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Billet avec le mot-clef ‘musique’

L’indifférence

J’ai cru aimer, et j’ai cru l’être
D’un seul regard, il faisait naître
Des château forts, des nuits d’été
Transfigurées par la beauté

Je retenais de son passage
Des mots magiques et des images
Que je croyais être éternelles
Quand il lisait, j’avais des ailes

Sans qu’on le veuille
Sans qu’on l’attende
On se détache et sans comprendre
Sans dire adieu et sans souffrance
On sent venir l’indifférence

Un petit mot, un petit rien
Un regard faux, un geste fin
Le temps qu’il faut à une main
Pour s’effacer et c’est la fin

Un salon sombre, un air humide
Dans un coin d’ombre, un fauteuil vide
Là où vibrait la poésie
Ne reste plus que l’aphasie

Sans qu’on le veuille,
Sans qu’on l’attende
On se détache et sans comprendre
Sans dire adieu et sans souffrance
On sent venir l’indifférence

Extrait de l’opéra Nelligan (Musique : André Gagnon – Livret : Michel Tremblay, 1990)

Short notes

Musique : Love is a Shade (2009) par joshschroeder (environ 30 minutes de bonheur)

Je sors de ma première entrevue d’embauche en anglais et en français. Je m’étais préparé mentalement à une entrevue rien qu’en anglais. J’ai passé la soirée d’hier avec le Cow-boy. And we spoke English only. Finalement, la consigne était de parler la langue où l’on se sentait le plus à l’aise. La fille qui m’interviewait commençait en français, puis finissait toujours en anglais. Je bredouillais un peu en anglais puis je passais au français. It was so Montreal. J’ai fait une excellente entrevue. Je ne suis pas sûr que cet emploi m’intéresse, mais ce n’est jamais perdu. Je suis content de moi. J’en avais bien besoin. C’est l’hiver dans mon crâne, malgré le soleil.

La dernière fois que j’ai couru avec le club. Je suis redescendu de la montagne aux côtés d’un garçon éblouissant. Ce n’est pas un régulier, mais il se joint au groupe de temps en temps. Je l’ai toujours trouvé craquant, dans le genre inaccessible. Physiquement, il pourrait évoquer l’homme de la lune… avec une dizaine d’années de moins, en plus démonstratif et en plus détendu. Nouveau célibataire selon Hugh. (Il a dit « nouveau simple » pour new single. Cute !) C’est lui qui est venu vers moi, à trois reprises : à cheval sur nos bixis au coin de Saint-Laurent, au point de départ, au sommet. (Et Dieu sait que je peux avoir l’air inabordable et glacial, quand je suis gêné.) Il m’a dragué de façon assez directe et m’a demandé au milieu de la pente si j’avais un copain. Mon ego a esquissé un sourire en coin, du fond du troisième sous-sol. Depuis, je trouve toutes les raisons du monde pour me convaincre que c’est impossible. The cow-boy played my therapist. J’ai peur du rejet. J’ai peur de la souffrance. C’est normal, non ? No risks, no rewards, qu’il m’a dit. Là-dessus, il est pareil comme moi. Pendant l’entrevue, ils m’ont demandé : how do you define an harm reduction approach ? Quelque chose de personnel et d’individuel. Chaque être humain doit élaborer ses propres stratégies en fonction du niveau de risques qu’il est prêt à assumer. Éliminer les risques est impossible. Mais il y a toujours moyen de les réduire. Je suis fragile en ce moment.

