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Billet avec le mot-clef ‘musique’

Alexandre

Ce matin, après la longue montée, j’ai fait la dernière boucle au sommet de la montagne. J’ai eu la récompense de courir avec un groupe de pompiers, des pétards (sûrement ceux qui ont participé au calendrier sexy). Le programme d’entraînement porte fruit. Je sens que mes genoux (ma faiblesse) sont plus solides. J’ai terminé la course (10,7 km tout en montée et en descente) sans courbature, ni douleur. Et j’aurai pu courir encore. J’ai l’impression qu’à travers l’entraînement, je développe une relation de confiance avec mon propre corps. Comme si j’apprivoisais un animal, peut-être un peu paresseux, qui a souvent été malmené. Avec lui de mon côté, je sens que je peux aller loin.

Le printemps s’est bel et bien installé. La neige n’en a plus pour très longtemps. Le soleil était resplendissant sur la Main. Et une foule souriante secouait la poussière des trottoirs à l’est de la rue. Ne manquait que de la musique pour que ces instants soient parfaits. Une violoniste et un joueur de banjo s’étaient installés sur la place devant le métro Mont-Royal pour célébrer le temps doux, pendant qu’Amir Khadir prononçait un discours pro-palestinien devant un petit attroupement avec des drapeaux blancs, verts et rouges. Dès que j’ai pris place dans l’autobus qui me ramène chez moi, j’ai remis mes écouteurs pour me replonger dans l’univers d’Alexandre Désilets. Je suis totalement amoureux de sa musique. Le magnifique clip que voici est sorti il y a quelques semaines, il met parfaitement en valeur, les arrangements étoffés et la poésie aérienne de cette chanson. Et c’est la première fois qu’il est lui-même aussi bien filmé. La garde est la pièce titre de son deuxième album. J’avais beaucoup aimé son premier opus. Le second m’a dérouté. Et j’ai mis plus de temps à l’apprécier. Mais depuis quelques semaines, je n’écoute que lui, pendant des heures. J’aime sa voix si particulière, sa poésie et l’univers unique qu’il fait naître par sa musique. Et j’ai vraiment hâte de pouvoir voir la bête sur une scène.

Deux par deux

Les jours se suivent sans se ressembler. Heureusement, sans doute. On se détache et on pleure, mais au bout du compte on y gagne (à cause de la couleur du blé, dirait Saint-Exupéry). Il y a des jours où les menus bonheurs s’accumulent. Ils s’additionnent jusqu’à peser trop lourd. Le balancier tremble et s’engage dans l’autre direction. Suffit de s’accrocher, car il revient toujours.

J’avais peur du lundi. Le retour au travail. Mais la journée fut productive. J’ai pu faire ce que je préfère et ce que je fais le mieux. Je suis parti tôt, assez pour profiter de la clarté et courir dans le jardin avant la fermeture des grilles. La neige est damée, les sapins complètement recouverts de lourdes chapes blanches et le ciel passe très lentement du rose clair au bleu royal. Ce paysage scintillant est tellement magnifique que j’en oublie complètement la fatigue. Le gardien m’a chicané. J’ai joué l’imbécile qui ne savait pas. Je suis rentré au chaud, chargé d’endorphine. Alors que j’avais fait le deuil de l’homme de la lune, c’est lui qui m’appelle comme si de rien n’était. Il me propose d’aller au cinéma à la fin de la semaine. Et je dis oui. Je sais que si son ambivalence m’irrite royalement, c’est qu’elle est à l’image de la mienne. Je ne peux pas lui en vouloir. Journée trop pleine. Je me suis senti trop bien. Je n’arrive pas à trouver le sommeil, rien n’y fait. J’ai peur du mardi.

