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Billet avec le mot-clef ‘musique’

Une place

Une petite place
Ici, maintenant
Car le temps passe
À pas de géant
Je me ferai
Toute neuf, toute beau, tout ça…
Pour être à toi.

Ça commence à 0:30 sec.
Paroles: Françoise Hardy, musique: Julien Clerc

Barbu

J’avais presque terminé les formats d’essai des produits The Art of Shaving que le Cow-boy m’avait ramené de San Diego. Et j’avais passé une semaine trop folle pour me préoccuper du rasage. Mon anniversaire approchait. J’avais une barbe d’une semaine. (J’ai la barbe forte. Elle est presque instantanée.) Et je me demandais si j’allais la garder. Personnellement, j’adore les hommes barbus, mais je déteste me sentir le menton poilu. Trop d’entretien. Et ça pique ! Je marchais sur Saint-Denis pour une dernière séance de magasinage quand j’ai croisé un très bel homme. Il m’a fait un grand sourire ensoleillé. Quelques minutes plus tard, j’ai trouvé un petit t-shirt à rayures dorées qui fitterait parfaitement avec une barbe sombre. Ma décision était prise, pour un bout, je serais barbu.

Depuis, je pogne plus, on dirait. Autant chez les gars que chez les filles. Aujourd’hui, je me suis fait draguer par une travailleuse sociale au Symposium auquel j’assistais. Et la montagne de muscles qui assurait la traduction simultanée m’a fait trois grands sourires. (Quand les conférences m’ennuyaient, je les écoutais dans l’autre langue. Il avait une belle voix, à un moment donné, il a traduit « Fuck » par « ostie » et l’on devinait dans sa voix qu’il riait.) Tout ce qui s’est passé récemment m’a remué et m’a transformé. Que ça se manifeste dans mon visage, ça me plaît bien. Poursuivre la lecture

Coupure nette

J’avoue que cette chanson me tombait sur les nerfs. Je l’ai trop entendu à la radio. Jusqu’à ce qu’un ami publie ce clip (très beau) sur Facebook et que je m’arrête pour écouter les paroles. J’ai aimé le trouble et la nuance. Je me suis reconnu. Et j’ai eu envie de les traduire. Je me suis glissé dans les mots d’un autre comme dans une vieille paire de jeans. Poursuivre la lecture

Les amours refusées

J’ai assisté au lancement du premier album de David Giguère avec El poblano. Il y a une semaine, j’ignorais tout de cet artiste. Cinq minutes avant d’arriver au National, je ne me souvenais même plus de son nom. « David comment, déjà ? ». Je ne l’oublierai plus. J’ai été complètement séduit. Par l’homme, sa présence sur scène, sa poésie inventive. Séduit par ses musiques qui ont soulevé la foule. Séduit aussi par la simplicité et la générosité de David Giguère et par l’amour féroce que l’on devinait entre lui, son band et les différents collaborateurs. Un sentiment qui débordait sur les spectateurs tassés dans le petit théâtre National. Poursuivre la lecture

Le cri

Lorsque la température se rafraîchit, la brume se forme au-dessus du lac. Éclairées par la lune, ses volutes brillent faiblement, donnant au paysage des allures de contrée enchantée. Ian a quinze ans, j’en ai neuf. Mes cousins sont de grands gaillards à l’œil rieur, tannés par le soleil, tous plus âgés que moi. Ian et ses frères travaillent comme bûcherons l’été. Leur père passera sa vie au moulin à scie de la rivière Bell. Ian habite chez nous pour quelques semaines. Il participe à un camp d’entraînement de hockey. (Pas besoin de chercher loin d’où viennent mes fantasmes.) Pendant que les adultes boivent du vin rouge de dépanneur (on est en 1978), on a mis le canot à l’eau. Poursuivre la lecture

Du fin fond des nuages

Parfois, les mots sont inutiles. Souvent, la nuit, j’erre, seul sur la toile, en quête, de quelques mots, d’un message, d’un clin d’œil, d’un signe. La nuit dernière, quelqu’un avait lancé cette chanson sur le mur d’un ami.

