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	<title>Face cachée &#187; nature</title>
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		<title>Chasseur</title>
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		<pubDate>Sun, 13 Nov 2011 17:22:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kevin Zaak</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>J’associe la moustache à la forêt d’épinette de mon enfance, aux chasseurs, aux bûcherons. Dans mon imaginaire, un pêcheur à la mouche ou un artisan qui travaille le bois doit nécessairement porter la moustache. Contrairement à la barbe, dénuée d’efforts ou de soins, il y a dans la moustache une sauvagerie doublée d’une volonté de séduire. Dans les contes traditionnels québécois, le diable porte toujours une moustache noire. Et c’est l’un de ses atouts lorsqu’il se présente dans une soirée dansante pour duper les villageois et enlever la belle. En lisant le roman, j’imaginais l’amant de lady Chatterley avec une moustache.<span id="more-1807"></span></p>
<p>Il y a dans la moustache un rapport à la nature plus masculin. L’humanité a toujours été dépendante de la nature. C’est elle, essentiellement, qui nous nourrit et qui purifie l’eau pour la rendre potable. C’est elle qui nous fournit en matériaux de construction, en fibre textile ou en médicament. Depuis son arrivée sur terre, l’être humain exploite les ressources de la nature pour survivre. Dans les pays nordiques, la survie en hiver est impossible sans la chasse et la pêche. Il y a tout un courant un peu naïf en environnement qui clame qu’il faut sauver la nature. Et sauver la nature signifie cesser d’exploiter ses ressources. Ce courant de l’écologie rose bonbon est très exploité en marketing. Un des chercheurs en agroforesterie avec qui je travaille est choqué quand il reçoit un avis du genre : « passez à la facture électronique, sauvez un arbre ! » On ne peut pas sauver un arbre : un arbre est mortel comme chacun d’entre nous. Il doit mourir au bout de sa vie. Et ce n’est que pendant sa croissance qu’il stocke le carbone. Au lieu de vouloir « sauver » les arbres, on devrait selon lui en planter davantage, entretenir et protéger la forêt et récolter le bois avec sagesse et respect. La mort fait partie de la vie, elle est essentielle à la vie. Le chasseur, le bûcheron, joue un rôle nécessaire.</p>
<p>Il y a dans la moustache un relent des années 70. Et de cette grande libération sexuelle qui a pris fin par la douche froide de l’arrivée du sida. J’étais enfant pendant ces années. Sans l’avoir vécue, cette révolution des mentalités a probablement marqué mon imagination. Je n’ai jamais goûté à cette liberté. J’ai appris à enfiler un condom des années avant de vivre la moindre expérience sexuelle. Mais le disco a pour moi quelque chose de mythique. Quand j’avais 12 ou 13 ans, je gardais les enfants d’une amie de ma mère. Elle venait de divorcer. Son ex-mari vivait désormais avec son amant. Et c’est le premier couple gai que j’ai côtoyé (et le seul pendant très longtemps). Je gardais les enfants tour à tour chez elle et chez lui. Et j’étais complètement fasciné par les détails du quotidien des deux hommes : comment ils se partageaient les tiroirs de la commode, les livres et les magazines qu’ils lisaient. Je ne voulais pas m’admettre que j’étais comme eux. Ils portaient tous les deux la moustache, comme une bonne partie des hommes gais de l’époque, je crois. Ma première image d’une homosexualité masculine assumée et paisible, ce fut deux hommes à moustache.<br />
</br><br />
<em>Depuis 13 jours, j’apprivoise ma propre moustache. J’envisage de la garder lorsque Movember sera terminé. À ce jour, elle a amassé <strike>245.00 $</strike> <strong>440.00 $</strong> pour la recherche sur le cancer de la prostate. Vous pouvez la commanditer ici : <a href="http://mobro.co/PY" target="_blank"><strong>http://mobro.co/PY</strong></a></em><br />
