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Billet avec le mot-clef ‘plaisir’

Les possibles

Le chômage, ça peut être déprimant. Heureusement, il y a ce printemps incongru. L’hiver devrait pourtant nous réserver encore quelques tempêtes de neige avant de rouler sur ces derniers miles. 23 °C, au moment où j’écris ces lignes, le mercure fracasse des records de températures à Montréal. (Le précédent record était de 18,6 °C le 23 mars 1979.) Outre la météo, je savoure quelques victoires. Mes CD4, trop peu nombreux, se montrent néanmoins vaillants. Poursuivre la lecture

Tofu pour néophyte

Économique, riche en protéines, pauvre en gras, le tofu a tout pour plaire. Il demeure pourtant un mal aimé. Peut-être parce qu’il reste méconnu. Ou parce qu’il est présenté par des nutritionnistes au discours un brin moralisateur (en compagnie du brocoli). Pourtant le tofu peut se métamorphoser en repas cochons ou en plats fins, il peut se révéler étonnant ou réconfortant, rassasiant ou totalement addictif. Et, avantage non négligeable pour les gens pressés et les cancres de la cuisine (dont je suis), il est facile à cuisiner ! Poursuivre la lecture

Jour 2

Depuis que le cours de 10 jours est commencé, nous vivons comme des détenus. La routine m’assomme, mais n’arrive pas à calmer cette révolte sourde. Depuis deux jours, j’essaie de me concentrer sur ma respiration. C’est un combat perpétuel et inégal. Mon esprit dispose de ressources insoupçonnées. Les chants qui ponctuent les méditations m’irritent royalement. Je ne vois pas l’intérêt de ce rituel pour des Occidentaux. Et cette voix gutturale, toujours à côté de la note m’horripile. Les discours du soir sont interminables et décousus. Poursuivre la lecture

Je ne m’appelle pas Kevin Zaak

Au point de départ, il y eut un élan. Un mouvement qui ne s’encombrait pas de chronologie ou de véracité. Un appel d’air. « Je me sens comme un volcan. J’ai peur des contrecoups d’un séisme. » Puis, le premier souffle passé, j’ai eu un vertige, un vertige plus qu’une angoisse, devant une plage de pixels blancs. Je me suis raccroché au récit du quotidien. Et je me suis amusé à en tricoter les mailles des évènements. J’en ai fait un foulard qui me garderait au chaud, pour toujours, enfin, c’est ce que j’espérais. Même les jours où le tricot m’ennuyait, je m’y agrippais. Poursuivre la lecture

Rouge burger

J’ai beaucoup aimé Les carnivores infidèles de Catherine Lefebvre, mais les burgers m’ont laissé sur ma faim. Le burger végétarien à base de betterave du Cou Rouge sur Amherst m’avait intrigué. Je ne pouvais y goûter parce qu’ils y mettent des noix et que j’y suis allergique. Mais j’ai trouvé sur le net une recette que j’ai modifiée en ajoutant plusieurs assaisonnements proposés par Catherine Lefebre.

Le résultat est épatant. Rouge rosé et tendre à l’intérieur, doré et croustillant à l’extérieur, ces burgers n’ont rien à envier au boeuf de l’Ouest. La cuisson est simplement plus délicate, comme pour la plupart des burgers végétariens. Obtenir la texture parfaite est un art et souvent les boulettes se tiennent mal. Il paraît que la texture est plus réussie si on hache les betteraves à la main. Pour ma part, j’ai utilisé le robot. Le goût vaut amplement le travail et la longue liste d’ingrédient !

Burger de betterave (environ 6 portions)

  • 1/2 à 1 tasse de riz brun (pour le croustillant)
  • 1 oignon, haché finement (saveur)
  • 3 grosses betteraves, hachées finement (couleur et saveur)
  • 1 boîte de haricot noir rincé (protéine)
  • 3-4 gousses d’ail, émincé
  • 2 cuillerées à table de vinaigre de riz et le jus d’un demi-citron
  • 1 cuillerée à table d’huile d’olive
  • 1/4 tasse de prunes séchées, réhydratées et hachées
  • 1/2 tasse de champignons shiitake, séchés, réhydratés et hachés
  • 1 poivron chipotle finement haché
  • 2 œufs (pour la tenue)
  • Farine de blé entier et/ou chapelure
  • quelques gouttes de fumée liquide
  • Moutarde de Dijon (au goût)
  • Poivre noir, poudre d’ail, cumin
  • sel et poivre

Tranches de Monterrey Jack (au goût)

