Beauté
Les réactions suscitées par le dernier billet m’ont donné envie de préciser mes idées sur le sujet. J’y parlais bien sûr de la beauté plastique, de cette beauté extérieure qui obéit à des canons édictés par la société. Je voudrais être plus fort en tête et définir moi-même ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. Mais je me rends bien compte que le brain wash auquel nous soumet la vie en société a fait son petit effet sur mon esprit. J’ai un biais dans le regard.
« … Des psychologues ont essayé d’analyser quels traits physiques étaient considérés comme attirants. Ainsi, selon Judith Langlois, les visages se rapprochant le plus de la moyenne étaient jugés plus attirants que ceux ayant des particularités physiques marquées. Cela peut s’expliquer par le fait que les mutations génétiques étant le plus souvent délétères, les individus ont tendance à rechercher des partenaires en présentant le moins possible, donc se rapprochant physiquement de la moyenne. Une autre explication est que la symétrie bilatérale fondamentale du corps est altérée par des accidents de croissance souvent dus à des maladies, ce qui révèle l’affaiblissement du système immunitaire. Selon Thierry Lodé, en choisissant des partenaires sexuels aux traits symétriques, l’animal sélectionne un partenaire disposant d’un système immunitaire transmissible à sa progéniture et indemne de maladies. Les fluctuations asymétriques mettent en évidence l’état de santé et les faiblesses génétiques des partenaires… »
(source Wikipédia et Langlois, J.H. ; Roggman, L. (1990). Attractive faces are only average. Psychological Science 1, 115-121)
La beauté serait le résultat d’une moyenne ? L’idée rebute et m’a d’abord paru ridicule. Pourtant, en me rendant sur le site Face Research, et en faisant la moyenne des photos qui me plaisaient, j’obtiens un portrait-robot dont la ressemblance avec le garçon du dernier billet est plus que troublante. (Mettez-lui une chemise à carreaux et des lunettes de soleil sur la tête, et c’est tout à fait lui !) Je vous le présente. C’est le type de visage qui me fait craquer, semble-t-il (comme des millions de mes congénères humains) :
Combinez ce genre de beauté à un minimum d’assurance (dans un bar sombre où j’ai bu trop d’alcool) et je me retrouve complètement aveuglé. Je crois que ce n’est pas le plaisir esthétique qui cause cet aveuglement, bien qu’il soit présent. C’est davantage mon impression d’approcher d’un idéal, socialement célébré. Avant de partir ce soir-là, je suis allé rejoindre le cow-boy sur la piste de danse et je lui ai lancé en souriant : « À soir, je me tape le gars le plus hot du bar ! » Puis je lui ai tiré la langue. Je suis sorti du bar en mesurant les regards que j’imaginais envieux. (Ça montre à quel point je peux parfois être complètement superficiel et, à la limite, stupide.) Dans le taxi qui nous menait au fin fond du 450 (où le brummell habitait avec sa mère), j’ai vite réalisé que la coquille était vide et que cette promesse de bonheur n’allait m’apporter qu’un gros mal de tête, de la fatigue et un vague sentiment de honte.
Pourtant, je le sais, la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. J’ai une certaine facilité à dénicher la beauté qui ne se voit pas au premier regard. Et je crois que c’est une de mes grandes qualités. En fait, je voudrais me fier davantage à cette faculté plutôt que d’obéir aux dictats extérieurs, et à mon désir de plaire et d’impressionner. Je pense que j’ai plus de chance de vivre des moments heureux, sensuels ou simplement vibrants en mettant de côté ce qui saute aux yeux pour voir au-delà, ce qui est essentiel mais invisible pour les yeux (pour paraphraser Saint-Exupéry).
Voici un court-métrage qui pose beaucoup de questions sur la beauté. Personnellement, je ne peux m’empêcher de le trouver très beau. Musique : Pass this on, The Knives, entendu pour la première fois dans Les amours imaginaires.