<em><br />
Photographie : <a href="http://www.flickr.com/photos/kevinzaak/6338276400/in/photostream" target="_blank">Kevin Zaak, Serre des fougères JBM</a></em></p>
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		<title>Le vent porte des mots</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Mar 2011 02:19:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kevin Zaak</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tout petit, les matins m’apparaissaient magiques. Avant que les adultes ne s’éveillent, je collais mon nez aux vitres froides des fenêtres. Des restes de brumes bleutées se déroulaient sur les champs mouillés de rosée. Au ras de l’horizon se cachait le bois sombre, porteur de toutes mes terreurs d’enfant, domaine du méchant loup. Et quand [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Tout petit, les matins m’apparaissaient magiques. Avant que les adultes ne s’éveillent, je collais mon nez aux vitres froides des fenêtres. Des restes de brumes bleutées se déroulaient sur les champs mouillés de rosée. Au ras de l’horizon se cachait le bois sombre, porteur de toutes mes terreurs d’enfant, domaine du méchant loup. Et quand la chaleur du soleil tombait sur le champ, la cacophonie de sifflets, de flûtes et de crécelles des oiseaux et insectes qui s’émerveillaient du jour neuf.</p>
<p>Enfant, j’étais persuadé que les bêtes qui s’approchaient étaient porteuses d’un message provenant de l’autre côté des choses. La corneille et son rire rocailleux qui éclatait à mon passage, elle savait. Ce renard, aperçu furtivement dans les ombres d’une courbe de la route, paraissait soucieux. Les pistes profondes de l’orignal et de son veau dans la boue printanière de notre gazon étaient un bon présage. Ce merle à la mélodie si heureuse, assis au beau milieu du fil, au-dessus du chemin de terre. Tous avaient quelque chose à dire, quelque chose d’important, même si je ne pouvais pas comprendre. Un jour, peut-être, je saurais déchiffrer leur langage. En attendant, j’étais rassuré qu’ils soient là, si nombreux.</p>
<p>En grandissant, j’ai aimé passionnément ma ville adolescente, ses ruelles torturées, ses interstices, ses excès, ses croix et ses métissages. Encore aujourd’hui, j’aime me mêler à la course des foules qui plonge dans le métro, à l’heure de pointe. J’aime l’ambiance délurée des terrasses en avril et celle des nuits chaudes de festivals. Mais mes pérégrinations urbaines me font croiser quotidiennement des concentrés de misère, de souffrance, de hargne et d’ignorance. Sous les amas de bonheur mercantile et derrière la propreté des apparences, certains hommes sont plus noirs que les bêtes. Et la foule marche en faisant semblant de ne rien voir. Et je m’ennuie de ces étés passés à musarder, à chercher des grenouilles, à tresser des épis de blé ou à courir les papillons. Alors que j’étais convaincu que tout avait un sens. Aujourd’hui, une corneille s’est égosillée alors que je passais sous un érable de la rue Jeanne d’Arc. Je n’ai pas su comprendre ce qu&#8217;elle disait. La nature me manque. Même policée et mise au service des foules, c’est elle que je retrouverai en retournant travailler au Jardin. Et en ce moment, je sens que j’en ai bien besoin.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/povl/3828211234/" title="SDIM0180_pt by Povl, on Flickr"><img src="http://farm4.static.flickr.com/3472/3828211234_db3fa3b4a0.jpg" width="500" height="333" alt="SDIM0180_pt" /></a></p>
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		<title>The Thanksgiving Top 10</title>
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		<pubDate>Thu, 25 Nov 2010 05:00:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kevin Zaak</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Top 10 of Montreal&#8217;s things I miss the most
