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Billet avec le mot-clef ‘parole’

Inavouable

Elle emprunte mille détours. Si elle n’a pas droit de cité dans certaines sphères de ma vie, la colère se faufile pour frapper ailleurs, à des moments qui ne sont pas toujours des plus opportuns. Lorsque je veux me coucher tôt et qu’il est déjà trop tard, par exemple. Je m’enflamme pour des futilités et je m’obstine à ne pas lâcher l’os, emporté par le courant. Je me doute bien que sa source est ailleurs, dans les recoins de mon esprit où je n’ose pas regarder. Dans ce magma d’émotion dont je ne veux pas admettre l’existence. Pourquoi la colère me paraît-elle si inappropriée ? Poursuivre la lecture

Résolutions 2012

Dans les derniers jours de 2011, j’ai relu tout ce que j’avais écrit ici au cours de l’année qui s’achève. Ce fut une année difficile. Mais ce qui ressort, c’est la solidité avec laquelle j’ai composé avec les obstacles et les grandes déceptions, comme si j’avais gardé le cap, même sans pouvoir dire précisément quel est ce cap.

J’aime les résolutions. Je n’avais pas mis clairement mes résolutions 2012 sur papier que je plongeais déjà dans leur réalisation. Poursuivre la lecture

Ces voix que l’on tait

On parle beaucoup en ce moment de cette collaboration annoncée entre Bertrand Cantat et Wajdi Mouawad. N’ayant pas l’habitude de fréquenter régulièrement le Théâtre du Nouveau Monde (la dernière fois que j’y ai mis les pieds, je me suis endormi), je me sens peu concerné par l’affaire. Mais je crois qu’une société a tout avantage à laisser s’exprimer l’ensemble des individus qui la composent, peu importe leur passé et les atrocités qu’ils ont pu commettre. Encore plus lorsque ces individus ont souffert de leurs actions et qu’ils ont manifesté des regrets et un désir de réparation. C’est ce qui fait qu’une société est humaine. Et c’est ce qui fait qu’elle évolue. Le silence et le déni mènent à la stagnation, à l’étouffement et à la mort. On peut enfermer quelqu’un. On peut le mettre à mort, dans plusieurs sociétés. Mais tant qu’il est vivant, il lui reste la parole.

J’ai lu sur plusieurs carnets que laisser monter Cantat sur scène, équivaudrait à cautionner l’homicide de Marie Trintignant. L’argument est un peu bancal. Écouter quelqu’un sur une scène ne signifie pas que l’on approuve et que l’on encense l’ensemble de son oeuvre. Au Québec, on a peut-être la mauvaise habitude d’applaudir n’importe quoi et n’importe comment. On aime en bloc et l’on ne fait pas dans la nuance. Aucun spectateur n’a l’obligation d’applaudir lors d’une représentation théâtrale. Avant de décider si la collaboration de Cantat et de Mouawad est une bonne chose, j’aurais envie d’entendre ce qu’ils ont à proposer. Il ne s’agit pas, faut-il le rappeler, d’un spectacle de Cantat, il collabore simplement à une oeuvre théâtrale qui sera portée par toute une équipe.

Je m’imagine madame Trintignant, du haut de son ciel qui regarde la scène. Cet homme qu’elle a aimé et avec qui elle a sombré jusqu’en enfer. Et qu’il l’a finalement tuée. Peut-être qu’elle lui en veut rageusement, peut-être lui a-t-elle déjà tout pardonné. Mais j’ai le sentiment que condamner cet homme au silence la ferait souffrir davantage. Une histoire comme la leur doit engendrer des mots, des images et des émotions. Et qui, mieux que lui, pourrait donner une voix et une issue à leurs souffrances, à leur histoire, pour que cette histoire ne soit plus inutile ?

Trac

Je déteste parler en public. Ça me rend malade, littéralement. J’ai l’estomac qui se tord des jours à l’avance. J’arrive maintenant à mieux contrôler le trac. J’arrive à me calmer momentanément, je visualise. Il n’en reste pas moins que ça me tient par les couilles pendant des jours et des nuits et que je ne peux respirer que quand l’événement est passé.

