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Billet avec le mot-clef ‘mort’

Apaisant

Parce qu’il y a encore de la beauté en ce monde. L’histoire de John et Michael, un film de Shira Avni.

Le goût de courir

J’ai commencé à courir pour conjurer la mort. Je me sentais couler. Je me noyais lentement dans le silence. Je lisais Guérir de David Servan-Schreiber. Il présentait la course à pied comme un antidépresseur aussi efficace que la médication, sans effets secondaires, mais aux bénéfices nombreux. À l’époque, j’avais un husky qui soupirait d’ennui dans le salon. Je vivais dans une ville morte perdue dans des champs de luzernes, de maïs et de soya. Seul, dans un couple qui s’étiolait. Poursuivre la lecture

La sortie

La vraie vie est dehors. Pour retrouver son fil, il faut s’aventurer hors de nos zones de confort. Il faut risquer d’être aveugle et sourd, de se montrer maladroit et d’avoir mal. Je veux remiser les habits de noces, me détourner des rêves préfabriqués et des constructions de mon esprit. Ouvrir les yeux. Sinon la vie nous passe sous le nez et l’on risque de rater le train.

C’est peut-être la quarantaine. C’est peut-être parce que je viens de regarder en rafales les cinq saisons de Six Feet Under, mais je suis habité par l’idée de la mort. Celle tout ordinaire, qui nous tombe dessus au moment où on l’attend le moins. Poursuivre la lecture

Après la colère

Après la colère, il y eut un désert, traversé çà et là de quelques bourrasques. Je n’ai pas écrit. Je ne me suis pas vidé le cœur en lançant mes mots acérés contre le beau barbu. J’aurais pu n’en faire qu’une bouchée. Je n’ai pas fixé sur le papier ce que je peux penser de certains de mes patrons. De leur immobilisme, de leur indifférence. Ce n’est pourtant pas les idées de qualificatif qui me manquaient. J’essaie de chasser la rancœur quand elle se pose sur mon nez. Je me suis tu et j’ai laissé le temps faire son œuvre de poussière. Poursuivre la lecture

Dehors novembre

Un cauchemar m’a éveillé. Malaise inexplicable. Je n’ai retenu que la dernière image : j’étais assis sur le lit d’un grand dortoir. Il y avait d’autres gens. Je ne me sentais pas à ma place, mais pas du tout. Cette retraite de 10 jours dans le silence me fait peur. Le bouddha a dit que la vie est souffrance. C’est la première vérité qu’on y apprend, à la dure. Tous ceux qui sont allés le répètent. Novembre est toujours pour moi le mois le plus noir de l’année, un passage où j’ai le cœur tiraillé. C’est l’anniversaire du soir où ma vie allait être altérée. Le 11 novembre, j’ai célébré les quinze ans de ma séropositivité. C’est fou quand même, comme le temps passe vite ! Poursuivre la lecture

Noir

J’ai souvent dit que je n’ai pas peur de la mort. C’est probablement faux. Et c’est la présence de la mort que je pressens, quand je m’approche des limites de l’épuisement.

Je rêve beaucoup en ce moment. Une soif d’évasion. Les rêves de fin de nuit me transportent hors de ma vie. J’y expérimente des combinaisons de sentiments complètement inédites. Je me réveille face à de nouvelles perspectives. Depuis quelque temps, je traverse une période noire malgré l’été éblouissant. L’entraînement est difficile, je compte les jours qu’il me reste à traverser. 49. Et j’appréhende le crash d’après course. Le soleil est implacable, jour après jour. Les douleurs physiques s’accumulent. Mais le pire ce sont ces voix qui me répètent que ce n’est jamais assez et ma peur de l’échec et ces blessures ouvertes aux quatre vents. Seulement ne pas arrêter, les yeux rivés au bout de la route.

J’ai choisi de ne pas postuler pour ce poste aux conditions avantageuses à la ville, où je me serais ennuyé à mourir. J’ai fait une excellente entrevue pour un petit contrat pas du tout payant pour lequel j’étais le candidat idéal. Ils ont choisi de prendre quelqu’un d’autre. Chaque soir quand je rentre, les problèmes avec les voisins et l’appartement me minent le moral. La sœur d’une ancienne collègue de Zorro est décédée la semaine dernière. Nous avions exactement le même âge. Une tumeur au cerveau à l’évolution fulgurante. J’imagine la stupeur, le vide soudain sous les pieds de ceux qui restent. Ce vide qui est toujours là, pourtant. Mais devant lequel nous fermons les yeux. J’imagine la douleur de tout ce qui n’a pas été dit, de tout ce qui aurait pu être réalisé, et qui ne le sera jamais. Elle dit qu’elle se surprend à imaginer encore que sa petite sœur en est voyage, qu’elle est très occupée et que tout cela est temporaire. Les départs abrupts nous laissent démunis.

Mille fois, j’ai eu envie de tout abandonner pour le marathon. J’ai couru jusqu’au lac Saint-Louis, depuis le Vieux-Port. La vue sur le large m’a donné le vertige et m’a serré le cœur. Le retour a été particulièrement pénible. Sur des kilomètres, le canal longe une autoroute. L’air avait la couleur du soufre. L’orage s’avançait sur la ville industrieuse. Rien n’avait plus de sens.

