Skip to content

Billet avec le mot-clef ‘rêve’

His loss, ma douleur

Depuis quatre jours, je suis malade. La fièvre d’abord m’a cloué au lit. Je remonte la pente doucement, mais elle revient par vague. J’ai chaud. J’ai froid. Elle m’a laissé affaibli comme si j’avais cent ans. Ma révolte a beau me fouetter les flancs, la colère, me secouer, je garde la tête basse, les yeux baissés et j’avance à tout petits pas. Ça me laisse une voix éraillée et sexy.
Poursuivre la lecture

Les amours refusées

J’ai assisté au lancement du premier album de David Giguère avec El poblano. Il y a une semaine, j’ignorais tout de cet artiste. Cinq minutes avant d’arriver au National, je ne me souvenais même plus de son nom. « David comment, déjà ? ». Je ne l’oublierai plus. J’ai été complètement séduit. Par l’homme, sa présence sur scène, sa poésie inventive. Séduit par ses musiques qui ont soulevé la foule. Séduit aussi par la simplicité et la générosité de David Giguère et par l’amour féroce que l’on devinait entre lui, son band et les différents collaborateurs. Un sentiment qui débordait sur les spectateurs tassés dans le petit théâtre National. Poursuivre la lecture

Partir

Les jours rallongent imperceptiblement. J’ai l’impression que mes semaines s’étirent également. Le temps est long. Et l’hiver ne fait que commencer. Je suis témoin des contretemps et des problèmes qui s’accumulent, dans le projet pour lequel je n’ai pas été engagé. Ma nouvelle collègue de bureau devrait être l’une de celles qui partiront sur le bateau, pour parcourir le monde. Le chef de mission a l’air d’avoir un ego aussi démesuré que celui du directeur de Zorro & Co. Les tensions sont à leur maximum entre lui et mes patrons. Le bateau est toujours en cale sèche. Les problèmes ont l’air tellement inextricables que je pense que, finalement, c’est une chance de ne pas avoir été choisi. Le projet sur lequel je travaille pour les prochaines semaines est intéressant, mais pas follement stimulant. Mon esprit s’envole régulièrement pour aller planer entre les couches de nuages du ciel d’hiver. Poursuivre la lecture

Au bout de la nuit

Je suis arrivé à me coucher plus tôt depuis une semaine. Je vois la différence, je me sens mieux le matin. Je traverse des vagues de colère. Contre mon deux de pique de propriétaire, contre ma job, contre toutes les injustices de cette vie. La peur ébranle ma démarche quand je sens le froid qui s’installe et la nuit qui gagne chaque jour du terrain. Mes jours se ressemblent, tous. Ils sont pilotés par l’instinct de survie. Il me mènera bien au bout de la nuit. Et j’arrive à gérer mes attentes irréalistes. Je respire. J’observe. J’écoute. Je dormirais bien jusqu’au printemps. Mais, je ne suis pas un ours. Je dois traverser cet hiver, les yeux grands ouverts. Poursuivre la lecture

Fin

Je flotte au milieu de l’océan, depuis des jours et des nuits. Je suis épuisé et déshydraté. L’air me brûle la gorge et la poitrine. Ce serait ironique de mourir de soif dans autant d’eau. Le gris de la mer et du ciel se lèchent et s’embrassent, traversés, ça et là, d’un soleil laiteux. Je ne me souviens plus depuis quand je flotte là. J’ai perdu la notion du temps et de l’espace. Je me souviens du bateau, disparu. Poursuivre la lecture

Vouloir la lune

Je veux obtenir un vrai travail. C’est-à-dire un emploi avec une certaine stabilité où mes compétences sont reconnues et qui me permet de vivre décemment. J’ai besoin de me sentir utile et de sentir que je fais partie d’une équipe. Une équipe qui relève des défis et contribue à faire avancer le monde. Je veux un emploi où je pourrai mettre à profit mon imagination, mon sens de l’organisation, mon instinct comme mon empathie. Et mettre ces habiletés au service d’un idéal. Je veux un travail où je pourrai apprendre sans cesse, utiliser ma mémoire, ma logique et mon esprit critique, inventer.