El poblano est là pour m’aider dans l’organisation. Lui, on dirait que rien ne l’énerve. Il prend tout en riant. Mais mis à part lui, personne à Zorro ne fera quoi que ce soit pour m’appuyer vraiment. Jalousies, rivalités, vieilles rancœurs dont je fais les frais sans vraiment les comprendre. Je sens que certains seraient satisfaits de me voir me planter.

J’essaie de laisser de côté mes bêtes noires et de rester centrer sur l’essentiel. Je vais avoir devant moi un troupeau d’êtres humains. Je vais m’adresser à eux en tant qu’être humain pour leur dire des choses que je crois. Je ne comprends pas alors pourquoi mes mains tremblent juste à y penser.

Cette soirée est ma première responsabilité. La première fois que je m’adresserai publiquement à un groupe dans le cadre de mes nouvelles fonctions. De quoi ai-je peur ? Que mes bibittes prennent toutes la place. J’ai peur de bafouiller, de rougir, de perdre le souffle ; et que ce soit cela que les gens retiennent ; toutes des choses qui sont à peu près hors de mon contrôle. Mais qui au fond, ne sont pas très importantes.

Et je me sens ridicule. Le speech que je vais faire durera à peine 5 minutes. Mais je sais qu’une image se fait ou se défait en quelques secondes. D’un côté, j’aurais envie de répéter chaque virgule, chaque geste et chaque intonation. De l’autre, je me dis qu’il faut que je m’abandonne et que j’accepte l’idée que tout ne sera pas parfait. De cette façon, je serai moins désarçonné quand des imprévus apparaîtront.

Je me remémore tous les conseils que l’on m’a donnés. Me constituer une bulle de protection, voir les gens dans la salle comme s’ils étaient nus comme des vers, déplacer mon poids des talons aux orteils pour bien sentir le contact avec la solidité du sol. Prendre le temps d’établir un contact visuel, me concentrer sur ce que j’ai vraiment envie de dire et m’écouter parler, lentement.

Microphone
Microphone par hiddedevries, sur Flickr

Personne

- Tenir un blogue c’est narcissique, égocentrique. Tu te prends vraiment pour un autre !

Je suis celui à qui on peut se confier, celui sur qui on peut compter. Il paraît que c’est rare, quelqu’un qui sait écouter, de nos jours. Tout le monde autour de moi va mal. Ils font des burn-out, ils installent des crochets aux plafonds de leurs chambres pour se pendre. Ils boivent, ils gueulent, ils crachent sur les autres. Ils sont malheureux en amour. Ils n’ont pas d’amis. Leurs patrons ne reconnaissent pas leurs talents. Leurs voisins sont méchants. Ils sont malades. Leur évier est bouché. Ils en ont plein le cul. Et moi je suis comme une valise que l’on remplit, sans arrêt. Et ils ne se gênent pas pour se moquer : toi le beau Kevin, qui n’a jamais de problèmes, qui aime tout le monde, t’es tellement gentil que t’en es insignifiant.

- En tout cas, au moins j’suis sûr d’avoir un bon karma !

Moi aussi, parfois, ça ne va pas. (Ceux qui me lisent depuis un bout le savent.) Mais dans ces moments-là, je me retourne et il n’y a plus personne. Tout d’un coup. Personne.

Personne pour les câlins, pour les sourires moqueurs ou attendris. Personne pour me dire : allez, ça va aller, en m’obligeant à lever les yeux. Personne pour se taire et écouter mes mots maladroits. Personne pour passer des heures à boire du thé au jasmin à mes côtés. Parce que quand je les dis mes mots sont maladroits. Personne pour se taire en me tenant la main. Parce que je n’ai pas l’habitude de parler. Personne. Alors, j’écris un blogue. Je sais, c’est bancal, mais c’est toujours mieux que rien. Parce que parfois, la valise est pleine et qu’il n’y a personne.