J’ai des voisins fous qui vivent barricadés dans un appartement bordélique, au rez-de-chaussée. Ils n’ont pas tondu le gazon depuis deux ans. Quand je sors de chez moi, je dois passer à travers des herbes qui m’arrivent aux hanches. Ils nourrissent les chats errants. Alors il y en a des centaines qui rôdent autour. Je vous laisse deviner l’odeur. (J’ai l’impression de vivre dans une litière.) Ils les nourrissent, mais ne vont pas jusqu’à leur payer une stérilisation ou des soins vétérinaires. Résultats : ils sont infestés de puces. Chaque fois que je traverse le champ, j’ai des puces qui me sautent sur les jambes. J’en ai maintenant dans certaines pièces de mon appartement. Je me bats avec ça depuis des semaines. J’ai fait tout ce qui est possible (aspirateur, vapeur, savon, pyrèthrinoïdes de synthèse, pyriproxyfène). J’ai lu tout ce qui s’est écrit sur les puces. J’en fais des cauchemars. J’ai craqué quelques fois et je me suis aspergé le corps de pesticides. Je m’inspecte pendant une heure chaque soir. Il n’y en a pas dans ma chambre, ni dans mon lit. Avec de la persévérance, j’en viendrai bien à bout. One day !



L’orage silencieux du 21 juillet, sur Montréal.The Demon Storm par operatique sur Vimeo.


Comme Josh Schroeder (un garçon vraiment charmant) ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche, voici un lien pour télécharger son album sur iTunes :Love Is a Shade. Un 6.93 $ bien investi.

Une semaine en juillet

Une revue hebdomadaire des liens qui m’ont ému, marqué, des billets qui m’ont fait réfléchir et des musiques qui ont coloré mes journées. Voici, sous la forme d’une courtepointe, l’écho de ma vie virtuelle, en cette première semaine du mois de juillet 2011.

Deux solitudes

Pas de raisons de fêter la fête du Canada. Je ne me suis jamais senti Canadien. Même si le Québec n’est toujours pas un pays, c’est à ce pays imaginaire que je me rattache. (Et en tant que travailleur temporaire à la Ville, je travaille les jours fériés.) Mais il y a dans l’autre solitude, de l’autre côté de cette frontière imaginaire, beaucoup de choses que j’aime bien. Alors fêtons les Canadiens plutôt que le Canada. Hugh m’a fait découvrir celui-ci, hier soir sur Facebook : Bon Iver. À écouter longuement…

La semaine de la Saint-Jean


Seul

La ville pleure à grande eau. Oui, écrire me fait du bien. Que ce soit sur papier à la lueur d’une lampe, ou sur ce clavier, devant l’écran lumineux. Mais publier mes billets ici n’est pas toujours sain. Premièrement, je m’y retrouve à la merci du premier venu. Et je tombe si facilement dans le désir de plaire. J’ai tellement besoin de me voir dans le regard de l’autre. Combien de conneries j’ai faites au cours des dernières années pour me rendre intéressant ? Profondément malheureux, ce n’est pas grave, mais je ne serai jamais ennuyant. Ce qui m’amène souvent à rêver la réalité plutôt que d’y goûter, même les beaux moments. Quand tout est terminé, je me retrouve les mains vides, avec trois commentaires et une vague impression d’avoir manqué quelque chose. Encore aujourd’hui, j’ai parfois cette envie de me coltailler avec la nuit pour en revenir avec des mots qui brillent.

Quand j’ai couru, bien dormi ou mangé avec plaisir, j’ai le corps qui crie pour le contact d’un autre. Comme un chiot séparé de sa portée. Je sais que cette envie est en partie liée à l’angoisse. La chaleur humaine est un anxiolytique puissant. Jamais je n’ai pris le temps d’apprivoiser la solitude. Je l’ai subie, pourtant, pendant des années. Je l’ai même vécue à l’intérieur du couple. Mais toujours, j’ai refusé de la regarder. Je préférais fuir dans les rêves ou dans le passé. Je deviens un acrobate quand je veux éviter la réalité.

J’ai le corps lourd comme un fruit, prêt à fendre. Des flashs me reviennent constamment dans la tête : le froissement des cheveux qui s’emmêle, la brûlure de la peau, ses pulsations, les parfums corsés de l’intimité, les larmes qui roulent, la sueur, le sperme. Je me rappelle quand j’avais 20 ans. C’est relativement tard que je suis sorti du placard et à 20 ans, je n’avais jamais embrassé. J’avais cette crainte stupide de ne pas savoir comment faire. Cette espèce de peur irrationnelle revient souvent, comme si je pouvais tout oublier. Perdu l’art de faire des caresses, effacé, dans un blanc de mémoire.

