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Billet avec le mot-clef ‘société’

Speak red

Dans la douce langue de Molière, mais avec l’accent de Miron, un carré rouge entre les dents, speak red ! Les jours à venir seront décisifs pour le mouvement de grève des étudiants. Tenons nous debout, ensemble et parlons. Speak red and loud ! Un texte magnifique de Catherine Côté-Ostiguy.

Speak red

Speak red
il est si beau de vous entendre
parler d’équité sociale
et de la jeunesse instruite et engagée qui sortira
un jour de nos universités
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Le souffle le plus long

Le 22 mars 2012 s’est tenue la plus grande manifestation populaire de l’histoire de Montréal. Le mouvement étudiant s’étend et devient un réel mouvement social. Ensemble, nous pouvons changer les choses. Ça ne fait que commencer !

Musique : « Dan Dan » de Misteur Valaire

Un 22 mars à Montréal par Bill Kesr Films sur Vimeo. Poursuivre la lecture

Manifestation nationale contre la hausse des frais de scolarité

Jeudi le 22 mars, une grande manifestation réunira à Montréal les membres de toutes les associations étudiantes nationales et leurs alliés. La mobilisation étudiante en cours est sans doute la contestation la plus importante contre les politiques du gouvernement Charest depuis plusieurs années. L’issue de cette lutte aura un impact déterminant sur la suite des choses, tant pour les partis politiques qui désirent poursuivre les politiques néolibérales (PLQ, CAQ) à des rythmes divers, que pour l’ensemble des mouvements sociaux et la résistance à ces politiques. Le contingent de Québec solidaire se réunira au coin des rues Cathédrale et de la Gauchetière à 12 h 45. Poursuivre la lecture

Beauté

Les réactions suscitées par le dernier billet m’ont donné envie de préciser mes idées sur le sujet. J’y parlais bien sûr de la beauté plastique, de cette beauté extérieure qui obéit à des canons édictés par la société. Je voudrais être plus fort en tête et définir moi-même ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. Mais je me rends bien compte que le brain wash auquel nous soumet la vie en société a fait son petit effet sur mon esprit. J’ai un biais dans le regard.

« … Des psychologues ont essayé d’analyser quels traits physiques étaient considérés comme attirants. Ainsi, selon Judith Langlois, les visages se rapprochant le plus de la moyenne étaient jugés plus attirants que ceux ayant des particularités physiques marquées. Cela peut s’expliquer par le fait que les mutations génétiques étant le plus souvent délétères, les individus ont tendance à rechercher des partenaires en présentant le moins possible, donc se rapprochant physiquement de la moyenne. Une autre explication est que la symétrie bilatérale fondamentale du corps est altérée par des accidents de croissance souvent dus à des maladies, ce qui révèle l’affaiblissement du système immunitaire. Selon Thierry Lodé, en choisissant des partenaires sexuels aux traits symétriques, l’animal sélectionne un partenaire disposant d’un système immunitaire transmissible à sa progéniture et indemne de maladies. Les fluctuations asymétriques mettent en évidence l’état de santé et les faiblesses génétiques des partenaires… »
(source Wikipédia et Langlois, J.H. ; Roggman, L. (1990). Attractive faces are only average. Psychological Science 1, 115-121)

La beauté serait le résultat d’une moyenne ? L’idée rebute et m’a d’abord paru ridicule. Pourtant, en me rendant sur le site Face Research, et en faisant la moyenne des photos qui me plaisaient, j’obtiens un portrait-robot dont la ressemblance avec le garçon du dernier billet est plus que troublante. (Mettez-lui une chemise à carreaux et des lunettes de soleil sur la tête, et c’est tout à fait lui !) Je vous le présente. C’est le type de visage qui me fait craquer, semble-t-il (comme des millions de mes congénères humains) :

Combinez ce genre de beauté à un minimum d’assurance (dans un bar sombre où j’ai bu trop d’alcool) et je me retrouve complètement aveuglé. Je crois que ce n’est pas le plaisir esthétique qui cause cet aveuglement, bien qu’il soit présent. C’est davantage mon impression d’approcher d’un idéal, socialement célébré. Avant de partir ce soir-là, je suis allé rejoindre le cow-boy sur la piste de danse et je lui ai lancé en souriant : « À soir, je me tape le gars le plus hot du bar ! » Puis je lui ai tiré la langue. Je suis sorti du bar en mesurant les regards que j’imaginais envieux. (Ça montre à quel point je peux parfois être complètement superficiel et, à la limite, stupide.) Dans le taxi qui nous menait au fin fond du 450 (où le brummell habitait avec sa mère), j’ai vite réalisé que la coquille était vide et que cette promesse de bonheur n’allait m’apporter qu’un gros mal de tête, de la fatigue et un vague sentiment de honte.

Pourtant, je le sais, la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. J’ai une certaine facilité à dénicher la beauté qui ne se voit pas au premier regard. Et je crois que c’est une de mes grandes qualités. En fait, je voudrais me fier davantage à cette faculté plutôt que d’obéir aux dictats extérieurs, et à mon désir de plaire et d’impressionner. Je pense que j’ai plus de chance de vivre des moments heureux, sensuels ou simplement vibrants en mettant de côté ce qui saute aux yeux pour voir au-delà, ce qui est essentiel mais invisible pour les yeux (pour paraphraser Saint-Exupéry).

