Skip to content

Billet avec le mot-clef ‘secret’

His loss, ma douleur

Depuis quatre jours, je suis malade. La fièvre d’abord m’a cloué au lit. Je remonte la pente doucement, mais elle revient par vague. J’ai chaud. J’ai froid. Elle m’a laissé affaibli comme si j’avais cent ans. Ma révolte a beau me fouetter les flancs, la colère, me secouer, je garde la tête basse, les yeux baissés et j’avance à tout petits pas. Ça me laisse une voix éraillée et sexy.
Poursuivre la lecture

En attendant la suite

« J’imagine que tout est dit puis ce détail me rattrape. Je sais des mots pour nous sauver l’envie, mais sur eux je dérape. »

J’entends parfois ces mots résonner quand je lance ma liste appelée « Hop-la-vie ». Des chansons sélectionnées pour contrer le blues ou l’angoisse. Des refrains qui me font sourire.

Il y a désormais ces plages de temps libre laissées par le projet du marathon. Finalement, je l’ai regardé passer du trottoir, près du kilomètre 39, à applaudir comme un défoncé pendant des heures, les yeux humides d’admiration pour tous ces gens ordinaires qui décident de devenir des héros, le temps d’une saison. Je ne comprends pas encore comment je me suis blessé. J’ai tendance à tout vouloir tout mener de front. J’en ai probablement trop fait. Qu’importe, je reviens toujours ici. Poursuivre la lecture

Le principe de réalité

L’imagination est une qualité. C’est parfois aussi un défaut pernicieux. En écrivant ici, je m’oblige à plaquer ma vie sur des images. J’y ajoute des angles, des couleurs, du rythme et de l’éclat. Je perds trop souvent le fil de la réalité. Je m’égare dans un dédale de miroirs déformants que j’ai moi-même accrochés aux murs. Malgré les sept ans de malheurs, j’ai bien envie de casser du miroir. Et de me coller aux faits objectifs, quantifiables et vérifiables. Mes histoires me protègent de la vie. Elles m’isolent, aussi.

Le printemps timide se manifeste enfin. À la fin de la semaine, j’avais dit aux filles du jardin que mes anciens collègues de Zorro organisaient un 5@7 parce que trois d’entre eux quittaient l’organisme. Du même coup, on allait souligner mon départ qui est passé en douce. J’avais vraiment hâte de les retrouver. J’avais mis mon t-shirt rouge, celui que j’aime le plus. Et j’ai couru pour arriver à l’heure dans ce bar immense. Je les ai cherchés en montant d’un étage à l’autre, d’une salle à l’autre. Ils n’étaient pas là.

Puis je me suis dit qu’ils avaient peut-être changé d’endroits à la dernière minute, sans pouvoir me prévenir. Je me suis maudit de ne pas avoir de cell. J’ai fait la tournée de presque tous les bars du quartier, tous pleins à craquer pour le 5@7 du vendredi. J’ai marché longtemps pour trouver un téléphone public et j’ai appelé chez moi, il n’y avait pas de messages. Alors je suis rentré, frustré et déçu. En me disant qu’il fallait que je sois bien suffisant pour avoir cru que ma présence pouvait leur importer. Il était passé 20 h et je n’avais pas mangé. Chez moi m’attendait un message d’El Poblano. Il disait qu’il était vraiment désolé. Ils avaient fini deux heures plus tard que prévu.

Malgré le soleil annoncé et les quatorze degrés, je n’avais pas envie d’aller courir, le lendemain matin. Pas envie de faire semblant de sourire en entrant dans le groupe. Mais j’ai arrêté de réfléchir et j’y suis allé. Courir seul sur le gravier mouillé des pentes m’a fait du bien. Tout ce ciel bleu, à la cime des arbres, peuplée du retour des migrateurs. Mon corps s’est épuisé dans les sentiers qui serpentaient entre les derniers bancs de neige. Je suis revenu au pied de la montagne libre de tensions. Si je n’avais pas la course, je ne sais pas où je serais.

L’homme de la lune m’avait laissé un message, comme à tous les samedis matin. Je l’ai rappelé dans l’après-midi pour lui dire que j’avais envie d’être seul et de prendre ça cool. J’ai besoin de faire du ménage dans ma tête et dans mon trois et demi. Je me sens toujours bien quand je parle avec lui. Sauf peut-être quand vient le temps de parler de moi, au téléphone en tout cas. J’aime bien me raconter que son ego est un trou noir qui prend toute la place et avale tout ce qui est autour. Ça m’empêche de voir tout le mal que j’ai à penser que ce que je raconte peut l’intéresser. Ça m’empêche de me voir me débattre, tout empêtré dans mes secrets et mon image.