C’est d’ailleurs le corps qui a parlé pour m’obliger à arrêter. Alors que je faisais mes bagages pour Ottawa, un virus extérieur a assiégé mon système. En quelques jours, je pensais aller mieux. Mais pendant les semaines qui ont suivi, j’ai réalisé de quoi je me relevais. J’ai dormi de longues nuits sans jamais venir à bout de la fatigue. Je n’ai eu d’autres choix que d’arrêter de courir. Je recommence, timidement. Et je me demande pourquoi je cours. Je veux que la réponse m’apparaisse pendant mes sorties, qu’elle soit teintée de ce plaisir de la liberté. La course est un combat contre mes démons, mes peurs, ma colère et ma culpabilité. Je les affronte, un pas à la fois, mais je dois aussi m’en protéger. L’écriture me libère, mais en livrant mes mots sur la toile, je me jette, corps et âme, dans un torrent tumultueux. Je dois prendre le temps de trouver les gués, d’explorer la rive.

Trame sonore : Dans la nuit – Horror Inc. (aka Marc Leclair)

Rain / Pluie

Laissez-moi danser

Les images du passé me fascinent. Elles tournent en boucle dans mon crâne. Je les magnifie. Et je m’y empêtre comme dans une toile d’araignée. Difficile d’y échapper ; le présent me fait trop peur. Je préfère me jeter vers un avenir hypothétique, une réédition améliorée du passé. À force de les ressasser, ces images se fixent en attentes. Déceptions annoncées. On s’était dit, El poblano et moi, que l’on retournerait au C’est Extra. Dancing Frenchy Jazzy Swing. Des mélodies qui me font rire, des souvenirs d’enfance, et puis c’est bien, parfois, de danser en écoutant les mots.

Montréal est un gros village post-moderne. Et la foule entassée au La Tulipe était constellée de visages connus et de souvenirs. Y avait le beau Karim, un straight Marocain sur lequel j’ai fantasmé pendant plusieurs années (en me disant que c’était sûrement un gai dans le placard). Et dès que je me suis enfoncé dans la foule, je suis tombé sur l’homme de la lune et son ami le Minotaure. J’ai même aperçu pour la première fois le chum de ce dernier que je n’avais jamais vu qu’en photos. Un bel homme dans la soixantaine. Après les avoir salués. Je suis allé rejoindre trois anciens collègues de Zorro et un coureur du club de courses. El Poblano est venu nous retrouver un peu plus tard avec deux amies. Nous avons dansé sur l’un des plateaux de la salle parce que la piste de danse était tellement bondée que c’était presque impossible d’y remuer.
 
Avec un air de reproche, El poblano m’a lancé « T’arrêtes pas de regarder dans sa direction » − « Oui, mais… il est tout seul. » − « Il n’y a rien qui l’oblige à rester tout seul. S’il le voulait, il n’aurait qu’à venir nous rejoindre. » C’était vrai. J’avais fait les présentations entre lui et l’homme de la lune. Ce dernier restait délibérément de l’autre côté de la salle. Pourquoi mon regard était-il toujours attiré dans sa direction ? Peut-être pour tempérer mon imagination. Cette soirée rose bonbon serait le cadre idéal pour des « retrouvailles ». Dès que je détournais le regard, je sentais poindre des espérances. En le regardant, planté de l’autre côté de la salle, indifférent, je gardais à l’œil la réalité.
 