10. Nature : There&#8217;s a lot of parks in NYC, but nature stifles : the human pressure is too strong.
9. Bagels: Sorry guys, but bagels are definitely better in Montreal. Smaller, but better.
8. French language: I miss the liberty to fully express myself with all colours, strength [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Top 10 of Montreal&#8217;s things I miss the most</strong></p>
<p>10. Nature : There&#8217;s a lot of parks in NYC, but nature stifles : the human pressure is too strong.</p>
<p>9. Bagels: Sorry guys, but bagels are definitely better in Montreal. Smaller, but better.</p>
<p>8. French language: I miss the liberty to fully express myself with all colours, strength and subtlety.</p>
<p>7. Being Home feeling: I can&#8217;t wait to go back to my things, my place, my mess.</p>
<p>6. Cooking: I&#8217;m not a great cook. But it&#8217;s difficult to cook decently here, the kitchen here are so small.</p>
<p>5. My very big queen size bed: It&#8217;s fun to &laquo;&nbsp;faire l&#8217;étoile&nbsp;&raquo; in your own bed.</p>
<p>4. René Homier-Roy: Here I listen WNYC, the public radio of NYC, in the morning. It&#8217;s good, but René is like old slippers.</p>
<p>3. A galvaude at the Banquise: The perfect comfort food. (sigh)</p>
<p>2. Friends. Yes, I miss you guys. Facebook sucks.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/29614469@N04/5204631093/" title="P1030133 by pycomtois, on Flickr"><img src="http://farm6.static.flickr.com/5206/5204631093_fa476051ed.jpg" width="375" height="500" alt="P1030133" /></a></p>
<p>1. Silent nights: In many parts of Montreal, when the night is coming the city disappears to let place for a country night. Nobody in the street. That could be boring. And it is, sometimes. But that&#8217;s the best for sleeping.</p>
<p>Happy Thanksgiving!</p>
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		<title>Le printemps qui pique</title>
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		<pubDate>Thu, 06 May 2010 03:23:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kevin Zaak</dc:creator>
				<category><![CDATA[Confidences]]></category>
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		<description><![CDATA[J’arrête pas de sourire. C’est sûrement la météo. Moi, le temps frais, le ciel large, les jours de soleil après les grosses averses du matin, j’adore ! Et puis il y a le compte à rebours qui est commencé. Il me reste sept jours avant de quitter mon emploi chez Zorro &#038; Co. Depuis que [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J’arrête pas de sourire. C’est sûrement la météo. Moi, le temps frais, le ciel large, les jours de soleil après les grosses averses du matin, j’adore ! Et puis il y a le compte à rebours qui est commencé. Il me reste sept jours avant de quitter mon emploi chez Zorro &#038; Co. Depuis que j’ai donné ma démission, depuis que la date de mon départ est fixée, on dirait que la tension est retombée. Quand je marche, le stress tombe par plaque un peu partout, derrière moi. Je me sens de plus en plus léger. Les problèmes, les conflits, les frustrations qui m’ont tenu éveillé pendant des nuits n’ont plus de prises sur moi. Je les observe et je souris. Je suis libre.</p>
<p>Mais le meilleur, c’est que, depuis que j’ai annoncé mon départ, je reçois chaque jour des remerciements, des marques de reconnaissance et d’appréciation. On m’envoie des courriels, on me téléphone. Lors de la réunion d’équipe mensuelle, mon patron a même affirmé devant tout le personnel que si je désire revenir à la fin du contrat que l’on m’a offert au Jardin, la porte de Zorro &#038; Co me serait toujours ouverte. (Même si je n’envisage pas cette possibilité, ça fait toujours plaisir.) Je suis un peu contraint de regarder derrière, tout ce que j’ai accompli. J’ai fait du counselling en contexte de dépistage des ITS, j’ai animé un groupe d’hommes sur l’érotisme. (Je n’aurais jamais pensé que j’accepterais un jour de faire ça.) J’ai dépassé mes limites, souvent à contre-courant de ma propre nature, parfois en affrontant ce qui me faisait le plus peur. Et je me suis découvert meilleur. Bref, je suis vraiment fier de ce que j’ai fait là-bas.</p>
