2010
« Ça finit toujours plus vite qu’on pense. » C’est avec ces mots prophétiques qu’un premier amour m’a abordé, un soir de l’automne 1996. Nous attendions tous les deux en ligne devant le vestiaire du Heaven, à l’heure de la fermeture. Son regard sombre allait incurver la trajectoire de ma vie.
L’année 2010 a passé en coup de vent. Ç’aura été l’année où ce blogue a réellement pris son envol après des débuts difficiles. Il devait naître en 2009 d’une collaboration avec un photographe qui devait aussi créer le design. De retards en incompréhensions, ce projet est tombé à l’eau. Mais le blogue a survécu.
L’année qui s’achève a vu la course à pied prendre plus de place dans ma vie. Il y a eu cette course printanière dans les collines du parc du Mont Saint-Bruno. J’ai fait un mauvais temps, mais j’ai eu beaucoup de plaisir. Suffisamment pour décider de m’inscrire au demi-marathon de Montréal, que j’ai couru d’une traite, à la fin de l’été. J’ai même réalisé un rêve, celui de courir avec les Front-Runners de New York dans les couleurs d’automne de Central Park. Je suis certain que la course me donne de l’élan. J’y bâtis à la fois ma confiance et ma persévérance.
Je suis venu à bout d’un blocage que je traînais depuis l’adolescence, ma peur de l’anglais. Et c’est un vaste univers qui s’est ouvert à moi, peuplé de plus de 350 millions de personnes. Des dizaines de frontières semblent s’être rapprochées. J’ai pu réaliser un autre rêve en m’assoyant dans la 8e rangée du Gershwin Theatre pour voir ma première comédie musicale sur Broadway, Wicked. J’ai eu des frissons à l’ouverture quand l’orchestre a attaqué les premières mesures et que les singes ailés sont apparus pour ouvrir le rideau, une carte géante du pays d’Oz.
Au niveau du travail, j’ai pris les décisions qui s’imposent. J’ai relevé des défis énormes, j’ai gagné de l’assurance et j’ai créé des liens solides. J’ai choisi de laisser tomber le Jardin qui ne m’offre aucun avenir. Je retourne chez Zorro & cie sans trop savoir si c’est la meilleure option. Mais j’y retourne dans une meilleure position. J’aurai plus d’autonomie et de contrôle sur mes projets. (Et des horaires plus raisonnables.) J’ai déjà fait mes preuves et je suis attendu avec enthousiasme. Finalement, je crois que les défis qui m’attendent risquent de me secouer, d’une façon positive.
Au cours de l’année, certaines amitiés sont nées ou ont grandi. Je suis toujours maladroit, mais j’avance. Deux figurants des billets de mon ancien blogue, qui y jouaient les amants de passage, El Poblano et le Cow-boy, sont même devenus des amis. Je les découvre aujourd’hui sous un nouveau jour.
En février 2010, j’écrivais :
« Parfois la nuit, je rêve d’un ouragan et d’un tremblement de terre qui balaieraient toute mon histoire. Je voudrais voir s’écrouler mes tours d’ivoire. Me retrouver nu, pauvre et poussiéreux. Laisser tomber les mille peaux de l’homme que j’ai rêvé d’être, de l’homme que je deviens pour te faire rêver. Et marcher dans la peau d’un inconnu : moi-même. »
Avec du recul, je crois que 2010 m’a vu faire quelques pas dans la peau de cet inconnu.

Leaf on Grass (Central Park, New York) par Luke Redmond, sur Flickr











