Je déteste parler en public. Ça me rend malade, littéralement. J’ai l’estomac qui se tord des jours à l’avance. J’arrive maintenant à mieux contrôler le trac. J’arrive à me calmer momentanément, je visualise. Il n’en reste pas moins que ça me tient par les couilles pendant des jours et des nuits et que je ne peux respirer que quand l’événement est passé.
El poblano est là pour m’aider dans l’organisation. Lui, on dirait que rien ne l’énerve. Il prend tout en riant. Mais mis à part lui, personne à Zorro ne fera quoi que ce soit pour m’appuyer vraiment. Jalousies, rivalités, vieilles rancœurs dont je fais les frais sans vraiment les comprendre. Je sens que certains seraient satisfaits de me voir me planter.
J’essaie de laisser de côté mes bêtes noires et de rester centrer sur l’essentiel. Je vais avoir devant moi un troupeau d’êtres humains. Je vais m’adresser à eux en tant qu’être humain pour leur dire des choses que je crois. Je ne comprends pas alors pourquoi mes mains tremblent juste à y penser.
Cette soirée est ma première responsabilité. La première fois que je m’adresserai publiquement à un groupe dans le cadre de mes nouvelles fonctions. De quoi ai-je peur ? Que mes bibittes prennent toutes la place. J’ai peur de bafouiller, de rougir, de perdre le souffle ; et que ce soit cela que les gens retiennent ; toutes des choses qui sont à peu près hors de mon contrôle. Mais qui au fond, ne sont pas très importantes.
Et je me sens ridicule. Le speech que je vais faire durera à peine 5 minutes. Mais je sais qu’une image se fait ou se défait en quelques secondes. D’un côté, j’aurais envie de répéter chaque virgule, chaque geste et chaque intonation. De l’autre, je me dis qu’il faut que je m’abandonne et que j’accepte l’idée que tout ne sera pas parfait. De cette façon, je serai moins désarçonné quand des imprévus apparaîtront.
Je me remémore tous les conseils que l’on m’a donnés. Me constituer une bulle de protection, voir les gens dans la salle comme s’ils étaient nus comme des vers, déplacer mon poids des talons aux orteils pour bien sentir le contact avec la solidité du sol. Prendre le temps d’établir un contact visuel, me concentrer sur ce que j’ai vraiment envie de dire et m’écouter parler, lentement.

Microphone par hiddedevries, sur Flickr