Pendant que le riz termine sa cuisson, préparez les ingrédients et faites revenir l’oignon et les betteraves à feux doux. Mêlez les ingrédients en ajustant la texture en ajoutant de la farine (de la chapelure ou du gruau). Assaisonnez au goût. Confectionnez les boulettes en trempant vos mains dans l’eau froide pour faciliter la manipulation. Cuire à feu moyen vif environ 2 minutes de chaque côté, jusqu’à ce que les boulettes soient dorées. Si vous désirez ajouter du fromage, faites-le au dernier moment de la cuisson. Servir sur des petits pains avec tomates, laitue, ketchup, etc. Les boulettes se conservent bien au réfrigérateur, au congélateur. Elles sont même délicieuses froides.


Photographie : Emma Christensen pour The Kitchn

Le Grand Splash

J’ai sauté sur un bixi alors que le soleil s’élevait tout juste au-dessus des toits. À sept heures le matin, à la mi-juillet, les rues de Montréal sont relativement calmes. La rue Rachel était presque déserte. Le vert du parc Lafontaine chatoyait sous le soleil oblique. J’ai filé de la rue Cherrier à la côte Berri. J’ai déposé mon bixi dans le vieux port, à l’ombre de la Chapelle Notre-Dame de bons secours qui, de ses deux bras levés, incite les marins à la tempérance.

À l’entrée du quai Jacques Cartier, deux bénévoles accueillaient les baigneurs. J’ai signé la décharge, où je m’engageais à ne pas poursuivre le comité responsable du Grand Splash en cas de blessures ou de mort (!). Je suis descendu sur le quai de bois, derrière un caméraman et un technicien de son. Entre les gigantesques structures de béton, le fleuve était lisse comme un miroir ondoyant. À mon arrivée, presque au bout du quai de bois, il y avait plus de journalistes que de baigneurs. Puis, petit à petit, les baigneurs ont augmenté en nombre. Des jeunes, des vieux, environ une cinquantaine, il y avait même une délégation de Québec. Tous avaient des allures d’enfants rieurs après avoir enfilé les énormes gilets de sauvetage.

Le saut dans le fleuve devait se faire à huit heures piles, mais pour que le splash s’entende en direct à la radio de Radio-Canada, le compte à rebours a été devancé pour 7 h 50. Pieds nus sur le quai, j’étais dans la première vague de baigneurs qui devaient sauter à l’eau au signal. L’eau était bonne, autour de 20 degrés Celsius. Je me suis éloigné du quai en nageant lentement, une seconde vague de baigneurs sautait à son tour. Les gilets de sauvetage, qui étaient obligatoires, n’étaient pas très commodes pour nager. Malgré l’eau très claire, on n’apercevait pas le fond, que d’immenses sourires sur toutes les têtes. Perchés sur les quais, des journalistes nous mitraillaient de photos. C’est un mal nécessaire, le but de l’évènement est de faire parler de l’accès au fleuve. Alors tout le monde a joué le jeu en hurlant, en riant et en battant des jambes pour soulever des geysers. Le comité Montréal Baignade revendique la mise en place d’infrastructures facilitant l’accès à la baignade aux pourtours de l’île de Montréal. Le Grand Splash vise également à sensibiliser les Montréalais à la qualité de l’eau de leur fleuve ainsi qu’à l’importance de la protéger.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’eau du Saint-Laurent dans le Vieux-Port est d’excellente qualité. Mis en place dans les années 80, le programme d’assainissement des eaux usées du Québec a grandement amélioré la qualité de l’eau du fleuve. À plusieurs endroits, la qualité bactériologique de l’eau est suffisante pour permettre la baignade. Quand les photos ont été terminées, le calme est revenu. On s’est laissé flotter mollement dans l’eau claire, en bavardant, avec en arrière plan, la vieille ville et les tours du centre-ville baignées de soleil. Un moment à la fois reposant et revigorant. J’étais content d’y être et de flotter dans ses eaux réservées aux bateaux depuis une cinquantaine d’années, des eaux qui ont porté les premiers explorateurs et où nagent les derniers bélugas.

Angel

Un album photo du Grand Splash 2011, sur The Gazette (Je suis derrière le gars asiatique, le maillot à carreaux noirs et blancs).

