La montée de la droite me fait terriblement peur. Parfois, je préfère éteindre la radio à l’heure des nouvelles et m’éloigner un temps de Facebook qui les relaie. La Cour suprême du Canada entend ces jours-ci une cause qui pourrait avoir un impact majeur sur la criminalisation du VIH. Elle devrait clarifier l’obligation pour une personne séropositive de révéler son statut sérologique avant toutes relations sexuelles.
Voilà, je me lance…
Ça me fait un peu peur. Je me sens comme un volcan. J’appréhende les contrecoups d’un séisme.
C’était un matin de printemps, enfin. Le ciel était bleu. Tout le monde dans la rue avait l’air heureux. Les filles portaient des robes d’été. Partout des sourires. Je sortais de la clinique. J’étais en feu, à l’intérieur. Poursuivre la lecture
Personne ne sait ma peur quand je m’engage dans la rue Saint-Timothée. Elle est là, pourtant, tapie dans mon ventre depuis bientôt 15 ans. À chacun des rendez-vous où je me rends, je pense aux chiffres. Les résultats des analyses : quantité de virus dans mon sang, état de mon immunité, dommages aux reins, au foie. Depuis juin 2006, le virus reste indétectable. Mais je sais qu’il est toujours là, en attente dans des réservoirs, caché. Même si très peu de virus circulent, ils font tout de même des ravages silencieux, qui se confondent avec ceux des médicaments qui me mitraillent le corps, au quotidien. Poursuivre la lecture
En janvier 2007, j’ai eu le coup de foudre pour cette campagne de publicité sociale. (Merci à Éric, de me l’avoir fait découvrir.) Ces clips ont été publiés sur mon premier blogue, au fur et à mesure que les épisodes étaient mis en ligne. J’avais envie de les avoir ici, rassemblés. Peut-être que certains lecteurs ne les ont jamais vus.
Production : Incendia Health Studios, une division d’Ignite Health LLC.
Il n’y a rien comme le noir pour faire éclater la lumière. En cinq épisodes, Live with it aborde avec peu de moyens, mais beaucoup de doigté les thèmes du déni, de la colère et de la culpabilité. Des sujets sensibles et très chargés. Je me reconnais dans chacun de ses personnages.
Live with it – episode I : Mudd
J’ai fréquenté pendant un an un groupe de soutien comme celui où aboutissent les personnages de cette série. Il y faisait plus clair, et l’ambiance y était souvent plus légère. Mais la première fois que j’y ai mis les pieds, c’était un pas énorme à franchir. Mon truc a été de ne pas réfléchir avant d’y aller. J’ai vu quelquefois des individus y arriver sous l’influence de l’alcool ou de la drogue. Au fil du temps, les histoires se dévoilent. Derrière le virus invisible se cachent des amoncellements de blessures silencieuses. Ce qui est particulièrement bien rendu par ces clips.
Live with it – episode II : Trevor
Trevor — « … Toute ma vie, j’ai prétendu être un autre. J’ai prétendu que j’étais un bon époux, que je serais un bon père. Je pensais que je pouvais juste prétendre que je n’étais pas séropositif… »
Live with it – episode III : Bobbie
Lorsque l’on vit dans le regard des autres, ce que l’on est réellement n’a plus beaucoup d’importance. Qu’est-ce que la beauté ?
Live with it – episode IV : Julio
« … Julio a 25 ans et il se passionne pour les vieilles voitures. Là s’arrêtent les stéréotypes du latino. Julio ne s’est jamais reconnu dans les valeurs de son milieu d’origine. Il a choisi la rue pour fuir un environnement familial étouffant. Et il s’est lancé à corps perdu dans une fuite en avant, en espérant ainsi trouver sa voie. Il vit à cent à l’heure sans jamais se retourner. Il ignore où tout ça le mènera. C’est simplement sa façon de survivre. Mais pour découvrir ce que la vie a à offrir, il faut parfois savoir s’arrêter… »
Live with it – episode V
La conclusion de la série. La rédemption est-elle possible ?