Voici un court-métrage qui pose beaucoup de questions sur la beauté. Personnellement, je ne peux m’empêcher de le trouver très beau. Musique : Pass this on, The Knives, entendu pour la première fois dans Les amours imaginaires.

Mon ami Bixi (1)

Inspiré de la série de billets Vélib et moi de Patrick Antoine.

J’y pensais depuis l’arrivée en ville de Bixi. À ce moment-là, je venais tout juste de m’acheter un éco-vélo et je l’aimais beaucoup. Un éco-vélo, c’est un vélo monté (un peu n’importe comment) à partir de pièces recyclées, par des jeunes en réinsertion sociale, dans l’est de Montréal. Le mien était peint d’une surprenante combinaison d’orange fluo et de bleu ciel. Mais chaque hiver, l’éco-vélo se révélait un colocataire bien encombrant dans mon petit appartement. L’an dernier, quelques stations Bixi sont apparues autour de chez moi. La tentation devenait plus forte. J’aime l’idée. C’est un moyen de transport écologique, démocratique, avec un petit côté hipster, typiquement montréalais. Le design du bixi fite parfaitement avec les lunettes à grosse monture en plastique noire et la coupe de cheveux Xavier Dolan.

Le printemps avait beau être encore hésitant, j’ai fait le saut et je me suis abonné sur le site Web. Quelques jours plus tard, je recevais la clé qui me permettrait de prendre un vélo n’importe où, sans passer par la borne.

Le vélo est lourd et le centre de gravité est très bas. Ça donne l’impression d’être sur une trottinette à pédale. Et puis, on a beau pédaler comme un fou, ça n’avance jamais très vite. Il faut avoir l’air cool, respirer par le nez, admirer le paysage. Je n’ose pas imaginer comment c’est de monter une pente avec un bixi. Mais bon, les pentes sont relativement rares à Montréal. Le panier à l’avant est vraiment bien conçu. Avec les bandes élastiques, on peut y faire tenir à peu près n’importe quoi. Mais ce qui est vraiment bien, c’est ce sentiment de liberté. Je sors de chez moi, je marche jusqu’au coin de la rue. Il y a toujours un vélo qui m’attend. Je roule tout doucement jusqu’au boulot. J’abandonne le vélo à une vingtaine de pas de mon bureau. Pas de cadenas à traîner, pas de soucis pour les voleurs de vélo (qui sont légion à Montréal). Il pleut : je prends le bus. La pluie s’arrête : j’attrape un bixi. Je n’ai plus à monter mon vélo tous les jours au deuxième étage, par l’escalier en colimaçon, en sacrant parce que j’ai de l’huile sur mon t-shirt. J’ai vendu mon vélo à mon voisin qui a l’air d’en être très content. Je peux encore admirer ses couleurs flamboyantes sur notre balcon commun. Et j’ai maintenant un peu plus d’espace dans mon appartement.

Il y a eu plusieurs ratés avec le nouveau site Web de Bixi. Celui-ci n’était visiblement pas prêt pour le début de la saison. Les premiers jours ont été plutôt frustrants. La page Facebook s’est transformée en une longue litanie de plaintes. Au téléphone, le personnel du service à la clientèle avait l’air découragé.

Les nouvelles publicités sur la roue arrière ont suscité beaucoup de réactions. Ce n’est vraiment pas élégant, de la part de Stationnement Montréal (la société qui gère le projet). Tous les utilisateurs véhiculent les publicités des trois commanditaires, à la force de leurs jambes, partout à travers la ville, comme des hommes-sandwichs roulants. Ils paient pourtant le gros prix. Le tarif est resté le même depuis l’arrivée des publicités. Et on paie à Montréal le double du prix du vélo libre-service à Paris (Vélib’) ou à Barcelone (Bicing) et un peu plus cher qu’à Londres (où les bixis montréalais ont été exportés pour devenir Barclays Cycle Hire). Les bixis ne sont toujours disponibles que dans les quartiers centraux de Montréal, le réseau est encore en rodage et les bixis ne sont sur la route que 7 mois par année.

Malgré tout, le test est concluant. J’ai hâte de finir ma journée de travail pour embarquer sur mon gros bixi. C’est un facteur de bonne humeur dans ma journée. Bixi, c’est mon ami.

Montreal Bixi stand

François Cardinal de La Presse a un tout autre son de cloche sur les publicités : l’article sur Cyberpresse.

All by myself

Plus que 5 nuits avant le départ. Je suis dans un drôle d’état, surexcité. Je ne sais pas si j’ai peur. J’essaie de faire des contacts à NYC. El Poblano et Jean-Christophe m’ont convaincu que les sites de rencontres pouvaient être utiles. Me revoilà donc avec un masque de pixels et en version anglaise. And when I say I’m french canadian, everybody tell me « Like Celine Dion ! » Qu’on l’aime ou pas, on ne peut pas nier que Céline a mis le Québec sur la map. J’ai fait une liste de tous les numéros de téléphone d’urgence : l’école, l’assurance médicale, visa, etc.