J’ai parfois des réflexions en anglais. L’animatrice du podcast The Signal a une théorie sur les bad days. Je n’y ai rien compris. Mais j’ai cherché longtemps comment on pourrait traduire cette expression en français, sans en perdre tout le sens. Mardi fatigué, je m’éparpille et je n’arrive à rien de bon. Tout va de travers. Le directeur est à peine rentré de Paris qu’il nous envoie déjà des courriels pour nous mettre des bâtons dans les roues. Il n’aime pas le traiteur que l’on a choisi pour le prochain vendredi-causerie. Il préfère le Saint-Hubert, mais il nous laisse le choix… Personne ne dira un mot et on mangera du Saint-Hubert, bien entendu. Enfin eux, mon végétarisme a tendance à s’endurcir récemment. Et le poulet industriel Saint-Hubert, une fois par année, ça me suffit. El Poblano s’en va passer la semaine au Mexique. Je l’appelle « Patron » et ça le fait rire. Et le faire rire me fait sourire. Quand je me croise dans le miroir, je me jette un oeil mauvais. Je pars encore plus tôt ce jour-là. Et ce soleil de printemps qui dore cette neige d’hiver me donne envie de m’arrêter et de prendre une grande respiration.

The world in white

L’arroseur arrosé

Je relis mon dernier billet. Peut-être que l’homme de la lune aurait pu l’écrire. Après avoir fait les premiers pas vers moi, il a aussitôt pris ses distances. Je peux me tromper, mais j’ai l’impression qu’il note chacun de mes défauts, qu’il consigne tout ce qui lui déplaît. Je me sens stupide quand je lui parle. J’ai l’impression de l’énerver. Et ça me déprime. Au bout de longues semaines dans le vide interstellaire, je ne trouve que des cratères et des déserts. À chaque pas que je fais dans sa direction, il recule de trois pas. Ma tête me dit d’aller voir où ça pourrait mener. Mais mes blessures me tirent vers l’arrière. Peut-être que c’est moi qui paranoïe. Ou bien je suis trop idéaliste et exigeant. But when somebody loves you, it’s no good unless he loves you, all the way.

When somebody loves you
It’s no good unless he loves you – all the way
Happy to be near you
When you need someone to cheer you – all the way

Taller than the tallest tree is
That’s how it’s got to feel
Deeper than the deep blue sea is
That’s how deep it goes – if its real

When somebody needs you
It’s no good unless he needs you – all the way
Through the good or lean years
And for all the in between years – come what way

Who know where the road will lead us
Only a fool would say
But if you’ll let me love you
It’s for sure I’m gonna love you – all the way, all the way

Billet écrit, tout seul, un vendredi soir à 22h, devant l’ordi, avec une galvaude.

Se taire

Je n’ai pas vu ce clip quand il est sorti en décembre. C’est Brutus qui l’a publié sur Facebook. Additionnez les talents de Richard Desjardins pour le texte, Pierre Lapointe pour la musique, Elisapie Isaac pour l’interprétation et Francis Leclerc pour la réalisation, et ça donne un si bel objet que l’on a juste envie de se taire et d’écouter…

Moi, Elsie – Elisapie Isaac from Vega Musique on Vimeo.

Ses yeux/his eyes

Sa voix d’homme enfant m’enivre. Il joue et déjoue la langue en la couchant sur ses musiques aux couleurs chatoyantes. Plus je connais ce garçon, plus je l’aime. Pendant qu’il chante, je danse en lavant la vaisselle. C’était une excellente idée d’acheter le dernier album d’Alexandre Désilets, La garde.

« So glad to know that there is someone « nice and kind » making a place in your life: you deserve it! » Jaime wrote me on Facebook. Why did he say I deserve it? We just run together in the same group, sometimes on Saturday morning. He doesn’t even know me.

De son côté, le Minotaure m’écrit qu’il voudrait qu’on aille prendre un verre. Pour une fois, j’ai l’impression qu’il n’a aucune arrière-pensée. Je voyais en lui quelqu’un de passionnant. Je le trouve brillant, sensible et drôle. Je l’aime bien. Son chum est un homme chanceux. Je crois vraiment que c’est mieux pour moi de ne pas le revoir. Peut-être que mon regard lui manque. Peut-être est-il seul.

« Tes yeux parlent. » He always says that. I don’t really want to talk about him, here. He’s the « nice and kind » one. Sometimes, he tells me he just has to look in my eyes to see happiness, anger or lack of sleep, when I tell him what happens in my day. But when I tried to leap in his, I only saw the night.