Comme le demi-marathon approche, j’ai décidé de ne plus toucher à l’alcool. J’ai remarqué que l’alcool m’épuise. Je mets trop de temps à m’en remettre. Ces jours-ci, les allergies me maganent suffisamment (habituellement, je n’ai des allergies qu’en fin de saison). Et lors d’une soirée comme celle-ci, chargée de souvenirs et de possibilité, l’alcool attise mes blessures et transforme la moindre éraflure en plaie béante caricaturale. L’avantage d’être à jeun est de pouvoir m’observer plus objectivement. Je constate que j’ai du mal à apprécier ce qui est là devant moi. Un groupe d’amis qui sautillent avec énergie, le sourire collé au visage. Mon esprit demeure obnubilé par ce que je n’ai pas. Ces beaux garçons inaccessibles. Ce couple qui s’embrasse près de la rambarde. Mes dernières histoires de cœur ont été relativement catastrophiques et aucun progrès notable de l’une à l’autre. Il y a quelque chose que je n’ai pas compris.

Nous avons dansé, comme des défoncés. Jusqu’à ce que nos vêtements soient complètement trempés. Nous avons ri. C’était une belle soirée. Je suis rentré vers deux heures du matin en prenant un bixi. Sur le trottoir, j’ai vu le Minotaure et son chum qui cherchait un taxi. Une averse était passée. Le ciel se dégageait. Les rues mouillées étaient désertes. Je chantonnais « le monde entier est un cactus, il est impossible de s’asseoir ». L’air frais m’a fait du bien.
 
 No Ordinary Monkey | !!! After Party
 
The use of travelling is to regulate imagination by reality, and instead of thinking how things may be, to see them as they are. Samuel Johnson

Gueule de bois

El poblano ne me croit pas quand je dis que je n’ai pas d’attentes. Il a raison, c’est plus fort que moi. Aux moindres stimuli, la machine à rêver se remet en branle. Je regarde tout ce qui se présente à moi avec mes lunettes roses. Et ça fait d’autant plus mal quand la réalité n’est pas à la hauteur et que je la reçois en plein visage. J’agis ainsi par habitude pour combler le vide de ma vie et masquer ma peur des lendemains.

La vérité c’est qu’El poblano n’est pas mon meilleur ami. Ce n’est qu’un début d’amitié fragile, timide et maladroit. Le Minotaure, lui, ne sera jamais un ami. (Il faut que je sois d’une connerie totale pour avoir imaginé que l’on serait des amis, parce que moi je le trouve drôle, allumé, brillant. Lui ne me trouve aucune qualité, à part celle d’être baisable.) Et l’homme de la lune ne sera jamais dans ma vie plus que ce qu’il est déjà, c’est-à-dire une ombre, une place vide. Et jamais il ne tombera amoureux de moi. En fait, ils sont tous les deux la matérialisation de ce que je pense que je mérite, de l’image de moi-même qui tourne en rond dans ma tête.

Je veux voir la réalité en face. La recevoir en plein front les yeux fermés fait trop mal. Ça me tue, chaque fois. Mais garder les yeux ouverts est un travail de longue haleine, toujours à refaire. Arracher les rêves dès qu’ils sortent de terre. Désherber régulièrement mon jardin pour remettre le sol à nu. Contempler le vide et accepter que c’est peut-être tout ce qu’il y aura ici, sur ce terrain stérile. Je n’ai pas de talent pour les relations interpersonnelles. J’ai franchi le cap de la quarantaine. Même si j’ai de grandes qualités, je ne les jette qu’aux cochons ou je les garde soigneusement cachées. Et j’érige sans cesse des barrières pour me protéger de la vie.

La seule issue qu’il me reste est de me coller au présent, de le garder constamment dans mon champ visuel. De ne pas imaginer plus loin, de ne pas trancher à l’avance si les choses sont bonnes ou mauvaises. Accepter l’inconnu et l’imprévisibilité de la vie. Accepter que je n’ai pas le contrôle sur tout, que je ne peux agir que sur ce qui est de mon ressort. Désherber mon jardin, jour après jour. Levez les yeux vers le ciel quand le soleil passe. Le reste ne m’appartient pas. L’avenir ne m’appartient pas. Tout ce que j’ai entre les mains c’est des morceaux de présent. À moi de les apprivoiser, tout en prenant soin de ma peur et de ma douleur.

la tulipe