Long jour
La perspective d’avoir bientôt plus d’heures de liberté me motive à courir davantage. J’ai augmenté les temps, je fais des sorties de huit kilomètres plus régulièrement, en tentant de varier les parcours et les surfaces. Je suis assez fidèlement le programme qui devrait me mener au demi-marathon, à la fin de l’été. Aujourd’hui, j’ai pris le nouveau sentier de gravier qui traverse désormais le centre du parc Maisonneuve. Le ciel changeant et les arbres en fleur capturent et retiennent mon attention. Mon corps court tout seul comme un cheval sûr et fidèle, pendant que mon esprit plane au-dessus du parc.
Mais lorsque les longues sorties sont suivies d’une journée de travail, la fatigue m’attend dans le détour. Depuis plusieurs jours, je suis secoué par des extrasystoles, une fantaisie du cœur causée par une défaillance électrique de la quincaillerie cardiaque. Les oreillettes ou les ventricules sautent un battement, de temps à autre. Le médecin me dit que c’est un problème bénin et commun et il m’interdit le café. Mais j’ai l’impression que chaque sursaut du cœur est une brèche par laquelle s’échappe mon énergie.
Curieusement, quand je suis presque au bout de la fatigue, je n’ai pas envie d’aller dormir. Je me sens plus fragile. Je cherche à me rassurer. Des fringales se réveillent. J’ai soudainement l’idée de tout ranger. Je colle à la lumière de l’écran du MacBook, comme un papillon de nuit. Il me faut un livre, du papier ou de la musique pour capturer mon esprit et l’occuper le temps que mon corps s’apprivoise à la nuit, retrouve sa propre chaleur entre les draps et manifeste en s’étirant son désir de s’abandonner.






