Skip to content

Billet avec le mot-clef ‘rencontre’

Célibataire

Je crois que c’est la toute première fois. La toute première fois que je le ressens ce sentiment que ma vie est bien comme elle est, en ce moment, en étant célibataire. Si je mets bout à bout toutes mes périodes de célibat, j’obtiens presque une dizaine d’années. Avec le recul, ça peut sembler ridicule, mais pendant toutes ce temps, j’ai eu l’impression que ma vie était un échec. Qu’elle ne pouvait être réussie qu’en vivant avec quelqu’un. Que le célibat était la preuve tangible que je ne valais rien. Il me fallait quelqu’un à mes côtés pour me justifier d’exister.

Qu’est-ce qui a changé ? Je ne sais pas trop. Je me sens plus solide, je me connais mieux. J’ai vécu toutes sortes d’expériences où j’ai découvert des passions et je me suis mis à croire en un avenir. Je sais que je n’ai besoin de personne pour me faire une vie qui a de l’allure

C’est la Loi de Murphy, ou celle de l’attraction universelle. J’ai beau être pas rasé, avoir les cheveux trop longs, quelques livres en trop, m’habiller tout croche, on dirait qu’en ce moment, j’agis comme un aimant pour certains hommes. Ils me placent immédiatement sur un piédestal.

Il y en a un comme ça qui me raconte que mon visage est pure lumière (rien de moins !). Et il dit qu’il veut construire quelque chose avec moi. Après deux rencontres, je trouve ça un peu vite en affaire. « Construire » ? J’imagine le chantier, la poussière, les grues. J’ai eu tant de mal à construire ma propre vie. Trois fois, elle s’est effondrée. Trois fois, j’ai tout repris à zéro, avec chaque fois plus d’habiletés, de précisions, d’expérience. J’ai mis les rêves de vie de couple et d’amour passionnel de côté pour enfin réussir à me bâtir une vie solide. Et j’y suis presque. Le mot « presque » est important. Je suis conscient de la fragilité de tout ça. Et c’est pour ça que le chantier, la poussière et les grues ne me disent rien qui vaille. Je suis bien tout seul.

Avril

J’ai un cœur de papier. Heureusement que la vie garde toujours des printemps en réserve. Pour reprendre le fil de l’histoire, je voulais partir sur un nowhere. Tant bien que mal, j’ai bâillonné ma tête et mon ego et je me suis lancé dans le vide. Chasser, même pour un temps, les plans, les attentes, les inquiétudes a parfois la puissance d’un sortilège. Tout cet espace libéré attend désormais pour s’offrir à la vie. Je devrais toujours me souvenir qu’il suffit d’entrouvrir la porte pour que la vie s’y engouffre.

J’ai choisi de décrocher de l’intérieur, quand je suis au travail. J’ai désormais un certain recul et la bêtise du directeur ne m’atteint plus. J’ai semé au vent des mots qui disaient mon envie de changer d’emploi. Mon CV circule entre les Internets. Je l’ai envoyé sans véritablement en espérer quoi que ce soit, puisque je n’arrive pas, en ce moment, à savoir précisément ce que je veux. Je n’attends rien, donc. Mais j’en reçois des échos. Et sur le répondeur, hier soir, clignotait un message inattendu qui pourrait changer bien des choses.

Je n’avais pas plus d’attentes quand j’ai enfin rencontré le Minotaure. C’est l’ancien colocataire du Vénitien et son côté intello bourru m’intriguait. Il m’invitait à prendre un verre, sous-entendu : une rencontre sans lendemains, exclusivement pour que le corps exulte. J’avais eu une grosse journée et, même si l’on se limitait un verre, ça serait ben correct. Mais dès que l’on s’est frôlé, on a senti des étincelles. Je dois dire que ç’a été l’un des moments les plus agréables de la semaine, du mois, peut-être même de l’année. Agréable aussi, la longue discussion sur l’oreiller et la rapidité à laquelle il a fallu se rhabiller parce que le colocataire rentrait. Je devais partir, mais le colocataire a proposé d’improviser une salade avec des restes de poulet et des pommes de terre. Rien de très appétissant. Encore là, ce fut un délice inattendu. Et ce vin du Sud-Ouest, une surprise enthousiasmante. On a parlé de théâtre, du développement de Montréal, de la spécificité du Québec. Je suis finalement parti de là, après minuit, ensommeillé et légèrement ivre de plaisir.

Je me réveille ce matin et je dois me barricader et repousser les milliers d’attentes qui abattent les poings sur ma porte. Oui, c’est certain, je voudrais bien revivre de tels moments. Je n’arrive pas à m’enlever certaines images de la tête. J’ai le sourire étampé dans le visage avec les plis de l’oreiller. Mais je sais bien que chaque instant est unique. Et que s’accrocher à des images pourrait me faire manquer le prochain.

Sept fois

« Votre appel est important pour nous. Ce moment d’attente est bien involontaire. » Je sais : une recette en tête de page d’accueil, c’est pas ce qu’il y a de plus « winner ». (Je n’ai pas le projet de concurrencer les blogues de cuisine.) Mais je traverse en ce moment une petite panne d’écriture.

Peut-être un peu à cause de la fatigue, celle de l’hiver, d’un rhume qui traîne et du train de vie que je m’impose. C’est bien beau 20 résolutions, mais il y a des jours où mon perfectionnisme compulsif est difficile à porter.

Peut-être aussi parce que je ne peux m’empêcher de m’autocensurer. Le monde est petit. Le développement du Web et des réseaux sociaux le révèle un peu plus chaque jour. J’avais la prétention de vouloir faire un blogue anonyme ou mon identité resterait soigneusement cachée. Force est de constater que c’est raté, trop de liens oubliés, trop de mots échappés. Alors, je commence des billets et je les laisse dormir dans le coeur de mon MacBook pour un temps. C’est toujours une bonne chose. L’équivalent de tourner sa langue sept fois avant de parler. Certains textes vont s’affiner et finir par être publié, d’autres ne traverseront pas l’épreuve du temps et aboutiront dans la corbeille. Plusieurs seront simplement oubliés, bousculés par des évènements de ma vie qui ont un besoin plus pressant d’être exprimés.

En quarantaine en ce moment : une note sur mon patron et mon rapport à l’autorité, quand celle-ci manque de vision, un billet sur un homme séduisant croisé dans un bar qui m’a écrit un courriel le lendemain pour me dire qu’il était tombé sur mon blogue. Et un autre sur la pêche au chum sur les sites de rencontres. (une des bêtises que j’ai faites récemment est d’utiliser le pseudonyme Kevin Zaak, sur ces sites) Une dernière, finalement, sur mes déboires avec la langue anglaise et tout les blocages psychologiques que je rencontre au fil de mon apprentissage.