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Billet avec le mot-clef ‘relation’

Quelques pas de salsa

Dans un premier temps, la colère. Il m’a téléphoné au bureau. J’étais pressé. À travers la cacophonie, j’avais du mal à l’entendre. Le sourire dans la voix, il m’invitait à passer la soirée chez lui. Il s’occuperait du souper, mais il fallait qu’il se lève tôt le lendemain matin. Il ne m’avait pas donné de nouvelles de la semaine. J’en avais fait mon deuil. Toute la soirée, il se montre charmant. Je le trouve craquant. Il le sent. Puis vers la fin de la soirée, il change de visage et m’annonce qu’il veut dormir seul. Je regarde mon sac à dos qui déborde et que j’ai posé dans son entrée. Poursuivre la lecture

Le trou noir

Dès que je vis un moment agréable, la peur de perdre surgit. Alors que je devrais être porté par la joie, je suis déjà envahi par mon désir de retenir ce moment. La peur panique de le perdre à jamais, mes scénarios catastrophes et la douleur anticipée me secouent. Chaque moment de plaisir fait grandir ma nuit.

Je traîne depuis longtemps le rêve d’une vie de couple. Ce rêve est né des premiers instants de complicité et d’abandon que j’ai vécus au début de la vingtaine. Ils ont été pour moi des révélations bouleversantes. Poursuivre la lecture

Le carrousel

Quand un garçon séronégatif rencontre un garçon séropositif, il traverse habituellement une phase que j’appelle l’ambivalence. Comme le chemin qui mène à l’illumination bouddhiste, elle peut durer 7 secondes comme 7 jours, 7 mois ou 7 000 ans. Il a envie d’aller plus loin dans la relation, mais ses peurs le retiennent. Il est partagé entre son désir et les rêves qu’il entrevoit et son envie de fuir. Une fois que les choses sont dites, que toutes les questions ont trouvé leur réponse, une fois en somme que le garçon séropositif a fait le bout de chemin qui est le sien, il ne lui reste plus qu’à attendre que l’autre se décide. Plonger ou pas. Magnétisme ou aversion. Poursuivre la lecture

Le vide

Le vide. Je fais des pieds et des mains pour le combler, le masquer, l’oublier, même momentanément. Peut-être devrais-je simplement l’embrasser. Peut-être retrouverais-je ainsi l’énergie pour m’attaquer à tous ces obstacles qui s’accumulent devant moi. Qui sait ? Immédiatement après avoir relancé M. Right, je l’ai regretté. Je me suis mis à compter les heures en attendant frénétiquement une réponse et en me répétant qu’il n’y en aurait probablement pas. Je nageais alors en eaux connues. Je suis à l’aise, confortable, dans le rôle de celui qui attend.

Pour me distraire, je ne choisis que des histoires impossibles : David à New York (8 heures de train) ou le Minotaure (et son chum fantôme). J’imagine que j’ai pressenti l’inaccessibilité de l’homme de la lune. Sinon je n’aurais jamais laissé cette histoire perdurer. Je meuble le vide qui me fait peur, sans mettre en péril mon fragile équilibre. Tous les obstacles sont bons. Pourvu que les chances d’avoir à me dévoiler demeurent les plus minces possible. Qui ne risque rien n’a rien. No risk, no reward. Alors je reste les mains vides. Me limiter au rêve, c’est la stratégie que j’ai adoptée. Les rêveurs sont toujours sympathiques.

Du coin de l’œil, je regarde en rêvant la dérive de ma vie. L’été qui glisse vers sa fin à une vitesse lente et vertigineuse. J’accumule les kilomètres, au fil des semaines. Je découvre de nouveaux muscles à travers de nouvelles douleurs. Mais la course demeure le domaine où je goûte à la réussite. J’épuise méthodiquement mes recours contre mes voisins. Je me bats avec les puces dans l’appartement. Il en reste toujours quelques-unes qui réapparaissent à chaque fois où je pense en être venu à bout. Ma vie n’a rien de reluisant et je n’ai pas très envie que qui que ce soit y mette le nez. Je m’entoure d’un brouillard de mystère. Je fais ça depuis l’enfance, une carapace de brume. C’est toujours plus facile de briller au milieu de la brume.

Peut-être devrais-je simplement embrasser le vide. C’est ce que je me disais quand M. Right a levé la main en disant : « présent ». J’avoue que je suis un peu désarçonné. Il va falloir que je balaie un peu la brume devant moi. Je sens un fond d’inquiétude qui bourdonne. Et si… on n’avait plus rien à se dire ? J’essaie de me convaincre qu’il aura sûrement un empêchement de dernière minute. Mais ça ne tient pas la route. Il a vraiment l’air de vouloir que la rencontre ait lieu, et on dirait que c’est justement ce qui m’inquiète. Dans quoi est-ce que je me suis embarqué ? Parfois, j’agis sans réfléchir, et c’est toujours à ce moment-là que je fais les meilleurs moves.

