Skip to content

Billet avec le mot-clef ‘Montréal’

Lumières d’automne

Le soleil ne s’aventure plus très haut. Et le ciel, le matin, est traversé de voiliers d’outardes. L’or des frênes enlumine les trottoirs et les pelouses. Il tombe en averse au-dessus de la piste cyclable. Le froid s’immisce par la fenêtre ouverte, ce froid dont j’aime retrouver les frissons. En écoutant des Polonaises de Chopin, dans cet automne qui danse, je savoure mes maigres victoires. Mon pied qui revient à la vie et retrouve peu à peu sa force et son élasticité. Le corps malmené par le stress qui redécouvre le plaisir de jouer et de bouger. Guillaume m’a appris à me dépenser sans courir, sur le rameur ou avec des poids libres, en équilibre instable sur des ballons plats. Avant de partir pour New York, Pierre m’a même entraîné à la piscine. C’était le soir de l’équinoxe. Poursuivre la lecture

M. Right here

C’était le dernier jour du symposium. La présentatrice était thérapeute conjugale. Après avoir levé les yeux de ses notes, elle a lancé à l’assistance : « Quelle est la différence entre ce qui vous excite et ce qui vous énerve ? » J’ai levé un sourcil. Elle a poursuivi : « Ce qui vous excite chez un partenaire, c’est probablement ce qui vous va vous énerver quelques années plus tard. » Des rires dans la salle. « On est attiré par la différence, mais la différence, ce n’est pas facile à vivre au quotidien. » Ça m’a frappé, c’est trop vrai. Et même pas besoin d’attendre quelques années.

Ce qui m’attire chez les Anglos me fait toujours grincer des dents après quelques semaines. J’ai été frappé par l’assurance de Scott, au point où je ne voyais plus que lui, dans l’obscurité du Royal. Chaque fois que nos regards se croisaient, ses airs un peu distants me mettaient au défi. Son sourire et son insouciance enfantine quand je l’ai finalement approché m’ont achevé. Il me semble qu’après 43 ans de galère, j’aurais dû deviner la suite. Mais bon, on ne se refait pas. Poursuivre la lecture

La loi spéciale : on s’en câlisse !

Je rentrais du travail, la mine basse, fatigué. Je n’ai pas pu participer à la manifestation de cet après-midi. Le climat me semble de plus en plus empoisonné. Je dors mal, des images de brutalité policière plein la tête.

C’est en sortant du supermarché que j’ai entendu comme un cliquetis au loin. À mesure que j’approchais de chez moi, le son des casseroles était de plus en plus présent. Il ne venait plus d’un seul point, mais semblait venir de chaque ruelle, de chaque fenêtre ouverte. Je voyais de plus en plus de gens sur leur balcon qui tapaient sur des casseroles en souriant. Faire du bruit, pour marquer son désaccord avec la loi 78 qui limite le droit de manifester. Arrivé sur ma rue, j’ai été submergé par le tintamarre. Des gens de tous les âges sur leurs balcons, casseroles à la main. J’avançais en souriant, les yeux en l’air, ahuri et émerveillé. J’ai couru dans ma cuisine pour accrocher un cul de poule et un chaudron et je suis retourné sur mon balcon pour taper de toutes mes forces, jusqu’à ce que le cul de poule soit tout cabossé. Sur le balcon d’à côté, la voisine qui tapait dans un wok m’a fait un grand sourire. Ce soir, j’ai retrouvé un peu de la fierté que j’avais d’être Québécois. Rendez-vous demain à 20h pour un autre tintamarre.

Le hashtag #casseroles a été l’une des tendances de la soirée sur Twitter. Les casseroles ont résonné de Ville-Marie au Mile-End, en passant par Rosemont, Ahuntsic, Outremont, ailleurs peut-être… Sur Masson, les pompiers ont fait résonner leurs sirènes. Les enfants étaient fous de joie.

Dans Villeray :


Photographie : © Rue Masson

Le goût de courir

J’ai commencé à courir pour conjurer la mort. Je me sentais couler. Je me noyais lentement dans le silence. Je lisais Guérir de David Servan-Schreiber. Il présentait la course à pied comme un antidépresseur aussi efficace que la médication, sans effets secondaires, mais aux bénéfices nombreux. À l’époque, j’avais un husky qui soupirait d’ennui dans le salon. Je vivais dans une ville morte perdue dans des champs de luzernes, de maïs et de soya. Seul, dans un couple qui s’étiolait. Poursuivre la lecture

La sortie

La vraie vie est dehors. Pour retrouver son fil, il faut s’aventurer hors de nos zones de confort. Il faut risquer d’être aveugle et sourd, de se montrer maladroit et d’avoir mal. Je veux remiser les habits de noces, me détourner des rêves préfabriqués et des constructions de mon esprit. Ouvrir les yeux. Sinon la vie nous passe sous le nez et l’on risque de rater le train.

C’est peut-être la quarantaine. C’est peut-être parce que je viens de regarder en rafales les cinq saisons de Six Feet Under, mais je suis habité par l’idée de la mort. Celle tout ordinaire, qui nous tombe dessus au moment où on l’attend le moins. Poursuivre la lecture

Tour de ville

L’été s’en vient et c’est l’une des plus belles saisons pour visiter Montréal. J’ai toujours considéré que Montréal était la plus belle ville du monde. Plus humaine que New York, plus festive que Toronto, plus chaleureuse que Paris, plus moderne que Rome, plus exubérante que Londres. Et quand je regarde ce tour de ville en deux minutes, j’ai un peu l’impression de revisiter les billets de ce blogue.

Le tour commence au Vieux-Port, là où j’ai sauté dans les eaux du Fleuve lors du Grand Splash. J’y cours aussi en été, même si les vieux pavés sont un peu durs sur les chevilles. En passant par le vieux port, j’accède au Canal Lachine, des kilomètres de presque campagne qui mènent jusqu’à l’immensité du lac Saint-Louis.

Poursuivre la lecture

Pendant que je dormais

Entre les deux derniers billets, c’était la Nuit Blanche à Montréal. Une fois de plus, je n’y ai pas participé. Et je le regrette un peu. J’avais trop bu de vin rouge la veille et je ne me voyais pas affronter les foules avec un mal de bloc. Une résolution de plus pour 2013. (Si jamais la fin du monde n’arrive pas.) Ce sera alors la 10e édition. Poursuivre la lecture

Carleton

« Je vais t’avoir dans la peau pendant tout l’hiver. » Un compliment anachronique qu’on croirait tout droit sorti d’un roman d’Anne Hébert. Quand les saisons ponctuaient la vie, l’hiver surtout, comme un silence oppressant. Imaginer que le souvenir de la chaleur de ma peau pourrait réchauffer le corps d’un homme le temps d’une saison me fait un velours. Par la fenêtre de l’Hôtel des Gouverneurs, la lumière du matin frissonne sur les toits de l’UQAM. Des panneaux translucides, roses, jaunes ou verts colorent la neige de la place Émilie Gamelin. Il y a de la liberté et de la sauvagerie dans son accent gaspésien et une naïveté dans son plaisir. Poursuivre la lecture