Look, eye!
Look, eye! by millicent_bystander, on Flickr

Une caresse intangible

La musique est un baume. On dit qu’elle adoucit les mœurs. Elle tapisse le vide, en colore subtilement le gris. J’y pose ma tête et je ferme les yeux.

J’ai retrouvé le travail et j’ai renoué avec la fatigue, celle du vendredi. J’adore ce que je fais. Les défis qui se dressent devant moi me stimulent. J’aime les gens que je côtoie là-bas. C’était ma première semaine dans un emploi rémunéré après des mois où j’ai vécu comme un roi, sans travailler. Un changement de rythme un peu brutal. Pour faciliter la transition, j’ai laissé tomber plein de choses. J’ai décidé de prendre congé du gym. Je n’ai pas couru depuis Noël. Après quelques jours, j’ai cessé la méditation. Je n’ai plus ouvert mes livres d’anglais. J’ai même arrêté de faire mon lit. Je tombe facilement dans l’excès. Au fil de la semaine, le boulot avait envahi mon esprit et mes nuits. J’y pensais en marchant sur les trottoirs enneigés, en mangeant le matin, le midi et le soir. Je crois même que j’en ai rêvé.

Il faut que j’arrive à m’engager dans le travail avec mesure. C’est une question de santé. Je dois décrocher à la fin du quart, m’obliger à prendre mes pauses et défendre jalousement les autres parties de ma vie.

Le vendredi soir m’a pris par surprise. Je me souviens que ça m’arrivait souvent, avant. Sur l’adrénaline pendant toute la semaine, je me retrouve lessivé devant un grand vide quand arrive la fin de la dernière journée. Quelques appels qui aboutissent sur des répondeurs. De l’errance compulsive sur la Toile à la recherche de miettes d’autrui. Je sais que c’est la fatigue qui allonge les ombres. C’est elle qui me rend fébrile, qui me fait voir tout en noir, qui attire l’eau dans mes yeux pour un rien.

Je dois me reposer, tout simplement. Mais rien n’est plus compliqué un vendredi soir, lessivé, face au vide. Heureusement, il y a la musique, celle qui appelle les mots, celle qui assouplit les angles et captive mes sens, une caresse intangible.

En ce moment, j’écoute Patrick Watson. La musique de leur dernier album Woodens Arms bat dans mes oreilles comme un battement de coeur. Des mots qui ont la fragilité de l’enfance et qui marchent en funambule sur des musiques somptueuses. Je ne les connaissais pas. C’est l’excellent Podcast The Signal qui m’a fait découvrir ces Montréalais géniaux. (Patrick Watson est un quatuor qui porte le nom de son chanteur et parolier.)

Souffle

Jour de repos. Retour au français maternel. Une respiration avant de plonger en immersion pour une dernière semaine. Ici, le temps est à la fois trop court et sournoisement long. Prisonnier de mon isolement, coincé dans la foule affairée, je tourne en rond comme un fauve en cage, obstiné, obsédé, excédé. Et pendant que je tourne, les dates, les heures et les minutes s’égrènent à une vitesse folle. Le corps, encore une fois, m’oblige à m’arrêter. Je ne suis pas fait fort, faut croire. Et comme toujours, je veux trop en faire. Une toux de 18e siècle, accompagné de fièvre. Du coin de l’oeil, j’ai envisagé d’acheter un billet de retour pour Montréal, courir retrouver le silence et l’espace et tout ce qui me manque. Je dors mal dans cette tour qui tremble sous le cri incessant des ambulances. (J’entends constamment des ambulances, on dirait une fin du monde perpétuelle.)

Mais j’ai baissé les yeux et j’ai laissé passer la nuit. J’ai même manqué l’école le lendemain. Après un courriel d’excuse à Hanna, mon principal professeur, j’ai rattrapé quelques heures de sommeil qui m’avaient échappé. Sur l’heure du lunch, je suis allé voir le Manhattan String Quartet dans une salle de concert de Midtown avec Peter. C’est à cause de sa cravate que j’ai remarqué ce garçon. (Un de mes fantasmes tordus.) « I like your tie », ai-je lancé. Il s’est révélé extraordinairement intéressant. À 29 ans, il a terminé une maîtrise en ingénierie, mais c’est dans le milieu de l’édition qu’il a choisi de travailler, une maison d’édition dans la Cité, spécialisée dans les romans de genre : policiers, suspense, science-fiction.