Je veux fréquenter quelqu’un qui me plaît et qui s’intéresse réellement à moi. Qui n’est ni marié, ni en couple, et qui envisage la possibilité de vivre une vie de couple avec quelqu’un dans mon genre. Je veux sourire, parfois, juste en l’imaginant qui m’attend. Je veux voir la fierté dans ses yeux, partager avec lui le quotidien et savourer avec lui une complicité quand le banal tourne à l’aventure. Je veux aimer son honnêteté, sa naïveté, son enthousiasme. Je veux apprécier chez lui les détails que seul le temps permet de découvrir. Je veux m’émerveiller en le regardant dormir pour ensuite m’abandonner à la nuit en devinant sa chaleur, tout près.

Je veux mener une vie équilibrée, courir sous le ciel, qu’il soit enluminé de soleil ou voilé de pluie ou de neige. Et comme le conseillent les alcooliques anonymes, je veux trouver la force de changer ce que je peux changer, avoir la sagesse d’accepter ce qu’il est impossible de changer et le discernement qu’il faut pour savoir faire la différence. Pour y arriver, je veux vivre dans un bel espace où se croisent lumière et couleur. Je veux des dizaines de plantes qui s’affairent à fabriquer de l’air pur et un chien que j’amènerais courir sur la montagne. Je veux avoir du temps pour me poser sur l’herbe, fermer les yeux et goûter les caresses du soleil. Je veux prendre le temps d’écouter le souffle du vent quand il remue le parfum des grands arbres. Je veux remarquer la saison des crapauds et celles des ouaouarons, connaître le nom des oiseaux et celui des fleurs sauvages. Je veux avoir assez de temps pour passer des heures à me perdre dans un ciel étoilé.

« Shoot for the moon. Even if you miss, you’ll land among the stars. » Parfois attribuée à Oscar Wilde, surtout sur les sites francophones, cette citation serait plutôt d’un auteur américain moins connu : Les Browns.

Aurore boréale sur la route Transtaïga

Keep it real

La lucidité glisse sur ma peau comme une lame. Un faux mouvement, un geste de trop, et elle tranche ma chair. Quand on réclame la vérité, il faut être assez fort pour l’entendre, quelle qu’elle soit. Absorber le choc. Et encore plus difficile : vivre avec, pour les jours et les mois qui suivront. Et marcher sans perdre pied, malgré le vide qui s’ouvre soudain tout autour, malgré la solitude et sa marque indélébile.

Toute ma vie, j’ai fermé les yeux en serrant les paupières de toutes mes forces. J’ai rêvé, oublié. J’ai pensé à autre chose. J’ai fui en empruntant toutes les issues mentales. Je me suis muré dans le déni. Survivre à défaut de vivre. Je n’ai affronté la réalité que lorsqu’elle s’est abattue sur moi. Mais la confrontation m’a rendu plus fort. J’ai grandi, il était temps. Je ne veux plus perdre le fil du réel.

Il ne m’aime pas. J’ai entendu les mots. J’ai réagi avec une maturité qui m’étonne, sans espoirs déplacés, sans reproches et sans éclats. Et je me suis dit que cette histoire à peine esquissée était désormais terminée. Mais tous ces rêves dont je l’avais auréolé continuent de me narguer, chaque nuit. Et depuis mes gestes sont en plomb et le printemps est devenu inutile. Mais je garde les yeux grand ouverts, encoléré, frondeur.

Je dois me faire violence, m’arracher du lit où je sombre, m’éloigner de l’écran scintillant. Sortir, de force s’il le faut, pour respirer les impressions, les saveurs et les chaleurs portées par le vent. Apercevoir la Terre qui poursuit sa ronde. Faire taire la panique. Ne pas me projeter dans un futur lointain idéalisé ou dans les soubresauts d’une tragédie inéluctable et ridicule. Me ramener patiemment au présent. Réaliser où je suis. Les pieds plantés dans ce printemps timide. À m’accrocher à ce que j’ai gagné au fil des ans : une vie qui me ressemble un peu plus, quelques amis précieux.