Une baignade pour s’approprier le Saint-Laurent, TVA Nouvelles

Les flocons

Les bonheurs ont la fragilité des flocons de neige. Il n’existe que dans le présent. Lorsqu’ils se posent sur une main, sur le bout d’une langue ou sur la joue, ils n’y laissent qu’une larme. C’est tout un apprentissage que d’arriver à goûter les plaisir éphémères. Au moment où l’on croit que la neige restera là pour toujours, un temps plus doux arrive sur la pointe des pieds et s’installe sur la ville. Et tout se met à fondre.

Jusqu’à la veille de ma démission, je ne savais pas si je prenais la bonne décision. J’ai dormi d’un sommeil agité. La tension était telle qu’il fallait que j’agisse. Il fallait trancher. Et annoncer mon départ, au directeur, aux autres coordonnateurs, à l’équipe complète. Ces journées m’ont complètement lessivé. Mais le tout s’est relativement bien passé. Et une quasi-certitude s’est installée en moi : la décision que j’ai prise était la meilleure, pour moi, en ce moment de ma vie. Une paix que je goûte avant qu’elle ne s’évanouisse.

Cette demi-saison, toute de glace et d’eau, est le pire moment de l’année pour courir. Mais le demi-marathon d’Ottawa approche. Je ne démords pas de mon programme d’entraînement. Les distances s’allongent au même rythme que les jours. Je m’étire méticuleusement. Je me drogue aux endorphines et je laisse mon corps s’abandonner aux nuits solitaires, entre plume et flanelle. Aujourd’hui, j’ai couru sur le Mont Royal dans des conditions épouvantables, glace vive et glace concassée. Mais le bagel grillé qui a suivi s’approchait du sublime. Et le soleil qui chauffait l’Avenue était d’une sensualité indécente.

L’homme de la lune me laisse parfois l’approcher. Je l’apprivoise à dose homéopathique. Il a les mêmes défauts de vieux garçon que moi. (Je pense que les siens sont pires, mais bon…) J’apprends ainsi l’autonomie et l’indépendance. Je ne sais jamais d’une fois à l’autre si je fais le revoir. Je m’en accommode, pour le moment. J’apprécie la solitude, ces jours-ci.

La seule façon de goûter la beauté d’un flocon de neige est de ne jamais oublier sa nature éphémère. Rejeter les liens et les attaches. Ils naissent en amont des orages, secoués des combats et des colères des vents et du ciel. Ils arrivent par myriade sans être invités, sans être attendus. Ils transforment les ciels nocturnes en fêtes grandioses, mais éphémères. Et couvrent le monde d’un blanc total et définitif. Mais dès le retour du soleil printanier, ils disparaissent, avalés par la terre.

Je lis : Les carnivores infidèles, 60 recettes végés pour tromper votre boucher, de Catherine Lefebvre. De l’humour et des photos alléchantes, une cuisine accessible qui a du caractère. Brillant ! C’est le livre de recettes que je cherche depuis des mois. Je vous en reparle dès que j’aurai testé les recettes. (Photographie d’Albert Elbilia)

J’écoute : Bliss, They Made History. Et je voyage, immobile.

Endorphine

Je suis en manque d’endorphine. Ce plaisir si particulier, cette chaleur qui court dans le corps longtemps après l’entraînement. Depuis Noël, et pour toutes sortes de raisons, j’ai cessé de m’entraîner.

Je réalise que c’est vraiment ce qui a l’impact le plus important sur mon humeur. Depuis que je ne fréquente plus le centre sportif, j’ai un fond de stress qui ne me quitte pas. Je n’ai pas envie d’aller dormir le soir et je me réveille la plupart du temps tendu et fatigué. La méditation, les relaxations guidées, la luminothérapie ne suffisent pas.

Lorsque je m’entraîne, rien que le fait de m’allonger devient un moment de pur bonheur. Le soir, je m’endors comme un bébé. Au matin, je me sens tellement détendu que je dois m’arracher du lit. Le plaisir de manger grandit également. Je ressens physiquement la faim et la satiété. En fait, c’est tout le corps qui s’éveille et devient plus vivant. La détente qui persiste aiguise tous les sens. Et après quelque temps, une espèce de confiance ou de sentiment de force s’installe. Une assurance qui balaie les idées noires, les peurs et la tristesse. Bien sûr, il y a les courbatures du début, mais même celle-ci se transforme rapidement de plaisirs vaguement masochistes en bien-être durable. J’ai toujours tendance à tomber dans l’excès. Survient alors le danger des blessures. Mais j’apprends la modération.

Bref, je retourne au Centre Sportif cet après-midi.

Full of sun
Full of sun par escribium, sur Flickr

Les hormones du bonheur en 500 mots : Ces hormones qui procurent du bonheur, Métro Montréal