Pont Champlain en rénovation

Comme une bougie que l’on souffle

« I dare you to let me be yours, your one and only. I promise I’m worthy to hold in your arms. So come on and give me the chance… » Peter a publié ces mots sur son mur Facebook, probablement de sa chambre dans Washington Heights ou peut-être sur son téléphone, dans un bar du Midtown. Des phrases lancées à l’univers, comme une bouteille à la mer. Le Web est un creuset de solitude. Ironie, espoirs douloureux, déception… comment savoir ? On n’écrit rien pour rien.

48 heures ont passé le docteur trucmucheski n’a pas rappelé. Retour à la case départ. Tous les tests seraient négatifs. Je reste avec mes hypothèses et mes angoisses. Tout ce que je sais c’est que ça ne va pas. L’explication du reflux gastrique n’explique pas tout. J’ai déjà eu ce genre de problème, il y a cinq ans quand mon état de santé s’est détérioré. J’ai lu sur le Web qu’il y avait fréquemment des récidives. « Récidive », c’était le mot utilisé.

Je suis allé prendre un café avec Thomas, monsieur terre à terre en personne. Un café me suffit pour une nuit d’insomnie. Et la nuit, tout prend des proportions démesurées. Et j’ai pensé à la mort, ma propre mort. Je crois qu’il n’y a rien après. Ce n’est rien de plus qu’une fin, comme une bougie que l’on souffle. Il ne reste qu’une onde de chaleur dans l’air, un parfum de fumée, que le vent dissipe après quelques secondes. Le néant qui démontre la vacuité de nos vies. La vie n’a d’autres sens que celui qu’on lui invente. Que restera-t-il quand je ne serai plus là ? Un mauvais souvenir, des remords dans la tête de mes parents et de quelques personnes. Puis plus rien après quelques mois ou quelques années. Des photos de New York, des centaines d’articles glanés et postés sur Facebook, c’est probablement ce qui subsistera le plus longtemps.

Clair-obscur

D’un côté la nuit. Seul dans mon lit, je me demande : et si j’achevais ? Si j’en étais à mes derniers miles ? Je ressens une immense fatigue. La première fois, on m’a dit que c’était normal à la fin de l’hiver. Puis on m’a dit que c’était normal à la fin de l’été. Finalement que c’était normal à l’automne. J’ai compris que j’étais fatigué et que je devais vivre avec. J’ai appris à baisser mes attentes face à moi-même et à planifier ma semaine comme une course d’endurance. Il y a eu cette série d’articles dans La Presse sur le cancer qui décrivaient l’impuissance de la science et la désorganisation du système de santé québécois. L’état de mon immunité me rend plus susceptible de développer un cancer. Les puissants médicaments que j’ingurgite chaque jour et l’hormonothérapie augmentent également le risque. Finalement, le stress est un facteur prédictif. Je sais que c’est stupide, je sais que tout le monde peut ressentir la même crainte. Tout le monde nage dans le doute, personne ne sait ce que l’avenir lui réserve. En ce moment, mon corps se rebiffe. Mes 300 petits CD4 chahutent. Fièvre, problèmes digestifs, maux de tête et nausées me secouent.
 
De l’autre côté, le jour. J’imagine le matin, dans quinze jours, où je quitterai la rue Bourbonnière à l’aube, avec l’énorme valise du Cow-boy. Le long voyage en train sur la voie qui longe le lac Champlain puis les monts Adirondack, jusqu’à la vallée de l’Hudson et l’île de Manhattan qui brillera de tous ses feux, dans la nuit d’automne. Puis je débarquerai sur Broadway, avec ma grosse valise. Je n’aurais jamais pensé vivre ça un jour. Alors que les couleurs seront presque terminées à Montréal, elles devraient être à leur meilleur dans la grosse pomme. Par rapport aux températures, je gagnerai un mois de temps doux. Un mois hors du temps, seul, pour apprendre une deuxième langue dans la plus grande ville du monde, la nouvelle Babylone. J’ai vraiment l’intuition que ma vie s’engage dans un virage, que je suis en train d’opérer une rupture avec le passé. C’est à la fois vaguement troublant et enivrant.
 

Lost in Structuration (XV) : Psycho Inno
Lost in Structuration (XV) : Psycho Inno par Gilderic, sur Flickr

Et je balance entre la nuit et le jour, les moments d’angoisse et d’excitation. Pendant ce temps-là, le temps file, à une vitesse folle. Les jours s’éteignent et se rallument. Sur le réseau de la ville, les nouvelles de la foule des employés circulent. Tous les jours, il y a des annonces de naissances et des avis de décès, des promotions, des départs à la retraite, des remplacements. Dans quelques jours, mon équipe sera dissoute. Nous partons retrouver nos vies, un peu tristes, fatigués et tous un peu enrhumés. Les milliers d’enfants qui ont visité le Jardin pour l’Halloween nous ont refilé quelques virus. Il y a une faible possibilité qu’un poste s’ouvre pour un an. Un poste d’employé salarié cette fois-ci, et non pas de contractuel, qui me permettrait de recevoir du chômage en fin de saison. J’aurai des nouvelles en février ou en mars, si je ne trouve rien d’ici là. Passer trois mois sans aucun revenu risque d’être difficile. Je me mettrai à la recherche d’emploi et de contrat dès la semaine prochaine.