God

La lune presque pleine doit me remuer de l’intérieur. Un murmure de rébellion court à travers ces désirs que j’étouffe en choisissant, pour un temps, l’abstinence. Les tailles basses me font saliver. J’ai l’œil qui louche et trébuche sur les nuques dorées, les avant-bras ou les épaules dénudées. Les tatouages deviennent des hameçons qui me blessent. Dieu que les hommes sont beaux à Montréal, en été ! Au milieu de la piste sombre du Clou, je regardais El Poblano danser, sans t-shirt, les bras en l’air. Je me disais d’un air suffisant : franchement, il est exagère, il pourrait se retenir, il me semble que c’est déplacé. Quand au fond, j’étais rongé de jalousie. J’envie la liberté avec laquelle il se dénude, il s’exhibe, il s’amuse en se moquant des regards. Je me plaignais que la foule était trop dense. « C’est ça qui est le fun, a-t-il lancé en riant, tout le monde te touche. » J’ai souri à mon tour, sans rien répliquer. J’aime danser. Mais la plupart du temps, je reste figé pendant des heures sur le bord de la piste de danse, à ne pas oser.

Je me suis lancé quand le mix de chickaboom a fait place à des plages planantes d’électronique. Puis, fier de mon coup, j’ai pris une pause, agrippée à ma bière, une black Label, en l’honneur des années 80. Mon regard était hypnotisé par le dessin des lasers sur les courbes des corps en mouvement. L’alcool aidant, je soliloquais mentalement en franglais. My night started when I joined the cow-boy for the Paradise Happy Hours and we had dinner at Café Saïgon. We ended-up at the Clou, as usual, with El Poblano et deux de mes anciens sexy colleagues de Zorro. Quand je passe de l’anglais au français, c’est comme si je mettais un pied en dehors de mon identité. Je deviens quelqu’un d’autre.

Puis j’ai décidé de tester mon charme sur ce grand mince avec une chemise à carreaux. Il dansait tout seul, en souriant. Je me suis souvenu des conseils d’As, il y a plusieurs années : d’abord foncer. J’avais eu l’impression que nos regards n’arrêtaient pas de s’entrechoquer. Je me suis juste présenté en le touchant sur l’épaule. Je lui donne le bénéfice du doute en me disant que c’est la gêne qui l’a fait répliquer avec autant de froideur. Un pont de brindille emporté par le souffle d’une bombe atomique. Je me suis éclipsé en me répétant de ne pas en faire une montagne. Un de perdu ; dix de retrouvés. Stop the drama ! Et un air bête, ce n’est pas une grosse perte. Éviter les chemises à carreaux.

J’étais appuyé sur la cabine du DJ et je pensais à aller me coucher quand un grand six-pieds s’est planté derrière moi. Si je tourne la tête dans sa direction, il me regarde sans broncher et sourit. Je m’étais à peine présenté qu’il avait déjà son bras autour de ma taille, sûr de lui. Pas un mot en français n’arrive à égaler « gorgeous » pour décrire son allure. Il y a dans « gorgeous » plus de plénitude et de sensualité que dans « splendide » ou « magnifique ». Je n’y peux rien, j’aime les grands blonds. Et son regard d’enfant rieur me donnait envie de sauter dans le vide avec lui. On parle peu. Il me paraît toujours un peu distant, dur à sizer. Son physique m’impressionne, m’intimide. Mais ça ne m’empêche pas de le dévorer des yeux et des mains. On roule l’un sur l’autre, de la piste de danse au minuscule balcon de son appartement sur Plessis, pas de voisins en vue, et de son balcon à son lit, éclairé par un cierge. À côté de son lit, il y a une pile de livres. Le premier : Père manquant, fils manqué de Guy Corneau. Il fronce les sourcils : « Je sens comme une réticence, de ta part. » Je baisse les yeux en murmurant tout bas : « l’angoisse de performance ? La peur de ne pas être à la hauteur ? » Je n’élabore pas, ma bouche s’abreuve à petite gorgée sur sa peau. Il se révèle un amant habile, généreux, attentif et parfaitement à l’aise. (Three G : good, generous and game) Je me trouve d’autant plus gauche. Je ferme les yeux et j’arrête de penser. À un moment, j’ai la sensation, vaguement coupable, de me retrouver dans la scène finale d’un film porno. Une goutte de sperme tombe sur le coin de mes lèvres et me rappelle avec insistance que je suis dans la réalité.

