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Billet avec le mot-clef ‘nature’

Chasseur

J’associe la moustache à la forêt d’épinette de mon enfance, aux chasseurs, aux bûcherons. Dans mon imaginaire, un pêcheur à la mouche ou un artisan qui travaille le bois doit nécessairement porter la moustache. Contrairement à la barbe, dénuée d’efforts ou de soins, il y a dans la moustache une sauvagerie doublée d’une volonté de séduire. Dans les contes traditionnels québécois, le diable porte toujours une moustache noire. Et c’est l’un de ses atouts lorsqu’il se présente dans une soirée dansante pour duper les villageois et enlever la belle. En lisant le roman, j’imaginais l’amant de lady Chatterley avec une moustache. Poursuivre la lecture

Le vent porte des mots

Tout petit, les matins m’apparaissaient magiques. Avant que les adultes ne s’éveillent, je collais mon nez aux vitres froides des fenêtres. Des restes de brumes bleutées se déroulaient sur les champs mouillés de rosée. Au ras de l’horizon se cachait le bois sombre, porteur de toutes mes terreurs d’enfant, domaine du méchant loup. Et quand la chaleur du soleil tombait sur le champ, la cacophonie de sifflets, de flûtes et de crécelles des oiseaux et insectes qui s’émerveillaient du jour neuf.

Enfant, j’étais persuadé que les bêtes qui s’approchaient étaient porteuses d’un message provenant de l’autre côté des choses. La corneille et son rire rocailleux qui éclatait à mon passage, elle savait. Ce renard, aperçu furtivement dans les ombres d’une courbe de la route, paraissait soucieux. Les pistes profondes de l’orignal et de son veau dans la boue printanière de notre gazon étaient un bon présage. Ce merle à la mélodie si heureuse, assis au beau milieu du fil, au-dessus du chemin de terre. Tous avaient quelque chose à dire, quelque chose d’important, même si je ne pouvais pas comprendre. Un jour, peut-être, je saurais déchiffrer leur langage. En attendant, j’étais rassuré qu’ils soient là, si nombreux.

En grandissant, j’ai aimé passionnément ma ville adolescente, ses ruelles torturées, ses interstices, ses excès, ses croix et ses métissages. Encore aujourd’hui, j’aime me mêler à la course des foules qui plonge dans le métro, à l’heure de pointe. J’aime l’ambiance délurée des terrasses en avril et celle des nuits chaudes de festivals. Mais mes pérégrinations urbaines me font croiser quotidiennement des concentrés de misère, de souffrance, de hargne et d’ignorance. Sous les amas de bonheur mercantile et derrière la propreté des apparences, certains hommes sont plus noirs que les bêtes. Et la foule marche en faisant semblant de ne rien voir. Et je m’ennuie de ces étés passés à musarder, à chercher des grenouilles, à tresser des épis de blé ou à courir les papillons. Alors que j’étais convaincu que tout avait un sens. Aujourd’hui, une corneille s’est égosillée alors que je passais sous un érable de la rue Jeanne d’Arc. Je n’ai pas su comprendre ce qu’elle disait. La nature me manque. Même policée et mise au service des foules, c’est elle que je retrouverai en retournant travailler au Jardin. Et en ce moment, je sens que j’en ai bien besoin.

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The Thanksgiving Top 10

Top 10 of Montreal’s things I miss the most

10. Nature : There’s a lot of parks in NYC, but nature stifles : the human pressure is too strong.

9. Bagels: Sorry guys, but bagels are definitely better in Montreal. Smaller, but better.

8. French language: I miss the liberty to fully express myself with all colours, strength and subtlety.

7. Being Home feeling: I can’t wait to go back to my things, my place, my mess.

6. Cooking: I’m not a great cook. But it’s difficult to cook decently here, the kitchen here are so small.

5. My very big queen size bed: It’s fun to « faire l’étoile » in your own bed.

4. René Homier-Roy: Here I listen WNYC, the public radio of NYC, in the morning. It’s good, but René is like old slippers.

