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Billet avec le mot-clef ‘peur’

Le petit poucet

Les souvenirs sont charriés par le vent avec les parfums de l’automne. Ils se déposent en moi ou s’incarnent dans mon présent pour être rejoués devant mes yeux.

Elle est belle ma physiothérapeute avec son sourire gourmand. Sa chevelure est sombre, comme les cheveux de ma mère lorsque j’étais enfant. Mais aujourd’hui, je la sens absente, fatiguée. Je suis inquiet. Les douleurs sont disparues, les raideurs s’atténuent, mais sur les radiographies, l’os ne semble pas se recalcifier. Il est presque impossible de voir la différence entre la première et la dernière radio. Mon médecin, lui, s’en fout complètement. Comme il se fout de mes inquiétudes au sujet du changement de médicaments. Je ne sais plus vers qui me tourner. Je suis à la recherche d’un nouveau médecin. Poursuivre la lecture

À cause

Depuis que je me suis cassé le pied, je m’attends toujours au pire. Je sursaute quand le téléphone sonne ou quand j’entends la sirène d’une ambulance. J’ai peur. Je me répète pour me convaincre que l’on est sain et sauf, que jusqu’ici tout va bien. J’ai 540 CD4 et un pied sauf. J’en ai vu d’autres. J’ai peur de prendre les mauvaises décisions. J’ai peur de me tromper. J’ai dû dépenser près de deux mille dollars pour le déménagement. Pour des meubles qui fiteront dans la nouvelle chambre. J’ai peur d’avoir fait le mauvais choix. Je sais que la colocation peut virer en cauchemar. La colocataire, pour le moment, ne fait rien pour me rassurer. Elle n’a pas vraiment libéré d’espace dans les aires communes. Je déménage dans deux jours ! Elle a un côté hystérique qui ne présage rien de bon. Elle a énormément besoin d’attention. Poursuivre la lecture

Le goût de courir

J’ai commencé à courir pour conjurer la mort. Je me sentais couler. Je me noyais lentement dans le silence. Je lisais Guérir de David Servan-Schreiber. Il présentait la course à pied comme un antidépresseur aussi efficace que la médication, sans effets secondaires, mais aux bénéfices nombreux. À l’époque, j’avais un husky qui soupirait d’ennui dans le salon. Je vivais dans une ville morte perdue dans des champs de luzernes, de maïs et de soya. Seul, dans un couple qui s’étiolait. Poursuivre la lecture

L’héritage de la perte

Je me relève très lentement des attaques de ce virus qui m’a terrassé pendant plus d’une semaine. J’ai perdu du poids. Je suis épuisé. Je dors en lambeaux. Je fais des rêves coup-de-poing. Dans l’un d’eux, je revisite mon enfance. C’est un stationnement, du béton mur à mur, où je suis totalement seul. J’ai beau me déplacer d’un coin à un autre, je ne vois que du vide. Pas le moindre brin d’herbe. Il n’y a pas âme qui vive.

Au fil des années, le temps a aiguisé ma solitude. Elle m’est devenue refuge. Je l’ai peuplé de mes chimères et je n’y suis jamais seul. Je l’ai connue confortable et rassurante. Poursuivre la lecture

Les amours refusées

J’ai assisté au lancement du premier album de David Giguère avec El poblano. Il y a une semaine, j’ignorais tout de cet artiste. Cinq minutes avant d’arriver au National, je ne me souvenais même plus de son nom. « David comment, déjà ? ». Je ne l’oublierai plus. J’ai été complètement séduit. Par l’homme, sa présence sur scène, sa poésie inventive. Séduit par ses musiques qui ont soulevé la foule. Séduit aussi par la simplicité et la générosité de David Giguère et par l’amour féroce que l’on devinait entre lui, son band et les différents collaborateurs. Un sentiment qui débordait sur les spectateurs tassés dans le petit théâtre National. Poursuivre la lecture

Le trou noir

Dès que je vis un moment agréable, la peur de perdre surgit. Alors que je devrais être porté par la joie, je suis déjà envahi par mon désir de retenir ce moment. La peur panique de le perdre à jamais, mes scénarios catastrophes et la douleur anticipée me secouent. Chaque moment de plaisir fait grandir ma nuit.

Je traîne depuis longtemps le rêve d’une vie de couple. Ce rêve est né des premiers instants de complicité et d’abandon que j’ai vécus au début de la vingtaine. Ils ont été pour moi des révélations bouleversantes. Poursuivre la lecture

Le carrousel

Quand un garçon séronégatif rencontre un garçon séropositif, il traverse habituellement une phase que j’appelle l’ambivalence. Comme le chemin qui mène à l’illumination bouddhiste, elle peut durer 7 secondes comme 7 jours, 7 mois ou 7 000 ans. Il a envie d’aller plus loin dans la relation, mais ses peurs le retiennent. Il est partagé entre son désir et les rêves qu’il entrevoit et son envie de fuir. Une fois que les choses sont dites, que toutes les questions ont trouvé leur réponse, une fois en somme que le garçon séropositif a fait le bout de chemin qui est le sien, il ne lui reste plus qu’à attendre que l’autre se décide. Plonger ou pas. Magnétisme ou aversion. Poursuivre la lecture

Le disque qui saute

« … Endossez totalement la responsabilité de vos relations. Acceptez, ne serait-ce qu’un instant, l’entière responsabilité de la qualité et de la nature de la relation que vous vivez sans vous préoccuper de la part de responsabilité revenant à l’autre. Si, par certains côtés, la relation que vous partagez avec quelqu’un n’est pas entièrement satisfaisante, demandez-vous pourquoi vous l’avez créée ainsi. […] Qu’est-ce que cela vous apporte d’entretenir autour de vous un climat de malheur ? (Tout ce que nous faisons nous apporte quelque chose, sinon nous ne le ferions pas.)… » Poursuivre la lecture