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Billet avec le mot-clef ‘projet’

Partir

Les jours rallongent imperceptiblement. J’ai l’impression que mes semaines s’étirent également. Le temps est long. Et l’hiver ne fait que commencer. Je suis témoin des contretemps et des problèmes qui s’accumulent, dans le projet pour lequel je n’ai pas été engagé. Ma nouvelle collègue de bureau devrait être l’une de celles qui partiront sur le bateau, pour parcourir le monde. Le chef de mission a l’air d’avoir un ego aussi démesuré que celui du directeur de Zorro & Co. Les tensions sont à leur maximum entre lui et mes patrons. Le bateau est toujours en cale sèche. Les problèmes ont l’air tellement inextricables que je pense que, finalement, c’est une chance de ne pas avoir été choisi. Le projet sur lequel je travaille pour les prochaines semaines est intéressant, mais pas follement stimulant. Mon esprit s’envole régulièrement pour aller planer entre les couches de nuages du ciel d’hiver. Poursuivre la lecture

Le bunker

Il y a neuf ans, tonnait le 11 septembre. Désormais, personne ne serait plus à l’abri. Écroulées, les illusions, les certitudes. En cendres, les velléités d’éternité. La paix n’existait pas. Pour la fin de l’été, j’ai voulu voir la mer. J’en ferai des jolies phrases un jour. Pour le moment, j’en ressasse les mauvais souvenirs. Ça n’a pas été là-bas.

Et je suis fatigué de lutter. Je n’ai jamais eu de talent pour la vie sociale. J’ai pourtant fait des efforts, j’ai posé des gestes. J’ai patienté, j’ai tendu des perches, je me suis remis en question. Adolescent, j’ai traversé des années horribles à l’abri d’un bunker d’encre et de papier. La bibliothèque est devenue mon seul refuge. J’en ai assez de me battre. Je renonce. Je retourne au bunker.

Il avait dit tant de fois qu’il se sentait amoureux. J’ai vécu tout le contraire. Je n’étais pas celui qu’il cherchait et je l’ai payé cher. J’ai encaissé la haine et l’indifférence cachées dans les gestes, pris dans des jeux de pouvoir, voilés de mots rationnels et de bon sens. Je croyais être plus solide. Je m’en veux de ne pas avoir vu les signes, de ne pas avoir écouté mes doutes qui étaient là, évidents, dès les premiers instants. Je voulais voir la mer. Je suis revenu démoli, plus seul qu’avant. Je me sentais repoussant, idiot, incapable.

Le demi-marathon derrière moi. Mon projet de voyage prend l’eau. C’était un peu irréaliste de compter sur la bonté des gens, sur le bouche-à-oreille et sur les réseaux d’amis. New York est une ville monstrueusement gigantesque et je n’ai pas réussi à en trouver la clef. Je suis sur le point d’abandonner. J’ai pensé peut-être me tourner vers Toronto. Mais je n’ai plus envie de refaire toutes ces démarches. Et pourquoi partir alors que je n’aurai même pas d’emploi à mon retour ?

Tombés les projets, je retourne dans mon bunker. Travailler pour payer le loyer, manger, dormir et lire. Je vais courir parce que c’est un facteur d’équilibre qui m’empêche de sombrer. Je vais courir comme on promène un chien. Sinon, je dévore des livres jusqu’à ce que la tête élance. Quelques hublots pointant sur le monde : la radio qui babille, les soliloques de Twitter et de Facebook. Il y a les grands arbres du parc qui regardent passer les saisons, impassibles. Ils me servent de repères, de bouées lumineuses dans cette tempête qui présage celles de l’automne.

Ground Zero, New York City. October 26, 2001.
Ground Zero, New York City. 26 octobre 2001. par Rob Sheridan, sur Flickr

Le repaire

Tout au bout du champ sur la ligne d’horizon, commençait la forêt. Les premiers arbres marquaient la limite de mon territoire d’enfant. Avec les kids du voisinage, on s’était fait un camp de base dans un énorme buisson avec des passages et des espaces fermés d’où l’on pouvait observer les alentours. On y trouvait deux grosses pierres pour s’asseoir et une cachette pour les trésors. C’était un repaire, un lieu de rendez-vous, le point de départ des piques-niques et de toutes les aventures. Une façon d’apprivoiser l’espace et d’apprendre à se faire une place dans le monde.

Je voudrais que ce blogue soit un repaire en son genre. Chaque jour, il est ma porte d’entrée sur l’univers virtuel. Je suis en train de me familiariser avec le visuel. Il me reste pas mal de travail à faire dans le code. Je ne me souvenais plus à quel point ça pouvait parfois être compliqué. La bannière actuelle n’est pas au point, elle manque d’équilibre. Sur chaque page, il y a encore plein de trucs à franciser et à fignoler. Les blocs de la colonne de droite tourneront du noir au gris ardoise. Le premier billet (featured note) sera mis en évidence dans le haut de la page d’accueil et ce texte occupera toute la largeur. Les billets suivants resteront comme ils le sont, sur deux colonnes, ce qui enlèvera un peu d’importance à l’ordre chronologique. Malgré les erreurs, les défauts et les maladresses, je suis content et plutôt excité, parce que c’est moi qui ai arrangé le décor.

Je voudrais consigner dans mon repaire des traces des saisons qui passent, l’odeur du gazon frais coupé et celle de la neige, le chuchotement du vent dans les pins et le ronronnement de la ville. Je veux y coucher mes états d’âme, mais aussi y échafauder des idées. J’y mettrai même des recettes de cuisine végétarienne. Si vous en avez envie, sortez les couvertures et imaginez-vous autour d’un feu de camp en écoutant la femme en or qui chante dans la troisième boîte de la colonne de gauche. Vous êtes toujours les bienvenus pour exprimer vos réactions, vos désaccords, vos impressions ou vos interprétations. Je vais travailler à améliorer la page Liens qui présente ma blogosphère. J’y noterai, quant à moi, des dialogues et peut-être même des histoires. Je suis paresseux, je me complais dans l’autofiction sans oser m’extirper des ornières confortables de ma propre vie. J’ai peur de me casser la figure si je sors de mes sentiers battus, mais je veux que cette face cachée soit le lieu de toutes les expériences.