C’est quand je suis seul que l’imagination s’emballe et que je me noie. En ce moment, dans ma vie, je frappe un nœud. Parfois, je me dis que je ferais mieux de me confier à quelqu’un en face à face. Quelqu’un qui pourrait noter les glissements, les feintes et me ramener au fait, puisque tout seul, avec ma plume ou mon clavier, je n’y arrive pas.

"Face it" exhibition : Annick Lizein

D’un crépuscule à l’autre

Voici le billet que je publiais le 11 octobre 2006. Voir tout ce chemin parcouru me rassure. Ma vie n’a pas changé du tout au tout. Des petites modifications se sont additionnées, les unes aux autres, pour laisser plus de place au calme et au confort. Je ne me lève plus à l’heure des poules pour me taper des heures de transport en commun. J’ai apprivoisé ma nouvelle réalité et je tiens l’angoisse à distance, la plupart du temps. J’ai le pied plus solide. Ces temps-ci, je pourrais même dire que je dors assez bien.

Parfois, j’ai peur d’avoir perdu cette intensité. J’ai peur qu’elle se soit enfuie à jamais avec mes drames personnels. C’est lorsque j’étais submergé par la douleur ou par l’angoisse que je parvenais le mieux à voir la beauté, et même à l’imaginer quand elle était absente.

Peut-être que ma vie n’a plus assez de piquant pour être racontée avec souffle. Je ne sais pas. Je tâtonne. En tout cas, écrire me demande plus de travail et d’effort. Je dois secouer le cocon fragile que j’ai mis tant de temps à tisser. Peut-être est-ce le signe que je dois tourner mon regard vers le destin des autres. Cela me fait terriblement peur. Peut-être dois-je simplement réapprendre à écrire.

Crépuscule

Quand le compte à rebours s’enclenche derrière mes paupières, je sais que les derniers instants de liberté s’écoulent trop rapidement. Je dois trouver le sommeil. Les chiffres lumineux tombent en cascade. J’ai besoin de dormir. Barrer la route aux questions qui attendent le flou du crépuscule pour m’assaillir et m’étourdir.

Bien sûr qu’il faudrait que je travaille moins. Combien de temps pourrais-je tenir ? Ce rythme, c’est pas humain. Est-ce que j’attends de craquer ? Pourquoi je m’accroche tellement au travail ? Puis la pensée bascule et les scénarios déferlent. Le loyer, les comptes, les dettes, les coupures de service, les remboursements de prêt et bourses, les intérêts, les lettres de menace dans la boîte aux lettres, les avis d’huissiers. Les imprévus éventuels me serrent déjà la gorge. Je cherche où couper. Comment presser encore plus le citron. Je sais bien, ce n’est pas à cette heure que je vais être éclairé par le génie. Je sursaute quand le plancher craque sous les pas du voisin. Les camions qui passent font vibrer la vitre du salon. Je jette un œil à la lueur sale du lampadaire. Il faut fermer les yeux, il faut partir vers l’intérieur…

Là où le bleu gris du fleuve se mêle aux lumières du ciel, entre le jour et la nuit. J’imagine le dos noir d’un rorqual qui vient rouler à la surface pour frôler la brume et goûter le vent. Il plonge ensuite vers l’immensité bleue. Ne reste qu’une ride qui glisse, s’affaiblit puis disparaît dans les mille fragments de la lune qui se lève.

Je l’imagine porté par les marées orageuses et les courants saturés de vie. Il traverse les espaces liquides ou l’écho des appels lyriques palpe les corps en suspension. Je sais qu’il s’élève, immobile, vers la lumière des glaces lorsque mon esprit s’abandonne et se laisse à regret sombrer dans la nuit. Parfois, quelques gouttes d’eau de mer vont alors se perdre sur ma taie d’oreiller.

11 octobre 2006
Photographie : Rorqual commun par ellor1138

Débordé

Je n’ai pas pu t’écrire, j’étais débordé. J’entends déjà les voix dans ma tête qui diront que ça ne me prend pas grand-chose pour déborder. C’est peut-être vrai, mais ça n’y change rien. Le blogue est là pour recevoir les débordements d’une vie trop remplie. Mais son auteur passe alors pour un plaignard, une victime, un triste sire, comme dirait l’autre. À quoi sert un blogue si c’est pour se taire ? C’est aussi frustrant que de tomber sur une boîte vocale. C’est aussi triste que de renter et de trouver sa boîte vocale vide. Je jongle constamment avec le secret, la vérité, le public et le privé. Qu’est-ce que je dois dire, qu’est-ce que je dois taire. Et dans le doute, je m’abstiens. Lorsque la vie déborde, je ne sais pas quoi en faire.