P1030645
Anémone pulsatille au jardin alpin du Jardin botanique de Montréal.

Des nouvelles de l’Est

Je me désorganise. La première explication, un rêve évanoui, courir mon premier marathon à New York. J’ai passé tant de fois la ligne d’arrivée dans ma tête. J’ai oublié les douleurs, les courbatures, en gardant les yeux fixés sur l’Empire State Building. On dirait que maintenant, plus rien ne me raccroche à la course. Ensuite, la vérité qui fait surface dans mon histoire avec l’homme de la lune, inexorablement. Il ne m’aime pas. Juste pas. Sinon la pluie, toujours la pluie et encore la pluie. L’entraînement est dur. Des douleurs incongrues qui se posent au travers de ma route. Et je ne vois plus l’Empire State. Et jour après jour, encore de la pluie.

« Move on », que je me suis dit. Pour passer à autre chose, je suis sorti. Avec El poblano, le cow-boy ou les gars du club de course. Après avoir couru, j’ai parcouru la ville à cheval sur un bixi. Je suis allé danser pendant des heures. Une, deux, trois Boréales Rousses. Quatre, cinq Black Labels. Un peu de mousse sur les lèvres, le goût du houblon. Quoi de mieux pour oublier un homme que de se jeter dans les bras d’un autre ? La beauté est un piège à con. Il avait 24 ans. J’avoue, ça m’a donné un boost d’ego. Il était beau. Son visage aurait pu être le parfait mélange de tous mes ex. Une tête de brummell, qui me fait perdre la mienne. Un grand brun aux yeux tendres, bleus-gris. À 41 ans, je n’ai toujours pas compris que la beauté ne sert qu’à être regardée. Il était beau, donc. Mais une connerie totale, sûr de tout, imbu de lui-même, inculte et immature. Un amant exécrable. J’avais hâte qu’il en finisse. J’ai poussé un soupir de soulagement quand je l’ai entendu ronfler. Le lendemain : déprime profonde. Moi qui croyais ainsi oublier l’homme de la lune, je ne pensais qu’à lui. À sa vivacité d’esprit, cette passion toujours domptée dans sa belle voix posée. Sa douleur à fleur de peau, sa douceur. Partout. De sa nuque à ses chevilles et jusque dans sa façon de raconter son histoire. La fossette sur sa joue quand il sort de la brume et sourit. Un homme unique. I know. I have a big irrational crush on him. Pas lui. Ce n’est pas plus dramatique que ça. Je vais m’en remettre. Je pense que tous les deux, on mérite mieux qu’une relation à sens unique. J’ai réfléchi à tout ça en marchant sous la pluie et les saules, près de l’étang. J’ai goûté chacun des moments que j’ai passés avec lui comme si c’était le dernier. En me détachant, à chaque fois. Il ne reste qu’un film de tristesse sur mon regard. Et une fine brume sur l’étang.

J’utilise le truc de l’autre. Je n’ai jamais su prendre soin de moi-même, mais je suis le meilleur pour m’occuper des autres. Alors je fais comme si j’étais quelqu’un d’autre. Je pense à ses médicaments. Je lui rappelle qu’il faut dormir. Je lui ai payé un repas au Café Saïgon, même si je n’ai pas vraiment d’argent de trop, en ce moment. Et seul à ma table, j’observe les gens tout autour. Je lui fais remarquer ce sourire, le parfum du café, le soleil des narcisses sous la pluie. Je lui fais remarquer la beauté du hasard quand on croise une vieille connaissance sur la rue. Au Café Saïgon, le serveur m’a tendu un seau de fer blanc avec un air malicieux, des biscuits de fortune. Je me suis versé du thé. J’ai brisé le biscuit en deux. Il disait : « Notre premier et dernier amour… l’amour de soi. » Ça ne s’invente pas.

IMG_7248