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Billet avec le mot-clef ‘rêve’

Le fix

Pour moi, les hommes sont une drogue dure, héroïne, cocaïne. Quand je pratique l’abstinence pendant plusieurs semaines, j’arrive à atteindre un certain équilibre que l’on pourrait confondre avec le bien-être. Mais il me faut éviter toutes tentations. Marcher les yeux fermés. La libido s’assoupit, graduellement. Je deviens un cerveau sur pieds, trimballé dans un corps d’enfant trop grand. Mais arrive toujours un moment ou l’autre où je croise le regard d’un homme. Suffit que le sort et la malchance se liguent contre moi et je tombe dans le piège de ses yeux, de sa peau, de son sexe.

Je n’ai qu’à entrer pour plus d’une minute dans la chaleur d’un homme pour connaître un high incroyable. Je me sens revivre. Une nuit complète et le monde entier vibre dans les basses. Quand je devine le désir de cet homme, j’ai tout à coup le droit d’exister dans la lumière. Je passe du rien au tout. Même mon reflet dans le miroir est transfiguré. Je prends un sérieux coup de jeune. Poursuivre la lecture

Barbu

J’avais presque terminé les formats d’essai des produits The Art of Shaving que le Cow-boy m’avait ramené de San Diego. Et j’avais passé une semaine trop folle pour me préoccuper du rasage. Mon anniversaire approchait. J’avais une barbe d’une semaine. (J’ai la barbe forte. Elle est presque instantanée.) Et je me demandais si j’allais la garder. Personnellement, j’adore les hommes barbus, mais je déteste me sentir le menton poilu. Trop d’entretien. Et ça pique ! Je marchais sur Saint-Denis pour une dernière séance de magasinage quand j’ai croisé un très bel homme. Il m’a fait un grand sourire ensoleillé. Quelques minutes plus tard, j’ai trouvé un petit t-shirt à rayures dorées qui fitterait parfaitement avec une barbe sombre. Ma décision était prise, pour un bout, je serais barbu.

Depuis, je pogne plus, on dirait. Autant chez les gars que chez les filles. Aujourd’hui, je me suis fait draguer par une travailleuse sociale au Symposium auquel j’assistais. Et la montagne de muscles qui assurait la traduction simultanée m’a fait trois grands sourires. (Quand les conférences m’ennuyaient, je les écoutais dans l’autre langue. Il avait une belle voix, à un moment donné, il a traduit « Fuck » par « ostie » et l’on devinait dans sa voix qu’il riait.) Tout ce qui s’est passé récemment m’a remué et m’a transformé. Que ça se manifeste dans mon visage, ça me plaît bien. Poursuivre la lecture

His loss, ma douleur

Depuis quatre jours, je suis malade. La fièvre d’abord m’a cloué au lit. Je remonte la pente doucement, mais elle revient par vague. J’ai chaud. J’ai froid. Elle m’a laissé affaibli comme si j’avais cent ans. Ma révolte a beau me fouetter les flancs, la colère, me secouer, je garde la tête basse, les yeux baissés et j’avance à tout petits pas. Ça me laisse une voix éraillée et sexy.
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Les amours refusées

J’ai assisté au lancement du premier album de David Giguère avec El poblano. Il y a une semaine, j’ignorais tout de cet artiste. Cinq minutes avant d’arriver au National, je ne me souvenais même plus de son nom. « David comment, déjà ? ». Je ne l’oublierai plus. J’ai été complètement séduit. Par l’homme, sa présence sur scène, sa poésie inventive. Séduit par ses musiques qui ont soulevé la foule. Séduit aussi par la simplicité et la générosité de David Giguère et par l’amour féroce que l’on devinait entre lui, son band et les différents collaborateurs. Un sentiment qui débordait sur les spectateurs tassés dans le petit théâtre National. Poursuivre la lecture

Partir

Les jours rallongent imperceptiblement. J’ai l’impression que mes semaines s’étirent également. Le temps est long. Et l’hiver ne fait que commencer. Je suis témoin des contretemps et des problèmes qui s’accumulent, dans le projet pour lequel je n’ai pas été engagé. Ma nouvelle collègue de bureau devrait être l’une de celles qui partiront sur le bateau, pour parcourir le monde. Le chef de mission a l’air d’avoir un ego aussi démesuré que celui du directeur de Zorro & Co. Les tensions sont à leur maximum entre lui et mes patrons. Le bateau est toujours en cale sèche. Les problèmes ont l’air tellement inextricables que je pense que, finalement, c’est une chance de ne pas avoir été choisi. Le projet sur lequel je travaille pour les prochaines semaines est intéressant, mais pas follement stimulant. Mon esprit s’envole régulièrement pour aller planer entre les couches de nuages du ciel d’hiver. Poursuivre la lecture