3. A galvaude at the Banquise: The perfect comfort food. (sigh)

2. Friends. Yes, I miss you guys. Facebook sucks.

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1. Silent nights: In many parts of Montreal, when the night is coming the city disappears to let place for a country night. Nobody in the street. That could be boring. And it is, sometimes. But that’s the best for sleeping.

Happy Thanksgiving!

Le printemps qui pique

J’arrête pas de sourire. C’est sûrement la météo. Moi, le temps frais, le ciel large, les jours de soleil après les grosses averses du matin, j’adore ! Et puis il y a le compte à rebours qui est commencé. Il me reste sept jours avant de quitter mon emploi chez Zorro & Co. Depuis que j’ai donné ma démission, depuis que la date de mon départ est fixée, on dirait que la tension est retombée. Quand je marche, le stress tombe par plaque un peu partout, derrière moi. Je me sens de plus en plus léger. Les problèmes, les conflits, les frustrations qui m’ont tenu éveillé pendant des nuits n’ont plus de prises sur moi. Je les observe et je souris. Je suis libre.

Mais le meilleur, c’est que, depuis que j’ai annoncé mon départ, je reçois chaque jour des remerciements, des marques de reconnaissance et d’appréciation. On m’envoie des courriels, on me téléphone. Lors de la réunion d’équipe mensuelle, mon patron a même affirmé devant tout le personnel que si je désire revenir à la fin du contrat que l’on m’a offert au Jardin, la porte de Zorro & Co me serait toujours ouverte. (Même si je n’envisage pas cette possibilité, ça fait toujours plaisir.) Je suis un peu contraint de regarder derrière, tout ce que j’ai accompli. J’ai fait du counselling en contexte de dépistage des ITS, j’ai animé un groupe d’hommes sur l’érotisme. (Je n’aurais jamais pensé que j’accepterais un jour de faire ça.) J’ai dépassé mes limites, souvent à contre-courant de ma propre nature, parfois en affrontant ce qui me faisait le plus peur. Et je me suis découvert meilleur. Bref, je suis vraiment fier de ce que j’ai fait là-bas.

Et où je m’en vais, je suis attendu avec impatience par des collègues sympathiques avec qui j’ai travaillé il y a trois ans. Je vais avoir un horaire stable, je dirais presque pépère. Et je vais travailler dans un cadre magnifique. Je n’aurais plus aucune excuse pour ne pas m’entraîner. Le gym est à un coin de rue. Je peux courir directement dans le jardin. Et je vais me rendre au travail à pied. Je vais passer un été tranquille à répondre aux questions des vieilles dames sur les orchidées ou les chèvrefeuilles. Chaque jour, en traversant le jardin, je vais être le témoin de chacun des miracles qui jalonneront la saison.

Et puis ce soir, mon père m’a invité au restaurant avec sa blonde et ma sœur. Nous sommes allés au Saint-Hubert. (Mon père a des goûts douteux.) Il voulait nous voir, le plus vite possible. J’ai pensé qu’il allait nous annoncer qu’il avait un cancer généralisé. On a échangé quelques nouvelles puis mon père a baissé les yeux en disant : « J’ai quelque chose à vous annoncer. » Ma sœur a lancé à la blague : « Quoi ? Vous aller vous marier ? » Et puis ils sont restés figés. J’ai arrêté de rire, gêné. Peut-être qu’ils ne trouvaient pas la blague drôle. Ils souriaient, pourtant, puis se sont regardés : « Bien, c’est en plein ça. On va se marier. » Je suis resté bouche bée. Mon père a quand même plus de 75 ans. Mais ils avaient l’air, tous les deux, vraiment content. Et finalement, j’ai trouvé ça cute, en quelque sorte. C’est la première fois que quelqu’un se marie dans ma famille proche. (Si on peut se marier à 75 ans, j’ai peut-être encore une chance.)