J’ai fait mes premières armes en anglais en m’attachant à une série télévisée où le personnage principal, Erica Strange devenait « Junior Editor ». C’est exactement cet emploi qu’il occupe. Il travaille en ce moment à tenter de rescaper un roman bancal. L’auteur est sous contrat pour trois ou quatre livres. Celui-ci est son deuxième. L’idée de départ semblait intéressante. Un polar sur le pouvoir des amis d’enfance, les dérives et les dangers du Web. Mais le suspense ne tient pas la route. On devine clairement la fin dès les premiers chapitres. Le personnage est coincé entre deux vérités et reste passif. Deux éditeurs ont parcouru le roman pour en arriver à la même conclusion. Ils essaient de trouver un moyen de sauver le roman sans avoir à demander à l’auteur de tout reprendre à zéro, ce qui représenterait une année de travail.

Nous avons entendu le quatuor à corde No 1 op. 7 d’Arnold Schoenberg et l’Adagio et fugue en ut mineur de Mozart. J’ai trouvé le concert un peu cérébral, pas inintéressant, mais je n’ai pas été complètement happé par la musique. Je suis resté sagement sur mon fauteuil. Et c’était agréable de passer une heure avec Peter dans cette salle toute de bois blond. La salle était à demi remplie, principalement de retraités. Le concept de concert à l’heure du lunch ne semble pas rejoindre les travailleurs. À un moment je me suis tourné et j’ai vu Peter sourire. Un vieux monsieur derrière nous ronflait doucement. J’aime collectionner les coïncidences, j’aime me faire croire qu’elles ont un sens et qu’elles m’indiquent quelque chose. Que ce soit vrai ou pas, je m’en fous. L’important c’est ce qu’elles allument en moi. Un air entendu dans le métro, une citation qui tombe à point nommé, un coyote qui apparaît dans un champ alors que le train s’engage dans un virage. Je cherche à débusquer la magie, je cherche le vent. Je cherche le vent qui emportera mon âme.

Homme idéal

On m’a déjà demandé : C’est quoi ton type d’homme ? Quel genre de mec te fait craquer ? J’ai du mal à répondre, j’ai vraiment des goûts très diversifiés. J’aime les rouquins bohèmes, les blonds austères, les Méditerranéens flamboyants. Les audacieux, les maladroit, les prétentieux. Je fantasme autant sur les cow-boys et les rockeurs que sur les hommes d’affaires.

Mais si je devais faire un seul choix, s’il ne devait y avoir qu’un seul d’homme, ce serait celui que vous pouvez voir dans ce clip. Vers la fin de mon adolescence, c’est sa voix qui m’a d’abord séduit. Les voix graves, profondes, tout en étant vulnérable, me font vibrer. Je suis un auditif, les hommes silencieux me laissent de glace. Les voix réveillent quelque chose d’animal en moi. Par la suite, c’est son physique de crooner d’une autre époque qui m’a plu. Je ne sais pas d’où ça vient, mais j’ai un faible pour les grands bruns aux yeux tendres. Affublez-les d’une cravate, de lunettes ou de cheveux gominés et on tombe pile sur mon fantasme numéro un.

J’aime sa simplicité, le mystère dont il s’entoure et sa musique. J’aime sa timidité presque gauche, sa pomme d’Adam, et son côté aguicheur. J’aime fréquenter son univers poétique, parfois sombre, parfois rose bonbon. Malgré les années qui passent, il reste celui qui s’approche le plus de mon idéal masculin. Plus il vieillit, plus il est séduisant et il s’appelle Étienne, même le prénom est joli. Étienne Daho, Comme un igloo, de l’album Paris Ailleurs (1991)

Etienne Daho
Le clip sur Youtube.