Je crois que je suis le meilleur choix. Et puis, ça me plaît de passer l’entrevue et d’avoir à me mettre en valeur. Depuis, j’ai comme une espèce de détachement, le sentiment d’avoir pris la bonne décision, d’avoir été honnête avec moi-même. Peu importe ce qui arrivera, ce sera pour le mieux.

snow angels
Snow angels par crozefeet, sur Flickr

J’écoute
Je ne me lasse pas de l’album de Noël créé par Maryse Letarte. Des pas dans la neige est à la fois complètement original et ancré dans ce que la culture des fêtes a de plus lumineux.

Je médite
Je pratique la méditation de pleine conscience, un type de méditation d’inspiration bouddhiste. Il y a des centres un peu partout à travers le monde. Celui de Montréal est tout petit, mais l’accueil y est toujours chaleureux. Un excellent texte ici, que l’on soit chêne ou roseau : L’art de maîtriser une tempête

Bêtes noires

Il y a quelque chose qui cloche avec ma vie. À force d’acharnement, j’ai réussi à lui faire prendre certains tournants. En gardant les yeux grands ouverts et en y mettant le temps, je suis arrivé à y voir plus clair. Je me sens plus solide et plus fort, c’est certain, mais on dirait que je reste toujours aussi insatisfait. Souvent le matin, ça me prend tout mon petit change pour sortir du lit. Et le soir, je n’arrive pas à laisser aller la journée pour glisser dans le sommeil. Peut-être que c’est cette éternelle solitude qui me colle à la peau. Peut-être est-ce le manque de sens. J’ai beau accomplir un travail utile, je me dis souvent que la différence que je fais est bien peu de choses. Mon impact est dérisoire.

C’est ce que je me disais en marchant au ralenti sur le tapis. En déroulant lentement la plante de mon pied tout en respirant. J’ai beau cumuler les réussites, je reste insatisfait, quelque part, dans un coin de ma tête. J’ai l’habitude de la vie où tout va mal. Je m’y sens tout à fait à l’aise. On y a les coudées franches. La position du malheureux a même des avantages. J’ai chassé ces pensées. Le but de la méditation est de ne s’accrocher à aucune pensée. Pendant la méditation marchée, tout le groupe tourne au ralenti autour de la salle. L’animatrice parle d’une fois douce pour nous ramener à l’instant présent. Inspirez en avançant le pied gauche, expirer en avançant le droit, portez attention au transfert de poids, à la solidité du sol.

Mais même quand je médite, je voudrais performer, m’améliorer, réussir, être un bon méditant. Et j’ai ce nœud de tension entre les omoplates. J’observe ma posture. Je replace les épaules. J’essaie de respirer à l’endroit où ça fait mal et ainsi d’ouvrir la cage thoracique. J’essaie de chasser l’inconfort, de l’oublier. Mais je n’y arrive pas, la douleur persiste. L’animatrice reprend : « Je marche en portant mon attention sur mon souffle… Si je sens une tension dans mon dos… » Secondes de silence. Allait-elle enfin me dire comment en finir avec cette douleur et passer à autre chose ? Je suis suspendu à ces lèvres, entre deux pas. « Si je sens une tension dans mon dos…, je souris. » Je reste la bouche ouverte. Je souris ! C’est une joke ? Et puis ça me fait sourire finalement, l’absurdité de l’énoncé. Et je souris et la douleur est là. Et je réalise que je peux vivre avec.

C’est peut-être ce que je dois apprendre à faire avec mes bêtes noires, mon vieux fond d’insatisfaction. Juste sourire. Mais dans certains cas, sourire peut-être beaucoup plus difficile que de déplacer des montagnes. Je suis définitivement plus le genre à pelleter des montagnes. Je pourrais déplacer les Rocheuses à la petite cuillère. Mais déplacer les montagnes, c’est dur sur le dos. Ça crée sûrement des douleurs entre les omoplates. Et puis ça ne sert à rien. Peut-être finalement que sourire est plus utile…

Quelques pas sur la neige

Quelques pas furtifs, sur la neige nouvelle. Se glisser dans la nuit en entrant dans la ruelle. Une faille de silence dans l’agitation de la ville. Marcher doucement vers ce hangar de tôle qui n’a l’air de rien. Apercevoir une étoile entre les branches. Parfois, je m’inquiète de cette envie que j’ai d’y retourner. Il y a là-dedans quelque chose de religieux. Je n’ai pas rejeté le catholicisme de mes ancêtres pour retomber sous le joug d’un autre aveuglement. La porte craque. À l’intérieur des voix qui chuchotent et des rires étouffés. La soie d’un silence que l’on froisse.

La méditation m’avait toujours attiré. J’ai lu beaucoup sur le sujet, sans jamais oser aller plus loin. Puis, il y a environ un an, j’avais un besoin criant des bienfaits qu’on lui prêtait. Une recherche rapide sur le Web m’a fait tomber sur la Maison de Pleine Conscience. Pas de positions compliquées. Pas de dogme, de certitudes ou de vérités. Simplement l’affirmation que chaque instant est important. Francine, la femme qui accueillait les nouveaux méditants était sympathique. Mais ce qui m’a frappé, c’est le sourire calme dans ses yeux et une sorte de tendresse dans chacun de ses gestes. J’ai tout de suite eu envie d’être un peu comme elle, ou du moins de la côtoyer. J’y suis retourné depuis, sporadiquement, peut-être un peu plus régulièrement ces derniers temps.

On ne fait absolument rien, on essaie de ne s’accrocher à aucune pensée. L’esprit tente tant bien que mal de se rattacher à la respiration. On le ramène chaque fois qu’il s’égare et il s’égare constamment. Ça me rappelle certains moments de mon enfance, quand je regardais la pluie ruisseler sur la vitre d’une fenêtre ou lorsqu’étendu sur le gazon, je regardais passer les nuages d’un après-midi d’été. Quelque chose qui ressemblait vaguement au bonheur.

Ne rien faire est une transgression dans une société tout entière axée sur la croissance et la productivité. Sourire à son esprit qui s’égare paraît carrément fou alors que la violence et les jeux de pouvoir sont la norme. Je suis un perfectionniste compulsif, un hyperactif anxieux. Me donner le droit de m’arrêter a été une révélation. La première fois que j’y suis allé, je suis rentré en métro. Et en attendant sur le quai, j’ai découvert un plaisir nouveau, celui de respirer. Une fois chaque semaine, je peux arrêter ma course et me poser sur un coussin pour ne rien faire, avec d’autres fous. C’est comme un soulagement. J’ai trouvé un sentier qui mène à un refuge, quelque part en moi. Et je sais désormais comment y retourner.

La méditation sur Passeport Santé