Au bout de la nuit

Je suis arrivé à me coucher plus tôt depuis une semaine. Je vois la différence, je me sens mieux le matin. Je traverse des vagues de colère. Contre mon deux de pique de propriétaire, contre ma job, contre toutes les injustices de cette vie. La peur ébranle ma démarche quand je sens le froid qui s’installe et la nuit qui gagne chaque jour du terrain. Mes jours se ressemblent, tous. Ils sont pilotés par l’instinct de survie. Il me mènera bien au bout de la nuit. Et j’arrive à gérer mes attentes irréalistes. Je respire. J’observe. J’écoute. Je dormirais bien jusqu’au printemps. Mais, je ne suis pas un ours. Je dois traverser cet hiver, les yeux grands ouverts. Poursuivre la lecture

Fin

Je flotte au milieu de l’océan, depuis des jours et des nuits. Je suis épuisé et déshydraté. L’air me brûle la gorge et la poitrine. Ce serait ironique de mourir de soif dans autant d’eau. Le gris de la mer et du ciel se lèchent et s’embrassent, traversés, ça et là, d’un soleil laiteux. Je ne me souviens plus depuis quand je flotte là. J’ai perdu la notion du temps et de l’espace. Je me souviens du bateau, disparu. Poursuivre la lecture

Vouloir la lune

Je veux obtenir un vrai travail. C’est-à-dire un emploi avec une certaine stabilité où mes compétences sont reconnues et qui me permet de vivre décemment. J’ai besoin de me sentir utile et de sentir que je fais partie d’une équipe. Une équipe qui relève des défis et contribue à faire avancer le monde. Je veux un emploi où je pourrai mettre à profit mon imagination, mon sens de l’organisation, mon instinct comme mon empathie. Et mettre ces habiletés au service d’un idéal. Je veux un travail où je pourrai apprendre sans cesse, utiliser ma mémoire, ma logique et mon esprit critique, inventer.

Je veux fréquenter quelqu’un qui me plaît et qui s’intéresse réellement à moi. Qui n’est ni marié, ni en couple, et qui envisage la possibilité de vivre une vie de couple avec quelqu’un dans mon genre. Je veux sourire, parfois, juste en l’imaginant qui m’attend. Je veux voir la fierté dans ses yeux, partager avec lui le quotidien et savourer avec lui une complicité quand le banal tourne à l’aventure. Je veux aimer son honnêteté, sa naïveté, son enthousiasme. Je veux apprécier chez lui les détails que seul le temps permet de découvrir. Je veux m’émerveiller en le regardant dormir pour ensuite m’abandonner à la nuit en devinant sa chaleur, tout près.

Je veux mener une vie équilibrée, courir sous le ciel, qu’il soit enluminé de soleil ou voilé de pluie ou de neige. Et comme le conseillent les alcooliques anonymes, je veux trouver la force de changer ce que je peux changer, avoir la sagesse d’accepter ce qu’il est impossible de changer et le discernement qu’il faut pour savoir faire la différence. Pour y arriver, je veux vivre dans un bel espace où se croisent lumière et couleur. Je veux des dizaines de plantes qui s’affairent à fabriquer de l’air pur et un chien que j’amènerais courir sur la montagne. Je veux avoir du temps pour me poser sur l’herbe, fermer les yeux et goûter les caresses du soleil. Je veux prendre le temps d’écouter le souffle du vent quand il remue le parfum des grands arbres. Je veux remarquer la saison des crapauds et celles des ouaouarons, connaître le nom des oiseaux et celui des fleurs sauvages. Je veux avoir assez de temps pour passer des heures à me perdre dans un ciel étoilé.

« Shoot for the moon. Even if you miss, you’ll land among the stars. » Parfois attribuée à Oscar Wilde, surtout sur les sites francophones, cette citation serait plutôt d’un auteur américain moins connu : Les Browns.

Aurore boréale sur la route Transtaïga