Ils veulent que ça soit simple, mais j’ai décidé de me taper un méchant trip de magasinage. En tant que gai de service de la famille, je me dois d’être tiré à quatre épingles. Ils ne veulent pas de cadeaux, mais j’ai pensé qu’avec ma soeur on pourrait leur acheter une machine à espresso. Juste une petite, là. Et puis je veux arriver avec un immense bouquet de fleurs.

Pause

Quand j’étais petit, je passais mes étés près du lac. À cette époque, ma mère était « femme au foyer » comme l’étaient la plupart des mères du coin. Les enfants étaient laissés libres tout l’été. Libre de s’ennuyer, libre de s’inventer des jeux. Je me souviens que le temps passait lentement, au rythme du ciel boréal, du lac et des saisons. Les grandes vacances s’étalaient sur trois longs mois, de la fin des classes jusqu’à la rentrée, des mois où la nature était en effervescence. Poursuivre la lecture

Dolce Vita

Quelques oiseaux et le chant des cigales. Je suis étendu contre les racines d’un marronnier. Mes yeux s’égarent en chemin vers la cime. Entre les branches raides, les feuilles captent la lumière en couches successives. Je me perds dans ce vitrail subtil et mouvant. À chaque retour de la brise, le feuillage scintille en frémissant. La fraîcheur est une caresse. Comme si le bleu du ciel s’approchait pour m’effleurer.

Le roman de Guillaume Vigneault, Carnet de naufrage,  posé tout près de moi, je ferme les yeux. Et je savoure la fluidité de ces mots qui s’effacent complètement pour laisser place à la vie et au désir. Je me dis que je ne saurai jamais écrire, mais ce n’est rien de grave. Les insectes s’affairent avec urgence dans les effluves sucrés du trèfle. Une fourmi court sur ma page dans une totale indifférence puis se lance dans l’escalade d’un brin d’herbe. Rien n’a d’importance. Que la droiture du pin gris qui fonce, immobile, vers le ciel. Que le monarque qui bat de l’aile contre le vent.
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Un charançon sur mon balcon

Quand une vigne vierge part à la conquête d’un bâtiment, elle supporte un écosystème complexe qui prospère en une saison. Ses fruits acides peuvent être toxiques pour l’être humain, mais ils font le bonheur des oiseaux. Son feuillage dense abrite les nids de plusieurs espèces. Depuis plusieurs années, la vigne vierge de mon voisin a envahi mes murs. Pour mon plus grand plaisir, elle donne à mon balcon  l’allure d’une jungle. Certaines années un insecte égaré vient trottiner sur les murs de ma cuisine, le charançon noir de la vigne. Originaire du nord de l’Europe, il est présent en Amérique du Nord depuis 1835. À la nuit tombée, les adultes font des encoches caractéristiques sur le bord des feuilles. Mais des dégâts plus importants surviennent la deuxième années, lorsque les larves s’alimentent sous la surface du sol.

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Sanguinaria canadensis

La fleur craintive de la sanguinaire fait une apparition, pour une dizaine de jours, vers la fin d’avril. Comme une étoile, elle s’épanouit au-dessus d’une feuille unique, délicatement lobée. La belle s’enroule dans ce manteau que l’on croirait taillé dans une jeune pousse d’épinard. Dès que midi est passé, les pétales se redressent et l’inflorescence se referme lentement pour la nuit. Le cœur de la plante renferme un latex rouge sang que les Amérindiens utilisaient comme teinture. Les sanguinaires percent les décombres de l’hiver pour appuyer leurs fronts contre le ciel. Elles forment de grandes colonies sous les arbres encore dénudés. Ce spectacle émouvant m’a fait m’arrêter sur le sentier du Bois-de-Liesse. Le temps d’une inspiration, le temps d’y croire.

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