<p>Et où je m’en vais, je suis attendu avec impatience par des collègues sympathiques avec qui j’ai travaillé il y a trois ans. Je vais avoir un horaire stable, je dirais presque pépère. Et je vais travailler dans un cadre magnifique. Je n’aurais plus aucune excuse pour ne pas m’entraîner. Le gym est à un coin de rue. Je peux courir directement dans le jardin. Et je vais me rendre au travail à pied. Je vais passer un été tranquille à répondre aux questions des vieilles dames sur les orchidées ou les chèvrefeuilles. Chaque jour, en traversant le jardin, je vais être le témoin de chacun des miracles qui jalonneront la saison.</p>
<p>Et puis ce soir, mon père m’a invité au restaurant avec sa blonde et ma sœur. Nous sommes allés au Saint-Hubert. (Mon père a des goûts douteux.) Il voulait nous voir, le plus vite possible. J’ai pensé qu’il allait nous annoncer qu’il avait un cancer généralisé. On a échangé quelques nouvelles puis mon père a baissé les yeux en disant : « J’ai quelque chose à vous annoncer. » Ma sœur a lancé à la blague : « Quoi ? Vous aller vous marier ? » Et puis ils sont restés figés. J’ai arrêté de rire, gêné. Peut-être qu’ils ne trouvaient pas la blague drôle. Ils souriaient, pourtant, puis se sont regardés : « Bien, c’est en plein ça. On va se marier. » Je suis resté bouche bée. Mon père a quand même plus de 75 ans. Mais ils avaient l’air, tous les deux, vraiment content. Et finalement, j’ai trouvé ça <em>cute</em>, en quelque sorte. C’est la première fois que quelqu’un se marie dans ma famille proche. (Si on peut se marier à 75 ans, j’ai peut-être encore une chance.)</p>
<p>Ils veulent que ça soit simple, mais j’ai décidé de me taper un méchant trip de magasinage. En tant que gai de service de la famille, je me dois d’être tiré à quatre épingles. Ils ne veulent pas de cadeaux, mais j’ai pensé qu’avec ma soeur on pourrait leur acheter une machine à espresso. Juste une petite, là. Et puis je veux arriver avec un immense bouquet de fleurs.</p>
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		<title>Pause</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Oct 2009 19:08:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kevin Zaak</dc:creator>
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Quand j’étais petit, je passais mes étés près du lac. À cette époque, ma mère était « femme au foyer » comme l’étaient la plupart des mères du coin. Les enfants étaient laissés libres tout l’été. Libre de s’ennuyer, libre de s’inventer des jeux. Je me souviens que le temps passait lentement, au rythme du ciel boréal, [...]]]></description>
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<p>Quand j’étais petit, je passais mes étés près du lac. À cette époque, ma mère était « femme au foyer » comme l’étaient la plupart des mères du coin. Les enfants étaient laissés libres tout l’été. Libre de s’ennuyer, libre de s’inventer des jeux. Je me souviens que le temps passait lentement, au rythme du ciel boréal, du lac et des saisons. Les grandes vacances s’étalaient sur trois longs mois, de la fin des classes jusqu’à la rentrée, des mois où la nature était en effervescence.