Quelques heures plus tard, je file en bixi sur le bitume du parc Angus. Les rues désertées et le chant des grillons m’appartiennent. Au-dessus des toits, la lune allume chaque filament de nuage. Le ciel est curieusement pâle. Et je réalise que le soleil doit être sur le point de se lever. J’ai abandonné derrière moi ma sempiternelle fatigue, ma pudeur encombrante, mes scrupules. Ma dernière journée de travail de la semaine a beau commencer dans moins de quatre heures. En cet instant, je suis libre.

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Glimpse

Dans la vie, je m’attends toujours au pire.

El Poblano et moi, nous n’étions jamais allés au Mec Plus Ultra. Erreur enfin réparée ! C’était l’endroit où il fallait être en ce soir d’orage. Les garçons étaient déments de beauté, la musique, irrésistible. La moyenne d’âge était un peu basse. Et l’on s’est demandé à quelques reprises si le petit, là-bas, était vraiment majeur. Lunettes à grosse monture, nuque rasée, chemise à carreaux et nœud papillon, même. Il y avait dans cette crowd hipster des dizaines de sosies de Xavier Dolan. L’un d’eux, le plus beau, est passé devant nous deux fois. Et il me disait quelque chose, jusqu’à ce qu’il se plante devant moi. C’était celui que j’avais baptisé Mister Right dans mon premier blogue. Ceux qui me suivent depuis plusieurs années s’en souviendront peut-être. Un grand blond aux allures d’homme idéal. Un génie qui a tout réussi. Une histoire de 20 jours qui m’a fait frôler tour à tour le paradis et les abîmes. « Est-ce que tu écris toujours un blogue ? » — « Oui », ai-je répondu, un peu honteux, sans trop savoir pourquoi.

J’ai l’impression que le blogue s’est interposé entre nous. En entretenant ma propension au drame, entre autres. Mais peut-être que cette histoire n’aurait pas eu de suite de toute façon. Avec le recul, je vois mieux ce qui se cachait derrière les mots, les pans de l’histoire sur lesquels j’ai fermé les yeux, pour faire des textes forts, cohérents. Imaginer les étoiles, même sous le ciel couvert.

Sa peau parfumée, c’est un morceau de ciel d’automne dans lequel je voudrais m’enrouler pour toujours. Je ne connais personne qui m’écoute comme lui. Chaque matin, je me réveille en étant persuadé qu’il aura disparu, au cours de la nuit. Je m’étire sans ouvrir les yeux. Je me bute contre sa chaleur. Et je réalise qu’il est là, tout près de moi, comme si ça allait de soi ! Il dit qu’avec moi, il veut apprendre l’abandon. Parce qu’il sait qu’il peut me faire confiance. Parce que les sentiments ne me font plus peur. Parce qu’il me voit chaque jour, traverser mes journées sans filets. Lui, il aimerait m’apprendre l’optimisme et la confiance. Il voudrait que je laisse tomber mes tempêtes. C’est un ambitieux.
Devant ses hésitations, j’avais lâché des mots de trop : j’ai peur de ne jamais avoir de place dans ta vie, de n’être pour toi qu’un jeu… Après quelques semaines de silence, il m’a lancé : je vais être honnête avec toi… Je pense pas qu’on peut être heureux ensemble à long terme.

But now there’s nowhere to hide,
Since you pushed my love aside
I’m out of my head,
Hopelessly devoted to you

On sortait de la Tohue dans la foule. Pas de taxis en vue. Une petite pluie fine tombait sur ce quartier désert.
— Habituellement, j’ai toujours mon parapluie.
— On sait ben, un pessimiste comme toi !
— J’ai toujours de la crème solaire aussi. Ombrelle indice 30, si tu veux savoir. C’est ça que tu comprends pas de moi. Puis en plus, j’aime ça la pluie, bon.
Il se moque : « J’aime ça la pluie, bon. »

Je pense qu’il embellit en vieillissant. Et ça m’a fait un velours de le revoir. Il y a de la tristesse dans mes souvenirs, mais aussi beaucoup de lumière. Et cette lumière me nourrit ce matin de lendemain de veille.