Skip to content

Billet avec le mot-clef ‘pardon’

Le vieux chemin

C’est parfois un parfum, parfois une mélodie. Une simple combinaison de notes, et la porte du souvenir s’ouvre violemment. Je n’ai qu’à tourner la tête et j’aperçois, face à moi, celui que j’étais à vingt ans. Moi je le vois très clairement. Lui ne me voit pas. Je suis sûr qu’il préfère baisser les yeux. Il est un peu couard. Il est aveugle, peut-être est-ce mieux pour lui. De toute manière, c’est toujours comme ça. Il est à la fois lourd et aérien. Chargé des milliers de rêves qu’il collectionne depuis l’enfance, pour ne pas couler dans la solitude, pour colmater ses brèches, pour s’aveugler un peu plus. Des rêves mur à mur, il s’en est fait une spécialité. Et léger, parce que tous ces rêves sont encore possibles. Ils ne se sont encore jamais heurtés à la réalité. Il est pressé. Il trouve que le temps ne passe pas assez vite. Il n’en peut plus d’attendre. Il a hâte à la vie.

J’ai une espèce de tendresse, une espèce de pitié pour celui que j’étais. Je voudrais le prévenir. Je voudrais le secouer. Je voudrais m’emporter pour lui, exploser de rage pour lui. Hurler sans relâche les mots qu’il ne dit pas. Parce qu’il se tait. Il se tait. Il n’en finit plus de se taire. Mais si le chemin s’ouvre à mes yeux. Il reste infranchissable. Toutes mes larmes ne peuvent rien y changer. Aucune larme ne remonte le temps. Poursuivre la lecture