Dure semaine. Si j’en ai trop sur les épaules, je suis le seul responsable. Mon insécurité me fouette constamment. Je suis un tyran avec moi-même, un bourreau aveugle et sourd. Les problèmes et les factures prennent un malin plaisir à s’accumuler. Mon frigo est en train de rendre l’âme alors qu’il est le dernier des électroménagers qui fonctionnent encore dans l’appartement où la plomberie fait déjà des siennes. Mes 22 résolutions me pèsent. L’année avance à grands pas. Les mois tombent comme des couperets. J’ai eu littéralement une journée de cul, une journée où je ne me suis pas amusé beaucoup parce que je ne sais pas m’amuser. Je n’ai jamais appris. D’ici, rien ne se voit, mais ce blogue est assiégé. Je reçois en moyenne une trentaine de commentaires de robots. Ils annoncent des sites pornographiques ou du viagra à des prix imbattables. Je te jure ! Chaque soir, je les supprime un par un. Je fermerai peut-être les commentaires, le temps qu’il trouve un autre os à ronger.

J’avais pensé écrire des billets sur mes pérégrinations sur les sites de rencontres. Résolution numéro deux sur vingt deux : trouver un chum. Pourquoi pas un site de rencontre ? Le snobisme, c’est assez ! Ça peut donner des récits croustillants, surprenants et peut-être même comiques. Mais après quelques semaines, ça me paraît plus pathétique que sympathique. Tout ce que j’y vois, c’est une suite de rejets, données et reçus. C’est un jeu auquel j’ai voulu prendre part, avec une sorte de défiance et de fierté, mais je suis bien trop mauvais perdant pour m’y amuser. J’en sors vaguement déprimé. J’ai mis sur mon bureau la carte de Saint-Valentin que j’ai reçue de la part de Google AdSense.

Je rêve d’inonder ce blogue de choses légères, de sourires, de rose, de laine et de duvet ou bien de chair, de sueurs, de feux et de souffle. Mais dehors, février s’est installé et il assomme les rues de neiges mouillées. Tout ce que j’arrive à t’écrire c’est que demain, ça ira mieux.

Sept fois

« Votre appel est important pour nous. Ce moment d’attente est bien involontaire. » Je sais : une recette en tête de page d’accueil, c’est pas ce qu’il y a de plus « winner ». (Je n’ai pas le projet de concurrencer les blogues de cuisine.) Mais je traverse en ce moment une petite panne d’écriture.

Peut-être un peu à cause de la fatigue, celle de l’hiver, d’un rhume qui traîne et du train de vie que je m’impose. C’est bien beau 20 résolutions, mais il y a des jours où mon perfectionnisme compulsif est difficile à porter.

Peut-être aussi parce que je ne peux m’empêcher de m’autocensurer. Le monde est petit. Le développement du Web et des réseaux sociaux le révèle un peu plus chaque jour. J’avais la prétention de vouloir faire un blogue anonyme ou mon identité resterait soigneusement cachée. Force est de constater que c’est raté, trop de liens oubliés, trop de mots échappés. Alors, je commence des billets et je les laisse dormir dans le coeur de mon MacBook pour un temps. C’est toujours une bonne chose. L’équivalent de tourner sa langue sept fois avant de parler. Certains textes vont s’affiner et finir par être publié, d’autres ne traverseront pas l’épreuve du temps et aboutiront dans la corbeille. Plusieurs seront simplement oubliés, bousculés par des évènements de ma vie qui ont un besoin plus pressant d’être exprimés.

En quarantaine en ce moment : une note sur mon patron et mon rapport à l’autorité, quand celle-ci manque de vision, un billet sur un homme séduisant croisé dans un bar qui m’a écrit un courriel le lendemain pour me dire qu’il était tombé sur mon blogue. Et un autre sur la pêche au chum sur les sites de rencontres. (une des bêtises que j’ai faites récemment est d’utiliser le pseudonyme Kevin Zaak, sur ces sites) Une dernière, finalement, sur mes déboires avec la langue anglaise et tout les blocages psychologiques que je rencontre au fil de mon apprentissage.