Actually, I’m totally afraid. J’ai passé ma vie dans une coquille où j’étais très heureux d’être à l’étroit. Je suis le champion des coquilles. Le nacre des idées préconçues, la rigidité des cadres. J’aime bien faire le fier, m’éloigner de deux pas de l’entrée et faire des grands gestes pour que tout le monde me voie. J’ai besoin de reconnaissance. Mais je suis le premier à me précipiter à l’intérieur dès le premier grain de pluie ou dès que les choses ne tournent pas comme je le voudrais. Me retrouver seul, loin de mon île et de mon cocon risque d’être difficile, mais j’espère aussi que ce sera libérateur. Ce soir, je commence à remplir la grosse valise que le Cowboy m’a amené.

J’aime l’énergie et le rythme de NYC. Cette façon de se prendre très au sérieux, avec une distance et un humour décalé. Cette impression d’être au centre d’un monde qui court à sa perte à une vitesse folle et cette humanité, multiple, comme un jupon qui dépasse sous la réserve et la froideur. Je vais m’y sentir comme un enfant. C’est la magie des voyages, se retrouver soudainement complètement libre de son passé et des perceptions que les autres ont de nous-mêmes. Être un peu sonné par le dépaysement, se retrouver face à soi-même et s’apercevoir que l’on respire bien, hors de sa coquille. À partir de là, everything is possible. C’est à la fois merveilleux et terrifiant.

The East River from Roosevelt Island
The East River from Roosevelt Island par David Reeves, sur Flickr

Violet

Dans l’arc-en-ciel du drapeau de la communauté gai, le violet représente l’âme. Désormais, le 20 octobre sera la journée du violet, en mémoire de tous ces jeunes qui se sont suicidés récemment après avoir été harcelés parce qu’ils étaient gais ou parce que l’on croyait qu’ils étaient gais. Que leurs âmes retrouvent la paix et que les voix s’élèvent pour dire haut et fort que dans ce monde il y aura toujours une place pour chacun.

Quelque unes de ces voix, entendues aujourd’hui :





À la mémoire de :
Tyler Clementi, Seth Walsh, Justin Aaberg, Raymond Chase, Asher Brown, Cody J. Barker, Harrison Chase Brown, Caleb Nolt, Billy Lucas, Jeanine Blanchette, et Chantal Dube. Au Québec, l’homosexualité est la première cause de suicide chez les jeunes garçons.

La poutine

Je mange de la poutine. Parce que je trouve dans ce plat des parfums de rébellion. Je déteste le snobisme, les castes et les classes sociales. (J’y ai goûté cet été, au Jardin.) La poutine est un melting-pot qui fait frémir les prétentieux, les élitistes et les adeptes de la fine cuisine. J’ai eu une semaine de cul qui n’en finit plus de finir. J’ai trouvé la force d’aller courir malgré les 13 degrés Celsius et le vent piquant. En revenant, j’ai commandé une poutine en take-out chez La Mère, au coin de la rue.

Je mange de la poutine parce que j’y trouve des saveurs de liberté. C’est un pied de nez à tous les bien pensants, aux intégristes de la santé. Je suis parfaitement conscient de l’importance de ce qu’on mange. Le régime nord-américain est loin d’être sain. Pour notre santé, aussi bien que pour celle de la planète, il est primordial que la société prenne un virage serré. Il faut manger moins de viandes, plus de fruits et légumes et davantage de produits locaux. C’est meilleur au goût, meilleur pour nous et pour les générations qui nous suivront. Et j’applique pas mal de ces principes dans mon quotidien. (Je mange de la viande 2-3 fois semaine.) Mais les intégristes de l’alimentation me donnent envie de vomir. Il n’y a rien de moins sexy qu’une diététicienne qui roucoule devant des épinards vapeur. Quand le brocoli et le curcuma servent à culpabiliser et à séparer les « bons » des « mauvais » mangeurs, je me fâche. Et puis les gens riches et célèbres qui se tapent de la poutine au foie gras au Pied de Cochon pour mieux mépriser ceux qui mangent à la cantine du coin, ça me pue au nez. La poutine reste un plat libre puisqu’aucune grande chaîne de Fast-food n’a vraiment réussi à la récupérer. Celle de Mac Donald est risible. Comme Montréal, la poutine est cosmopolite, le nom se prononce bien, même avec un accent italien ou anglais.

Je mange de la poutine parce que sa sauce orange, son drôle de parfum, le fromage qui fait couic couic sous la dent me rappellent des souvenirs d’enfance. Une époque où mes yeux avaient vu moins de cynisme et moins de violence. Une époque où c’était un sacrilège de bouder son plaisir. La cantine était posée sur le bord de la route, de l’autre côté du village. Et il y avait toujours des truckers qui mangeaient au bar en arborite. Une époque où j’étais convaincu que tous les humains étaient égaux et que les histoires de gens qui avaient bon coeur se finissaient toujours bien.

steak poutine
steak poutine par Jenny P., sur Flickr