Tôt le matin

Gueule de bois

El poblano ne me croit pas quand je dis que je n’ai pas d’attentes. Il a raison, c’est plus fort que moi. Aux moindres stimuli, la machine à rêver se remet en branle. Je regarde tout ce qui se présente à moi avec mes lunettes roses. Et ça fait d’autant plus mal quand la réalité n’est pas à la hauteur et que je la reçois en plein visage. J’agis ainsi par habitude pour combler le vide de ma vie et masquer ma peur des lendemains.

La vérité c’est qu’El poblano n’est pas mon meilleur ami. Ce n’est qu’un début d’amitié fragile, timide et maladroit. Le Minotaure, lui, ne sera jamais un ami. (Il faut que je sois d’une connerie totale pour avoir imaginé que l’on serait des amis, parce que moi je le trouve drôle, allumé, brillant. Lui ne me trouve aucune qualité, à part celle d’être baisable.) Et l’homme de la lune ne sera jamais dans ma vie plus que ce qu’il est déjà, c’est-à-dire une ombre, une place vide. Et jamais il ne tombera amoureux de moi. En fait, ils sont tous les deux la matérialisation de ce que je pense que je mérite, de l’image de moi-même qui tourne en rond dans ma tête.

Je veux voir la réalité en face. La recevoir en plein front les yeux fermés fait trop mal. Ça me tue, chaque fois. Mais garder les yeux ouverts est un travail de longue haleine, toujours à refaire. Arracher les rêves dès qu’ils sortent de terre. Désherber régulièrement mon jardin pour remettre le sol à nu. Contempler le vide et accepter que c’est peut-être tout ce qu’il y aura ici, sur ce terrain stérile. Je n’ai pas de talent pour les relations interpersonnelles. J’ai franchi le cap de la quarantaine. Même si j’ai de grandes qualités, je ne les jette qu’aux cochons ou je les garde soigneusement cachées. Et j’érige sans cesse des barrières pour me protéger de la vie.

La seule issue qu’il me reste est de me coller au présent, de le garder constamment dans mon champ visuel. De ne pas imaginer plus loin, de ne pas trancher à l’avance si les choses sont bonnes ou mauvaises. Accepter l’inconnu et l’imprévisibilité de la vie. Accepter que je n’ai pas le contrôle sur tout, que je ne peux agir que sur ce qui est de mon ressort. Désherber mon jardin, jour après jour. Levez les yeux vers le ciel quand le soleil passe. Le reste ne m’appartient pas. L’avenir ne m’appartient pas. Tout ce que j’ai entre les mains c’est des morceaux de présent. À moi de les apprivoiser, tout en prenant soin de ma peur et de ma douleur.

la tulipe

Vulnérable

Je me tais pour laisser la place à une présentation trouvée au hasard de mes pérégrinations sur la Toile. Il s’agit de Brené Brown, travailleuse sociale américaine, qui s’est intéressée à la vulnérabilité. Selon elle, notre sentiment d’incompétence, la honte ou la mauvaise estime de soi, souvent transmises de génération en génération, nous empêche de faire ce qu’il faut pour réellement entrer en relation avec ceux qui nous entourent. Ce sentiment d’être relié aux autres est pourtant ce qui donne un sens à notre vie. Mais vivre ce sentiment n’est pas nécessairement facile. La seule façon d’arriver à une connexion réelle avec autrui est d’accepter de se montrer tel que l’on est, imparfait et vulnérable.

C’est que je voudrais vous souhaiter, chers lecteurs, pour les fêtes à venir. Je vous souhaite l’envie et la force de vous raconter tel que vous êtes vraiment. Je vous souhaite le courage de tendre la main, de sourire ou de pleurer sans masques, de dire « je t’aime » avant l’autre, de prendre des risques sans aucune garantie de résultat si vous sentez que c’est la chose à faire. Je vous souhaites la sagesse ou la folie de vous montrer vulnérable.


La présentation est en anglais. Des sous-titres en français réalisés par des traducteurs bénévoles devraient être disponibles sous peu. Ordinary courage, le blogue de Brené Brown

Not that bad

I’m not the most sociable guy in town. I’ve never been good with P.R. For me it’s work. It always needs an effort. Nonetheless that fact, in only one month, I made contacts and initiated relationships in this gigantic city where is not the easiest thing to do.

First, I met Peter. He is curious, wise and really sweet. He has a job that passionate me: editor for a publishing Company. After a drink at Vlada Happy Hours and a dinner, we met for a concert on lunch hour. Before his thirties, he just bought his first apartment, far uptown Manhattan, in a block of Washington Heights. We passed a Sunday together painting the living room, the biggest room of the place (chocolate brown and beige). And by the end of the day, we had a picnic on the floor with the best pizza I never had. The Latino girls made the dough in front of us in a small shop near his new place. I hope to see him again for Thanksgiving. He didn’t plan to see his family.