J’avais mis en ligne les clips sur Youtube sans prendre la peine de demander la permission. Quelqu’un de l’équipe de Ignite Health est tombé sur mon blogue. Et ça donne ceci.
Connaître l’ennemi. Utiliser ses stratégies pour lutter à armes égales. C’est un peu ce que le développement du Web a permis aux acteurs de la lutte contre le sida. D’abord en diffusant des informations d’une complexité incroyable, qui doivent être constamment mises à jour. Ensuite en donnant la parole à toutes les personnes touchées par la pandémie de façon à briser le silence qui met en péril tous les acquis. Désormais, les stratégies de marketing viral utilisent les réseaux de communication et les réseaux sociaux pour que les messages de prévention se répandent à une vitesse fulgurante, sans bruit et sans grand investissement. En tablant, sur le plaisir, l’humour ou l’empathie, bref, ce qu’il y a de meilleur en l’être humain, ce type de publicité nous amène à nous approprier le message et à en devenir les agents propagateurs. Tout le monde y gagne, sauf le virus. Faites circuler !
Le VIH occupe aujourd’hui une place microscopique dans ma vie. La place qu’il mérite. La place qui sied à un virus. Depuis environ quatre ans, la médication le maintient K-O. Et ma charge virale demeure indétectable. Mon système immunitaire a récemment dépassé la barre des 400 CD4 et il navigue lentement vers les 500, le seuil symbolique de la normalité. Dans mon quotidien, le virus doit se limiter aux cases d’un pilulier. J’ai même trop souvent tendance à oublier le pilulier. Je n’y pense plus et c’est pourquoi j’en parle rarement ici. L’impact du virus sur les autres et dans la société, les injustices qui y sont liées, la mort autour de moi m’occupent fréquemment l’esprit. Mais l’impact direct du VIH sur ma vie est négligeable.
La grande peur que j’ai déjà ressentie, alors que j’avais les pieds au bord du gouffre, a rétréci jusqu’à devenir presque imperceptible. C’est maintenant un sentiment sourd et diffus qui passe facilement inaperçu. Mais elle n’est pas complètement disparue et je porte cette peur sans trop en être conscient. Elle s’éveille insidieusement dès que je suis fatigué ou fragile. Elle s’enflamme pour un éternuement, un oubli ou un rhume. J’ai peur, tout au fond de moi. Peur de mourir avant d’avoir vécu. Peur que le virus ait fait des ravages silencieux qui me mèneront au cancer généralisé ou à la démence. J’ai peur de ne plus avoir les moyens de payer les médicaments. J’ai peur de souffrir, j’ai peur de perdre, j’ai peur d’oublier.
Cette peur me mine sans faire de bruit. Quand je suis très pris par le quotidien, je ne le remarque pas. Mais elle brûle en moi et participe alors à mon épuisement général. Lorsque je m’arrête et que je suis seul dans l’obscurité, elle sort de l’ombre et je vois clairement son travail de sape. Je la déteste. Je dois la garder à l’oeil si je ne veux pas lui laisser le pouvoir. Il me faut apprendre à la regarder aller et à vivre avec elle. Je me doute bien qu’elle risque d’être toujours là. Je ne sais pas comment me rassurer. Souvent, je me dis que ce serait bien que je croie en Dieu. Je pourrais m’en remettre à lui et ce serait beaucoup plus simple. Mais, si Dieu existe, je refuse de croire en lui. Je préfère le doute et la beauté du mystère. Je préfère apprendre à vivre avec la peur. Je veux vivre ma vie en entier, et ma peur en fait partie.
Hallelujah de Leonard Cohen, reprise par Ariane Moffatt
Trauma – Épisode 01
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Ils pourront couper toutes les fleurs, mais ils n’arrêteront jamais le printemps. — Pablo Neruda
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