<span id="more-106"></span>Les temps ont bien changé. Que l’on ait ou non des enfants, plus personne ne peut se permettre de ne pas travailler. Les enfants eux-mêmes n’ont plus de temps libre entre le service de garde, le camp de jour, les cours de musique et les activités sportives. En vieillissant, les emplois d’été, les petits boulots, ont pris de plus en plus de place dans ma vie. Les contrats, les piges ont, petit à petit, grugé les dernières minutes de ma liberté. Bien sûr, il y a les deux petites semaines de vacances annuelles prévues par la loi (ou 4 % du temps travaillé), mais dans les emplois précaires ou de courtes durées, ce 4 % est donné en argent lors de la dernière paie. Ça ne fait que compenser pour la médiocrité des salaires. Ce qui fait que, pendant de longues années, je n’ai pris aucune vacance. Pas de temps. Et lorsque j’ai réussi à me dégager une semaine de liberté, il me fallait à tout prix la rentabiliser, mettre dedans tout ce qui m’avait trop manqué : loisirs, voyage, vie sociale, culture. La vie m’a donné l’impression d’être une course, un sprint qui s’étire et dont la ligne d’arrivée est sans cesse repoussée loin devant. En course pourtant, j’ai appris que le repos est essentiel. C’est pendant le repos que l’on construit sa force, sa solidité, son endurance.</p>
<p>Récemment, j’ai goûté à un peu plus de sécurité et aux semaines de vacances et aux congés payés. Les piges ont occupé et occupe encore une bonne partie de ces congés. Puis j’ai décidé de faire une pause. Un ami m’a invité à passer la fin de semaine avec lui dans un chalet qu’il loue régulièrement dans les Laurentides. J’ai sauté sur l’occasion. Une bicoque assez jolie au sommet d’une colline planté d’épinettes et de hêtres. Les grandes fenêtres du rez-de-chaussée s’ouvraient sur un vallon et les premières hauteurs du massif du Mont tremblant étaient visibles de l’autre côté. Sur les flancs inclinés, le rose fauve des rameaux dénudés laissait entrevoir le tronc de quelques bouleaux. Le vert bleuté des conifères dominait le paysage. Leurs flèches sombres se balançaient majestueusement au dessus des cimes.</p>
<p>C’était une première pour moi, ne rien faire pendant deux jours. À l’abri du téléphone, sans journaux, ni internet. Au programme : lecture, sieste et marche en forêt. Le temps maussade était idéal pour la lecture. J’ai décidé de ne pas regarder l’heure de la fin de semaine. Et j’ai fait un jeûne d’actualité. (Je faisais des cauchemars où je rêvais de Louise Harel et de H1N1). Je me suis endormi la fenêtre ouverte sur le murmure du ruisseau. Je me suis gorgé les poumons d’odeur de terre mouillés, de feuilles mortes et de sapins.</p>
<p>Après une nuit, mon corps ronronnait d’aise, comme un matou près d’un feu de foyer. C’est évident. J’aurais besoin d’une semaine, d’un mois. Je rêve d’une sabbatique. Je vivrais ici facilement en ermite pendant des années. Juste à lire, à marcher et à gribouiller. Ma carapace fond et les plaques de stress tombent comme une peau de serpent. Je me demande comment j’ai pu respirer en portant tout ça. Je m’étire. Hors de la dictature de l’horloge, je constate que mes sens s’aiguisent et que mon esprit devient joueur.</p>
<p>On dit que les bonnes choses ont une fin. J’aimerais pouvoir en dire autant des mauvaises. Je recommence à compter les heures avec appréhension. Il n’en reste que quelques-unes avant le retour au travail, avant de replonger dans le tourbillon. C’est comme un adieu, un adieu à moi-même. Je vais travailler pour les élections municipales la fin de semaine prochaine. Ce ne sera pas difficile et ça fait 200 $ de plus dans mes poches. Et puis, je crois bien que je vais accepter de donner cet atelier au Jardin botanique. Je n’ai pas envie de travailler là-dessus, pas du tout. Mais j’ai du mal à dire non à Yvon et puis, on ne sait jamais, c’est une sécurité. Ça pourrait être utile si je perds mon boulot actuel. Je ne roule pas sur l’or. Je ne sais pas quand j’aurai deux jours consécutifs de congé.</p>
<p>Pourtant, je sais que c’est important. Je sais que le repos est vital. Je me dis que si je l’écris ici, ça m’obligera au moins à me relire, et peut-être à trouver des moyens pour créer dans ma vie des zones protégées pour la liberté. Pour le moment, je ne vois pas, je ne sais pas comment y arriver. Mais je sais que c’est ce que je veux.</p>
</div>
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