I met Rob and his Boyfriend, on Saturday night at The Eagle. And then, David: shy manner, devastating smile, expressive blue eyes. He is gentle and attentive and intense at the same time. I don’t know what I would do if I met a guy like him in Montreal. Maybe it’s easy to be the perfect guy in a holiday story. On Wednesday, we planned to pass the evening, the night and the brunch together (written with a crazy smile).

Once a month, David is DJ at the big Apple Ranch, a country-dance club. So, I left my shyness at the doors and arrived just in time for the lesson hour. I learned the two steps basis, the Barn Dance and the CC Shuffles. I danced with at least 23 cowboys (only one had a hat). And I met Jimmy, a landscape architect who works on a very interesting community garden project in Brooklyn. If we find time in the next days, he supposed to show me the garden.

All night, I didn’t stop to apologize for my bad English and for being a bad dancer. The answers I received were always the same: your English is better than my French. Some braves men tried a few word in French and that was horrible. And when I looked on the dance floor, I saw many new dancers as bad as I was. Some were even worse than me. I smiled, thinking: Well, in English like in country-dance, maybe I’m not that bad. I have to remember that I am the one who make the effort to speak a second language. And I realize that’s a big contract. Languages is more than a sum of words, it’s a culture, a colors, a way of thinking.

Time flies. Less than one week before I leave NYC. Without the frame of the school and my roommate leaved, I feel stressed and uncomfortable. But until now, everything has been well. I’m well organized and resourceful. The living is cheaper than I thought. With the money I saved, I paid myself a good ticket for my first musical on Broadway: Wicked. I’m working on the lyrics these days. I’m really excited. The show is on Saturday.

Buckle
Buckle by brutalSF, on Flickr

(written without Google Translate, corrections are welcome.)

Le royaume du vide

Jamais deux sans trois, dit-on. J’ai revu le Minotaure. Il n’a eu besoin que de compliments mielleux et d’excuses répétées pour que je passe l’éponge et que j’accepte de le revoir. Il a dormi toute une nuit entre mes draps de flanelle, avant que je les change pour des draps de coton. Sans ses verres de contact, il devient un peu aveugle. J’avais l’impression qu’il était à ma merci.

Le Minotaure porte bien son nom. Il a véritablement quelque chose de bovin. Il me fait penser au bétail qui regarde passer les trains, dans une totale indifférence. Moi je suis dans le train, le nez collé à la vitre qui s’embue, les yeux qui voudraient s’accrocher au paysage. Je ne sais pas vers quoi le train fonce en tremblant. J’espère juste que c’est un pays tempéré où il y a des rires, de la musique et des câlins.

Il a passé la nuit chez moi. Il est bien sûr arrivé plusieurs heures en retard. À minuit, je fulminais. J’avais décidé de couper tous les ponts avec lui. Et c’est à ce moment qu’il m’a téléphoné. Il était en vélo, perdu, et cherchait mon appartement. Puis le lendemain, il s’est sauvé après que l’on ait déjeuné rapidement dans le delicatessen d’à côté. C’est un amant efficace, sensuel, brûlant. Il est drôle et brillant. J’aime discuter avec lui. J’aimerais qu’il soit plus attentionné. Après la nuit chez moi, il est allé rejoindre ses copains et son conjoint, un vieil avocat avec qui il part en Italie dans les prochaines semaines.

En fin d’après-midi le Cow-Boy m’a proposé de l’accompagner, lui et des amis, au 5@7 du Paradisio. Mais je ne crois pas que c’est le meilleur endroit pour panser mon sentiment de vide. Ça pourrait même l’aggraver. J’ai bien connu cet univers de l’intérieur. Je sais qu’il est composé d’êtres humains qui courent et courent en quête de l’amour et du bonheur idéalisé proposé par la société de consommation. Et j’entre facilement dans la course. Ça me vient tout seul. Je deviens à la fois l’une des marchandises offertes aux regards et l’un des clients pointilleux. Aujourd’hui, il a fait un temps magnifique, le soleil s’exhibait, généreux. Le fond de l’air restait frais cependant. Et j’ai pris plaisir à me serrer dans un lainage en marchant dans l’arboretum. Mais je suis certain qu’au Paradisio, les hommes vont célébrer l’été. Ce sera le festival de la peau nue, uniformément bronzée, et du muscle gonflé, comme si l’on vivait une terrible canicule. Mais la chaleur humaine ne sera pas au rendez-vous. Que des solitudes entassées, jusqu’à la promiscuité, un jeu des apparences où la moindre irrégularité ne pardonne pas. Que des rires de façade, des médisances, des vantardises. Parfois, les humains me déçoivent. Ce soir, je ne me sens pas la force d’affronter le royaume du vide.